Congoforum Congoforum


News
Analyse et réflexion
Coopération
Economie
Fiche du Congo
Fiche de la Belgique
Développement
Interviews
Liens

Interviews

03.04.07 Avis général, Nancy Odia Mpinda, l'autre Mamina, n’est ni fiancée, ni occupée (Le Soft)

Pour se faire distinguer Nancy Odia Mpinda, la présentatrice-vedette du Jt de la station Congo Web, l'autre Mamina Masengo, a choisi de s’habiller en garçon, et coiffure coupée court, conseillée par son réalisateur, pour coller à sa sa voix de... garçon. Et elle fait mouche. Si elle passe pour une figure bien connue de la télé, elle ne traîne pas plusieurs années de métier. Ses débuts remontent à l’ère de la transition 1+4 à Horizon 33, une chaîne du baron PPRD, Jean-Charles Okoto Lolakombe. Directrice des infos à Congo Web Tv, elle présente le Jt et «Info 7», rétrospective de la semaine.


Nancy Odia est vue un jour comme une lesbienne, un autre comme l’amie d’un jour d’un ex-rebelle. Qui est cette fille pleine de dynamisme et d’ouverture d’esprit, devenue journaliste par accident qui attend prince charmant?

Alors, toujours seule! Comment expliquer?
Jusque-là, il n’y a pas de prétendants qui me perçoivent. J’attends. Pour le moment, je suis vraiment seule, même pas occupée.

Ne désirez-vous pas tant avoir un enfant d’un homme politique dont vous êtes follement amoureuse?
Ce sont des racontars de Kinshasa. Les gens aiment dire n’importe quoi sur les autres. A Kinshasa, les gens passent le clair de leur temps à porter des critiques sur les autres. Je n’ai jamais eu l’idée d’avoir un enfant de quelqu’un qui ne serait pas mon compagnon.

C’est quoi être journaliste?
Je ne pensais pas faire le journalisme dans ma vie. Je rêvais plutôt de devenir médecin. Je suis allée à l’UNIKIN justement pour la médecine. Mais ça n’a pas marché parce que les conditions d’études n’étaient pas bonnes. J’ai juste fait une année et je suis partie. Je suis allée à l’IFASIC par hasard pour faire le journalisme.

C’est donc par défaut que vous êtes devenue journaliste?
Ça n’a jamais été mon choix! J’ai fait le journalisme tout simplement parce que je ne voyais rien d’autre qui s’offrait à moi. Je suis maintenant journaliste, ça marche plutôt bien. Finalement, ce n’était pas un mauvais choix.

Comment ont été vos débuts?
Pendant que je fréquentais l’IFASIC, je dispensais le cours de français dans une école à Bandal, le Complexe scolaire Mbongwana. C’est avec mon salaire que je payais mes études universitaires. J’ai toujours voulu être autonome. C’est pourquoi, j’ai commencé à travailler très jeune, déjà à 18 ans. En 2000, j’ai rejoint la radio communautaire Réveil FM de Freddy Mulongo. En 2002, j’ai passé un stage professionnel à l’ACP. Cela m’a pris six mois. Mon directeur de programme à Réveil FM me recommandera à Horizon 33, une télévision qui venait de naître. J’ai fait mon test et j’ai été retenue comme journaliste. Et puis, j’ai occupé le poste de chef d’édition en charge du Jt, puis de secrétaire de rédaction.

Pourquoi avoir quitté Horizon 33?
À Horizon 33, les infos ne constituent pas une direction, c’est juste un service. Et j’ai quitté avec le grade de chef de service des infos. J’ai passé trois années à Horizon 33. C’est cette télé qui m’a fabriquée. Si je suis devenue ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce à Horizon 33. À la radio Réveil FM qui est communautaire, je n’ai pas eu à m’imprégner des questions politiques que j’ai eu pourtant à traiter sur Horizon 33. Pour dire vrai, il y a eu des incohérences, voire des incompréhensions à Horizon 33. C’est clair: je n’y avais pas mon avenir. Il fallait que je trouve ailleurs.

Et vous avez l’impression d’avoir trouvé ce mieux à Congo Web?
Congo Web m’a offert le poste. J’ai dit à Gabriel Shabani qui en est le patron que s’il tenait à moi pour travailler avec lui, il faudra qu’il me confie la direction des infos. Il a hésité un moment parce que je suis une femme. Tout simplement! Finalement, il a accepté. Et depuis, nous travaillons pour apporter notre chaîne au niveau où elle se trouve aujourd’hui. L’opinion apprécie notre Jt. Je crois que je suis en train de réussir mon pari en tant que seule femme directrice des infos sur la quarantaine de rédactions de la Capitale.

Ce n’est pas une question de salaire qui vous a opposé à Jean Charles Okoto?
Ce n’est pas seulement cela. Certes, à Congo Web, je gagne le double de ce que j’avais à Horizon 33.

Combien? Sauf secret...
Ce n’est pas important. Mais c’est déjà bon. Sachez qu’une télé, c’est d’abord la politique d’amortissement du matériel qui doit être bien assuré. Quand le patron ne veille pas à cet aspect de choses, l’entreprise est appelée à disparaître. Je ne sais pas si les choses ont actuellement changé là-bas.

Comme responsable, vous auriez pu alerter le patron!
Horizon 33 est une télé que j’aime toujours, mais seulement je voudrais bien qu’elle tienne encore 10 ans après. Congo Web, par contre, appartient à un Monsieur qui maîtrise bien la technologie. Il sait, par exemple, quel câble il faut pour tel micro. C’est vraiment son domaine. Il sait que la télé, c’est la technique d’abord. Quand une télé applique une bonne politique d’amortissement, elle est sûre d’aller loin. Chez Horizon 33, ce n’est pas un problème d’argent qui fâche. S’ils peuvent arranger du côté technique, cela permettra à ceux qui sont partis de revenir.

Et si ça tournait mal avec Congo Web...
J’ai l’ambition de faire la politique dans dix ans.

Quel effet exercent sur vous les politiques que vous recevez sur votre plateau?
Dans les politiciens congolais, il y a d’abord le mensonge. Il y en a beaucoup qui flouent le peuple pour des intérêts personnels. Dommage que le peuple soit parfois dupe, rarement il manifeste quand le prix du pain ou de transport en commun augmente. Mais il descend facilement dans la rue pour soutenir tel ou tel autre homme ou famille politiques. J’aimerais que les politiciens créent des structures des consommateurs comme au Niger où il y a une coalition contre la vie chère. La plupart des discours politiques tenus sur nos plateaux de télévision ne reflètent pas ce qui se passe réellement dans le pays. Je trouve cela pas juste.

D’aucuns pensent que la parité se porte fort bien dans le secteur de la presse. Mais la conduite ne laisserait-elle pas trop à désirer?
Il faut établir une distinction entre femmes des médias et femmes journalistes. Pas mal de filles se ruent vers la télé où elles présentent des émissions de musique ou font de l’animation. Malheureusement, elles se font appeler journalistes. Non! Ce sont des femmes des médias, point à la ligne. C’est dans cette catégorie que l’on retrouve généralement les filles qui se jettent dans les bras de n’importe qui. Elles ont une façon de se comporter qui n’est pas très catholique. Nous le déplorons comme vous...

Des femmes journalistes ne sont-elles pas de véritables vagabondes sexuelles?
Les exceptions ne manquent pas, mais en général les filles journalistes sont responsables et sérieuses. Il y a aussi une opinion qu’il faut corriger. Quand une femme passe à la télé, on pense immédiatement qu’elle est prenable. Par son métier, elle fréquente divers milieux, mais très vite on la juge mal. Soit, elle est la copine de tel homme politique ou de tel P-dg. Ce sont des préjugés. Ils tapent à côtés. Je constate que la plupart des filles journalistes sont des filles bien et de bonne éducation. Elles savent ce qu’elles font. Leur vie privée n’engage qu’elles-mêmes.

Justement, les témoignages sur cette vie privée renseignent sur leur légèreté?
Pour couper court aux racontars, je pense que les femmes journalistes doivent commencer par se marier. Malheureusement, les filles de la télé ont du mal à se marier… A cause de tout ce qui se dit dans la ville autour de leur vie privée. Les hommes voudraient seulement sortir avec elles, mais sans songer au mariage. Conséquence: on se retrouve parfois à 40 ans sans mariage. D’autres, ivres de leur succès professionnel divorcent.

Comment vivez-vous votre célébrité?
Le vedettariat est une bonne chose, mais il a son revers de médaille. Il ne faut pas qu’on vous voie à l’arrêt de bus, il faut prendre en location un taxi. Quand on a une voiture, les gens ne s’imaginent pas qu’on peut manquer de carburant. Il ne faut surtout pas entrer dans une cabine publique pour téléphoner… Les gens crient vite au scandale. La télé, c’est compliqué. Les gens pensent que quand on est connu, on doit nécessairement avoir de l’argent. Il faut être toujours bien vu. Voilà pourquoi le coupage a encore de beaux jours devant lui.

Pourquoi un look de garçon?
C’est mon réalisateur de tous les temps, Gilbert Biladi, qui m’a conseillé la chemise-cravate parce qu’il trouvait mon timbre vocal grave comme un homme. Et cela a attiré beaucoup de téléspectateurs. Ça me permet de faire la différence.

TSHINGOMBE LUKUSA.
lesoftonline.net 03/04/2007

< Retour