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09.06.06 Cinq questions à Narcisse Lokwa Mbunzama (Le Potentiel)
Activiste des droits de lhomme, interviewaé par Espérance Tshibuabua1. Activiste des droits de l’homme, quelle lecture pouvez-vous faire de la situation actuelle des droits de l’homme avant la tenue des élections en République démocratique du Congo ?
Les élections prochaines se veulent libres, démocratiques et transparentes. Elles constituent aussi une occasion de s’interroger sur les violations des droits humains commises pendant les conflits armés. Car il n’est plus un secret de dire que les conflits armés qu’a connus le pays ont été source de nombreuses atrocités ou crimes de guerres considérés comme des violations des lois et coutumes de la guerre. Jusqu’à présent, le pays ne s’est pas encore remis de ses blessures malgré le fait qu’il ait déjà ratifié plusieurs instruments juridiques internationaux portant sur la protection de la personne humaine en temps de paix ou de guerre. En dépit de toutes les exactions commises en temps de guerre, les présumés auteurs de ces crimes vivent paisiblement sans rendre compte des préjudices causés à une partie de la population. Il y en a même qui ont postulé pour les prochaines élections. Mais, pour qu’ils se retrouvent dans ces élections, ils doivent faire preuve d’une certaine humilité. Celle-ci consiste à demander pardon à la population pour tous ces comportements lui affichés. Sinon, on qualifierait ces comportements d’injure. De son côté, le peuple congolais devrait faire très attention sur le choix à porter sur les candidats. L’occasion offerte par ces élections est de porter son choix sur des responsables.
2. Ne pensez-vous pas qu’il s’agit-là d’un message d’incitation à la haine lancé au peuple congolais ?
Il ne s’agit pas d’une incitation à la haine. Nous cherchons plutôt à l’éveiller. Il faut retenir que, pour des crimes sont commis dans un pays, quelles qu’en soient les circonstances, le peuple a le droit de savoir à fond le pourquoi de la question. Ce droit est imprescriptible. C’est un droit lié à la vérité et à la justice. C’est un droit qui ne peut jamais lui être dérobé par la réconciliation nationale. Le Congolais, meurtri par ces guerres, a certainement soif de la vérité et de la justice sur toutes les atrocités dont il a été victime. C’est pourquoi, même la justice devrait être indépendante et respectée afin que, tous soient poursuivis et condamnés, quels que soient le rang ou fonctions que chacun occupe. C’est ici le rôle même de la Cour pénale internationale (Cpi).
3. Pensez-vous que la Cpi arriverait à poursuivre des millions de personnes qui ont commis des crimes de guerre dans ce pays ?
Il est certain que la Cour pénale internationale ne saura pas juger tout le monde. Au moins, elle mettra la main sur les plus hauts responsables, c’est-à-dire ceux-là qui ont abusé de leur pouvoir et de leur rang pour commettre ou laisser commettre les crimes. Des millions de soldats et miliciens tant congolais qu’étrangers qui ont tué personnellement, détruit, violé, enrôlé de force les enfants au sein de groupes armés seront tous jugés par les tribunaux. La Cpi a été créée pour donner l’exemple au plus haut niveau en jugeant ceux que la justice congolaise ne peut atteindre. C’est aussi pour dissuader les autres, petits ou grands. Elle contribuera à s’assurer que la justice congolaise fasse son travail en envoyant des observateurs.
4. Et dans quelle mesure la Cpi pourra-t-elle juger tous les crimes commis en République démocratique du Congo ?
En ce qui la concerne, la Cour pénale internationale ne jugera que des crimes graves, notamment le génocide, le crime contre l’humanité, crime de guerre ou d’agression. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il n’y a pas encore d’accord sur la définition de ce crime. Pour l’instant, la Cpi ne peut pas s’y intéresser. Au cours de guerres survenues en Rdc, par exemple, beaucoup de personnes ont été tuées, exterminées ; d’autres ont été forcées à fuir et des milliers de femmes violées ou réduites en esclavage. Beaucoup de biens des civils ont été pillés ou détruits. Des villages incendiés.
5. Concrètement, quel constat faites-vous de la situation des droits de l’homme ?
La Rdc s’approche des élections. Mais le constat est que les principes fondamentaux des droits de l’homme ne sont pas respectés. Nous remarquons, par-ci par-là, des arrestations arbitraires, des menaces et autres intimidations dont sont victimes certaines personnes, notamment les acteurs politiques, religieux, les activistes des droits de l’homme. Ceci prouve à suffisance que le gouvernement a du travail sur ce point. Dans tout ça, la presse a aussi un grand rôle à jouer. Les activistes des droits de l’homme devraient prendre part dans le rang des observateurs des élections.




