Congoforum Congoforum


News
Analyse et réflexion
Coopération
Economie
Fiche du Congo
Fiche de la Belgique
Développement
Interviews
Liens

print

Dernières infos

17/02/12/ Revue de la presse congolaise de ce vendredi (CongoForum)

Les événements du jeudi 16 février constituent les principaux sujets présentés dans la plupart des quotidiens de ce vendredi. Hier fut un jeudi pas comme les autres avec des événements tout aussi spéciaux que la presse congolaise relate dans ses éditions de ce jour. Compte tenu de la présence de deux grands sujets concurrents (la marche des chrétiens et l’ouverture de la Chambre) les rédactions peuvent faire preuve de subtilité ou de prudence en exprimant leurs sympathies politiques non plus seulement dans le texte, mais dans la mise en page de leurs articles ! Quel sujet a droit à la Une ?

Marche des chrétiens

D’entrée de jeu, il faut signaler un numéro de toute beauté des « frères ennemis ». Les deux catcheurs poids lourds la presse congolaise, Le Phare et L’Avenir se rentrent dans le lard avec enthousiasme et des donnent des faits des relations si différentes qe l’on se damnde s’ils parlent bien tus deux du même pays.

Le Phare (proche de l’opposition) titre en manchette : « Bavures policiers, profanation des églises, arrestations des prêtres et religieuses, instrumentalisation des Kuluna… Catholique – Pouvoir : dangereux fossé ! » et écrit dans un article illustré par une photo du Cardinal Monsengwo que « Le 16 février 2012 a rappelé en format réduit le 16 février 1992. Comme il y a 20 ans, André Kimbuta Yango, Gouverneur de la ville de Kinshasa, a répondu par la négative à la lettre d’information lui adressée par les laïcs chrétiens, exactement comme son prédécesseur Kibabu Madiata Nzau ». Il poursuit : « Comme il y a 20 ans, les manifestants sont passés outre l’interdiction de l’autorité urbaine pour tenter rallier l’Eglise Saint Joseph au quartier Matonge dans la commune de Kalamu, le point de chute tout désigné pour la matche. Et, comme il y a deux décennies, une manifestation présumée pacifique a donné lieu à une démonstration des forces de la part de la police et des services spéciaux ». Un deuxième article du Phare sur le même sujet annonce: « Marche pacifique des chrétiens : 4 prêtres, 2 religieuses et un frère arrêtés ». 
Ici, l’on a le choix de dire que L’Avenir, de son côté, ne présente pas l’événement avec la dramatisation qu’en a faite Le Phare, ou d’affirmer qu’au lieu de résenter, comme Le Phare, ce qui s’est passé, L’Avenir a choisi de baliser et de minimiser ce qui n’est à ses yeux qu’un incident (mais alors pourquoi le mettre à la Une ?). L’Avenir titre en manchette : « Archidiocèse de Kinshasa. Le ballon dégonflé ». 
Une photo montrant une assemblée de prêtres de Kinshasa illustre l’article en première page du journal. L’Avenir écrit que « Annoncée pour hier jeudi 16 février 2012, la marche des croyants, organisée par l’Eglise catholique à travers le Conseil pour l’apostolat des laïcs congolais (CALCC) a récolté un échec cuisant ». « Ceci, poursuit le journal, parce que dès le départ, la marche a été interdite par le Gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta Yango. Raison pour laquelle tôt le matin les agents de l’ordre ont été déployés dans les grands carrefours de la ville de Kinshasa pour disperser tous ceux qui voulaient marcher non seulement pour politiser cette date mémorable du 16 février, mais aussi pour troubler l’ordre public ».

Le Potentiel aussi fait la part belle à la marche. Il annonce en gros titre à la Une: « La marche des chrétiens réprimée ». Dans l’introduction de l’article, il écrit que : « Programmée pour le 16 février, interdite le 15 février par l’autorité urbaine, la matche des chrétiens a été réprimée, dispersée par les éléments de la police. Sans égaler la violence de 1992 ayant entraîné mort d’hommes, dans sa virulence, le déploiement des éléments de la police ce 16 février 2012 a été impressionnant et les policiers ont opéré sans ménagement. »
Le Potentiel donne les détails suivants sur les événements : « Si l’ambiance a été un peu timide dans les paroisses de Kinshasa-ouest, la tension est montée d’un cran dans les paroisses situées dans l’Est et au centre de la capitale. 
Dans la commune de Ngaliema, par exemple, il n’y a pas eu d’engouement dans les paroisses Saint Léopold et Saint Cyprien. Vers 11 heures, les enceintes de ces paroisses étaient quasiment désertes après la pluie qui s’est abattue sur la ville de Kinshasa. Aucune présence policière n’y a été remarquée. Des gens circulaient normalement dans le voisinage de ces paroisses. 
Par contre, la présence des éléments de la PNC a été observée tôt le matin aux abords des paroisses Saint Joseph de Matonge et Saint Gabriel dans la commune de Kalamu, Saint Augustin à Lemba, Saint Matthias Mulumba à Makala, Saint Kizito au quartier Kingabwa et Saint Dominique à Limete. 
Défiant la mesure d’interdiction de cette marche pacifique, au motif que l’autorité urbaine aurait été saisie en retard, les chrétiens de Kinshasa sont descendus dans la rue
«en priant et chantant des cantiques religieux». A leur tête se trouvaient des membres du clergé dont certains portaient la soutane blanche et avaient en main des Bibles, chapelets, crucifix, statuettes de la Sainte Vierge Marie, …., brandissant de l’autre main, une feuille de palmier chacun. 
Selon les témoignages recueillis sur place auprès de quelques chrétiens catholiques, les éléments de la PNC ont dispersé les fidèles de toutes les paroisses qui ont tenté de manifester. A vrai dire, la brutalité sur les personnes a été observée dans tous les points de départ de la marche. Des gaz lacrymogène ont été lancés et des véhicules antiémeutes avec à bord des policiers lourdement armés, ont été mis à contribution pour repousser les manifestants. 
A la paroisse Saint Joseph de Matonge, pendant que les fidèles étaient au culte matinal, les policiers quadrillaient les alentours et y interdisaient tout accès et toute sortie. 
Vers 11 heures, ces croyants ont été libérés grâce à l’intervention du colonel Diallo Mouctar Koukouna de la Police de la Monusco. 
Auparavant, les policiers avaient lancé des gaz lacrymogènes dans l’enceinte de la paroisse Saint Joseph où se trouvaient encore des fidèles qui avaient été rejoints par les marcheurs venant de la paroisse Sainte Marie Goretti de Kauka aux environs de 8 heures. 
Sur ces entrefaites
, «des femmes ont été frappées dans tous les alentours de la paroisse. Le bureau des Amis de Nelson Mandela pour les droits humains a été violé par des policiers à la recherche des marcheurs », ont dénoncé, dans une déclaration commune, les ONG de défense des droits de l’Homme dont la VSV, l’ASADHO et Toges Noires. 
La même source précise que
«plusieurs personnes ont été arrêtées dont les abbés Placide Okalema, Bernard Mimbayi, Léon Matiti ainsi que deux religieuses».
M. Diallo Mouctar avait rassuré que la Monusco comptait s’impliquer pour obtenir la libération de ces membres du clergé catholique. 
Au niveau de la station-service ENGEN, quartier Bonhomme, des chrétiens de la paroisse Sainte Trinité qui marchaient pacifiquement le long du boulevard Lumumba, ont été dispersés à coups des gaz lacrymogènes lancés à partir de deux pick-up de la police qui venaient de surgir de l’Echangeur de Limete. Ensuite, ils se sont dirigés vers la paroisse avant de repartir, n’ayant constaté aucun attroupement. 
Les activistes de droits de l’Homme ont affirmé qu’un groupe de jeunes, connus en tant que sportifs et facilement identifiables comme proches d’un des partis politiques, très actifs dans les violences qui avaient émaillé la période préélectorale, armés de machettes, menaçaient de faire irruption dans l’enceinte de la paroisse Saint Raphaël pour s’attaquer aux chrétiens. 
A la paroisse Saint Gabriel à Yolo Sud, dans la commune de Kalamu, les policiers ont usé des gaz lacrymogènes pour disperser les croyants qui étaient encore dans l’enceinte de ce lieu de culte. 
A la paroisse Saint Kizito, au quartier Kingabwa
, « quatre camions lance-eau, deux grands camions transportant les policiers ont encerclé l’église empêchant tout mouvement des chrétiens», ont renseigné les ONG de défense des droits de l’Homme. Avant d’ajouter : « A la paroisse Saint Dominique à Limete, les policiers ont lancé des gaz lacrymogènes dans l’enceinte». 
Le curé de la paroisse Saint Raphaël et les chrétiens qui se trouvaient sur l’avenue de l’Université, ont été brutalisés et repoussés dans l’enceinte de la paroisse par les éléments de la PNC. 
A la paroisse Saint Dominique, sur la 13ème rue Limete résidentiel
, «les chrétiens ont été brutalisés, arrêtés et amenés abord de la Jeep 02 0076 de la légion PIR », ont déploré les ONG de défense des droits de l’Homme au cours de leur point de presse.
Sur l’avenue Kimwenza à Yolo Sud dans la commune de Kalamu, les policiers se sont attaqués à tout passant. A Saint Benoît, au quartier Lemba 9, pendant que les chrétiens sortaient de la paroisse, la police a encore lancé des gaz lacrymogènes
 ».

Le Potentiel ne fait en l’occurrence rien d’autre que de s’aligner sur l’ensemble de la presse internationale qui a surtout souligné la disproportion de la riposte policière, les brutalités commises jusque dans les églises contre des manifestants pacifiques dont beaucoup de femmes, certaines âgées. Il faut bien dire qu’il n’y a eu pratiquement personne, dans la presse mondiale, pour emboîter le pas aux autorités congolaises en considérant la manifestation comme une tentative pour « politiser » l’anniversaire de la marche de 1992. Celle-ci était d’ailleurs déjà politique ! Et les occasions de e genre ne manquent pas. Faut-il rappeler que le 1°mai est parti aussi de la commémoration d’un massacre. 
Les appréciations les plus dures que cette interdiction de réclamer la « vérité des urnes » se rencontrent dans a presse africaine, par exemple au Burkina Faso où L’Observateur Paalga termine ainsi son article : « A ses débuts, le jeune Kabila, était timide, et on lui avait accordé le bénéfice de la bonne foi en espérant qu’il serait l’espoir de la RDC en succédant à son père assassiné. On constate que les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs. Kabila n’est plus le jeune président introverti qu’il était lorsqu’il arrivait aux affaires. Lentement mais sûrement, il emboîte le pas à ses prédécesseurs et aux dinosaures de la scène politique africaine ».

Rentrée parlementaire

L’autre événement d’hier était la rentrée parlementaire et l’installation de la nouvelle représentation nationale supposée issue des très douteuses élections de novembre 2011. Ces élus ont été convoqués en premières retrouvailles au Palais du Peuple où le Secrétaire général du Parlement a installé le bureau provisoire de l’Assemblée nationale qui procédera à l’organisation de l’élection du bureau définitif de la Chambre basse de l’institution législative renouvelée. 

Le Palmarès  annonce en manchette cette mise en place du bureau provisoire de l’Assemblée nationale. « Nouvelle législature. Voici la composition du bureau provisoire de l’Assemblée nationale ! ».  Puis, le journal présente le plus âgé des députés qui a été porté à la présidence de ce bureau. Il est ainsi écrit que « Né le 26 juin 1936 et doyen d’âge, Kombo Nkisi, élu de la circonscription de Madimba, dans le Bas-Congo sur la liste UDPS, a été désigné président du bureau provisoire ». Le journal ajoute que « Il (le président du bureau provisoire) sera secondé par deux secrétaires, les benjamins de la Chambre basse : Patrick Muyaya, né le 19 juillet 1982 et Mutula Coco, né le 10 octobre 1982 ». S’agissant des présences à cette session extraordinaire, il signale que : « A la session d’hier, 132 députés n’ont pas répondu présents (mais que) dans l’ensemble, 18 postes restent à pourvoir à l’Assemblée nationale ». 

Forum des As affiche aussi la mise en place de la nouvelle Chambre basse du Parlement en manchette: « Verdict du jeudi 16 février. L’UDPS à la tête de l’Assemblée, échec à la marche ». L’éditorial du journal porte sur le même sujet, sous le titre « C’est parti ! », Forum des As écrit que : « Après deux mois de querelles, le train a cette fois-ci bel et bien pris les rails. La nouvelle Assemblée nationale a déjà ouvert ses portes pour permettre aux nouveaux élus du peuple de faire valider leurs mandats afin de passer à l’essentiel ». 

Pour sa part, Le Potentiel qui a préféré placer l’événement de la marche en titre phare pour situer en seconde place l’événement de la mise en place du bureau provisoire de l’Assemblée nationale, titre sur ce sujet: « Assemblée nationale : l’UDPS préside le bureau provisoire ». 

Radio Okapi se penche sur le cas des députés nouvellement élus qui devront de ce fait renoncer à des fonctions ou mandats. « Au nombre de députés élus présents à la session extraordinaire de l’Assemblée nationale ouverte, jeudi 16 février, figurent des ministres, gouverneurs des provinces et sénateurs en fonction. Ces élus doivent choisir entre leurs fonctions actuelles et leurs sièges à l’Assemblée. Selon l’article 78 de la loi électorale, ils disposent de huit jours à dater de la validation de leur mandat pour faire leurs choix.  Certains élus affirment avoir déjà choisi alors que d’autres attendent les tractations au sein de leurs partis politiques. C’est le cas de Julien Paluku, gouverneur du Nord-Kivu élu à Lubero: «Je crois que les huit jours vont nous permettre d’assister à des tractations politiques, parce que nous ne devons pas nous décider par nous-mêmes (…) Nous allons nous plier devant ce que le corps auquel nous appartenons va décider.» Le sénateur Henry Thomas Lokondo, élu député à Mbandaka, pense qu’il faut honorer le choix du peuple et surtout respecter le mandat conféré par sa base. Concernant sa propre situation, il a déclaré :«Je ne veux pas faire un mystère sur ça. J’opterai pour l’Assemblée nationale, sinon je serai en déphasage avec la population qui m’a élu. (…) Et j’irai à l’Assemblée nationale pour y apporter ma petite expérience acquise au Sénat pour que les choses se passent le plus correctement possible 
Les députés de l’opposition et de la majorité ont salué la tenue de la toute première plénière de la nouvelle Assemblée nationale. Les élus de l’opposition présents à l’hémicycle du Palais du peuple se sont réjouis de l’appel lancé par le président du bureau provisoire pour plus de rigueur dans leur travail. A l’issue de cette séance, le député Jean Lucien Busa du Mouvement de libération du Congo (MLC) a déclaré : «Le discours du président [du bureau provisoire] indique la voie à suivre : une gestion rigoureuse, transparent et qui place l’efficacité au cœur de l’action, mais qui place le peuple au terme de l’action.» Tout le peuple n’a besoin que de relever un seul défi, celui du social, a indiqué Lucien Busa avant de reconnaître que les députés  ont été élus pour concourir à cette fin. 
Pour sa part, la députée Adèle Kayinda élue du PPRD (le parti présidentiel) a indiqué qu’il y a eu
«plus de peur que de mal» pour constituer ce bureau provisoire. Ce bureau est dirigé, conformément aux us parlementaires, par le doyen des élus, qui est de l’UDPS d’Etienne Tshisekedi». (Tshisekedi conteste la réélection de Joseph Kabila et considère les élections législatives comme « nulles ». Les autres élus de l’UDPS n’ont d’ailleurs pas siégé. NdlR).

© CongoForum, le vendredi 17 février 2012

 

 

< Retour