
Dernières infos
01.07.10 MMC: La présence à Kinshasa du Roi Albert II de Belgique aux festivités du Cinquantenaire de la RDC saluée par les Congolais de létranger, selon le Prof. J.F. Mbala
La célébration du cinquantenaire de lIndépendance de la RDC en présence inutilement controversée au départ du Roi Albert II de lancienne puissance colonisatrice du pays est une opportunité à saisir par les Congolais pour changer les mentalités et surtout nos attitudes face à la chose publique, clame le Prof. J.F. Mbala
Les
Congolais de la diaspora n’ont pas été en reste dans la célébration du
Cinquantenaire de l’Indépendance de la RDC. Vivre ce jubilé d’or du
demi-siècle de l’indépendance est une chance que n’ont pas eue beaucoup
de compatriotes passés à l’outre-tombe. De sorte que ceux qui voient ce
jour glorieux ne manquent pas de se représenter sa valeur symbolique au
pays comme à l’étranger. Un pertinent avis est à retenir sur cette
question, celui d’un compatriote concerné et intéressé en la personne du
Professeur John Francis Mbala, Docteur en Science Politique
Chercheur Associé CURAPP-CNRS, Faculté de droit de l’Université de
Picardie Jules Verne. Il preste à Académie d'Amiens et à la Faculté de
droit de l’Université Protestante au Congo-Kinshasa. Toute réaction
utile peut lui parvenir par mail : johnfrancismbala@hotmail.com
A en croire donc de ténor de la communauté congolaise de l’étranger
connu pour ses périodiques interventions devenues familières sur le site
digitalcongo.net, une bonne frange des compatriotes congolais vivant à
l’étranger saluent la célébration au pays de l’événement historique du
jubilé d’or de l’indépendance sous le signe bien remarqué des
retrouvailles belgo-congolaises avec la présence du Roi Albert II aux
côtés du Président Joseph Kabila aux festivités du Cinquantenaire.
Depuis la France où il réside, le Prof. J.F. Mbala contacté au téléphone
signale, en effet, de très bonnes impressions des compatriotes
congolais vivant à l’étranger, même s’il n’y a pas unanimité totale dans
l’ensemble de cette diaspora, comme on doit le reconnaître. L’infime
partie des aigris n’efface pas l’importante communauté congolaise de
l’étranger témoignant son admiration pour le cinglant démenti asséné à
ceux qui tenaient à torpiller la visite à Kinshasa du Roi des Belges
venu réchauffer les retrouvailles belgo-congolaises à l’heureuse
occasion du cinquantenaire de la proclamation de l’indépendance de
l’ancienne colonie belge.
Dans les confidences transmises sur la position des Congolais de la
diaspora autour de la célébration du demi-siècle de l’indépendance du
pays, le Prof. J.F. Mbala, tout en signalant ne pouvoir s’exprimer au
nom de tous, affirme que dans leur grand ensemble les compatriotes
vivant à l’étranger se sont réjouis de fêter l’événement dans l’euphorie
qu’il mérite. Ci-après les propos de cette communication.
Prof. John Francis Mbala, après le long silence que vous
vous êtes imposé, voici une excellente occasion de sortir de ce mutisme,
en l’occurrence la célébration du cinquantenaire de l'indépendance de
notre pays pour lequel nous vous demandons de nous livrer la perception
ou comment cet événement est vécu parmi vous les Congolais de
l'étranger.
Merci de penser à ces milliers des Congolais à travers le monde et ce en
nous associant d'une certaine manière par votre mode d'expression de
l’internet à l'ère des Nouvelles technologies de l'Information et de la
Communication. En toute humilité, alors que je vais m'exprimer avec
force et vigueur ce midi en cette journée hautement symbolique, le 30
juin, cinquantenaire de l'indépendance de notre pays, je dois
immédiatement relever le fait que je ne peux m'exprimer ici au nom de
tous les Congolais de l'étranger, n'ayant pas reçu mandat dans ce sens,
mais je peux vous apporter des éclairages sur leur perception dès lors
que je reste un des leaders respectés de la diaspora congolaise en
contacts avec différents réseaux, associations, catégories
socioprofessionnelles.
Le 30 juin 1960 notre pays accède à l'indépendance. Cinquante ans après,
comment nos compatriotes vivent t-ils cette journée ? Il se dégage une
quasi unanimité pour relever que, en dépit des tumultes liés à
l'histoire même de notre pays, c'est une grande joie qui domine, et les
Congolais de l'étranger dans leur diversité saluent pour la plupart
l'initiative qu'a eue le Président de la République, Son Excellence
Joseph Kabila Kabange, d'inviter officiellement le Roi des Belges Albert
II.. C'est là un signal fort donné à la Belgique, et cette politique de
la main tendue a payé, puisque c'est avec toute la déférence due à sa
haute personnalité que les Congolais unis derrière leur président ont
accueilli le Roi Albert II et la Reine Paola qui ont daigné rehausser le
jubilé d’or de la RDC de leurs présences.
Pour de nombreux Congolais de la Diaspora, il ressort que la présence du
Roi Albert II est également un signal fort en direction de tout un
peuple, de sa jeunesse, car il s'agit de nous accompagner vers notre
devenir, sans plus nous infantiliser, mais en nous soutenant dans la
construction d’un devenir commun, parce que la Belgique et le Congo sont
et seront à jamais liés eu égard à un passé commun, parfois douloureux.
Nous devons, me semble t-il, plus avoir le regard résolument tourné
vers l'avenir.
Au sein de la diaspora congolaise de même que dans la classe politique
belge, il faut néanmoins relever qu'il y a eu quelques voix discordantes
sur le déplacement du Roi Albert II vers notre pays pour y participer
aux festivités du cinquantenaire de l'indépendance. Si la liberté
d'expression a été respectée, une chose a prévalu au sein de la classe
politique belge : l'intérêt supérieur de la Nation. Ainsi le
gouvernement belge a t-il préféré l’intérêt d’Etat pour autoriser le Roi
à se rendre dans l’ancienne colonie parvenue au tournant de son
demi-siècle de souveraineté. Nous sommes fiers de l'accueillir.
De l'avis général, même s'il faut respecter la minorité qui a lâché des
voix discordantes, car, comme le disait Voltaire : « Même si je ne suis
pas d'accord avec ce que tu dis, je me battrai pour que tu ais le droit
de le dire », la question est moins de savoir si la visite officielle du
Roi Albert II est un soutien au Président Joseph Kabila que de
percevoir l'intérêt de raffermir les liens séculaires entre nos deux
Nations.
En tentant de se focaliser sur une politique politicienne, certains
n'ont pas perçu qu’au-delà du Président Joseph Kabila, il y a tout un
peuple qui veut regarder vers l'avenir. Toutefois, il ne faut pas se le
cacher, la diplomatie du Président Joseph KABILA doit être saluée
Mais, comment cette diplomatie du Président Joseph Kabila
doit-elle, selon vous, être saluée ? Pouvez-vous être plus explicite ?
Lorsque le Président Joseph Kabila a invité officiellement le Roi Albert
II, disons le clairement, ici certains Congolais de l'étranger et même
dans la classe politique belge avaient laissé entendre que jamais le Roi
ne se déplacera. Dois-je rappeler que des tergiversations sinon des
débats houleux ont entouré ce qui n'était qu'un projet et qui
aujourd'hui est une réalité qui sera à jamais inscrite dans l'histoire.
Dépassant les critiques émises ici ou là, les Congolais conduits et
encouragés par la détermination du chef de l'Etat n'ont ménagé aucun
effort pour la préparation des festivités du cinquantenaire de
l'indépendance.
Certes, des travaux ont provoqué des embouteillages, des
incompréhensions mais en cette journée historique et demain nous
réaliserons que l'aménagement des infrastructures et la rationalisation
de la logistique mobilisée étaient nécessaire. Ce, d'autant plus que le
dynamisme d'un pays en pleine reconstruction à travers les Cinq
chantiers que j'aime à dire non pas du chef de l'Etat lui seul, mais de
tous les Congolais, suppose une politique de bon voisinage et une
diplomatie congolaise active et agissante.
C'est l'occasion ici de saluer la diplomatie d'ouverture menée par le
Chef de l'Etat puisque, outre le Roi Albert II, de nombreuses
personnalités dont d'autres têtes couronnées participent ce 30 juin au
cinquantenaire de l'indépendance de notre pays. En Science politique et
administrative, lorsqu’il existe une concordance politique entre la
majorité présidentielle et la majorité parlementaire, la politique
étrangère conduite par le gouvernement correspond avant tout à la vision
politique et/ou le programme du chef de l'Etat.
La République démocratique du Congo de par l'obédience, mieux les
alliances politiques au sein des institutions, ne traverse pas une
situation de cohabitation. C'est donc bien de la diplomatie du Président
Joseph Kabila que nous sommes en droit d'évoquer. Cette diplomatie
rencontre un franc succès et c'est la fierté aussi de tout un peuple qui
aspire à un avenir meilleur d'où la liesse populaire, la mobilisation
spontanée pour accueillir dans la joie le Roi Albert II, notre illustre
hôte
Le Roi Albert II en terre congolaise, qu'est-ce que cela
vous inspire ?
C'est le courage d'un homme, un homme qui a su lire les signes des temps
et sait que l'heure n'était pas aux querelles bassement politiciennes.
De par son déplacement vers la terre de nos ancêtres, de par sa présence
en ce moment en République démocratique du Congo il marque de son
empreinte l'histoire. Nous entrons dans une ère des relations adultes
entre Etats, relations que nous voulons décomplexées, débarrassées d'un
paternalisme qui fut ambiant dans les discours et les pratiques.
Ainsi le ou les silences du Roi lors de cette visite officielle peuvent
et doivent être interprétés comme la volonté de vraiment nous laisser
nous réapproprier effectivement notre devenir. Le temps des rapports
infantilisant les uns, valorisant les autres est passé, et la Belgique
que représente le Roi Albert II n'échappe pas à la marche des Relations
internationales. Le monde à changé ainsi qu'en témoigne la
planétarisation des enjeux, politiques, sociales, culturelles et surtout
écologique, eu égard à la question du développement durable. Au-delà de
la présence du Roi Albert II, il convient de relever que les relations
et/ou l'évolution vers un partenariat entre Etats ne sont pas nouvelles,
seulement il me semble que le Roi n'arrive pas les mains vides, de la
même manière que nous ne le laisserons pas partir sans quelques
présents.
Au-delà de ces civilités et actes de sociabilité, il s'agit ici des
accords de coopération qui peuvent poindre à l'horizon, mieux des
externalités que peuvent engendrer divers potentiels investissements, à
savoir qu'une forte délégation accompagne le Roi. Il est dans l'intérêt
de notre pays de nouer des accords, raffermir nos liens avec la
Belgique, de même que cela peut être le cas avec d'autres pays dans le
cadre des accords bilatéraux. Au-delà d'une sorte de realpolitik, les
relations belgo-congolaises sont chargées d'émotion, d'affection et le
lien sentimental des Congolais à la Belgique, de même que celui des
Belges à l'égard de notre pays, ce qui peut et doit être maintenu,
renforcé. Seulement, il y a lieu d'évoluer vers une réciprocité. Nous en
sommes encore loin, mais nous sommes dans la bonne direction, puisque
nous veillons à ce que le partenariat soit prééminent dans nos rapports
Les relations belgo-congolaises se veulent, en
effet adultes aujourd'hui, mais faut-il pour autant oublier le passé ?
Bien sur que le passé colonial est lourd et ce passif ne peut être
occulté. Mais un autre discours comme le célèbre discours de Patrice
Lumumba en présence du Roi Baudouin n'est pas nécessaire dans le
contexte actuel. Ce discours était justifié pour lui par la volonté de
marquer une rupture. A moins de vouloir pratiquer une politique de
l'autruche ou faire abstraction du passé, personne, ni des Congolais, ni
des Belges, ne souhaite, ne peut oublier le passé, ce qui s'est passé.
Des historiens ont rétabli des vérités. Des commémorations existent et
un devoir de mémoire est maintenu.
Maintenant, qu'avons-nous, nous Congolais, à gagner de persister dans le
remords, la rancune, le ressentiment. Les Belges d'aujourd'hui, ne sont
pas les Belges d'hier! C'est une autre génération que nous devons
côtoyer, et avec laquelle vivre dans des rapports décomplexés. Certes,
cette génération ne doit pas pour autant oublier ce qu'ont fait leurs
ancêtres et parents, mais en même temps elle ne doit pas porter à bout
de bras ce lourd héritage colonial comme une tare, sinon l'avenir sera
faussé. Ce n'est ni le lieu, ni le moment de tenter une approche
comparative tant le cadre dans lequel se déroule cette interview nous
incite à faire l'effort de concision, bien qu’une question mérite d'être
posée, à savoir : Pourquoi et comment s'est construit le couple
franco-allemand ? Les Belges et les Congolais doivent surtout avoir le
regard tourné vers l'avenir.
Puisque nous devons avoir le regard tourné vers l'avenir,
comment entrevoyez-vous les questions cruciales de l'heure, car dès à
présent il faut songer à l'après cinquantenaire et notamment les
échéances qui pointent à l'horizon 2011.
Toutes fêtes finissent par passer et vous avez raison de poser la
question du lendemain, de l'avenir. Ainsi posée, la question m'apparaît
complexe, parce qu’il n'est pas aisé de lister mais nous pouvons tenter
un classement avec pour priorité la question du social. Celle-ci est
tributaire de l'état de l'économie. Le gouvernement tente d'engranger
des recettes, restreindre le train de vie de l'Etat, enrayer le déficit
budgétaire, faire face aux maux qui gangrènent le fonctionnement de
l'Etat dont principalement la corruption, l'insécurité judiciaire.
Si des évolutions notables ont été observées depuis l'adoption de textes
plus en phase avec les normes internationales, il sied de rappeler que
la volonté politique de certains acteurs du champ politique paraît bien
faible, si faible que l'engouement et l'espoir qui était au rendez-vous
durant les élections présidentielles de 2006 semblent s'effriter tant
le peuple affiche une sorte de désaffection à l'égard de la classe
politique qui affiche des signes ostentatoires de richesses.
La sanction risque d'être sans appel pour certains acteurs politiques
détenant un mandat électoral et cependant, cela est un secret de
polichinelle, l'opposition politique est nécessaire mais elle demeure
factice ou du moins la faible culture politique du rôle de l'opposition
dans une démocratie ne permettra pas une véritable alternance politique
dans l'exécutif ni dans les assemblées locales et au Parlement. A ce
propos, en dépit des soubresauts sinon des gesticulations au sein de la
majorité parlementaire sinon la famille politique proche du chef de
l'Etat, le Président Joseph Kabila dispose de l'Alliance pour la
majorité présidentielle (AMP), un appareil politique structuré,
majoritaire dans les assemblées et implanté dans la quasi totalité du
territoire.
Il y a en outre l'argent est le nerf de la guerre et dans les batailles
électorales qui pointent il sera difficile pour l'opposition de
rivaliser avec l'AMP, même si la politique étant dynamique celle-ci est
appelée à connaître des restructurations nécessaires. Toutefois, il ne
fait l’ombre d’aucun doute que les partisans du chef de l'Etat, dont
moi-même puisque je suis un intellectuel engagé et qu'il n'aura échappé à
personne que je soutiens depuis fort longtemps le Président Joseph
Kabila, nous inviterons ce dernier à se présenter à nouveau aux
élections présidentielles prochaines, afin de poursuivre cette tâche
immense que sont les Cinq chantiers initiés par lui.
A mon humble avis, et l'histoire nous le renseigne, dans bien de pays,
l'opinion publique est ingrate : ce n'est que plusieurs années après
l'oeuvre achevée qu'elle reconnaît l'ampleur du travail accompli. Raison
pour laquelle, le Président Joseph Kabila est appelé à ne pas s'arrêter
en chemin. Qu'il y ait d'autres candidats que lui aux élections
présidentielles, c'est la démocratie et cela est même nécessaire afin de
confronter les idées. Ne dit-on pas, du choc des idées jaillit la
lumière. Or et c'est dommage, certains manifestent une faible culture
politique en s'enfermant dans des débats des personnes
Vous souteniez toujours, Professeur, que comme le disait
Henri Morton Stanley « Sans le chemin de fer, le Congo ne vaut pas un
penny » en disant « Sans les Congolais de l'étranger le Congo ne vaut
pas un dollar », pouvez-vous nous éclairer davantage ?
Nous n'allons pas ici rappeler le contexte dans lequel cette phrase fut
prononcée dans le contexte déploré de l'exploitation illégale de nos
richesses. En effet, l'heure est aujourd’hui à la fête dont il faut à
tout prix assurer le succès. Aujourd'hui certains de nos compatriotes
sont installés en République démocratique du Congo après avoir longtemps
vécu à l'étranger, en phase avec le mobutisme ou pas. Ce sont tout
justement ces Congolais de l'étranger dont Mzee Laurent-Désiré Kabila
disait qu’ils allaient constituer l'ossature de l'alternance politique.
Il n'est donc nullement dans mon état d'esprit de fustiger ces anciens
Congolais de la diaspora revenus au pays.
Je veux seulement relever qu'en dépit de notre sol et sous-sol riches,
sous-sol notamment qualifié de scandale géologique et qui a toujours
suscité des envieux et des convoitises à la base des guerres chroniques
aujourd'hui estompées, sinon maîtrisées, l'économie congolaise
fonctionne également grâce à l'apport de la diaspora. Certes ce terme
apparaît quelquefois péjoratif tant certains ont déçu, d'où le
qualificatif de « diaspourie », il reste néanmoins que par les
transferts des fonds que ces compatriotes de la diaspora effectuent vers
leurs familles au Congo, ce qui se constate dans l'envoi de produits
pharmaceutiques, alimentaires et les équipements des transports en
commun, les Congolais de l'extérieur participent aux cinq chantiers en
cours.
Les Congolais de
l'étranger sont une force, sans doute une force qui s'ignore. Qu'ils
ferment ne serait-ce que quelques semaines les vannes, autrement dit les
transferts en tout genre: véhicules, argent, aliments par exemple,
c’est une brusque e intolérable privation de beauoup de produits qui
sera déplorée au pays. Si les vannes des Congolais de l'étranger
devraient être fermées quelques semaines, ce serait alors l'économie
congolaise qui serait asphyxiée. Mais au-delà des biens matériels ou de
la force financière, les Congolais de l'étranger constituent un atout,
faut-il encore qu'ils soient effectivement et véritablement associés au
processus de reconstruction
Dès lors les Congolais de Belgique, de France, d'Amérique
ou d'ailleurs ont un rôle à jouer, si l'on vous comprend bien !
Mais bien sûr que oui ! le Président Joseph KABILA avait déjà lancé un
appel qui a été en partie entendu. Dans une interview accordée au
journal belge Le Soir, à la question : Comment voyez-vous l’avenir du
Congo ? il avait eu l’édifiante réponse suivante : « Pour moi, le Congo
c’est la Chine de demain : d’ici 2011, l’exemple pour moi viendra des
pays asiatiques, que l’on appelle les « Dragons ». Le Congo va
surprendre, car il se redressera beaucoup plus vite que prévu. A mes
compatriotes de la diaspora, je dis de rentrer au pays ! Venez
participer à la reconstruction, il y a de la place pour tout le monde,
et la liberté d’expression, la sécurité de tous seront garanties. »
La visite du roi Albert II à l'occasion des festivités de l'indépendance
en cette journée du 30 juin est l'occasion de rappeler que dans son
pays, de nombreux Congolais constituent un capital humain. Ces
compatriotes ont acquis une expertise, obtenu des qualifications
notamment universitaires sans pouvoir concrétiser le projet de retour.
Mais comme il faut le rappeler, le Congo n 'a pas besoin que
d'intellectuels car ainsi qu'il est dit : « il n’y a pas de sots
métiers, il n' y a que de sottes gens ».
A mon sens si les Congolais de l'étranger hésitent à concrétiser leur
projet de retour pour ceux qui en ont, cela ne résulte pas seulement des
questions sécuritaires comme on l'entend bien souvent dire. En effet,
il faut relever qu'il n'existe pas vraiment de véritables structures
connues pour apporter la bonne information et canaliser, drainer,
accueillir les Congolais désireux d'emprunter le chemin du retour sinon
découvrir les potentialités offertes et s'y installer. Certes, des
organigrammes administratifs existent tant au sein du Ministère des
Affaires étrangères que dans nos représentations diplomatiques.
Seulement allez demander, par exemple, aux compatriotes de Matongé à
Bruxelles, sinon de Château rouge à Paris ou Brixton à Londres s'ils
connaissent la Maison des Congolais de l'étranger et des Migrants dont
les bureaux se trouvent à Kinshasa.
En 2006, j'avais été porteur d'un projet de Ministère des Congolais de
l'étranger et de l'intégration régionale (MCEIR). Il y a eu plutôt la
création d'un poste de Vice-ministère des Congolais de l'étranger
rattaché au Ministère des Affaires étrangères. Nous connaissons la suite
même s'il faut relever que des pistes ont été ouvertes. J'avais alors alerté les Congolais de l'étranger sur l'éventualité
de la suppression de cette structure.
Aujourd'hui, ce poste a été carrément supprimé. Nous avons donc le
devoir et j'ai à nouveau pris l'initiative de proposer dans un avenir
proche la prise en compte des Congolais de l'étranger par une nouvelle
structure autonome créée spécialement au sein du gouvernement. Il peut
s'agir d'un Commissariat en charge de la diaspora, mais personnellement
je plaide pour la création d'un ministère à l'instar du Mali
Quel est, en fait, l'intérêt selon vous d'un Ministère des
Congolais de l'étranger ?
Savez-vous que l'apport financier des Maliens de l'extérieur avoisine
l'aide au développement du Mali ? Pourquoi les Maliens ont-ils créé un
Ministère et pas nous ? Je reste persuadé que les milliers de Congolais
qui résident en Belgique d'où vient le Roi Albert II ont pour certains
un projet de retour, mais reçoivent-ils la bonne information ? Ont-ils
simplement confiance aux structures mises en place présentement pour ce
faire ? Je n’ai nullement l’intention de tirer à boulets rouges sur qui
que ce soit, mais force est de reconnaître qu'un déficit de
communication existe. Pour combler ce déficit et mieux rationaliser la
gestion des Congolais de l'étranger et installer chez eux un climat de
confiance, des partenariats des techniques inspirées du marketing
existent mais au-delà de ces termes commerciaux, existent, simplement,
la parole, la palabre, le débat et ce sans triomphalisme mais en toute
humilité avec l'acceptation de la contradiction dans la dignité humaine
et le respect de l'autre.
Voyez-vous un rôle que la Belgique ainsi que d’autres pays
partenaires peuvent-ils jouer au-delà du 30 juin ?
La Belgique est un partenaire indispensable mais pas incontournable
compte tenu de la donne multilatérale et l'essor de la mondialisation.
L'histoire nous renseigne que nos partenaires belges ont intégré le fait
que depuis 1989 avec la chute du Mur de Berlin, le rapprochement
soviéto-américain, la contrainte d'emprunter la voie démocratique pour
les Etats africains selon les critères des institutions de Bretton
Woods, il est plutôt souhaitable d'éviter des bouderies répétées. L'on
se souviendra à ce sujet des propos de Karel De Gutch alors Ministre des
Affaires étrangères.
Aujourd'hui l'heure est à la fête. Ainsi, plus que de la part de
beaucoup de nos autres partenaires, la Belgique peut apporter beaucoup à
notre pays tant dans le domaine de l'éducation que de la coopération
militaire, parce que les Belges connaissent mieux notre pays et son
Peuple. La Belgique peut d'une certaine manière agir au sein de l'Union
européenne dans le sens d'une meilleure implication de cette institution
pour la République démocratique du Congo. Seulement nous ne devons pas
pour autant tout attendre de nos partenaires ni de la Belgique.
Concernant nos relations avec la Belgique la question peut être:
qu'est-ce que nous Congolais pouvons aussi apporter à la Belgique ? Un
véritable partenariat équilibré suppose et supposera que la République
démocratique du Congo apporte également quelque chose à la Belgique,
sinon nous serons demain à la traîne. Infantilisé. Le mot partenariat
sera vidé de sa substance
Je crois qu’il faut clore l’échange, quel est votre mot de
la fin ?
L'indépendance de la République démocratique du Congo comme nous
renseigne l'histoire n’a pas été octroyée. C'est dans la lutte, voire le
sang, que nos illustres compatriotes disparus l'ont arrachée. Mais
aujourd'hui il nous faut regarder vers l'avenir sans oublier le passé.
Les Congolais de l'étranger ont pour certains festoyé chez eux dès ce
matin, d'autres au sein des associations sinon dans nos représentations
diplomatiques.
Il reste maintenant qu’au-delà de l'indépendance politique nous avons
une autre indépendance à acquérir, l'indépendance des esprits. Il nous
faut changer les mentalités et surtout nos attitudes face à la chose
publique parce que la position d'extériorité face à la res publica mine
les possibilités d'un réel décollage économique. Je pense qu'il faut
s'approprier ce que disait le Président américain John Fitzgerald
Kennedy : « Ne te demande pas ce que ton pays peut faire pour toi,
mais demande-toi ce que tu peux faire pour ton pays ». J'ai dit.
Entretien présenté par Daniel Nzuzi/MMC





