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Analyse et réflexion

14.05.13 Nomination du Gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC) : Attention à la complaisance !


Introduction

L’hebdomadaire international Jeune Afrique a, dans sa livraison n° 2729-2730 du 28 avril au 11 mai 2013, annoncé sous un titre très évocateur -qui sauvera la Banque Centrale du Congo- les quelques noms de prétendants au poste du Gouverneur de la Banque Centrale du Congo, lequel est occupé jusqu’à ce jour par Mr JC Masangu Mulongo.

Si ce départ était confirmé, il mettrait fin à une gestion de seize années de règne de l’actuel Gouverneur durant lesquelles, sans nulle doute, plusieurs succès ont été remportés en dépit de quelques ratés majeurs en rapport avec le mode de gestion, la maitrise de certains risques opérationnels et la rentabilité de la BCC –allusion faite au déficit structurel de son compte d’exploitation lequel nécessite inévitablement sa recapitalisation en cours–. En attendant de finaliser un papier-bilan de ces mandatures débuté il y a un an, nous pouvons affirmer sans peur d’être contredit que le Gouverneur Masangu est l’un de moins mauvais gouverneurs de ces trente dernières années que la BCC a connu et ce, vu sous l’angle de nombre de discours prononcés, de dynamisme, de performances économiques –le taux d’inflation qui se situait à 693% en fin décembre 1996 quelques mois avant sa prise de fonction est projeté à moins de 3% à son départ– pour ne citer que ceux-là.

Ainsi, la présente note est justifiée par le rôle combien important que devait jouer le prochain Gouverneur  de cette institution publique dans le développement socio-économique du pays et l’impérieuse nécessité d’opérer un choix rationnel et salutaire pour toute la nation. Elle se structure essentiellement autour de deux points à savoir (i) le premier tentera d’esquisser le rôle que devra jouer le successeur du gouverneur Masangu et (ii) le second essaiera d’analyser le profil de candidats cités par l’hebdomadaire précité.

Rôle de la future Banque Centrale

La BCC de demain est appelée à jouer un très grand rôle. On peut citer quelques-uns de défis avec le professeur JC Berthelemy (2013) à savoir (i) rebâtir la monnaie congolaise en reconstruisant la confiance dans le système interne, (ii) garantir la stabilité du système financier. Et comme en RDC, le système financier est embryonnaire, la BCC devrait participer à la construction d’un système financier crédible. A l’heure actuelle, il y a un plan de restructuration du système financier qui est en sa deuxième phase quoi qu’il tarde à produire des résultats escomptés. Il va donc falloir redynamiser ce plan en l’adaptant aux évolutions économiques tant internes qu’externes. (iii) conduire une politique de change crédible et prévisible prenant en compte le contexte de mondialisation dans lequel s’inscrit l’économie congolaise. (iv) poursuivre avec l’assainissement du système bancaire puisqu’aujourd’hui tout le monde se met à l’évidence que les banques congolaises constituent, contrairement à ce que l’on pensait, le maillon faible de la chaine de financement de l’économie congolaise. (v) porter un nouveau regard sur sa situation financière en maîtrisant les risques et les coûts de fonctionnement ainsi qu’un recentrage effectif de ses activités au regard des fonctions essentielles et traditionnelles d’une banque centrale. Cette situation devra permettre à la BCC d’améliorer sa rentabilité susceptible de garantir son indépendance financière.

Il coule de source que le prochain Gouverneur de la Banque Centrale aura une tâche immense et très déterminante dans le développement économique et financier du pays. Ainsi, il devra satisfaire à un portrait-robot afin de crédibiliser l’action de la BCC et d’accompagner le pays son ambition légitime d’émergence à l’horizon 2030.

S’il est vrai que cette nomination relève du pouvoir discrétionnaire du Chef de l’Etat. Il est autant vrai que le pays a plus que jamais la chance de porter son choix sur le plus méritant de son peuple d’où qu’il se trouve.

Plusieurs critères objectifs peuvent être mis en avant à savoir la formation, la technicité, l’expérience, la carrure, la vision,… correspondant à ce poste. Ce choix ne doit jamais être complaisant au risque de promouvoir des médiocres, des parvenus sans perspective aucune.
Ce moment de choix est un test pour nos politiciens pour voir réellement s’ils sont prêts à accompagner la Banque Centrale dans la plénitude de son indépendance.

Ainsi, comme souligner précédemment, la formation devait constituer le premier critère de sélection pour ce poste sans être bien sur une panacée. La plupart des banques centrales à travers le monde –pays et regroupements régionaux– sont dirigées par d’éminents économistes à thèse à l’instar de BEN S. BERNANKE de la Système fédéral de réserve des USA, MERVYN KING, Banque d’Angleterre, CHRISTIAN NOYER, Banque de France, MASAAKI SHIRAKAWA, Banque du Japon, PROFESSEUR AXEL A. WEBER, Banque fédérale d’Allemagne, Stephen POLOZ, Banque du Canada, CHOONGSOO KIM, Banque de Corée, HENRIQUE DE CAMPOS MEIRELLES, Banque centrale du Brésil, MERCEDES MARCÓ DEL PONT, Banque centrale de la République argentine, GILL MARCUS, Banque de réserve d’Afrique du Sud, DR. ZHOU XIAOCHUAN, Banque populaire de Chine et tant d’autres. La RDC ne devra donc plus se soustraire à cette réalité encore pendant longtemps.

Au-delà de la formation et de la technicité, plusieurs autres qualités morales et humaines devaient être de rigueur : la probité morale, le respect de la parole donnée, la discrétion, efficacité, la non-conflictualité, le sens élevé de la vérité, de l’honnêteté, du sacrifice, du patriotisme,…

Et cela est d’autant plus important parce qu’une bonne banque centrale –incarnée par un bon Gouverneur– peut mener le processus de transformation de l’économie du pays, réorganiser le secteur financier et relancer la croissance. Mais il va falloir que les politiciens saisissent ce message.

Profil d’actuels prétendants

Comme il a été souligné à l’introduction de la présente note de réflexion, l’hebdomadaire Jeune Afrique spécule sur les noms de trois compatriotes dont nous voulons ici analyser les atouts et faiblesses et voir qui passerait à l’heure actuelle comme « l’homme de la situation » au regard des défis relevés ci-haut. Il s’agit de Albert Yuma Mulimbi, Michel Losembe et Noël K. Tshiani.

Les notices bibliographiques de ces candidats renseignent ce qui suit :
Albert Yuma Mulimbi (57 ans): administrateur au Conseil d’Administration de la Banque Centrale. C’est un véritable fils de la maison qui, nous semblait-il, connait mieux que quiconque les difficultés de la maison.

Du côté de sa formation universitaire, Mr Yuma est détenteur d’un diplôme de l’Université catholique de Louvain en Belgique. Il a également suivi plusieurs formations et séminaires de haut niveau à travers le monde. Du côté professionnel, Mr Yuma traîne derrière lui plusieurs années d’expériences de gestion aussi bien au sein de la Banque Centrale du Congo, à Texico qui confectionnait les uniformes de l’armée et de la police, à l’Utexafrica Où il fut le directeur général adjoint, à la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) qu’il dirige depuis 2005 qu’à la Gécamines dont il préside le comité d’administration depuis en novembre 2010.
Cependant, la récente altercation (janvier 2013) entre sa personne et le Gouvernement de la République –qu’il indexait comme étant le premier responsable du dérapage de la 5ème revue du PEG II et de la suspension de la coopération avec le FMI– entame gravement et sérieusement sa crédibilité.

Michel Losembe (49 ans) : Directeur Général pendant plusieurs années à la Citibank (filiale de l’américain Citigroup). Il est actuellement patron de la Banque Internationale pour l’Afrique au Congo (BIAC) et président en exercice de l’association Congolaise des Banques (ACB). Ce qui fait de lui un fin connaisseur du système bancaire congolais.
Le candidat Losembe est désavantagé par sa position en tant qu’ancien de la Citi comme d’ailleurs l’actuel Gouverneur. S’il passait gouverneur, cela donnerait l’impression à l’opinion que la Citi serait la voie obligée pour diriger la BCC bien que cela ne soit pas nécessairement vrai.

Comme Yuma, il ne dispose pas d’un doctorat en Economie et gestion ou domaine apparenté. Il ne dispose pas non plus de publications scientifiques de haute facture. Cependant, sa longue expérience professionnelle ainsi le dynamisme lié à sa jeunesse fait de lui un candidat sérieux.

Noël K. Tshiani : Docteur en Economie de l’Université de Paris IX– Dauphine (thèse portant sur : « Indépendance de la Banque Centrale : Responsabilité et impact sur la politique monétaire. Cas de la République Démocratique du Congo »). Il détient, en outre, un MBA en banques et marchés financiers de l'Adelphi University (New York), un diplôme de Troisième cycle à l’ISG (promotion 1984), un DESS en gestion financière et fiscalité de l’Université de Grenoble en France, une Maîtrise ès Sciences économiques de l’Université de Liège en Belgique et a suivi une Formation de manager à la Graduate Business School à Harvard University (Boston).

Ce background académique lui ouvre la voie à la Banque Mondiale où il s’occupe actuellement des pays de l’Europe de l’Est après avoir travaillé comme Représentant résident au Tchad entre 2004 et 2006. Il traine une carrière de près de 20 ans au sein de cette institution. Toujours sur le pan professionnel, il est également Président de la compagnie financière et d’investissement.

Il compte dans son actif plusieurs publications scientifiques dont trois ouvrages dans le domaine monétaro-financier à savoir (i) « Vision pour une monnaie forte : plaidoyer pour une nouvelle politique monétaire au Congo (2008) » (ii) « Building credible central banks : Policy Lessons for Emerging Economies (2009) » et le plus récent (iii) « la bataille pour une monnaie nationale crédible (2012) » préfacée par Christian Boissieu, professeur d’économie monétaire à l’Université de Paris I-Panthéon Sorbonne.

Dans ce dernier ouvrage, Mr Tshiani fait une autopsie rigoureuse et sérieuse de la monnaie nationale et expose une vision claire et réaliste de la monnaie nationale, de la réforme de la BCC ainsi que de l’ensemble du système financier en vue de « rétablir la crédibilité et créer la base d’une croissance économique durable ». Plus concrètement, il propose un plan complet de réformes du secteur financier comprenant des actions pouvant être mises en œuvre sur une période de dix ans pour transformer fondamentalement l’économie du pays et créer la confiance dans la monnaie nationale.

Le prof. Boissieu écrit dans la préface de cet ouvrage que « La vision  proposée par le Dr. Noel K. Tshiani pour la Banque centrale, le secteur financier et la monnaie nationale de la RDC est très ambitieuse, mais digne de considération ». Ainsi, de ces trois personnalités citées par Jeune Afrique, Mr Noel K. Tshiani présente le profil idéal qui satisfait au portrait-robot présenté ci-haut.

Cependant, il faut relever le fait qu’il y a de centaines milliers de congolais brillants à travers le monde à qui le pays peut faire appel. Mais en attendant que le successeur de Mr Jean-Claude Masangu soit connu, nous souhaitons vivement voir le choix de la rationalité, de l’amour du pays et du progrès l’emporter sur la complaisance et la médiocrité. Wait and See.

Benedict Konso Mulali, 14.05.13


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