Congoforum Congoforum

print

Dernières infos

01.12.09 Friends of the Congo: MÉTAUX DE GUERRE: UN PRÉTEXTE POUR LES INTÉRÊTS MINIERS DES OCCIDENTAUX ET ALLIÉS DES USA

par Kambale Musavuli et Bodia Macharia

Depuis que l'attention de l'opinion publique est en éveil et que le silence commence à donner place à l'alarme au sujet des réalités du Congo et de l'exploitation dont le peuple Noir au cœur de l'Afrique est victime, on assiste à une multitude de "prescriptions" proférées par les puissances occidentales. Toutes cependant sont marquées par une omission totale du contexte social, politique, économique et historique du conflit. L'approche du « métaux de guerre» (conflict minerals en Anglais) émanant des Etats-Unis et de l'Europe sont symptomatiques à leur approche générale de toutes les réalités du Congo dans ce sens qu'ils visent à perpétuer les racines du conflit plutôt que de le résoudre.

 En effet, cette approche est obsessivement calibrée sur le rôle du FDLR (Front Démocratique de Libération du Rwanda) et autres groupes rebelles et laisse dans l'ombre le rôle joue par l'Uganda (qui doit au Congo $10 milliards par ordre de la Cour Internationale de Justice pour actes de pillage et crimes contre l'humanité à l'endroit du Congo) et le Rwanda (dont le rôle dans la perpétuation du conflit et le pillage des minerais Congolais est bien documenté par des rapports de l'ONU et des mandats d'arrêt internationaux contre ses plus hauts fonctionnaires). Le Rwanda est le principal point de transit des minerais pillés par les groupes rebelles FDLR, CNDP et bien d'autres, supposés être pourtant une menace pour la sécurité de ce dit-pays.

Selon Dow Jones, les exportations minières du Rwanda sont passées à 20% en 2008 par rapport à l'année précédente grâce aux recettes provenant du tungstène, cassitérite et coltan, trois principales matières premières dépourvues de son sol. On estime que si le pillage des minerais du Congo par le Rwanda continue au même rythme qu'il est aujourd'hui, ses revenues pourraient atteindre 200 millions de dollars US en 2010. Mr. Herman Cohen, ancien Secrétaire d'Etat aux Affaires Africaines le dit mieux que n'importe qui quand il affirme "ayant réussi à contrôler les Kivus pendant 12 ans, le Rwanda n'est pas prêt à se priver des richesses de cette région qui lui procure un pourcentage significatif de son produit national brut". Aussi longtemps que l'Occident donne carte blanche à Kagame, le conflit et l'instabilité persistera au Congo.

Selon un rapport publie en 2009 par Global Witness intitulé Faced With A Gun What Can You Do (Devant Un Fusil Que Pouvez-Vous Faire?), les statistiques du gouvernement Congolais et le rapport du Groupe des Experts et des Organisations Non Gouvernementales signalent que le Rwanda est l'un des principaux passages pour l'exportation illicite des minerais du Congo. Mais dans l'approche des occidentaux qui fustige les groupes armes tirant profit du pillage des minerais du Congo, il n'y a aucune mention du Rwanda, le plus grand bénéficiaire du conflit et du pillage des ressources du Congo qu'il alimente depuis tant d'années.

Tous ces groupes qui se font les défenseurs de la paix auraient certainement plus de crédit s'ils exerceraient une pression quelconque sur les multinationales qui sont directement associées avec le financement de la guerre et l'exploitation du peuple Congolais. Les noms de ces corporations sont pourtant bien connus à travers les rapports des Nations Unies, du Parlement Congolais, du Centre Carter, du Southern Africa Resource Watch et autres organisations non gouvernementales. Parmi celles-ci, on cite entre autres Traxys, OM Group, Blattner Elwyn Group, Freeport McMoran, Eagle Wings/Trinitech, Lundin, Kemet, Banro, AngloGold Ashanti, Anvil Mining, et First Quantum.

L'approche du « métaux de guerre» autant que la campagne Diamant de Sang qui a, en fait inspiré cette approche, fait abstraction absolue de la question de la souveraineté des ressources, point central de la guerre géostratégique sur les richesses du Congo; une guerre qui a justifié l'assassinat par l'Occident en 1961 de Patrice Lumumba, premier ministre démocratiquement élu du Congo, conduisant ainsi fatalement à l'anéantissement des aspirations du peuple Congolais pendant trois décennies avec l'installation au pouvoir du dictateur Mobutu. C'est au nom de cette même philosophie que les Etats Unis ont soutenu et financé l'invasion du Congo en 1996 et 1998 par le Rwanda et l'Uganda au détriment du mouvement non-violent et pro-démocratique populairement supporté par les masses congolaises.

Il est pénible de constater au grand chagrin du peuple Congolais que les membres de la nouvelle administration Américaine sont les anciens membres du gouvernement Clinton qui étaient les grands champions de l'invasion du Congo par le Rwanda et l'Uganda. Ce qui explique la tendance militariste qui sous-entend les orientations actuelles de l’administration Obama mettant l'accent sur la contre-insurgence dans les zones minérales plutôt que sur le rôle du Rwanda et l'Uganda come agresseurs et pilleurs du Congo.

L’obsession à focaliser les efforts dans la partie Est du Congo riche en minerais cache mal les intentions des lobbies à Washington qui préconisent sans cesse la balkanisation du Congo. Cette vision pèche par son inadéquation avec la nature, les dimensions et la problématique du Congo tout entier. Les décisions politiques prises à Kinshasa de l’Ouest du pays ont un impact direct et affectent l'évolution des événements à l'Est du Congo.

L'opinion selon laquelle le conflit du Congo est solvable seulement en mettant fin aux « métaux de guerre» n'est pas réaliste. La solution plausible et probablement aussi la plus rapide serait plutôt diplomatique et politique. Nous avons déjà vu comment la pression internationale peut être efficace avec la mise au garage en janvier 2009 de Laurent Nkunda et la démobilisation du CNDP, son groupe rebelle, par celui-là même qui en est le commanditeur, le président Paul Kagame du Rwanda. Des pressions plus robustes devraient être exercées sur Kagame et Museveni qui sont à la racine du conflit depuis 1996. Le FDLR peut également succomber plus aisément en élevant la température sur ses leaders qui vivent comme des pachas dans les pays occidentaux forçant ainsi tous les acteurs à s'asseoir autour d'une table de négociation plutôt que de renforcer l'approche militariste avec sa dichotomie des "bons" contre tous, qui seraient des "mauvais". La réalité est bien plus sombre que l'image du Blanc et Noir comme on le croit.

Cette approche politique et diplomatique que nous recommandons à la communauté internationale devrait être fondée sur les prescriptions suivantes:

1. S'allier avec la Suisse et la Norvège en exigeant que le Rwanda devienne un agent de la paix et de la stabilisation dans la région. Les Etats-Unis et la Grande Bretagne devraient peser lourdement sur leurs clients le Rwanda et l'Uganda avec menace de suspendre l'aide si nécessaire.

2. Imposer des sanctions sur les compagnies et individus engagés dans le trafic des minerais avec des groupes rebelles ou avec l’aide des pays limitrophes au Congo, particulièrement le Rwanda et l'Uganda. Le Canada, qui a gardé le silence jusqu'ici, alors que des compagnies canadiennes tirent un grand profit du trafic des minerais, doit être forcé à participer activement dans cet effort dans l'esprit de l'appel lancé par la résolution Bill C-300 dans le parlement Canadien.

3. Encourager les leaders du monde à s'engager résolument dans l'effort diplomatique et démontrer à la communauté mondiale combien le conflit du Congo - reconnue comme le plus meurtrier âpres la Deuxième Guerre Mondiale - est couteux en ressources et en vies humaines.

4. Rejeter sans la moindre tergiversation la militarisation de la région des grands Lacs par le truchement de l'AFRICOM qui a déjà causé plus de misère aux populations civiles ; Rejeter le renforcement des régimes autoritaires comme celui de Museveni en Uganda, (en place depuis 1986); de Kagame au Rwanda, (qui a gagne les élections en 2003 avec 95% des votes) ; Rejeter la restriction de l'espace politique dans tous les pays de la région des Grands-Lacs par ceux qui sont au pouvoir.

5. Exiger de l'administration du président Obama de se désengager de la vision militariste et de prendre plutôt un rôle actif dans l'effort diplomatique en mettant l'accent sur une formule qui peut conduire à une paix durable et à la stabilité politique dans la région.

Pour plus d'information sur les « métaux de guerre», visiter www.conflictminerals.org

Kambale Musavuli est le porte-parole et coordinateur des étudiants de Friends of the Congo. On peut le contacter à kambale@friendsofthecongo.org

Bodia Macharia est la Présidente de Friends of the Congo/Canada et peut être jointe à bodia@friendsofthecongo.org

Cet article a été traduit de l'Anglais par Fungula Fumu Ngondji, journaliste indépendant (fngondji@yahoo.com)




phone: 202-584-6512

< Retour