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24.04.06 Constant N’Dom Nda Ombel : « Le 24 avril 1990, les opposants cherchaient le pouvoir pour faire comme Mobutu » (FdA)

Du 24 avril 1990 au 24 avril 2006, cela fait exactement, ce jour, 16 ans depuis que le maréchal Mobutu avait prononcé son discours à la Cité de la N’Sélé sur la démocratisation du régime issu du 24 novembre 1965
 
Pour vous replacer dans le contexte de l’époque, le desk politique de « Forum des As » s’est entretenu avec l’un des initiateurs ou rédacteurs du discours du 24 avril 1990, actuellement ministre de l’Agriculture, M. Constant N’Dom Nda Ombel. Il était, en avril 1990, le président du Groupe d’universitaires venus d’Europe sur invitation personnelle du maréchal Mobutu lors des Consultations populaires.

Vous étiez, en avril 1990, l’un des rédacteurs du discours prononcé par le maréchal Mobutu le 24 avril 1990. Dans quel contexte ce speech s’inscrivait-il à l’époque ?

Le discours du 24 avril 1990 n’était que la suite des Consultations populaires organisées par la volonté de Mobutu pour recueillir les différentes propositions devant tenir compte de l’évolution historique de l’heure, à savoir l’écroulement du mur de Berlin, le chamboulement idéologique ... Mobutu, en tant qu’homme maîtrisant le signe avant-coureur, savait qu’il ne pouvait plus continuer à être le gendarme de l’Occident en Afrique.

Il fallait donc changer le fusil d’épaule, c’est-à-dire mettre fin à un pouvoir personnel au profit d’un pouvoir ouvert à l’image de l’Occident. Je me souviens encore de notre mémorandum, nous universitaires venus d’Europe, où nous avions abordé ce problème en termes de réformes du pouvoir.

Il s’agissait, premièrement, de séparer l’Etat et le parti. Deuxièmement, le parti devait accepter des tendances en son sein au minimum et, au maximum accepter la création de trois partis politiques selon le modèle américain où britannique où l’on retrouve deux blocs qui s’affrontent.

Mais nous, nous avions préconisé trois partis politiques. Troisièmement, il était question de revenir à un Etat effectivement décentralisé et le Zaïre ne pouvait plus être gouverné à partir de Kinshasa. Enfin, quatrièmement, il fallait renforcer le rôle du Conseil consultatif permanent pour le développement.

Et sur le plan économique ?

Au niveau économique, nous avions proposé une subdivision en trois pools. Le pool nord devrait se consacrer à l’agriculture. On y retrouvait la Province Orientale, l’Equateur, le Kivu pool Est concernait l’exploitation minière avec le Katanga et le Kasaï et enfin, le pool des services, c’est-à-dire Kinshasa, avec une caisse de péréquation. Après avoir lu le mémorandum lui soumis, Mobutu a estimé nous étions dans le bon et nous associé à toutes les réflexions ayant après. J’étais le président de Groupe, Alexis Kadima en était le secrétaire. Comme membres, il y avait le Pr Dibinga, le journaliste Mayele Roger Mokende, Katalay…

16 ans après, avec le recul, quelle lecture faites-vous de cet événement, le discours du 24 avril 1990 ?

Au fait, lorsque, le 24 avril 1990, Mobutu fait son discours, je n’en croyais pas parce que j’avais quitté le pays avant le 24 avril 1990 en promettant de revenir si les choses étaient, bien faites. Curieusement, j’étais surpris de ce discours avec un Contenu tel que nous en avions discuté. C’était une véritable révolution, une vraie démocratisation qui commençait et dont les conséquences sont récoltées aujourd’hui. Car, Mobutu pouvait s’entêter, mais il avait préféré démocratiser son régime. Malheureusement, à cette époque, les Opposants n’avaient pas saisi la balle au bond pour pousser.

Ils n’avaient rien compris ou voulaient seulement prendre le pouvoir pour faire comme Mobutu au lieu d’accompagner la démocratie. En l’absence d’une opposition démocratique, nous avons tergiversé jusqu’à ce que l’Afdl soit arrivée pour arrêter la démocratie. Sinon, nous ne serions pas en train d’amorcer un nouveau processus.

D’après vous, pourquoi Mobutu avait-il pleuré le 24 avril 1990 ?

Cela est tout à fait normal, parce qu’il avait monopolisé le pouvoir pendant longtemps et son discours venait mettre fin à ce règne. C’est donc par nostalgie. Et cela traduisait l’importance même, la signification profonde de son acte, sachant qu’il ne pouvait plus être le Mobutu d’hier.

Quel est, selon vous, le bilan de la longue transition congolaise ?

N’eut été la guerre de l’Afdl, nous serions très loin. C’est donc l’Afdl qui nous a fait reculer pour recommencer la même chose aujourd’hui.

Pensez-vous qu’avec la tenue des élections, on peut dire qu’une page importante de l’histoire de la Rdc va être tournée ?

Je ne suis ni si optimiste, ni si pessimiste. On doit placer des garde-fous. On doit cesser de jouer avec le recensement, l’enrôlement des électeurs comme au Katanga où on a fait enrôler des Angolais, Cela peut se présenter comme une manipulation des chiffres en terme de nombre des voix. Un dérapage est vite arrivé au point que on se retrouve à la case de départ.

Déçu par le discours de Mobutu, Kithima Bin Ramazani voulait en découdre avec un caméraman

Au nombre des personnes déçues par le discours du 24 avril 1990, figurait en bonne place M. Kithima Bin Ramazani, à l’époque tout-puissant Secrétaire général du Mpr, la deuxième personnalité du régime et donc le seul maître après le « dieu Mobutu ».

Lui qui pensait que Mobutu allait prononcer un discours laconique servant à renforcer le pouvoir du parti-Etat, était désagréablement surpris de constater que le parti-Etat venait de tomber et lui avec. Finis les honneurs, avantages et autres bénéfices découlant de ses hautes fonctions au sein du régime de la Deuxième République dont la fin était désormais manifeste.

Assommé par ce discours-marteau, Kithima Bin Ramazani ne savait à quel saint se vouer et marchait difficilement vers le parking. Là aussi, étant redescendu sur terre, il n’avait plus droit aux honneurs habituels, et même à la voiture officielle et au cortége incarnant le pouvoir et suivant la voiture officielle. « Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement », conseille la Bible. Kithima était très loin de ce sage conseil.

C’est noyer dans ses soucis qu’il se rendra compte qu’un cameraman de l’ex-Ozrt (Rtnc) tentait de livrer aux téléspectateurs la déception que traduisait le visage du Secrétaire général du Mpr dont les fonctions prenaient désormais fin. Ayant un peu perdu le Nord, Kithima tenta de lui administrer un double-pattes, mais le cameraman, prudent, eut le temps de s’en éloigner.

Il disparut aussitôt sans demander ses restes. Revenu à ses amours, Kithima Bin Ramazani poursuivait son deuil personnel où il ne manquait plus que des larmes.

Certainement que Mobutu avait pleuré pour tous ses ex-collaborateurs aussi dans la salle. Mpr oyé ?

« Comprenez mon émotion » : Une phrase qui traduisait, déjà à cette époque, la fin d’un « homme-dieu »

Le grand Mobutu redouté en Afrique, l’homme-dieu que l’on représentait même survolant les nuages, le « Père de la nation zaïroise », fondait publiquement en larmes, le 24 avril 1990, en démissionnant, juridiquement parlant, de ses fonctions et à la tête du parti-Etat et à la tête du pays.

Comme pour s’excuser de cette faiblesse, il larguait cette phrase historique : « Comprenez mon émotion ». Mais, sa fragilité éclatait au grand jour et c’était la fin d’une époque. Car, il venait de mettre, lui-même, un terme à un long règne débuté le 24 novembre 1965. Cet homme, que les Zaïrois redoutaient même de critiquer en privé par crainte des représailles de sa « Guestapo », se révélait au grand jour comme tout autre homme.

Lui qui indiquait que, de son vivant, il n’y aurait jamais deux partis politiques au pays, décrétait dans son discours un multipartisme à trois. Le port du costume-cravate qu’il avait banni revenait en force grâce à la démocratisation du régime. Du jour au lendemain, la puissante machine politique du Mpr parti-Etat se transformait en un Mpr fait-privé. La Deuxième République connaissait une chute vertigineuse.

Cette émotion est encore compréhensible aujourd’hui tant que dure la transition. Ce lundi 24 avril 2006, les Congolais s’en souviennent comme si c’était hier. Le “Roi du Zaïre” négociait déjà son départ.

Comme Ndjoku Eyobaba, Konde Vila Kikanda était prêt à pleurer avec Mobutu le 24 avril 1990

Parmi les dignitaires du régime qui étaient fortement attristés par les pleurs de Mobutu, on remarquait surtout M. Konde Vila Kikanda, à l’époque Gouverneur de la ville Kinshasa.

Très visible sur les images de la télévision nationale, « Kvk » était au bard des larmes et il restait peu pour qu’il accompagne Mobutu dans ses pleurs. Lui qui prenait Mobutu pour un « sur-homme » n’en revenait pas.

On se souviendra qu’à l’époque Gouverneur de la ville Ndjoku Eyobaba pleurait l’épouse de Mobutu (maman Sese) lors de ses obsèques à chaudes larmes, lançant même des cris indiquant qu’il voulait être inhumé avec elle.

Gêné devant tant de visiteurs de marque et fatigue d’entendre ces pleurs, le maréchal Mobutu demanda qu’on l’enterra effectivement avec son épouse. Cela avait suffi pour calmer, définitivement alors, le grand pleureur national. Vive le patriotisme.


Marcellin Manduakila | Forum des As Kinshasa , 24.04.2006 | Politics

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