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01.07.10 MMC: La présence à Kinshasa du Roi Albert II de Belgique aux festivités du Cinquantenaire de la RDC saluée par les Congolais de l’étranger, selon le Prof. J.F. Mbala

La célébration du cinquantenaire de l’Indépendance de la RDC en présence inutilement controversée au départ du Roi Albert II de l’ancienne puissance colonisatrice du pays est une opportunité à saisir par les Congolais pour changer les mentalités et surtout nos attitudes face à la chose publique, clame le Prof. J.F. Mbala
Les Congolais de la diaspora n’ont pas été en reste dans la célébration du Cinquantenaire de l’Indépendance de la RDC. Vivre ce jubilé d’or du demi-siècle de l’indépendance est une chance que n’ont pas eue beaucoup de compatriotes passés à l’outre-tombe. De sorte que ceux qui voient ce jour glorieux ne manquent pas de se représenter sa valeur symbolique au pays comme à l’étranger. Un pertinent avis est à retenir sur cette question, celui d’un compatriote concerné et intéressé en la personne du Professeur John Francis Mbala, Docteur en Science Politique

Chercheur Associé CURAPP-CNRS, Faculté de droit de l’Université de Picardie Jules Verne. Il preste à Académie d'Amiens et à la Faculté de droit de l’Université Protestante au Congo-Kinshasa. Toute réaction utile peut lui parvenir par mail : johnfrancismbala@hotmail.com
 
A en croire donc de ténor de la communauté congolaise de l’étranger connu pour ses périodiques interventions devenues familières sur le site digitalcongo.net, une bonne frange des compatriotes congolais vivant à l’étranger saluent la célébration au pays de l’événement historique du jubilé d’or de l’indépendance sous le signe bien remarqué des retrouvailles belgo-congolaises avec la présence du Roi Albert II aux côtés du Président Joseph Kabila aux festivités du Cinquantenaire.

Depuis la France où il réside, le Prof. J.F. Mbala contacté au téléphone signale, en effet, de très bonnes impressions des compatriotes congolais vivant à l’étranger, même s’il n’y a pas unanimité totale dans l’ensemble de cette diaspora, comme on doit le reconnaître. L’infime partie des aigris n’efface pas l’importante communauté congolaise de l’étranger témoignant son admiration pour le cinglant démenti asséné à ceux qui tenaient à torpiller la visite à Kinshasa du Roi des Belges venu réchauffer les retrouvailles belgo-congolaises à l’heureuse occasion du cinquantenaire de la proclamation de l’indépendance de l’ancienne colonie belge.  

Dans les confidences transmises sur la position des Congolais de la diaspora autour de la célébration du demi-siècle de l’indépendance du pays, le Prof. J.F. Mbala, tout en signalant ne pouvoir s’exprimer au nom de tous, affirme que dans leur grand ensemble les compatriotes vivant à l’étranger se sont réjouis de fêter l’événement dans l’euphorie qu’il mérite. Ci-après les propos de cette communication.

Prof. John Francis Mbala, après le long silence que vous vous êtes imposé, voici une excellente occasion de sortir de ce mutisme, en l’occurrence la célébration du cinquantenaire de l'indépendance de notre pays pour lequel nous vous demandons de nous livrer la perception ou comment cet événement est vécu parmi vous les Congolais de l'étranger.
 
Merci de penser à ces milliers des Congolais à travers le monde et ce en nous associant d'une certaine manière par votre mode d'expression de l’internet à l'ère des Nouvelles technologies de l'Information et de la Communication. En toute humilité, alors que je vais m'exprimer avec force et vigueur ce midi en cette journée hautement symbolique, le 30 juin, cinquantenaire de l'indépendance de notre pays, je dois immédiatement relever le fait que je ne peux m'exprimer ici au nom de tous les Congolais de l'étranger, n'ayant pas reçu mandat dans ce sens, mais je peux vous apporter des éclairages sur leur perception dès lors que je reste un des leaders respectés de la diaspora congolaise en contacts avec différents réseaux, associations, catégories socioprofessionnelles.

Le 30 juin 1960 notre pays accède à l'indépendance. Cinquante ans après, comment nos compatriotes vivent t-ils cette journée ? Il se dégage une quasi unanimité pour relever que, en dépit des tumultes liés à l'histoire même de notre pays, c'est une grande joie qui domine, et les Congolais de l'étranger dans leur diversité saluent pour la plupart l'initiative qu'a eue le Président de la République, Son Excellence Joseph Kabila Kabange, d'inviter officiellement le Roi des Belges Albert II.. C'est là un signal fort donné à la Belgique, et cette politique de la main tendue a payé, puisque c'est avec toute la déférence due à sa haute personnalité que les Congolais unis derrière leur président ont accueilli le Roi Albert II et la Reine Paola qui ont daigné rehausser le jubilé d’or de la RDC de leurs présences.

Pour de nombreux Congolais de la Diaspora, il ressort que la présence du Roi Albert II est également un signal fort en direction de tout un peuple, de sa jeunesse, car il s'agit de nous accompagner vers notre devenir, sans plus nous infantiliser, mais en nous soutenant dans la construction d’un devenir commun, parce que la Belgique et le Congo sont et seront à jamais liés eu égard à un passé commun, parfois douloureux. Nous devons, me semble t-il, plus avoir le regard résolument tourné vers l'avenir.

Au sein de la diaspora congolaise de même que dans la classe politique belge, il faut néanmoins relever qu'il y a eu quelques voix discordantes sur le déplacement du Roi Albert II vers notre pays pour y participer aux festivités du cinquantenaire de l'indépendance. Si la liberté d'expression a été respectée, une chose a prévalu au sein de la classe politique belge : l'intérêt supérieur de la Nation. Ainsi le gouvernement belge a t-il préféré l’intérêt d’Etat pour autoriser le Roi à se rendre dans l’ancienne colonie parvenue au tournant de son demi-siècle de souveraineté. Nous sommes fiers de l'accueillir.

De l'avis général, même s'il faut respecter la minorité qui a lâché des voix discordantes, car, comme le disait Voltaire : « Même si je ne suis pas d'accord avec ce que tu dis, je me battrai pour que tu ais le droit de le dire », la question est moins de savoir si la visite officielle du Roi Albert II est un soutien au Président Joseph Kabila que de percevoir l'intérêt de raffermir les liens séculaires entre nos deux Nations.

En tentant de se focaliser sur une politique politicienne, certains n'ont pas perçu qu’au-delà du Président Joseph Kabila, il y a tout un peuple qui veut regarder vers l'avenir. Toutefois, il ne faut pas se le cacher, la diplomatie du Président Joseph KABILA doit être saluée

Mais, comment cette diplomatie du Président Joseph Kabila doit-elle, selon vous, être saluée ? Pouvez-vous être plus explicite ?

Lorsque le Président Joseph Kabila a invité officiellement le Roi Albert II, disons le clairement, ici certains Congolais de l'étranger et même dans la classe politique belge avaient laissé entendre que jamais le Roi ne se déplacera. Dois-je rappeler que des tergiversations sinon des débats houleux ont entouré ce qui n'était qu'un projet et qui aujourd'hui est une réalité qui sera à jamais inscrite dans l'histoire. Dépassant les critiques émises ici ou là, les Congolais conduits et encouragés par la détermination du chef de l'Etat n'ont ménagé aucun effort pour la préparation des festivités du cinquantenaire de l'indépendance.

Certes, des travaux ont provoqué des embouteillages, des incompréhensions mais en cette journée historique et demain nous réaliserons que l'aménagement des infrastructures et la rationalisation de la logistique mobilisée étaient nécessaire. Ce, d'autant plus que le dynamisme d'un pays en pleine reconstruction à travers les Cinq chantiers que j'aime à dire non pas du chef de l'Etat lui seul, mais de tous les Congolais, suppose une politique de bon voisinage et une diplomatie congolaise active et agissante.

C'est l'occasion ici de saluer la diplomatie d'ouverture menée par le Chef de l'Etat puisque, outre le Roi Albert II, de nombreuses personnalités dont d'autres têtes couronnées participent ce 30 juin au cinquantenaire de l'indépendance de notre pays. En Science politique et administrative, lorsqu’il existe une concordance politique entre la majorité présidentielle et la majorité parlementaire, la politique étrangère conduite par le gouvernement correspond avant tout à la vision politique et/ou le programme du chef de l'Etat.

La République démocratique du Congo de par l'obédience, mieux les alliances politiques au sein des institutions, ne traverse pas une situation de cohabitation. C'est donc bien de la diplomatie du Président Joseph Kabila que nous sommes en droit d'évoquer. Cette diplomatie rencontre un franc succès et c'est la fierté aussi de tout un peuple qui aspire à un avenir meilleur d'où la liesse populaire, la mobilisation spontanée pour accueillir dans la joie le Roi Albert II, notre illustre hôte

Le Roi Albert II en terre congolaise, qu'est-ce que cela vous inspire ?

C'est le courage d'un homme, un homme qui a su lire les signes des temps et sait que l'heure n'était pas aux querelles bassement politiciennes. De par son déplacement vers la terre de nos ancêtres, de par sa présence en ce moment en République démocratique du Congo il marque de son empreinte l'histoire. Nous entrons dans une ère des relations adultes entre Etats, relations que nous voulons décomplexées, débarrassées d'un paternalisme qui fut ambiant dans les discours et les pratiques.

Ainsi le ou les silences du Roi lors de cette visite officielle peuvent et doivent être interprétés comme la volonté de vraiment nous laisser nous réapproprier effectivement notre devenir. Le temps des rapports infantilisant les uns, valorisant les autres est passé, et la Belgique que représente le Roi Albert II n'échappe pas à la marche des Relations internationales. Le monde à changé ainsi qu'en témoigne la planétarisation des enjeux, politiques, sociales, culturelles et surtout écologique, eu égard à la question du développement durable. Au-delà de la présence du Roi Albert II, il convient de relever que les relations et/ou l'évolution vers un partenariat entre Etats ne sont pas nouvelles, seulement il me semble que le Roi n'arrive pas les mains vides, de la même manière que nous ne le laisserons pas partir sans quelques présents.

Au-delà de ces civilités et actes de sociabilité, il s'agit ici des accords de coopération qui peuvent poindre à l'horizon, mieux des externalités que peuvent engendrer divers potentiels investissements, à savoir qu'une forte délégation accompagne le Roi. Il est dans l'intérêt de notre pays de nouer des accords, raffermir nos liens avec la Belgique, de même que cela peut être le cas avec d'autres pays dans le cadre des accords bilatéraux. Au-delà d'une sorte de realpolitik, les relations belgo-congolaises sont chargées d'émotion, d'affection et le lien sentimental des Congolais à la Belgique, de même que celui des Belges à l'égard de notre pays, ce qui peut et doit être maintenu, renforcé. Seulement, il y a lieu d'évoluer vers une réciprocité. Nous en sommes encore loin, mais nous sommes dans la bonne direction, puisque nous veillons à ce que le partenariat soit prééminent dans nos rapports

Les relations belgo-congolaises se veulent, en effet adultes aujourd'hui, mais faut-il pour autant oublier le passé ?

Bien sur que le passé colonial est lourd et ce passif ne peut être occulté. Mais un autre discours comme le célèbre discours de Patrice Lumumba en présence du Roi Baudouin n'est pas nécessaire dans le contexte actuel. Ce discours était justifié pour lui par la volonté de marquer une rupture. A moins de vouloir pratiquer une politique de l'autruche ou faire abstraction du passé, personne, ni des Congolais, ni des Belges, ne souhaite, ne peut  oublier le passé, ce qui s'est passé. Des historiens ont rétabli des vérités. Des commémorations existent et un devoir de mémoire est maintenu.

Maintenant, qu'avons-nous, nous Congolais, à gagner de persister dans le remords, la rancune, le ressentiment. Les Belges d'aujourd'hui, ne sont pas les Belges d'hier! C'est une autre génération que nous devons côtoyer, et avec laquelle vivre dans des rapports décomplexés. Certes, cette génération ne doit pas pour autant oublier ce qu'ont fait leurs ancêtres et parents, mais en même temps elle ne doit pas porter à bout de bras ce lourd héritage colonial comme une tare, sinon l'avenir sera faussé. Ce n'est ni le lieu, ni le moment de tenter une approche comparative tant le cadre dans lequel se déroule cette interview nous incite à faire l'effort de concision, bien qu’une question mérite d'être posée, à savoir : Pourquoi et comment s'est construit le couple franco-allemand ?  Les Belges et les Congolais doivent surtout avoir le regard tourné vers l'avenir.

Puisque nous devons avoir le regard tourné vers l'avenir, comment entrevoyez-vous les questions cruciales de l'heure, car dès à présent il faut songer à l'après cinquantenaire et notamment les échéances qui pointent à l'horizon 2011.

Toutes fêtes finissent par passer et vous avez raison de poser la question du lendemain, de l'avenir. Ainsi posée, la question m'apparaît complexe, parce qu’il n'est pas aisé de lister mais nous pouvons tenter un classement avec pour priorité la question du social. Celle-ci est tributaire de l'état de l'économie. Le gouvernement tente d'engranger des recettes, restreindre le train de vie de l'Etat, enrayer le déficit budgétaire, faire face aux maux qui gangrènent le fonctionnement de l'Etat dont principalement la corruption, l'insécurité judiciaire.

Si des évolutions notables ont été observées depuis l'adoption de textes plus en phase avec les normes internationales, il sied de rappeler que la volonté politique de certains acteurs du champ politique paraît bien faible, si faible que  l'engouement et l'espoir qui était au rendez-vous durant les élections présidentielles de 2006 semblent s'effriter tant le peuple affiche une sorte de désaffection à l'égard de la classe politique qui affiche des signes ostentatoires de richesses.

La sanction risque d'être sans appel pour certains acteurs politiques détenant un mandat électoral et cependant, cela est un secret de polichinelle, l'opposition politique est nécessaire mais elle demeure factice ou du moins la faible culture politique du rôle de l'opposition dans une démocratie ne permettra pas une véritable alternance politique dans l'exécutif ni dans les assemblées locales et au Parlement. A ce propos, en dépit des soubresauts sinon des gesticulations au sein de la majorité parlementaire sinon la famille politique proche du chef de l'Etat, le Président Joseph Kabila dispose de l'Alliance pour la majorité présidentielle (AMP), un appareil politique structuré, majoritaire dans les assemblées et implanté dans la quasi totalité du territoire.

Il y a en outre l'argent est le nerf de la guerre et dans les batailles électorales qui pointent il sera difficile pour l'opposition de rivaliser avec l'AMP, même si la politique étant dynamique celle-ci est appelée à connaître des restructurations nécessaires. Toutefois, il ne fait l’ombre d’aucun doute que les partisans du chef de l'Etat, dont moi-même puisque je suis un intellectuel engagé et qu'il n'aura échappé à personne que je soutiens depuis fort longtemps le Président Joseph Kabila, nous inviterons ce dernier à se présenter à nouveau aux élections présidentielles prochaines, afin de poursuivre cette tâche immense que sont les Cinq chantiers  initiés par lui.

A mon humble avis, et l'histoire nous le renseigne, dans bien de pays, l'opinion publique est ingrate : ce n'est que plusieurs années après l'oeuvre achevée qu'elle reconnaît l'ampleur du travail accompli. Raison pour laquelle, le Président Joseph Kabila est appelé à ne pas s'arrêter en chemin. Qu'il y ait d'autres candidats que lui aux élections présidentielles, c'est la démocratie et cela est même nécessaire afin de confronter les idées. Ne dit-on pas, du choc des idées jaillit la lumière. Or et c'est dommage, certains manifestent une faible culture politique en s'enfermant dans des débats des personnes

Vous souteniez toujours, Professeur, que comme le disait  Henri Morton Stanley « Sans le chemin de fer, le Congo ne vaut pas un penny » en disant « Sans les Congolais de l'étranger le Congo ne vaut pas un dollar »,  pouvez-vous nous éclairer davantage ?

Nous n'allons pas ici rappeler le contexte dans lequel cette phrase fut prononcée dans le contexte déploré de l'exploitation illégale de nos richesses. En effet, l'heure est aujourd’hui à la fête dont il faut à tout prix assurer le succès. Aujourd'hui certains de nos compatriotes sont installés en République démocratique du Congo après avoir longtemps vécu à l'étranger, en phase avec le mobutisme ou pas. Ce sont tout justement ces Congolais de l'étranger dont Mzee Laurent-Désiré Kabila disait qu’ils allaient constituer l'ossature de l'alternance politique. Il n'est donc nullement dans mon état d'esprit de fustiger ces anciens Congolais de la diaspora revenus au pays.

Je veux seulement relever qu'en dépit de notre sol et sous-sol riches, sous-sol notamment qualifié de scandale géologique et qui a toujours suscité des envieux et des convoitises à la base des guerres chroniques aujourd'hui estompées, sinon maîtrisées, l'économie congolaise fonctionne également grâce à l'apport de la diaspora. Certes ce terme apparaît quelquefois péjoratif tant certains ont déçu, d'où le qualificatif de « diaspourie », il reste néanmoins que par les transferts des fonds que ces compatriotes de la diaspora effectuent vers leurs familles au Congo, ce qui se constate dans l'envoi de produits pharmaceutiques, alimentaires et les équipements des transports en commun, les Congolais de l'extérieur participent aux cinq chantiers  en cours.

Les Congolais de l'étranger sont une force, sans doute une force qui s'ignore. Qu'ils ferment ne serait-ce que quelques semaines les vannes, autrement dit les transferts en tout genre: véhicules, argent, aliments par exemple, c’est une brusque e intolérable privation de beauoup de produits qui sera déplorée au pays. Si les vannes des Congolais de l'étranger devraient être fermées quelques semaines, ce serait alors l'économie congolaise qui serait asphyxiée. Mais au-delà des biens matériels ou de la force financière, les Congolais de l'étranger constituent un atout, faut-il encore qu'ils soient effectivement et véritablement associés au processus de reconstruction

Dès lors les Congolais de Belgique, de France, d'Amérique ou d'ailleurs ont un rôle à jouer, si l'on vous comprend bien !

 Mais bien sûr que oui ! le Président Joseph KABILA avait déjà lancé un appel qui a été en partie entendu. Dans une interview accordée au journal belge Le Soir, à la question : Comment voyez-vous l’avenir du Congo ? il avait eu l’édifiante réponse suivante : « Pour moi, le Congo c’est la Chine de demain : d’ici 2011, l’exemple pour moi viendra des pays asiatiques, que l’on appelle les « Dragons ». Le Congo va surprendre, car il se redressera beaucoup plus vite que prévu. A mes compatriotes de la diaspora, je dis de rentrer au pays ! Venez participer à la reconstruction, il y a de la place pour tout le monde, et la liberté d’expression, la sécurité de tous seront garanties. »

La visite du roi Albert II à l'occasion des festivités de l'indépendance en cette journée du 30 juin est l'occasion de rappeler que dans son pays, de nombreux Congolais constituent un capital humain. Ces compatriotes ont acquis une expertise, obtenu des qualifications  notamment universitaires sans pouvoir concrétiser le projet de retour. Mais comme il faut le rappeler, le Congo n 'a pas besoin que d'intellectuels car ainsi qu'il est dit : «  il n’y a pas de sots métiers, il n' y a que de sottes gens ». 

A mon sens si les Congolais de l'étranger hésitent à concrétiser leur projet de retour pour ceux qui en ont, cela ne résulte pas seulement des questions sécuritaires comme on l'entend bien souvent dire. En effet, il faut relever qu'il n'existe pas vraiment de véritables structures connues pour apporter la bonne information et canaliser, drainer, accueillir les Congolais désireux d'emprunter le chemin du retour sinon découvrir les potentialités offertes et s'y installer. Certes, des organigrammes administratifs existent tant au sein du Ministère des Affaires étrangères que dans nos représentations diplomatiques. Seulement allez demander, par exemple, aux compatriotes de Matongé à Bruxelles, sinon de Château rouge à Paris ou Brixton à Londres s'ils connaissent la Maison des Congolais de l'étranger et des Migrants dont les bureaux se trouvent à Kinshasa.

En 2006, j'avais été porteur d'un projet de Ministère des Congolais de l'étranger et de l'intégration régionale (MCEIR). Il y a eu plutôt la création d'un poste de Vice-ministère des Congolais de l'étranger rattaché au Ministère des Affaires étrangères. Nous connaissons la suite même s'il faut relever que des pistes ont été ouvertes. J'avais alors alerté les Congolais de l'étranger sur l'éventualité de la suppression de cette structure.

 Aujourd'hui, ce poste a été carrément supprimé. Nous avons donc le devoir et j'ai à nouveau pris l'initiative de proposer dans un avenir proche la prise en compte des Congolais de l'étranger par une nouvelle structure autonome créée spécialement au sein du gouvernement. Il peut s'agir d'un Commissariat en charge de la diaspora, mais personnellement je plaide pour la création d'un ministère à l'instar du Mali

Quel est, en fait,  l'intérêt selon vous d'un Ministère des Congolais de l'étranger ?

Savez-vous que l'apport financier des Maliens de l'extérieur avoisine l'aide au développement du Mali ? Pourquoi les Maliens ont-ils créé un Ministère et pas nous ? Je reste persuadé que les milliers de Congolais qui résident en Belgique d'où vient le Roi Albert II ont pour certains un projet de retour, mais reçoivent-ils la bonne information ? Ont-ils simplement confiance aux structures mises en place présentement pour ce faire ? Je n’ai nullement l’intention de tirer à boulets rouges sur qui que ce soit, mais force est de reconnaître qu'un déficit de communication existe. Pour combler ce déficit et mieux rationaliser la gestion des Congolais de l'étranger et installer chez eux un climat de confiance, des partenariats des techniques inspirées du marketing existent mais au-delà de ces termes commerciaux, existent, simplement, la parole, la palabre, le débat et ce sans triomphalisme mais en toute humilité avec l'acceptation de la contradiction dans la dignité humaine et le respect de l'autre.

Voyez-vous un  rôle que la Belgique ainsi que d’autres pays partenaires peuvent-ils jouer au-delà du 30 juin ?

La Belgique est un partenaire indispensable mais pas incontournable compte tenu de la donne multilatérale et l'essor de la mondialisation. L'histoire nous renseigne que nos partenaires belges ont intégré le fait que depuis 1989 avec la chute du Mur de Berlin, le rapprochement soviéto-américain, la contrainte d'emprunter la voie démocratique pour les Etats africains selon les critères des  institutions de Bretton Woods, il est plutôt souhaitable d'éviter des bouderies répétées. L'on se souviendra à ce sujet des propos de Karel De Gutch alors Ministre des Affaires étrangères.

Aujourd'hui l'heure est à la fête. Ainsi, plus que de la part de beaucoup de nos autres partenaires, la Belgique peut apporter beaucoup à notre pays tant dans le domaine de l'éducation que de la coopération militaire, parce que les Belges connaissent mieux notre pays et son Peuple. La Belgique peut d'une certaine manière agir au sein de l'Union européenne dans le sens d'une meilleure implication de cette institution pour la République démocratique du Congo. Seulement nous ne devons pas pour autant tout attendre de nos partenaires ni de la Belgique. Concernant nos relations avec la Belgique la question peut être: qu'est-ce que nous Congolais pouvons aussi apporter à la Belgique ? Un véritable partenariat équilibré suppose et supposera que la République démocratique du Congo apporte également quelque chose à la Belgique, sinon nous serons demain à la traîne. Infantilisé. Le mot partenariat sera vidé de sa substance

Je crois qu’il faut clore l’échange, quel est votre mot de la fin ?

L'indépendance de la République démocratique du Congo comme nous renseigne l'histoire n’a pas été octroyée. C'est dans la lutte, voire le sang, que nos illustres compatriotes disparus l'ont arrachée. Mais aujourd'hui il nous faut regarder vers l'avenir sans oublier le passé. Les Congolais de l'étranger ont pour certains festoyé chez eux dès ce matin, d'autres au sein des associations sinon dans nos représentations diplomatiques.

Il reste maintenant qu’au-delà de l'indépendance politique nous avons une autre indépendance à acquérir, l'indépendance des esprits. Il nous faut changer les mentalités et surtout nos attitudes face à la chose publique parce que la position d'extériorité face à la res publica mine les possibilités d'un réel décollage économique. Je pense qu'il faut s'approprier ce que disait le Président américain John Fitzgerald Kennedy : « Ne te demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, mais demande-toi ce que tu peux faire pour ton pays ». J'ai dit.

Entretien présenté par Daniel Nzuzi/MMC

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