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Le processus électoral en RDC de 1952 à nos jours

Dans l’espace politico-administratif appelé jadis le Congo Belge, l’idée d’imaginer l’organisation des élections pour ceux qu’on avait coutume de désigner sous le vocable «indigène», est évoqué pour la première fois en 1952. La Belgique accusée sur la scène internationale de lenteur dans le processus d’émancipation des autochtones de sa colonie, pense qu’il est bon de commencer par le bas, c’est-à-dire la chefferie, le secteur, le centre, la cité, voire le quartier. Le suffrage, à tous ces niveaux, doit être restreint, indirect et graduel.


Mais l’histoire a sa façon d’être têtue. En 1955, elle s’accélère. La question de l’émancipation urgente des populations colonisées, se pose avec brutalité.

En Belgique, des esprits clairvoyants donnent de la voix, à l’image du publiciste J. Van Bilsen, auteur bien connu du « Plan de Trente ans pour l’émancipation du Congo Belge», qui préconise l’organisation rapide d’un suffrage universel des conseils municipaux indigènes des grandes villes. Une année plus tard, dans un élan de prise de conscience politique, des leaders avertis lancent des «manifestes». Le premier est celui d’un groupe d’intellectuels appelé» Conscience africaine»; le deuxième s’appelle «Contre manifeste» ; il est l’acte politique rédigé par d’autres intellectuels regroupés dans l’Alliance des Bakongo (Abako). Tous, en général, réclament des élections à plus ou moins brève échéance afin de rendre les institutions existantes plus représentatives. Pour eux, c’est par ce processus que les futurs citoyens congolais peuvent apprendre le sens de responsabilité. A ce moment, je peux dire que quelques Belges de la colonie et ceux de la métropole réalisent qu’il est temps de songer concrètement à l’émancipation du Congo.

C’est le 8 décembre 1957 qu’ont lieu les premières élections municipales à Léopoldville. Le 22 décembre de cette même année à Elisabethville et à Jadotville, les élections se déroulent dans un climat de chaleur antagoniste.

Dans la capitale par exemple, la tension est vive entre les Bakongo qui s’estiment propriétaires du sol et les Bangala appelés ainsi par ceux-là pour désigner tous les «arrivants» du Haut Congo, entendez les tribus du Haut Congo et celles du Kasaï et du Katanga. Au Katanga même, les conflits ethniques sont vifs entre les Baluba du Nord de la province et les Lunda du Sud. Les Baluba du Kasaï ne sont pas loin de là.

Qu’à cela ne tienne! Tout en n’étant pas obligatoire, l’opération de votation suscite un grand intérêt parmi les populations. 74,4% des congolais inscrits sur les listes électorales participent à la consultation de Jadotville, 85% à Léopoldville et 87,2% à Elisabethville. Le scrutin favorise, dans l’ensemble, le renouvellement et le rajeunissement des cadres indigènes de la colonie.

C’est dans cet élan que les groupements à coloration à la fois tribale et politique commencent à voir le jour dans les grands centres urbains du pays. A Léopoldville par exemple, pour faire face à l’Alliance des Bakongo (Abako), les intellectuels d’autres ethnies constituent une union appelée «interfédérale». On y retrouve des Bangala de la province de l’Equateur, des ethnies du Kwango-Kwilu, celles du Kasaï, des Bateke de Léopoldville, des ressortissants du Kivu-Maniema et ceux du Lac Léopold II.

Au Katanga, la frustration de ceux qui s’appellent «Katangais authentiques» est attisée et exploitée par l’«Union katangaise», créée de toutes pièces par des colons européens. C’est dans ce même contexte que naît la Confédération des Associations tribales du Katanga (Conakat).

Pendant ce temps, le Mouvement National Congolais (MNC) s’impose comme un parti vraiment national. Et l’année 1958 se termine dans ce paysage politique caractérisé par le désordre et l’anarchie, avec l’organisation d’autres élections à Bukavu, Luluabourg, Stanleyville, et Coquilathville.

Alors, arrive l’insurrection populaire du 9 janvier 1959 à Léopoldville. Les suites sont connues: le Gouvernement belge surpris par l’ampleur des événements, proclame sa fameuse «déclaration gouvernementale» du 13 janvier de la même année. On décide, en même temps, d’organiser les élections, au suffrage universel, des conseillers communaux et des membres des conseils de territoires dans les milieux ruraux. La nouveauté dans cette donne politique électorale est l’entrée en lice des partis politiques qui viennent de voir le jour vaille que vaille un peu partout sur l’ensemble du territoire congolais.

Je mets ici à la disposition des lecteurs quatre tableaux importants qui illustrent la configuration politique de 1958 à 1959. Faire référence à ces planches, c’est chercher à mieux comprendre le processus électoral en RDC de 1957 à 1960. Leur consultation attentive permet de situer plus ou moins correctement les mentalités des leaders politiques congolais à nos jours. Le premier tableau reprend les «quatre motions congolaises» situées dans le contexte du « timing gouvernemental «. Le deuxième présente l’éventail des «congrès politiques congolais en 1959». Le troisième indique les «36 partis politiques» à la date du 1er décembre 1959. Le quatrième enfin fait voir les «mouvements politiques principaux et leurs leaders ». Les élections de décembre 1959 consacrent le triomphe des listes d’intérêt local et des listes individuelles sans coloration politique. Naturellement, plus de trois quarts des votants se portent sur elles vu la stérilité des disputes politiques. Aussi, ces élections, notamment leurs résultats, vont peser dans la balance lorsqu’il s’agira de déterminer la date de l’indépendance congolaise. La tendance du gouvernement belge de chercher à ne traiter qu’avec ceux qu’il appelait les «interlocuteurs valables» échoue. Du 11 au 25 mai 1960, soit un mois avant l’indépendance, d’autres élections législatives, nationales et provinciales sont organisées. De ce double scrutin, une même tendance se dégage. Le MNC, parti représenté sur toute l’étendue du pays, enregistre un grand succès.

Par contre, les grands partis ethniques sont confinés dans leurs fiefs tribaux respectifs. Les tableaux des pages précédentes illustrent bien cette situation. Le premier gouvernement congolais est donc conçu dans cette sorte de bipolarisation multiforme et complexe du paysage politique congolais.

Il y a certains territoires qu’on appelle «territoires contestés». Ici, on organise le référendum selon l’ordonnance n°169 du 19 août 1963 qui s’applique du reste à tout le pays lors de l’approbation de la constitution de Luluabourg du 15 juin au 10 juillet 1964.

Les premières élections générales sont organisées à Léopoldville en 1965. Prévues initialement pour le 10 janvier 1965, ces consultations sont reportées au 31 janvier pour des raisons liées aux difficultés d’ordre maté- riel. C’est dans ces conditions qu’il sera organisé au cours de cette même année les élections législatives nationales et provinciales. Elles seront remportées largement par le cartel de la Convention nationale congolaise (Conaco). Avec un total de 122 élus sur 167, le cartel est assuré de la majorité absolue à la chambre des représentants (73%). Alors qu’un régime démocratique pointe déjà à l’horizon, les militaires, sous la houlette du colonel Mobutu, mettent fin à ce processus.

La deuxième République qui commence le 24 novembre 1965, va chercher à se légitimer en organisant des consultations populaires avec le référendum constitutionnel national du 4 au 23 juin 1967. C’est dans un contexte de dictature naissante que la constitution du 24 juin 1967 est adoptée avec 97,8% de votes positifs. Pour la première fois, les femmes votent. Et dix ans plus tard, après un intermède «d’élections dites authentiques» en 1975 (acclamation des listes), le président Mobutu procède en 1977, après la première guerre du Shaba, à des pseudo-réformes qui mettent fin à l’histoire des «élections démocratiques» au Congo.

Les suites sont connues : les élections ultérieures sont remportées par le président et son Parti-Etat, le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), avec 99,90% des voix. Parodie et simulacre sont les caractéristiques des élections pendant tout le régime du Maréchal Mobutu.

Me référant au nombre de fois que la constitution a été révisée et au nombre de fois que le peuple congolais a été appelé aux urnes entre 1960 et 1994, je peux tracer le tableau suivant: 1. La loi fondamentale du 19 mai 1960; 2. la Constitution de Luluabourg du 1er août 1964 ; 3. la Constitution du 24 juin 1967 ; 4. la Constitution révisée de 1970 ; 5. la Constitution révisée de 1977 ; 6. la Constitution révisée de 1982 ; 7. la Constitution révisée de 1988 ; 8. la constitution révisée de 1990 ; 9. L’Acte Constitutionnel de la transition de 1994 10. Le Décret-loi constitutionnel du 27 mai 1997.

PRO KAMBAYI BWATSHIA HISTORIEN DES MENTALITES

Ordinaire à l’Université Pédagogique nationale Kinshasa RDC

TIRE DU GUIDE PRATIQUE DU JOURNALISME EN PERIODE ELECTORALE

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