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En 1967, Schramme et Bob Denard attaquent l’Est pour venger Tshombe

30 juin 1967 : le monde entier apprend avec stupéfaction l’enlèvement spectaculaire de l’ancien sécessionniste Moïse Kapend-Tshombe. Pris de panique au Congo, ses amis mercenaires, Schramme et Bob Denard, associés aux ex-gendarmes katangais, réagissent. Très rapidement, ils attaquent simultanément Kisangani, Kindu et Bukavu qu’ils vont occuper durant près de quatre mois.


L’Armée nationale congolaise (ANC), en pleine restructuration et équipée par les Etats-Unis, va jeter dans la danse des troupes fraîches : des jeunes commandos formés au centre d’entraînement de Kota-Koli. Le panache, la fougue et la furie de ces jeunes militaires vont obliger les mercenaires à décrocher et à fuir vers le Rwanda.

ECHEC A KISANGANI

Après l’enlèvement de Tshombe en Espagne, ses amis sont en désarroi. Ils vont agir vite pour le sauver. Il faudra renverser le nouveau pouvoir du général Mobutu, quitte à improviser. Une semaine après ce rapt mémorable, va éclater, à Kisangani, la révolte des mercenaires. Ils sont dirigés Par Jean Schramme, le Belge et Bob Denard, le Français. Schramme commandait des mercenaires, des ex-gendarmes katangais et quelques ex-rebelles Simba ralliés à l’ANC. Bob Denard dirigeait le 6ème commando composé de la même manière.

Déjà, au mois de juin 1967, Denard avait averti Schramme que le Haut-Commandement de l’ANC se préparait à dissoudre ses unités pour les fondre dans l’Armée nationale. Cela allait compromettre leur avenir personnel, mais aussi toute reconquête du pouvoir par Tshombe. Tous ces mercenaires n’avaient pas rompu leurs liens avec Tshombe, malgré son exil. Dans le courant juin 1967, il avait déjà été convenu que les mercenaires puissent attaquer. Venant de Umbi vers le Sud-Est, Schramme devait attaquer Kisangani pour y rejoindre Denard. Une aide extérieure, venant de l’Angola, leur était déjà assurée pour attaquer par la suite le Katanga. Le mercenaire sud-africain Puren, commissionnaire en matériel de guerre, leur avait aussi garanti une puissante aide aérienne, qui clouerait au sol les unités de l’ANC ; et aussi de leur amener dès la prise de la ville, 200 volontaires rhodésiens (zimbabwéens).

Au lever du soleil du 5 juillet 1970, le 10ème commando de Schramme attaque et atteint Kisangani par la rive droite. Ils ouvrent un feu nourri sur le camp Ketele abritant une partie de la garnison de l’ANC. Les soldats de l’Armée régulière, réunis pour le salut au drapeau, vont compter beaucoup de morts. En frappant ainsi par surprise, Schramme comptait sur la débandade de l’ANC : il se trompe. L’ANC n’est plus celle qui, en 1964, fuyait et détalait piteusement devant les rebelles.

La contre offensive de l’ANC est violente, précise et professionnelle : Schramme décroche. Il a perdu beaucoup d’hommes et de véhicules. Il se replie alors vers le centre ville et vers l’aéroport toujours tenu par les hommes de Bob Denard qui, jusque là, n’ont pas réagi pour leur venir en aide. Denard paraît manger aux deux râteliers : Mobutu et Tshombe. Schramme va le rencontrer, fuyant dans sa Jeep vers Lubutu. Les deux hommes se résolvent de repartir à l’attaque sur Kisangani, où les hommes de Bob Denard se battront cette-fois plus sérieusement à l’aéroport. Là, Denard sera blessé à la nuque. Il est paralysé de deux jambes. C’est, étendu sur une civière, qu’il donne les ordres. Puis il gagne la Rhodésie (Zimbabwe) le 7 juillet en DC3 avec les autres blessés, en laissant tous les hommes valides à Schramme. Depuis lors, jusqu’à ce jour, Bob Denard en a gardé les séquelles en boitant.

Tous les mercenaires restés sont intensément harcelés et bousculés violemment par l’ANC. Finalement, Schramme échoue dans sa prise de Kisangani.

OCCUPATION DE BUKAVU

Le commandant mercenaire Hendriechs qui devait prendre Kindu, échoue face à la forte résistance de l’ANC. Il décroche et se replie. Seule réussite du plan des mercenaires, le commando dirigé par Noël s’empare de Bukavu dès le 5 juillet, en attaquant par surprise le camp Saïo où beaucoup de Congolais (civils et militaires) furent massacrés.

Très vite, Noël et ses hommes vont laisser Bukavu à l’ANC, pour aller secourir Schramme. Les deux hommes se rencontrent en cours de route et remontent sur Bukavu qu’ils attaquent et occupent le 7 août. L’ANC fait le siège de Bukavu avec des C130 prêtés par Washington, des renforts et des avions T28, pilotés soit par des Congolais fraîchement formés soit par des Cubains anticastristes.

Les mercenaires contre attaquent avec succès. Pire, un T28 de l’ANC, tire par erreur sur des militaires congolais, en plus, deux avions congolais se perdent. La démoralisation qui se répand dans l’ANC provoque des mutineries et même des ralliements aux mercenaires. Heureusement, l’ANC s’obstine et se requinque par des renforts dotés d’un punch particulier. La plupart de ces jeunes soldats étaient formés au centre d’entraînement commandos (CECODO) à Kota-Koli que dirigeait un vieux commando belge, le major Gaston Bebrone. Ancien mercenaire, ce copain de Bob Denard avait rejoint Mobutu, alors que les autres embrasaient l’Est du Congo.

J’ai personnellement connu, longtemps après, en 1982 ce vieux baroudeur Bebrone quand j’étais incorporé au sein des Forces armées zaïroises avec d’autres étudiants meneurs des manifestations sur le campus, deux semaines avant la création de l’UDPS par les 13 parlementaires. Nous y avions retrouvé quelques militaires ayant participé à l’épopée de Bukavu. Ils avaient ramené comme butin de guerre le poignard de Schramme. Ce poignard sera incrusté au-dessus de la tombe du colonel Tshibangu écrasé dans sa voiture en 1977 vers le Mont-Ngaliema, après la guerre du Shaba. Feu colonel Tshibangu, qui fut commandant du CECODO au début des années 70, avait participé aussi au siège de Bukavu en 1967, où, avec d’autres, ils avaient contraint Schramme et ses hommes à fuir en catastrophe Bukavu le 3 novembre, vers le Rwanda.

TRACTATIONS A L’OUA

Durant l’encerclement de Bukavu par l’ANC en août, se voulant y laver la piteuse image du Congo depuis l’indépendance, Mobutu mobilise des moyens colossaux pour donner un éclat particulier à l’événement. La cité de l’OUA est construite au Mont-Ngaliema.

L’avenue OUA à Kintambo est construite. Le boulevard Lumumba est électrifié jusqu’à l’aéroport de N’djili. Mobutu compte sur la solidarité africaine pour réduire les mercenaires. Du fait, l’OUA votera une résolution pour aider le Congo à se débarrasser des mercenaires. Un comité spécial est institué pour obtenir le départ des mercenaires par tous les moyens de Bukavu. Présidé par le chef de l’Etat soudanais, Ismaël Azhri, il comprend les chefs d’Etat du Burundi (Michombero) et de l’Ethiopie (Empereur Hailé Selassie).

Les tractations s’ouvrent entre ce comité et Jean Schramme. Il est prévu que, si les mercenaires n’acceptent pas de déguerpir, l’OUA usera de la force, en lançant contre eux une armée interafricaine. Mais s’ils acceptent de vider les lieux, ils pourraient gagner le Rwanda, et s’y réfugier sous la protection de ce pays, en attendant d’être évacués vers leurs pays respectifs par les soins de la Croix-Rouge internationale. Schramme accepte la proposition de l’OUA par l’entremise d’un médecin de Bukavu, Charles Schyns.

Toutefois, il exige que ses combattants congolais puissent aussi bénéficier d’une protection internationale. Le Zambien Kenneth Kaunda s’offre alors pour accueillir chez lui les ex-gendarmes katangais comme réfugiés politiques.

FUITE AU RWANDA

Pendant toutes ces tractations, les combats se poursuivent à Bukavu. La pression est tellement forte, que Schramme et ses hommes n’attendent pas la mise au point du Plan de l’OUA et de la Croix-Rouge internationale. Ils seront contraints de fuir vers le Rwanda. Ils y déposent les armes le 3 novembre 1967 et seront accueillis par les autorités du Rwanda. Sous le contrôle de la Croix-Rouge. Là, à Cyangungu au Rwanda, il y aura 129 mercenaires et 2500 Katangais. Tous avec leurs familles.

Mobutu, qui croit fermement que ses militaires étaient sur le point d’écraser les mercenaires et les ex-gendarmes katangais, est très fâché contre le président rwandais. En leur ouvrant ses portes, le Rwanda vient de poser un acte inamical. Mobutu oublie très vite la résolution de l’OUA à Kinshasa, « au cas où les mercenaires acceptaient de partir ». Ce sera là l’argument de défense des autorités rwandaises. Mobutu rétorque que « les mercenaires n’ont pas accepté de déguerpir, comme prévu par l’OUA, ils y ont été contraints par la puissance de feu des jeunes soldats de l’ANC : le Rwanda ne devait pas leur ouvrir ses portes ». Mobutu ne le pardonnera jamais à Grégoire Kayibanda, qu’il contribuera à éjecter par un coup d’Etat, au profit du général Juvénal Habiarimana, très attaché à Mobutu depuis lors jusqu’à sa mort brutale le 6 avril 1994 dans un attentat sur son avion.

Mobutu refuse que les ex-gendarmes katangais puissent trouver refuge à l’étranger. Il leur offre l’amnistie et garantit leur sécurité s’ils rentrent au Congo. Contactés individuellement au Rwanda par le Comité spécial de l’OUA, les Katangais acceptent de revenir au pays. Mal leur en prit, ils venaient d’oublier le sort des autres gendarmes du lieutenant-colonel Fernand Tshipola massacrés en juillet 1966 à Kisangani.

Dès leur retour au Congo, ils seront transportés dans les forêts de l’Equateur. On ne les a plus jamais revus : sans doute massacrés. Le 4 avril 1968, la Croix-Rouge internationale évacue les mercenaires depuis le Rwanda, vers leurs pays respectifs.

TSHILOMBO MUNYENGAYI, ASS, FAC. DROIT, UNIKIN

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