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Histoire

1620 – 1664 Des Congolais, esclaves à Nieuw Amsterdam (New-York )

ROUTE NORD-AMERICAINE DE L’ ESCLAVAGE: LA NOUVELLE AMSTERDAM, TERRE DES BANTU (1620 – 1664)

C’est la conclusion à laquelle l’on arrive après avoir visité l’émouvante exposition « Esclavage a New York », dont une réplique est actuellement visible, dans une des galeries de la puissante Société Historique de New York, et de la lecture de l’érudite œuvre, sous le même titre, dérivée de cette remarquable vitrine historique.


 

Le circuit de cette rétrospective que nous avons suivi, récemment, en compagnie de Mme Julia Machado, Consul General d’ Angola a New York et de celle de l’ historienne, francophile, nord-américaine , Kathleen Hulser, une des architectes de ce programme, nous a encourage a lire, avec plus d’ intérêt, l’ impressionnant livre.

 

Fait symptomatique de l’importance de l’Expo réalisée par la respectable institution du Central Park West, le catalogue, restitutif, s’étale, sur 403 pages, et a été édité par Ira Berlin et Leslie M. Harris, respectivement, Professeures aux Universités de Maryland et d’Emory.

Sous la signature d’une vingtaine de spécialistes, l’œuvre s’articule autour d’une dizaine de chapitres, dans lesquels ceux-ci analysent, minutieusement, le passe, fatalement, esclavagiste de la scintillante NYC, la grande cite de la finance, du commerce et de la diplomatie internationale.

Les coordonnatrices de cette publication, reconnaissent, naturellement, le fondement inspirateur, pour le projet de l’exposition qu’a été la découverte, accidentelle, en 1991, a Manhattan, du vieux cimetière de forçats africains, utilisé, approximativement, entre les années 1690 et 1790.

Cette nécropole, aujourd’hui mondialement connue, sous l’appellation d’African Burial Ground, a été, doublement, déclarée, par le Gouvernement fédéral, Site Historique National et Monument National. 

Les contributions qui suivent cette note préliminaire portent, successivement,  sur l’esclavage, au début du XVII siècle, dans la Dutch New Amsterdam, et est signée de l’africain- américain Christopher Moore, chercheur dans le fameux Schomburg Center for Research in Black Culture d’ Harlem, l’évolution de cette exploitation esclavagiste dans ce territoire, qui passera sous domination anglaise et a qui l’on imposera le nom du Duc de York, a partir de 1664, la laborieuse et sinueuse abolition de cette pratique de travail primitif, l’ émergence d’ une culture noire dans les cinq boroughs new-yorkais, la cristallisation d’ une élite mélano -africaine, le développement d’ un comportement véritablement civique e politiquement influent, la contribution des niger da la cite adjacent l’ Hudson dans la lutte pour la prohibition du assujettissement esclavagiste dans les très esclavagistes régions méridionales de l’ ancienne colonie britannique et pour l’égalité raciale sur l’ ensemble fédéral, l’ insertion des negres libres dans les initiatives économiques de l’ agglomération septentrionale, capitale des Etats Unis d’ Amérique, entre 1785 et 1790, la participation active des blacks de la péninsule dans la guerre civile ( 1861-1865 )et la construction d’ une New-York « noire », a la fin du XIX eme siècle.

L’ ouvrage de la NHS est intercale, naturellement, d’ une centaine de reproductions photographiques et iconographiques sur, entre autres éléments, les très médiatisés travaux archéologiques de l’ African Burial Ground, les estampes représentant des chargeurs, esclaves, dans l’ active port de la Nieu Amsterdam, vers 1640, une carte de 1639 restituant la possession hollandaise, un document de 1644 relatif a l’ affranchissement d’ un esclave résidant sur la baie de « Manatys », une photographie des années 1920 de la maison de vente d’ esclaves Pieter Claesen Wyckoff House, divers documents sur le négoce, la transaction et la fuite des esclaves ( annonces, factures, registres comptables, etc. ), une carte démographique de NYC, en 1737, qui prouve qu’ un ¼ de sa population était, a cette époque, niger, la liste des esclaves qui participèrent la révolte de 1737, et, dans laquelle est enregistre deux angolais, Mingo et Rodriguo, une gravure illustrant le fameux magnat esclavagiste du tabac, Peter Stuyvesant et plusieurs gravures sur divers aspects de caractère économique, politique, social , civique et culturel de l’ évolution de l’ exploitation esclavagiste, mais également, sur la longue lutte, multiraciale, pour l’ interdiction de l’ esclavage dans l’ agglomération atlantique, pratique qui prendra fin en 1865.

VAN ANGOLA

Dans leur introduction, Ira Berlin et Leslie Harris confirment que les premiers contingents, significatifs, réguliers, réguliers, de captifs qui seront arriveront dans l’embouchure du Hudson l’ont été par la force de la Compagnie Hollandaise es Indes Occidentales, société qui benefiera d’une main d’œuvre forcée congo et angola, supplémentaire, a la suite de l’occupation par les Hollandais, entre 1640 et 1648, de l’esclavagiste, apparemment, Sao Paulo de Loanda.

Ceux-ci retrouveront a Long Island, les pionniers angolais installes qui s’ y étaient installes, selon le tenace couple historien nord- américain, Linda Heywood et John Thornton, d’ un navire negrier portugais, prés des iles caribéennes de Tobago par la frégate hollandaise Bruynvis, en 1627. Il y avait 50 « mwangoles », 20 hommes et 30 femmes.

Ce sont eux, affranchis, qui occuperont, comme premiers propriétaires non indiens, l’ actuel fameux Washington Square Park, a Greenwich Village. Un d’eux qui est reste, très connu, - processus de créolisation luso- néerlandaise oblige ! – comme Manuel de Gerrit de Reus.

Les contingents d’esclaves, préalablement convertis au christianisme, qui viendront de l’occupée Loanda, présenteront, ou des noms portugais, tels que Paulo d’ Angola ou Francisco Cartagena, ou des noms hollandais, a l’exemple de Jan Creoli ou de Christofel Crioell. D’autres encore seront connus sous leurs noms anglais, a l’image d Anthony Portuguese ou Simon Congo.

Les deux chercheurs précisent que « D’Angola, meaning from Angola, changed to the Dutch Van Angola ».

C’est ainsi que l’on enregistre des noms tels que Emmanuel Van Angola ou Claus Manuel Angola. Ces anthroponymes se perpétueront, selon ces spécialistes, durant au moins deux générations.

Confirmant le constat linguistique, éminemment bantu, fait en Angola, en 1805, par Bernardo Maria de Cannecattim, elles notent que c’était difficile « to distinguish between Kongos and Angolans”.

La présence bantu no Hudson Valley, Long Island et au nord du New Jersey sera, également, attestée par Christopher Moore.

Les Bantu seront, selon lui, « “were the largest african group among the first Dutch West India Company-owned slaves”.

Et, fait symptomatique, Peter Stuyvesant, Gouverneur de la Nouvelle Amsterdam, reconnaissant, honnêtement, que , « that trade principally to Angola, is the life of the Company”.

L’on notera que certains des travailleurs, esclaves ou affranchis, s’appelaient Garcia, Big Manuel, Little Manuel, Little Anthony, Paulo ou Jan Francisco.

THE AFRICAN BURIAL GROUND

L’historien, spécialiste des archives new-yorkaises note dans les expéditions organisées, entre 1525 et 1619, dans la partie basse de la Hudson Valley et de l’ actuelle région canadienne baignée par le fleuve Lawrence et le Lac Champlain, le rôle déterminant joue par deux grands marins « angolais », célèbres, polyglottes, Esteban Gomez et Mathieu Da Costa, de son nom néerlandais, Matheus de Cost ou de son identification anglaise Swart Matheu ou Black Matthew.

L’on notera qu’Esteban Gomez a été compagnon de la courageuse expédition circumnavigante de Fernao de Magalhaes.

Moore signale, aussi, que le premier commerçant de Manhattan, était originaire des terres des Nzinga. Il répondait au prénom néerlandais de Jan, au nom roman de Rodrigues et au caractéristique surnom de « the black rascal ».

Quant à Claus Manuel, celui-ci fut un des propriétaires de la maison Tappan Patent, au nord de New Jersey et Francisco « the negro », un des fondateurs d’un boswijk (boutique d’artisanat)a Brooklyn, en 1661.

Il note l’assassinat, en 1641, d’un esclave de la « Compagnie », du nom de Jan Primeiro.

Il révèle qu’au milieu du XVI eme siècle, 25% de la population de New Netherland était de marquage mélano – africaine, dans leur majorité « then been angolans and kongos ».  

Ainsi, il est presque certain que des esclaves bantu participèrent, en 1653, à l’édification à Manhattan, sous l’ordre de la DCWI, a la fameuse barricade, « The Wall ». Le mur a survécu dans les mémoires, donnant lieu a l’actuel célèbre Wall Street. 

Le mémorialiste du avenue Malcom X, présente comme, entre autres documents de preuve, um doop-boeck, registre d’actes de baptême d’adultes et enfants, entre 1639 et 1697, de l’ Eglise Reformée Protestante Hollandaise de NYC. 

Il parcourt le livre de mariages a partir duquel il note, en 1641, l’alliance célébrée entre Lucie D’Angola avec Laurens van Angola e Anthony van Angola avec Catalina van Angola.

Le chercheur, qui Consultant a l’African Burial Ground, rapporte la distribution, a partir de 1648, de parcelles de terrain aux soldats noirs u nord de la colonie néerlandaise, dans l’actuel Washington Square Park, a Greenwich Village.

L’ on relève, parmi les heureux acquéreurs, Domingo Anthony, Catelina Anthony, Manuel Trumpeter, Paulo D’Angola, Gracia de Angola, Anthony Portuguese, Pieter Congo, Cleyn Manuel, Anna D’Angola, Manuel the Spaniard, Domingo Angola, Assento Angola et Manuel Sandres.

Les archives new- iorquaises contiennent de pièces qui prouvent la demande d’affranchissement du couple Emanuel Pietersen et Dorothy Angola en faveur de sa fille adoptive de 8 ans, Anthony Angola, mais également, celle de Domingo Angola, en faveur de Christina, fille d’Antonya.

E, Jill Lepore, Professeur à l’Université d’ Harvard confirme, également, cette forte présence angolaise, parce que « the Dutch had imported mainly from west –central Africa, men and women whom they called “Angolans” , or sometimes “Congos”.

L’occupation de l’enclave néerlandaise de l’Amérique septentrionale  par les Anglais en 1664 – cite qui sera débaptisée New York - et, l’irréversible augmentation des esclaves affranchis feront perdre, pour la recherche historique, le précieux fil que constituait les anthroponymes congo e angola.

Ces attachants patronymes venus de la contre cote atlantique seront, purement et simplement abandonnes a cause de la marginalisante stigmatisation et de l’humiliante ségrégation raciale qui succédera a l’animalisant esclavage. 

Les propres patronymes hollandais des « mwangoles » seront anglicisés, à l’exemple de Claus, devenant Nicolas, De Vries, DeFreese, Van der Donck, Van der Dunk, DeGroot pour DeGroat.

Le très utilise nom portugais, Manuel, sera transforme en Mann.

Un des faits intéressants, historique, contenu dans le catalogue « Slavery in New York » est le peuplement majoritaire bantu jusqu’ au XVIII eme siècle de NYC, regroupant une population esclave urbaine, la deuxième aux Etats Unis d’ Amérique, après, l’également bantu, Charleston, en Caroline du sud.

C’est pour cela, et à juste titre, que la communauté niger de Manhattan attend, avec beaucoup d’impatience, selon la sympathique Toni Morrison, Superintendante de l’ African Burial Ground, les visites au Monument, de « leurs » Présidents, les Chefs d’ Etats des pays de la zone bantu.    

Par

Simão SOUINDOULA

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