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18/02/12 REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE SAMEDI (CongoForum)

Un sujet nouveau est apparu ce week-end dans la presse de Kinshasa : la mutinerie d’un groupe d’officiers des FARDC dans la Province Orientale. Les autres sujets abordés par les journaux congolais, ainsi que par la presse internationale gravitent toujours autour de la contestation des élections ; de la rentrée parlementaire et de la « marche des chrétiens ». Quant à ce dernier sujet, il faut noter une certaine tendance à décrire ce conflit en termes de « bras de fer Monsengwo-Kabila ».

 Avis à nos lecteurs

 

Sans doute aurez-vous remarqué que pendant quelques temps le RP a été diffusée, tant sur notre site que par courriel, sous forme de fichiers PDF. Peut-être aussi avez-vous eu la surprise de voir votre exemplaire de la RP arriver dans votre boîte, en provenance d’une adresse qui n’était plus la même qu’autrefois. Mais il se pourrait aussi que vous ayez subitement cessé de la recevoir.

Toutes ces bizarreries sont liées au fait que nous sommes sans cesse contraints d’effectuer toutes sorte d’acrobaties informatiques afin de pouvoir envoyer des centaines de messages identiques en un nombre limité d’envois, sans nous heurter aux « plafonds » que les FAI mettent à ce genre d’envois. Bien entendu, à chaque fois que nous entreprenons dans ce domaine des modifications de quelque envergure, cela implique la copie d’un important fichier d’adresses, ce qui peut entraîner des dégâts et nous en profitons aussi pour « nettoyer » nos fichiers d’adresses obsolètes ou défectueuses. Tout cela ne va pas sans opérations complexes avec, à chaque fois, des risques d’erreurs. Par exemple : la destruction d’une adresse que nous aurions dû conserver.

Par conséquent, si vous, ou votre groupe, avez subitement et anormalement cessé de recevoir la RP, ou si vous apprenez que des amis ou connaissance ont eu cette mésaventure : le remède est simple. Il suffit de nous le signaler à guy@congoforum.be.

 

Officiers de l’Ituri

 

Le Potentiel fait état des « Bruits de bottes dans l’Est de la RDC ». Il se base sur une dépêche de Radio Okapi, qui rapporte qu’un groupe d’officiers des FARDC s’est mutiné en Ituri dans la Province Orientale.  
Dans leur mémo adressé au Commandant suprême des FARDC, ces officiers qui auraient quitté leur base à Marabo dénoncent les conditions inhumaines dans lesquelles vivent les militaires congolais. Ils dénoncent aussi le mauvais traitement infligé aux militaires congolais et le détournement des fonds destinés à ceux qui sont sur le terrain. Bien plus, ils évoquent l’installation d’un réseau maffieux de corruption et de détournement des fonds destinés aux militaires sur terrain. Ce réseau part du ministère de la Défense nationale et s’étend aux états-majors des opérations sur terrain. Le Potentiel annonce que l’Etat-major général a entamé un dialogue avec les mutins. Il s’inquiète des cas de désertions, mutinerie des officiers des FARDC, le regain d’activisme des forces négatives, estime que Kinshasa devrait s’appesantir sans délai sur cette situation et prendre des mesures qui s’imposent. 

Assemblée nationale

 

« Le report de la plénière diversement apprécié par les députés » nous dit Radio Okapi.
La session extraordinaire de la nouvelle Assemblée nationale a été ouverte, jeudi 16 février au Palais du peuple. Le député  le plus âgé, l’UDPS/Tshisekedi Timothée Kombo Nkisi, a été désigné président du bureau provisoire. Il est assisté par les deux plus jeunes, respectivement PALU et MSR. La plénière de l’Assemblée nationale prévue le vendredi 17 février a été reportée au lundi 20 février. 
(Appelons un chat, « un chat », il s’est agi de l’ouverture prématurée d’une Chambre à la composition incertaine, tant à cause du caractère globalement cafouilleux des élections que des innombrables recours pendants devant la CSJ. Son but était uniquement d’apporter dans les faits un démenti à la contestation de la « marche des chrétiens » et accessoirement de poser à l’UDPS la question embarrassante du choix entre siéger et ne pas siéger. C’était purement et simplement la continuation de la politique du fait accompli et il suffisait pour cela d’ouvrir la session, sans qu’il fût nécessaire que les députés fassent quoi que ce soit. NdlR)

Ce report, dont le bureau n’a pas donné les raisons, a été diversement apprécié par les élus présents à l’hémicycle du Palais du peuple. Durant toute la journée, le secrétariat général a procédé à la remise des cartes provisoires aux députés. «On doit aller vite, le bureau provisoire n’a qu’un mois, et il faut gagner du temps,  et je me rends compte que le bureau provisoire n’est pas là », a déclaré le député de la majorité, Typhon Kin-Kiey Mulumba pour qui « les nouveaux élus ne sont pas encore députés, ils ne sont couvert d’aucune immunité ». Pour sa part, Eve Bazaïba, députée de l’opposition, estime qu’il faut donner un peu de temps au bureau provisoire pour s’imprégner de ses nouvelles tâches. « Ça rentre dans la logique des préparatifs, il s’agit d’un bureau provisoire, des personnes qui viennent d’arriver, elles doivent d’abord comprendre comment ça se passe. Il faut qu’il y ait des séances de travail avec le secrétaire général même si conformément à la constitution on a pu obtenir l’ouverture officielle », a-t-elle expliqué.

 

Démocratie

 

Dans son éditorial intitulé : « Démocratie à l’ONU », Le Potentiel commente la situation internationale à propos de la Syrie d’une manière qui, sans doute, ne s’applique pas qu’à ce pays. 
Il note que « les règles et les principes universels ont une couleur. Elle est blanche, jaune ou noire selon que l’on est blanc, jaune ou noir, et que l’on appartient à tel ou tel autre continent ».
Le Potentiel en veut pour illustration la situation préoccupante autour de la Syrie. Pour préserver des intérêts économiques et financiers, la Russie et la Chine ont bloqué la résolution du Conseil de sécurité qui envisageait des sanctions contre le régime de Damas. Au niveau de l’Assemblée générale de la même organisation planétaire, bien que la résolution ait été votée avec une forte majorité, elle n’a aucun effet contraignant. Comme pour dire, aucune sanction ne sera prise contre le régime syrien, ce qui lui donne le feu vert de continuer à tuer en toute impunité.

 

Marche des chrétiens 

« Monsengwo : projets belliqueux loupés », titre en manchette AfricaNews. Ce journal constate que les projets belliqueux des mousquetaires du Cardinal ont tous avorté. Probablement parce que les motifs évoqués pour envoyer des innocents battre la semelle sur les rues de Kinshasa ne payaient pas de mine. Le rétablissement de la vérité des urnes pour lequel le Cardinal, soutenu des caciques de la 2ème République, tient à engager le bras de fer avec le régime Kabila n’est qu’un prétexte, soutient AfricaNews.
Le désamour de Monsengwo pour les Kabila, père et fils, est de nature à jeter le discrédit sur toute l’Eglise catholique congolaise, affirme ce journal, surtout lorsqu’on apprend, de sources crédibles dans les milieux cléricaux que la marche prévue le 16 février a été subventionnée, entre autres, par l’APARECO de Honoré Ngbanda Zambo Ko Atumba. L’ancien conseiller spécial en matière de sécurité du maréchal Mobutu, ministre de la Défense lors de la marche des chrétiens du 16 février 1992, est pourtant celui-là qui a ordonné de tirer sur les manifestants.

 

La RDC dans la presse et les documents étrangers

 

Le périodique belge Le Vif annonce « Nouvel ambassadeur belge à Kinshasa » et précise : « Michel Lastschenko a été choisi en dernière minute par le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, pour succéder à  Dominique Struye de Swielande.  
Pas content, l'ambassadeur Guy Trouveroy. Alors que cet ancien directeur Afrique aux Affaires étrangères (étiqueté CDH) avait été pressenti pour succéder à Dominique Struye de Swielande comme ambassadeur de Belgique à Kinshasa, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders l'aurait, en dernière minute, prié de défaire ses valises et de rester à Moscou. Le ministre lui aurait préféré Michel Lastschenko, MR comme lui, et actuellement en poste à Kaboul. 
Le mouvement diplomatique, sous réserve d'approbation par le Palais et les Etats concernés, se déroulera avant l'été prochain
 ».

 

 

Ottawa infiltré par le FPR: révélation exclusive

(Bernard Desgagné – Le Québécois - 11 février 2012)

Nous savions déjà que l’immoral gouvernement militaropétrolier d’Ottawa faisait des pieds et des mains pour plaire au dictateur Paul Kagame, au point même de lui livrer en pâture Léon Mugesera, un homme blanchi par la Cour fédérale, mais qui a le défaut d’être un Hutu. On peut sacrifier beaucoup de Hutus et de Congolais sur l’autel des profits de Bay Street. Après tout, ils sont noirs, alors leur vie ne vaut pas cher.  
Nous savions aussi que Kagame, grand patron des mines de l’Est de la RDC, avait des agents dans de nombreux pays, y compris au Canada. Arborant le pavillon des survivants du génocide, ces agents sont d’habiles manipulateurs qui bernent aisément journalistes, fonctionnaires, policiers, juges et simples citoyens au cerveau profondément lavé par des décennies de propagande. Les agents de Kagame conduisent régulièrement d’efficaces opérations de charme dans les médias, opérations qui n’éveillent pas un seul soupçon dans l’esprit du public avide d’histoires humanitaires. 
Pour Kagame, il est important de rappeler régulièrement l’histoire fausse mais très répandue du génocide planifié par des extrémistes hutus, car cette histoire est son fonds de commerce. C’est ainsi qu’il peut faire avaler n’importe quelle couleuvre à l’opinion publique, dissimuler ses propres crimes de masse, se maintenir au pouvoir et toucher une généreuse rente sur l’exploitation de la cassitérite, du coltan, du cobalt, de l’or et d’autres minerais qui abondent en RDC. 
Enfin, nous savions que des agents du Front patriotique rwandais (FPR), l’organisation criminelle dirigée par Paul Kagame, étaient infiltrés jusque dans les structures de l’État fédéral, à Ottawa. Du ministère de la Justice à l’Agence des services frontaliers du Canada, en passant par le ministère des Affaires étrangères et le ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration, ils entretiennent dans l’administration toute une psychose autour des génocidaires qui seraient encore des centaines à circuler en toute impunité dans nos rues. Ainsi conditionné, Ottawa met ses ressources au service de la traque des Hutus, à coups de refoulements, d’expulsions, de harcèlement judiciaire et de faux procès.  

Nous savions tout cela, mais nous avons appris encore autre chose cette semaine.

Généralement, les agents pro-Kagame infiltrés dans l’appareil de l’État sont discrets. Toutefois, il y en a un qui a commis récemment une imprudence susceptible de mettre dans l’embarras son patron, le ministre Jason Kenney, spécialiste des fausses cérémonies d’assermentation, qui a ordonné l’extradition du pauvre Léon Mugesera, désormais menotté et condamné à l’avance pour les crimes de ses accusateurs. Cette extradition vaudra bien quelques kilos d’or de plus à une minière canadienne, gracieuseté des violeurs rwandais d’enfants qui sévissent en RDC. Elle vaudra aussi sans doute à M. Kenney le titre d’employé du mois et une généreuse rétribution à venir, quelque part dans le privé. Mais, revenons à nos moutons. Qui est cet agent pro-Kagame? 
J’ai reçu cette semaine des courriels m’indiquant qu’on avait ajouté des commentaires au bas d’une chronique de moi intitulée «Rwanda: Sortons du cinéma sur la misère humaine» et publiée il y a environ deux ans, dans le site Vigile. Ces commentaires à retardement sont la plupart du temps le fait de lecteurs qui ne sont pas des assidus du site, mais qui tombent sur l’article après avoir fait une recherche avec Google, par exemple en inscrivant les mots «Desgagné Rwanda cinéma». Les commentaires sont anonymes et m’accusent d’être un «anti-Tutsi». L’auteur affirme être un «Rwandais allergique à la haine de l’autre» qui a entrepris de lire ce qu’il appelle avec ironie mes «chefs-d’oeuvre anti-tutsis». Bref, il fait enquête sur moi dans Internet. 
Jusque-là, pas de problème. Ce n’est pas la première fois qu’on me sert ce plat réchauffé. C’est une tentative d’intimidation typique des agents de Kagame. J’en ai subi des dizaines auparavant. L’argumentaire fallacieux destiné à culpabiliser et à stigmatiser est toujours à peu près le même. Les victimes méritent de l’attention seulement si elles sont tutsies. Celui qui remet en question l’histoire convenue et qui pointe un doigt accusateur vers Kagame comme principal responsable est automatiquement un négationniste méritant censure et opprobre, quelle que soit la solidité des preuves dont il étaye son propos. Dire la vérité à propos de Kagame, c’est cultiver la haine de l’autre et manquer de respect envers les survivants du génocide, qui brandissent aussitôt leurs plaies béantes à la face de l’ami des extrémistes hutus et autres interahamwes.  
Bref, le discours des agents du FPR sert à détourner l’attention du sujet des crimes de Kagame et de ses complices. Kagame pourrait être chinois, inuit ou australien, je m’en fiche éperdument. Tout ce que je sais, c’est qu’il a fait tuer des millions de personnes et que les banquettes des Communes et du Sénat du Canada, régime néocolonial dont je voudrais que mon peuple se libère, sont remplies de complices de ce grand criminel.
Je réponds donc à mon détracteur par un commentaire au bas du sien, puis il en rajoute un autre, truffé d’insultes, auquel je choisis de ne pas répondre. Inutile de perdre encore du temps; le type s’enlise davantage dans ses contradictions. N’importe qui peut voir que «Sortons du cinéma sur la misère humaine» n’a rien d’un réquisitoire contre les Tutsis. Au contraire, en plus des Hutus, Kagame a tué plein de Tutsis, qui méritent certainement que la vérité soit connue et que le vrai responsable soit puni.  
Tout de même, avant de retourner à mes nombreux autres plats sur le feu, je suis piqué par la curiosité et je cherche à identifier mon allergique. Eurêka! Je tombe sur des traces qu’il a laissées imprudemment dans Internet et qui me permettent de déterminer qu’il s’agit de Richard Batsinduka, conseiller en résolution des conflits au cabinet du sous-ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration!  
Quand il n’est pas en train de cultiver sa haute tension artérielle à lire mes articles, M. Batsinduka s’en prend à d’autres iconoclastes qui ne respectent pas l’immunité sacrée de son patron, par exemple à Paul Rusesabagina. Mais surtout, il compose des rapports imbibés de larmes pour laver la conscience de Jason Kenney et de quelques mandarins lorsqu’ils mettent Léon Mugesera à bord de l’avion en partance pour les geôles de Kigali dont on ne revient pas. 

Grâce à M. Batsinduka, nos impôts sont bien employés. Notre argent est au service de Paul Kagame et des oligarques des sociétés minières canadiennes, du reste subventionnées par l’ACDI pour former à moindre cout leurs esclaves en Afrique. Ottawa est une source inépuisable d’arguments pour l’indépendance du Québec.

Congo-Kinshasa : L’homme fort du régime disparaît

(Marie-France Cros – La Libre – 14 02 12)

 

Katumba était le passage “incontournable” pour réussir une affaire au Congo.

 

Condoléances attristées au sein du régime de Kinshasa, satisfaction éhontée sur Internet: la mort, dans un accident d’avion à Bukavu, dimanche (voir LLB 13 février), d’Augustin Katumba Mwanke ne laisse personne indifférent au Congo.

En raison du peu de sympathie qu’il suscitait, l’accident dans lequel il a péri – avec les deux pilotes sud-africains de son jet privé – passe, sur certains sites Internet congolais, pour un “attentat”. Absolument rien ne vient soutenir cette thèse, toutefois. La Monusco (Mission de l’Onu au Congo), qui a secouru les blessés dans l’appareil accidenté, n’a rien évoqué de tel. L’aéroport de Bukavu est encaissé entre les collines; les pilotes auraient posé l’avion en milieu de piste – au lieu de son début – et n’ont pu arrêter l’appareil à temps; il a donc versé dans un ravin, après avoir fauché deux paysans. Selon un des blessés, Marcellin Cishambo, gouverneur du Sud-Kivu, qui aurait les deux jambes brisées, M. Katumba, dans le cockpit de son avion, avait débouclé sa ceinture à peine l’appareil s’était-il posé et a donc été projeté lors du choc.

Deux autres passagers sont dans un état grave : le ministre des Finances sortant Matata Ponyo et l’ambassadeur itinérant Antoine Ghonda.

Augustin Katumba Mwanke était, selon les sources, soit celui qui tirait les fils de “la marionnette Joseph Kabila” et le vrai dirigeant du Congo, soit le mentor du chef d’Etat. Il s’était fait connaître hors de son Katanga natal lorsque, nommé gouverneur de la province par Laurent Kabila, après un long séjour en Afrique du Sud, il avait signé “pour approbation par le gouvernement” le fameux contrat léonin Gécamines-Rautenbach (voir LLB 27-10-98), qui dépouillait la première société minière d’Etat.

Ses liens avec Joseph Kabila se seraient forgés à cette époque. Lors de l’assassinat de Laurent Kabila, en janvier 2001, Katumba aurait promis son appui au futur président, qui séjournait alors à Lubumbashi après la déroute militaire de Pweto. Ce dernier lui donna, une fois arrivé au pouvoir, une place privilégiée auprès de lui; place qu’il n’a jamais quittée depuis. Quand Katumba avait été cité, en 2002, par un rapport de l’Onu comme un des principaux responsables du pillage du Congo, il avait été formellement écarté de son poste – mais les familiers du palais savaient qu’il y gardait un bureau et des prérogatives intactes. Dès 2003, il retrouvait d’ailleurs une fonction officielle, secrétaire général du gouvernement, puis ambassadeur itinérant du Président en 2004, secrétaire exécutif de la plateforme présidentielle en 2007.

Ce n’est cependant pas tant ces fonctions qui rendaient Katumba puissant que sa position unique de “passage incontournable pour réussir une affaire au Congo”, commente un homme d’affaires. 

En clair :

“Il fallait lui verser quelque chose – et pas de petites sommes !” Dans le cas contraire, il était le verrou qui empêchait d’atteindre le chef de l’Etat. Considéré à Kinshasa comme “l’homme des Sud-Africains”, le défunt avait également d’excellents contacts d’affaires en Chine, où il séjourna plusieurs fois. Son principal partenaire est toutefois l’Israélien Dan Gertler, que Katumba mit à même d’opérer une razzia sur plusieurs investissements miniers au Congo.

Augustin Katumba était également connu comme celui qui indiquait à Joseph Kabila qui placer à quel poste. Ainsi, le gouvernement en cours de formation est forcément sorti du cerveau du défunt, commentent plusieurs sources. On s’attend donc à ce que la mort de celui qui se vantait de “tenir le Président dans sa main” suscite une révolution de palais à Kinshasa, le gouvernement parallèle installé à la présidence étant décapité. On s’affairait beaucoup, dimanche à Bukavu, à rassembler les documents éparpillés par l’accident, dans l’espoir de mettre la main sur les fonds qu’il gérait. Cette lutte déstabilisera-t-elle le régime ?

 

RDC : L'affaire Shabani vire au règlement de compte politique
(Christophe RIGAUD – Afrikarabia – 14 02 12)

La brève arrestation de Jacquemain Shabani, numéro deux du principal parti d'opposition en République démocratique du Congo (RDC) prend une tournure politique. Les autorités congolaises reprochent au secrétaire général de l'UDPS de "porter atteinte à la sûreté de l'Etat" en détenant des documents "compromettants". L'opposition dénonce une manipulation politique et accuse les renseignements congolais de mauvais traitements

.L'affaire Shabani prend de l'envergure. Ce qui aurait pu être une banale affaire de passeport tourne à l'affaire d'Etat. Depuis sa courte interpellation à l'aéroport de Kinshasa, en partance pour l'Allemagne, Jacquemain Shabani essuie les foudres du régime de Kinshasa et a toujours l'interdiction de quitter le territoire congolais. Dans la soirée du 7 février, le numéro deux de l'UDPS, le principal parti d'opposition au président congolais, est empêché d'embarquer à l'aéroport de Ndjili. Motif : détention "d'un autre passeport que le sien". Jacquemain Shabani est alors remis entre les mains de l'ANR, le service de renseignement intérieur congolais. Selon Kinshasa, l'ANR découvre toute une série de documents "compromettants" dans les affaires du secrétaire général de l'UDPS : des photos censées illustrer la répression policière après les élections contestées de novembre, mais aussi des tracts destinés aux militaires afin de leur faire rallier l'opposition. Ce document constitue vraisemblablement la pièce la plus "grave" pour le pouvoir en place. Ce tract circule en effet depuis plusieurs jours dans les différentes casernes de la capitale. 
Les autorités congolaises ont donc décidé de porter plainte pour "atteinte à la sûreté intérieur de l'Etat" et de demander à Shabani de venir s'expliquer devant la justice congolaise "avant d'aller à l'extérieur". En clair, Kinshasa ne laissera pas sortir du territoire Jacquemain Shabani sans "explication" sur ses activités d'opposant. 
De son côté, l'UDPS réfute toutes ces accusations et accuse à son tour l'ANR d'avoir "torturé" son secrétaire général et souhaite porter plainte. A l'Agence de renseignement, on reconnaît une "bagarre" entre Shabani et ses agents, mais on réfute tout acte de "torture".
L'affaire Shabani est symptomatique de l'ambiance "à couteaux tirés"qui règne à Kinshasa actuellement. Après des élections présidentielle et législatives très contestées par l'opposition, la majorité peine à sortir d'une crise politique postélectorale profonde. L'affaire Shabani et la "mise en résidence surveillée" du candidat de l'UDPS à la présidentielle, Etienne Tshisekedi, qui ne peut plus sortir librement de son QG de Limete, ressemblent à des règlements de comptes politiques et des opérations d'intimidation de l'opposition. Dans un récent communiqué, l'UDPS dénonce "la stratégie de la dictature" dans laquelle s'est enfermé le président Kabila. Une tentation autoritaire dont le régime de Kinshasa est coutumier. 


La RD Congo lâchée par la Banque mondiale
(Benoît THELLIEZ - Marchés Tropicaux et méditerranéens - 14 02 12 )

 

La Banque mondiale a annoncé la suspension de toute forme d’appuis budgétaires simples en faveur de la RDC en raison du chaos électoral entourant le double scrutin présidentiel et législatif.

 

Robert Zoellick, le président de la Banque mondiale (BM), a annoncé dans une conférence diffusée le 10 février sur internet que l’organisme ne fournirait « pas de soutien simple au budget » de la RDC « sans contre-pouvoir ».  Selon lui, « les contrôles démocratiques dans ce pays sont insuffisants ».

Ces considérations qui augurent de futures sanctions financières sont le fruit de l’appréciation sévère que la BM fait de la tenue et des résultats des élections présidentielle et législatives du 28 novembre 2011. Ces dernières ont fait l’objet de vives critiques de la part des observateurs internationaux qui ont dénoncé de multiples irrégularités et fraudes.

Si la réélection de Joseph Kabila à la tête du pays a été validée par la Cour suprême malgré les contestations enflammées de l’opposition, les résultats des législatives largement remportées par le camp au pouvoir font pour l’instant l’objet de plus de 500 recours.

Tout en précisant que la BM continuerait à soutenir les programmes dévolus à la nutrition élémentaire, l'éducation, le HIV ou le paludisme, R. Zoellick a donc ouvertement positionné l’organisme qu’il dirige face à un pays qu’il considère comme faisant partie des « zones grises du développement ».

C’est donc un nouveau coup de semonce pour le régime de J. Kabila qui pourrait être annonciateur de difficultés plus grandes encore si d’autres bailleurs décidaient de s’aligner sur la position de la BM. L’Union européenne avait d’ailleurs déjà averti Kinshasa que la collaboration internationale pourrait être réévaluée si la Commission électorale ne parvenait pas à corriger les irrégularités du scrutin législatif.

Le secret de la visite au Kivu se trouve sur l’île d’Idjui
(Colette Braeckman – Le Soir – 14 02 12)

Mais  que diable une délégation composée des  hommes les plus influents du pays (le conseiller Katumba Mwanke, le ministre des Finances, l’ambassadeur itinérant Antoine Ghonda, accompagnés par le gouverneur du Sud Kivu Marcellin Cishambo) allait elle faire sur l’île d’Idjui ? Entre le Rwanda et le Congo, à plus de 2000 kilomètres de la capitale, plantée au milieu du lac, cette grande île de 230.000 km2 est l’un des lieux les plus discrets de la République.

Dimanche après midi, nous accueillant dans le guest house de Katchovu, sur la pointe sud de l’île, le journaliste Eustache Kashinzwe, animateur d’une radio communautaire et Benoït Miruho, membre d’une association paysanne, assuraient que leur île était la « grande oubliée » de la République et qu’ils se battaient pour sensibiliser l’opinion à un risque de famine due à la maladie des bananiers, la principale ressource des 800.000 habitants de cette terre surpeuplée. C’est d’ailleurs pour constater de visu les ravages de cette épidémie, le « wild » du bananier, que nous avions fait trois heures de traversée. Depuis un an, une sorte de feu noircit les feuilles, ronge les troncs, fait pourrir les fruits  dont même les oiseaux se détournent. La terre, empoisonnée par ces bananiers morts, ne porte même plus les courges ou les colocases. « Si rien n’est fait, nous allons mourir de faim » assuraient les paysans, reprochant aux autorités de ne pas prendre la mesure de leur nouveau malheur. 
Alors que le responsable local de l’agence nationale de renseignements assurait que, le jour même, une délégation du plus haut niveau était attendue, un appel nous apprit en milieu d’après midi que l’avion qui amenait les personnalités de haut niveau venait de s’écraser. Quelques instants plus tard, un appel du Mwami confirma l’annulation de la visite…
Depuis lors, alors que les blessés ont été transportés en Afrique du Sud par vol spécial (la Belgique aussi avait fait des offres) plusieurs hypothèses circulent à propos de la raison de cette visite, qui avait pris au dépourvu le gouverneur du Sud Kivu lui-même : alors que Marcellin Cishambo assistait à un mariage à Goma, il fut « embarqué » à l’improviste par la délégation dont il ignorait les objectifs. La première des hypothèses serait celle de contacts militaires, extrêmement discrets, avec le Rwanda, qui ne se trouve qu’à quelques encablures d’Idjui.  

A côté d’Idjui se trouve l’île rwandaise d’Iwawa, transformée en base militaire, en centre de rééducation pour les enfants de la rue et où sont abritées quelques vedettes rapides de l’armée rwandaise. Quoi de plus facile que franchir l’étroite bande d’eau pour tenir une réunion au sommet sur l’une des deux rives ? Comme par hasard, une agitation inhabituelle avait été remarquée cet après midi là à Iwawa… Entre Rwandais et Congolais, les sujets de discussion ne manquent  pas : alors que les troupes congolaises déployées au Sud Kivu sont presque toutes dirigées par des officiers tutsis proches de Kigali, une nouvelle rébellion est en gestation dans la région.  En outre, il est de notoriété publique que la cassitérite en provenance de Kalehe (Sud Kivu) transite par Idjui avant d’être débarquée à Kibuye au Rwanda. Or Kigali vient de placer en résidence surveillée quatre généraux, accusés de trafics en complicité avec des Congolais… Si cette hypothèse se confirmait, elle expliquerait que ce sont des impératifs de sécurité nationale qui incitèrent le puissant Katumba Mwanke, chargé des contacts préliminaires à la formation d’un gouvernement, d’abandonner pour quelques heures sa tâche de « faiseur de rois ».

Une autre hypothèse porte sur le fait que, via cette délégation, le président aurait voulu remercier l’un des Bami d’Idjui, qui, présidant l’association des chefs coutumiers du Sud Kivu, l’avait fortement aidé dans sa campagne électorale.

Mais en ville, nul ne croit en d’aussi innocentes intentions, et la présence dans la délégation du Ministre des Finances Matata Mponyo, le grand argentier du pays, autorise d’autres suppositions. Sur Idjui en effet, la délégation devait être accueillie par Bertrand Bisengimana, qui possède au nord de l’île un vaste domaine qui avait été offert à son père par le président Mobutu lors de la zaïrianisation. Dans ce domaine qui s’ouvre sur le lac se trouve l’ancienne propriété des princes de Ligne, un lieu lorgné par les promoteurs qui rêvent de le transformer en complexe immobilier de luxe, même si Bisengimana a toujours déclaré à des proches que jamais il ne vendrait ce bâtiment en ruines mais emblématique. Sachant que via son conseiller Katumba Mwanke le chef de l’Etat n’hésite pas à investir dans  les  plus beaux sites du pays, la visite de la délégation avait peut-être, aussi,  l’allure d’une prospection…Hospitalisé à Kigali, ce n’est pas demain que Bertrand Bisengimana s’expliquera sur les raisons de l’invitation adressée à des hôtes aussi prestigieux…

Au début de la semaine, la délégation devait aussi s’entretenir avec la société canadienne Banro, qui exploite l’or du gisement de Twangiza et va bientôt produire son premier lingot et elle devait examiner une nouvelle fois les conséquences de la paralysie du secteur minier, due à la mise en œuvre d’une loi américaine. A Bukavu en effet, on estime que la province perd 30 millions par mois en recettes fiscales et que l’embargo de fait sur les produits miniers risque de repousser vers les mouvements armés de nombreux jeunes qui aujourd’hui se trouvent parmi les 200.000 « creuseurs » de la province. 

La conviction de la rue est, quant à elle, beaucoup plus radicale: parlant de Katumba Mwanke et refusant de reconnaître les services rendus  au pays par l’ « éminence grise » un étudiant résumait le sentiment général en disant  « c’est la main de Dieu qui a enlevé celui que le président n’arrivait pas à faire partir… »

RDC: le pouvoir au nom du père et des enfants Kabila!

(Bark Biiga – Blog sur Fasozine - 14 Fevrier 2012 )

Joseph  Kabila ne sera plus désormais seul à gérer le pouvoir qu’il a hérité de son défunt père Laurent Désiré Kabila, voilà maintenant 11 ans. Il peut compter sur le soutien de sa sœur jumelle Jaynet et de son frère cadet Zoé. Elus au Katanga à l’issue des élections législatives du 28 novembre dernier, tous les deux vont siéger au prochain Parlement, sous la bannière de la majorité présidentielle.

Quoique Jaynet Kabila se soit présentée comme «candidate indépendante», elle n’ambitionne pas moins placer son mandat de députée sous un signe familial, celui de «faire connaître les idées de son père». Vaste programme! Quant à son frère, et futur honorable, Zoé Mwanza Mbala Kabila, il est connu pour être un militant inconditionnel du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (Pprd au pouvoir).  On imagine combien la voix des enfants Kabila comptera plus que celle d’un simple parlementaire. 
Avant même de porter les écharpes de député qui leur seront données dans les prochaines semaines, ils étaient craints et considérés soit pour leur fortune ou leur influence sur leur frère de président. La «discrète» Jaynet est la présidente de la Fondation Laurent-Désiré Kabila et PDG de Digital Congo, un groupe de presse qui gère une chaîne de télévision, une radio et un site web. Considéré à tort ou à raison comme «impulsif et turbulent», Zoé ne passe pas inaperçu dans la capitale congolaise. Il y est connu comme propriétaire du Shark Club, un complexe sportif et d’une équipe sportive, Shark XI FC. Comme sa sœur, il a les moyens de sa politique et tous les deux n’hésiteront pas à en user au nom de leur père… et de leur frère.

ACCIDENTS D’AVIONS EN RD CONGO: Enfin une prise de conscience des autorités ?
(Séni DABO - Le Pays – 15 02 12)

La République démocratique du Congo (RDC) a connu son premier accident d’avion de la nouvelle année, le 12 février 2012 à Bukavu, à la frontière avec le Rwanda. Ce jour-là, un jet ratait son atterrissage à l’aéroport de cette ville et tuait 5 personnes dont Augustin Katumba Mwanke, conseiller spécial du chef de l’Etat. Au nombre des blessés, figurent le ministre des Finances et le gouverneur du Sud-Kivu. Cet accident, un de plus, serait-on tenté de dire, endeuille profondément la République pour avoir touché un proche du chef de l’Etat. Mais, par-dessus tout, il vient poser à nouveau et avec acuité le problème de la sécurité de la navigation aérienne en RD Congo.

Comme toujours en pareille circonstance, on se demande ce qui a bien pu être à l’origine de ce drame : une erreur humaine ou une défaillance mécanique ? Déjà, la cause humaine est privilégiée. Toutefois, il faut bien aller au-delà. Il y a tout un faisceau de facteurs qui sont à l’origine des crashes à répétition en RD Congo, ce vaste pays où l’avion demeure le moyen de transport indispensable, faute d’un réseau routier développé. Les longues distances conjuguées au mauvais état des routes là où elles existent, ont favorisé le développement de compagnies aériennes privées pour assurer le transport domestique. Malheureusement, beaucoup de promoteurs n’ont d’yeux que pour le profit qu’ils peuvent réaliser et font peu cas de la sécurité de leurs appareils, de la qualification des pilotes, etc.  
En lieu et place d’avions, ils font voler des cercueils et sont prompts à tout mettre sur le dos de Dieu au moindre accident. Pourtant, ils ont une grande part de responsabilité dans les drames à répétition en rusant avec les mesures de sécurité, en se comportant comme des gérants de taxis-brousse qui transportent tout et n’importe quoi souvent au-delà de leurs capacités. L’Etat, qui devrait faire régner l’ordre et la discipline, s’est montré lui aussi défaillant.  
Non seulement, la puissance publique laisse voler des avions qui ne répondent pas aux normes (la plupart sont interdits d’accès au ciel européen par exemple), mais aussi elle a laissé se dégrader les installations aéroportuaires qui datent de l’indépendance. Des taxes aéroportuaires sont perçues dans l’optique d’entretenir les infrastructures mais l’on ne voit rien de concret.  
Le président de l’Union nationale des pilotes congolais ne croyait pas si bien dire, au lendemain du crash du 12 février, lorsqu’il faisait état de nids de poule au beau milieu de pistes d’atterrissage. Dans le crash qui a touché le cœur de la république, il est question d’absence de balise de guidage dont la présence aurait pu permettre au pilote de poser le jet au bon endroit de la piste. A cela s’ajoutent un contrôle aérien déficient et une météo approximative.
Un véritable pilotage à vue digne des débuts de l’aviation. Le crash du 12 février braque une fois de plus les regards et les projecteurs sur les autorités. Vont-elles enfin prendre conscience du désordre qui règne dans le secteur aérien et des risques en termes de pertes en vies humaines qu’il fait courir à tous les Congolais ?  
Au regard de tout ce qui précède, le temps n’est-il pas venu pour le pays de Kabila d’adhérer, comme son voisin de l’autre rive, le Congo-Brazzaville, à l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) ? Déjà, l’Etat a retiré la licence à la compagnie qui a affrété le jet. Il faut aller au-delà. Il ne faut plus se contenter de s’émouvoir, de pleurer les morts après chaque catastrophe et attendre la prochaine pour recommencer.

Le « facilitateur de grossesses » 
(Habibou Bangré - à Kinshasa – La Croix – 15 02 12 )

Yvon Yanga Kidiamene, gynécologue formé à Bordeaux est retourné dans son pays, la RD-Congo, où il a aidé des milliers de couples.

 « Un jour, en sortant de l’école, nous avons vu danser le docteur Dubocage, un gynécologue belge : il était très heureux d’avoir donné un enfant à un couple stérile, d’avoir cet enfant dans ses bras… Là, je me suis dit que si je faisais médecine, je serais gynécologue. » Yvon Yanga Kidiamene avait environ 19 ans quand il a assisté à cette scène à Kisantu, dans l’ouest de la République démocratique du Congo.
Aujourd’hui âgé de 75 ans, son émotion reste intacte. D’autant que, depuis, il a à son tour aidé des milliers de couples à avoir des enfants et certains ont eu des jumeaux ou des triplés. « Une soixantaine d’enfants portent mon nom », confie-t-il avec fierté dans le centre médical-maternité qu’il a construit à Kinshasa, capitale de l’ancienne colonie belge.
Yvon Yanga Kidiamene commence ses études à Bordeaux en 1963. « Il n’y avait aucune discrimination. Seule l’intelligence et les capacités comptaient », se souvient-il. En 1974, il achève sa spécialisation en gynécologie-obstétrique. Le diplômé veut alors rentrer dans le Zaïre de Mobutu Sese Seko pour « servir (son) pays ». À l’époque, le dictateur, en conflit avec l’Église catholique, interdit les crucifix dans les lieux publics. « Yanga, pourquoi allez-vous rentrer dans ce pays où même le bon dieu n’a plus rien à dire ? », lui dit l’un des professeurs qui l’a encadré pendant son stage à Orléans. Réponse : « On a beaucoup plus besoin de moi là-bas. » Sur place, la plupart des gynécologues sont étrangers. Seule une poignée de Congolais exercent, et avec obligation de travailler dans les établissements publics.
En 1987, le « facilitateur » de grossesses fonde son centre – une « œuvre sociale » également destinée à arrondir ses fins de mois. L’enseignant d’université reçoit actuellement des patients les jeudis et samedis. Le reste du temps, son fils gynécologue prend le relais. « Quand ça marche bien, nous avons 15 femmes par jour », qui paient la consultation de 15 à 20 dollars. Mais la clientèle s’étiole.
« J’ai formé beaucoup de jeunes. Chacun a son centre, alors le nombre de patients baisse, forcément », explique sans amertume ce père de dix enfants, élu député à Kinshasa en 2006 mais battu lors des élections contestées du 28 novembre dernier. Aujourd’hui, une de ses filles est médecin en France. « C’est difficile de faire des économies dans les pays occidentaux, commente-t-il. Tout ce que vous gagnez va au fisc ! »

 

Pierre Jacquemot, ancien ambassadeur de France à Kinshasa : «Katumba Mwanké était très craint»
(Christophe Boisbouvier – RFI – 15 02 12)

C'est un pilier du régime de Joseph Kabila qui est mort dimanche dernier, 12 février 2012, dans le crash d'un petit jet à Bukavu. Augustin Katumba Mwanké était le plus proche conseiller du président congolais. Pierre Jacquemot l'a bien connu quand il était ambassadeur de France à Kinshasa. Aujourd'hui, le diplomate est chercheur associé à IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) à Paris. L'ancien ambassadeur de France à Kinshasa est aussi l'auteur d'un livre publié l'an dernier chez l'Harmattan, Congo : Puissance et fragilité, sous le pseudonyme de Pierre Cappelaere.

RFI : Pierre Jacquemot, vous avez connu Augustin Katumba Mwanke. Qu’est-ce qui faisait sa force dans l’appareil d’Etat congolais ?

Pierre Jacquemot : On l’appelait l’éminence grise, le cerveau politique, on l’appelait aussi l’autorité morale. Ce qui faisait sa force c’est son intelligence, sa parfaite connaissance des dossiers, mais également sa proximité avec le président Joseph Kabila, qu’il a connu avant que celui-ci ne devienne président. On raconte qu’il aurait sauvé la vie de Joseph Kabila, lorsque les troupes rwandaises attaquaient la ville de Pweto. C’était en 2000. Joseph Kabila était dans une forêt et Katumba Mwanke, qui était à l’époque gouverneur du Katanga, aurait envoyé un hélicoptère pour le sauver.

RFI : Au moment de l’assassinat de Laurent Désiré Kabila, Katumba Mwanke était donc gouverneur du Katanga. Quel rôle a-t-il joué dans la succession entre le père et le fils ?

P.J. : On ne sait pas trop. On sait simplement que du fait de cette proximité avec Kabila père puis avec Kabila fils, il aurait pu jouer le rôle, un peu, de Mazarin. Il a une certaine influence dans la formation politique du jeune Kabila. Il a certainement joué un rôle, aussi, pour retirer de l’entourage immédiat du jeune président un certain nombre de caciques de la période Kabila père, pour lui donner plus de liberté d’action. Donc il a eu un rôle certainement important dans son apprentissage du pouvoir.

RFI : Après l’installation de Joseph Kabila au pouvoir, Katumba Mwanké reste auprès du nouveau président. On dit que toutes les décisions du régime dans le secteur minier, et notamment le contrat chinois de 2007, c’était lui.

P.J. : C’est exact. En fait, Katumba Mwanké a eu un petit problème en 2002. Chaque année, il y a un rapport d’enquête des Nations unies sur l’exploitation des ressources minières de la RDC. Il (Katumba Mwanké) a été cité dans le rapport de 2002. Et donc, il a décidé à ce moment-là de prendre un petit peu de recul et on l’a retrouvé ambassadeur itinérant... N’empêche qu’il a eu un rôle effectivement important et c’était une personne très réservée et surtout très crainte. Et il avait certainement la haute main sur un certain nombre de portefeuilles ministériels, comme celui des mines, des hydrocarbures, de l’énergie. Il avait une influence très forte dans ces différents domaines.

RFI : Comment a-t-il réussi à échapper à la disgrâce, après ce rapport de l’ONU de 2002 qui l’avait épinglé, notamment sur la disparition de cinq milliards de dollars de ressources minières ?

P.J. : Comme beaucoup de rapports des Nations unies, il n’a pas été suivi d’effets, en termes de sanctions. Donc il s’est fait simplement un peu plus discret qu’auparavant. Mais de toute façon, c’était une personnalité assez secrète. Il apparaissait très peu en public.

RFI : On dit que c’était lui qui fixait le pourcentage des dessous de table que les grandes compagnies minières internationales devaient payer pour décrocher un contrat.

P.J. : Vous savez, la République démocratique du Congo est la République des rumeurs. Beaucoup d’opérateurs économiques avaient l’habitude de voir la main d’Augustin Katumba Mwanké derrière toutes les opérations, y compris les plus délicates. Alors c’est très difficile de démêler le vrai du faux. Je crois qu’il ne faut pas trop charger la barque et incriminer une personnalité qui vient de mourir dans des conditions terribles. Et il faut plutôt d’ailleurs, regarder l’état des pistes aériennes au Congo, et s’inquiéter de cette situation de façon à pouvoir sécuriser. Mais je crois que c’est plutôt ça. C’est la priorité, plutôt que d’aller chercher en permanence des histoires, sans pouvoir jamais les prouver.

RFI : Donc vous croyez plus à la thèse de l’accident qu’à celle de l’attentat ?

P.J. : Je crois à la thèse de l’accident, absolument. Je n’ai aucune raison de penser qu’il y a eu un attentat. Malheureusement, ce n’est pas le premier accident. Il y en a beaucoup. Les exemples sont, malheureusement, très, très nombreux.

RFI : Mais en même temps, par son influence, est-ce qu’il ne s’était pas fait beaucoup d’ennemis ?

P.J. : Certainement. Mais vous savez, ce pays a traversé tellement de drames ! Et encore aujourd’hui, il affiche une très grande fragilité. Et donc toutes les personnalités politiques suscitent autour d’elles des réactions parfois violentes et en tout cas, extrêmement tranchées. Personne n’est véritablement épargné dans ce pays.

RFI : Les fonds secrets de la présidence, est-ce lui qui les gérait ?

P.J. : Je pense qu’il avait une certaine influence dans l’orientation des dépenses hors budget. C’est comme ça qu’on les désigne dans le vocabulaire du Fonds monétaire.

RFI : Ce qui représentait de grosses sommes ?

P.J. : Cela pouvait probablement représenter des grosses sommes, notamment nées des négociations dans le secteur minier, les commissions ou les pas de porte, mais également de plus en plus sur le secteur pétrolier du lac Albert, et bientôt dans la cuvette centrale du pays.

RFI : On dit que plusieurs ministres du gouvernement congolais devaient passer par Katumba Mwanké pour pouvoir parler au président.

P.J. : C’est fort possible. En tout cas, ce qu’on dit aussi c’est que Katumba Mwanke était la seule personnalité qui pouvait entrer dans le bureau du président sans avoir préalablement pris de rendez-vous.

RFI : Après son décès, est-ce que Joseph Kabila est fragilisé ou pas ?

P.J. : S’il est fragilisé, c’est plus par les conditions qui ont prévalu pendant les dernières élections présidentielles et législatives, dont l’organisation était largement contestée et le dépouillement également, à commencer par les Congolais et tout particulièrement l’Eglise congolaise. Donc, il appartient à Joseph Kabila de conquérir sa légitimité. D’abord auprès du Parlement qui vient de s’installer, et trouver une majorité crédible, mais également auprès de la population, par l’action qu’il doit mener. Et il y a beaucoup de choses à faire, notamment au titre de ce qu’il appelle « les cinq chantiers ». C’est plus comme ça, à mon avis, qu’il doit raisonner.

Dans cet accident d’ailleurs, il faut signaler qu’il y a eu également des blessés, parmi lesquels des personnalités de grande qualité. Je pense particulièrement au ministre des Finances, un autre conseiller du président, au gouverneur du Sud-Kivu… Donc le drame a atteint plusieurs personnalités et de nombreuses familles. Et je crois qu’on doit aussi nous associer aux condoléances. C’est un drame congolais.

Un nouveau responsable de l'UDPS arrêté à Kinshasa
(Ch. Rigaud – Afrikarabia – 15 02 12 )

Une semaine après la brève interpellation du numéro 2 de l'UDPS, Jacquemain Shabani, c'est au tour du secrétaire général adjoint du parti d'Etienne Tshisekedi, Raymond Kahungu d'être arrêté ce mercredi à Kinshasa.

La répression s'accroît sur l'opposition congolaise depuis la réélection contestée de Joseph Kabila. Après Jacquemain Shabani, brièvement interpellé et empêché depuis, de quitter la République démocratique du Congo, l'UDPS dénonce aujourd'hui l'arrestation du secrétaire général adjoint du parti d'opposition, Raymond Kahungu. Ce responsable a été interpellé dans l'après-midi à l'une des nombreuses barrières dressées devant la résidence d'Etienne Tshisekedi dans le quartier de Limete à Kinshasa. Selon l'UDPS, Raymond Kahungu a été emmené par la police congolaise vers "une destination inconnue". Contacté mercredi soir par Afrikarabia, Raphaël Kapambu, chargé de la communication de l'UDPS affirme ne pas avoir de nouvelle de Raymond Kahungu depuis la fin de la journée. 
Cette arrestation intervient dans un contexte particulièrement tendu entre majorité et opposition en République démocratique du Congo (RDC). Jeudi 16 février, l'Eglise catholique a en effet appelé à une grande manifestation pour contester la réélection de Joseph Kabila. La manifestation a d'ailleurs été interdite par les autorités congolaises.

La FIDH appelle les autorités à garantir la protection des droits de l’Homme
(Communiqué FIDH -  15 Février 2012 )

Des ONG de défense des droits de l’Homme appellent les autorités congolaises à garantir la protection et la sécurité des participants de la marche pacifique prévue pour ce jeudi dans tout le pays, par l'Eglise catholique pour réclamer «la légitimité et la légalité du pouvoir ». 

Alors que le bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’Homme, l'Union européenne, le gouvernement américain, le Centre Carter, l'Archevêque de Kinshasa et de nombreuses organisations nationales et internationales de défense des droits de l'Homme, ont dénoncé les multiples irrégularités qui ont entaché les scrutins présidentiel et législatif du 28 novembre 2011, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a annoncé la réélection du président Kabila et la formation d'un parlement composé à la majorité absolue par le parti au pouvoir. La marche du 16 février s'inscrit dans ce contexte d'absence de crédibilité des résultats des élections. 
Nos organisations appellent les autorités à respecter strictement les libertés de réunion pacifique et d'expression conformément aux dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et de la Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples qui lient la République démocratique du Congo (RDC) et à garantir la sécurité des manifestants. Elles en appellent en outre à la responsabilité des organisateurs de la marche et des partis politiques pour garantir son déroulement dans le calme. 
Nos organisations demandent également aux autorités de répondre aux appels des manifestants quant aux mesures à prendre pour respecter les principes démocratiques et garantir l'application de l'article 25 du (PIDCP) qui stipule que « Tout citoyen a le droit et la possibilité (...) de voter et d'être élu, au cours d'élections périodiques, honnêtes, au suffrage universel et égal et au scrutin secret, assurant l'expression libre de la volonté des électeurs ». Ces mesures doivent nécessairement, et entre autres, concerner la transparence des scrutins du 28 novembre 2011, le mandat et la composition de la CENI, la réforme du Code électoral et la ratification et la mise en œuvre effective de la Charte africaine sur la démocratie, les élections et la gouvernance, qui entre en vigueur aujourd'hui. 
Par ailleurs, nos organisations considèrent que ces mesures devraient être accompagnées de plusieurs autres engagements et décisions concrètes pour la protection des droits humains en RDC, et notamment : l’adoption,  par le Parlement, des projets de loi sur la protection des défenseurs des droits de l'Homme et sur l'établissement d'une Cour spécialisée mixte, compétente pour juger les auteurs des crimes les plus graves commis dans le pays depuis 1990. Au titre de la lutte contre l'impunité, les autorités devraient également s'engager dans une coopération pleine et entière avec la Cour pénale internationale (CPI), en adoptant une loi d'adaptation du droit interne au Statut de Rome et en transférant à la CPI Bosco Ntaganda visé par un mandat d'arrêt international, et prendre toutes les mesures nécessaires pour que les auteurs des crimes internationaux, notamment des crimes sexuels, soient effectivement poursuivis et sanctionnés. 
« Les citoyens congolais attendent des autorités congolaises des réponses immédiates et concrètes quant à la protection des principes démocratiques et des droits humains en RDC », a déclaré Dismas Kitenge, Vice-président de la FIDH et Président du Groupe Lotus.

Le cardinal Monsengwo défie-t-il Kabila?

(Blaise Sanyla N. – Le Podcast Journal - 16/02/2012)

Jeudi 16 février, journée dite apocalyptique pour le régime de Kabila. Le Cardinal Laurent Monsengwo appelle à une marche de tous les chrétiens catholiques pour demander l'annulation des scrutins du 28 novembre dernier. La ville de Kinshasa est déjà sous une peur bleue face à la coïncidence de l'ouverture de la nouvelle Assemblée Nationale et cette marche.

Cette situation de torpeur se présente pendant que le débat est au rendez- vous dans tous les QG (Quartiers Généraux) des partis politiques pour la composition du prochain gouvernement et le bureau de l’Assemblée nationale; et en même temps que la famille politique du président Kabila pleure un de ses mentors le député Augustin Katumba Mwanke.
Le Cardinal et archevêque de Kinshasa, Laurent Monsengwo Pasinya a annoncé tacitement cette marche des chrétiens catholiques venant de toutes les paroisses de la ville pour chuter à la paroisse Saint Joseph de Matonge en plein centre de la capitale.
Cette marche qui devra dire non à la poursuite des activités officielles des institutions élues suite à un scrutin contesté et remplie d’irrégularités sera pacifique et sans calicots ni message écrit de la part des manifestants. Et vise plus particulièrement la session extraordinaire de l’Assemblée nationale qui était prévue pour ce même jeudi 16 février à 10h au Palais du peuple. 
Une coïncidence que d’aucun ne qualifie pas de hasard: le point de chute de la marche, la paroisse Saint Joseph et l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le Palais du peuple sont à deux rues soit à un peu moins de quinze minutes de marche à pied. D’où un quelconque débordement des manifestants pourra facilement prendre d’assaut le Parlement où seront sans doute réunies toutes les autorités du pays qui sont conviées à la cérémonie d’ouverture de la session extraordinaire de la deuxième législature de la troisième République.
Ce mercredi 15 février, c’est l’opposition parlementaire qui s’est joint à l’Église et appelle ses militants et militantes à participer massivement à la marche pour défier le gouvernement Kabila, dit Clément Kanku du parti d’opposition MIR. Par ailleurs l’UDPS d’Étienne Tshisekedi annonce que ce même 16 février, elle va devoir exiger le déguerpissement des chars et la garde postée par le pouvoir devant la résidence de son leader Étienne Tshisekedi Wa Mulumba, ce dernier qui est arrivée deuxième aux présidentielles du 28 novembre dernier et qui ne cesse de revendiquer sa victoire. Ensuite l’UDPS souligne qu’aucun de ses députés élus ne siégera dans la nouvelle Chambre basse du parlement convoquée ce jeudi. 
Ce décor planté, porte à croire que l’opposition politique congolaise saute sur l’occasion pour frapper un coup dur et ultime au régime de Joseph Kabila déjà fragilisé par la perte de son mentor Katumba Mwanke, mais aussi plongé dans une guéguerre fratricide de recherche de positionnement pour occuper le poste de la primature ou du prochain speaker successeur de l’Honorable Évariste Boshab à la Chambre basse de l’organe délibérant. Qu’à cela ne tienne, le camp Kabila n'est pas dupe et s’apprête à l’hécatombe lors de cette date qualifiée d’apocalyptique. De cause à effet, nous apprenons de sources proches du Commissariat général de la police que le général Charles Bisengimana a reçu des instructions strictes. Un important dispositif sécuritaire devra couvrir la ville de Kinshasa remplie des policiers et des éléments de la garde républicaine.

 

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À Kinshasa, la police congolaise empêche la marche des chrétiens

 (BRUNO BOUVET, avec Habibou Bangré, à Kinshasa et AFP – La Croix - 16/02/12 ) 

La police congolaise a empêché jeudi 16 février la marche des chrétiens prévue pour protester contre les résultats des élections présidentielle et législatives

La police a dispersé jeudi 16 février à Kinshasa, parfois à coups de gaz lacrymogène, une marche des chrétiens qui entendaient notamment protester contre les résultats des élections de fin 2011 en République démocratique du Congo.
Des groupes de fidèles ont quitté tôt le matin leur paroisse pour tenter de regagner l’église Saint-Joseph, lieu de rassemblement, mais des policiers les ont rapidement dispersés notamment avec des gaz lacrymogènes, appliquant les consignes des autorités qui, la veille, avaient interdit la manifestation.
« Nous avions prévu cette marche depuis longtemps, et à notre grande surprise, nous avons appris que le gouverneur de Kinshasa l’avait interdite. Mais nous tenions à sortir, et nous avons manifesté, même si c’était sur quelques mètres », explique un abbé, accompagné d’une dizaine de fidèles.

« Nous sommes déterminés »

La police a ramené les marcheurs dans leur paroisse, brutalisant quelques vieilles femmes récalcitrantes, menaçant les contestataires et jetant du gaz lacrymogène pour disperser les rassemblements dans la rue.
« Ils ont réprimé terriblement : ils ont lancé du gaz lacrymogène partout dans l’enclos, jusque dans la chambre des prêtres », a affirmé à l’AFP le P. Pierre Bonsangia, l’un des organisateurs de la marche, joint au téléphone à l’intérieur de la paroisse. Selon lui, trois prêtres, deux religieuses et deux fidèles ont été arrêtés, selon un bilan établi à partir d’informations paroissiales.
La scène s’est répétée à plusieurs reprises dans la capitale. « Nous sommes en train de nous mobiliser pour aller à Saint-Joseph, nous sommes déterminés », chuchote un homme, qui revient d’une paroisse de la commune de Lemba (est) où des « kulunas (voyous) ont attaqué des chrétiens, machette à la main. »

« Rejet des résultats des élections »

La manifestation « non violente » devait aussi marquer le 20e anniversaire de la « marche des chrétiens » du 16 février 1992 pour réclamer plus de démocratie au régime du dictateur Mobutu. La marche avait été réprimée et les corps de victimes tuées par les forces de sécurité avaient été amenés à la paroisse Saint-Joseph.
Les organisateurs avaient appelé samedi à la commémoration des morts du 16 février 1992 et exhorté les Congolais à exprimer leur « rejet des résultats des élections » présidentielle et législatives du 28 novembre 2011, en les qualifiant de « conformes ni à la vérité ni à la justice ».
Le chef de l’État sortant Joseph Kabila a été officiellement réélu, et son camp a remporté les législatives selon les résultats provisoires de la Commission électorale. Mais l’opposant Étienne Tshisekedi, classé deuxième de la présidentielle, a rejeté ces résultats et s’est autoproclamé « président élu », dénonçant des irrégularités également relevées par des missions d’observation nationales et internationales.

Nouvelle manifestation anti-Kabila de la diaspora congolaise à Bruxelles

(Le Vif - Belga 16 février 2012)

Environ 500 Congolais défilaient jeudi après-midi dans le quartier européen, à Bruxelles, contre la réélection du président congolais Joseph Kabila lors de la présidentielle du 28 novembre dernier, a constaté l'agence BELGA.

Les Congolais issus de la diaspora en appellent une nouvelle fois au départ du chef de l'Etat de la République démocratique du Congo (RDC), affirmant que l'élection présidentielle a été en fait remportée par l'opposant Etienne Tshisekedi. La marche était également organisée pour commémorer un massacre perpétré le 16 février 1992 contre la population civile de Kinshasa, lors de la "marche des chrétiens", qui voulait réclamer plus de démocratie au régime du dictateur Mobutu Sese Seko. Les manifestants se sont rassemblés sous la statue de Léopold II et de là se sont ébranlés en cortège vers le Rond-point Schuman. Une centaine de policiers encadraient cette marche, qui a été autorisée. (VIM)

Le Centre Carter déplore la répression des manifestants lors de la marche pacifique des chrétiens (16.02.12)

 Le Centre Carter déplore la répression de la « Marche des Chrétiens » qui se déroule aujourd'hui et appelle le gouvernement de la RDC à assurer le respect des droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d'expression des citoyens congolais. Les dirigeants de l'Eglise ont demandé à leurs paroissiens d'exprimer d'une manière pacifique leur mécontentement vis-à-vis du processus électoral récent. L'expression politique pacifique est un droit humain fondamental qui est garantie par la Constitution de la RDC ainsi que des traités internationaux ratifiés par la RDC. 
Les arrestations de prêtres, sœurs religieuses et militants des droits humains à Kinshasa, ainsi que la fermeture de trois stations radios, mettent en danger le processus démocratique en RDC. Par conséquent, le Centre Carter demande au gouvernement de la RDC de revenir sur ces décisions en permettant la réouverture des radios qui ont été fermées et la libération des personnes arrêtées pour avoir exercé leurs droits démocratiques.

Kabila n’a pas peur de Dieu
(Adama Ouédraogo Damiss – L’Observateur Paalga – 17 02 12 )

Les chrétiens de la République démocratique du Congo (RDC), particulièrement ceux de Kinshasa, n’oublieront pas de si tôt la journée du 16 février 2012. En effet, les manifestations de rue y étant interdites, les fidèles catholiques se sont réunis dans des églises pour exiger la vérité des urnes à l’issue des dernières élections présidentielles et législatives.

Et cette date a été choisie en souvenir des martyrs du 16 février 1992, tombés sous les balles des hommes de Mobutu Sese Seko alors qu’ils protestaient contre la volonté de ce dernier de mettre fin à la conférence nationale souveraine, arrachée de haute lutte et présidée du reste par un prélat, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya. 
Mal leur en prit, car le régime de Joseph Kabila a visiblement décidé d’en découdre avec l’Eglise catholique et sorti l’artillerie lourde pour réprimer les croyants. Il se faut dire que, 20 ans après, l’histoire a la fâcheuse tendance à se répéter, car c’est presque le même accueil qui a été réservé aux manifestants. C’est à croire que les hommes ont changé, mais pas la manière de gouverner. 
Et Jeune Afrique a génialement caricaturé le président congolais lorsqu’il a écrit que Kabila, c’est Mobutu light parce que le chef d’Etat de la RDC marche sur les pas du défunt dictateur. Cette répression se déroule dans un contexte marqué par les critiques de l’Eglise catholique sur la sincérité du scrutin, chose que le pouvoir de Kinshasa n’a pas digérée. Certes, l’Eglise aussi a eu une attitude ambiguë pendant les élections : dans un premier temps, elle a promis de donner des chiffres réputés crédibles sur le scrutin, puis elle s’est rétractée en déclarant que ce n’était pas son rôle. 
Si les autorités religieuses avaient maintenu leur position pour communiquer les résultats dont elles disposaient, on n’en serait peut-être pas là. C’est dire que les chrétiens mènent aujourd’hui un combat d’arrière-garde qui ne mène nulle part. Cela dit, quel que soit le péché de l’Eglise, le pouvoir ne devrait pas mater les fidèles à l’intérieur des lieux de culte. 
A ce rythme, on leur interdira un jour d’aller prier bon Dieu. On sait maintenant de quoi est capable Kabila qui n’a pas vraiment pas peur de Dieu. A ses débuts, le jeune Kabila, était timide, et on lui avait accordé le bénéfice de la bonne foi en espérant qu’il serait l’espoir de la RDC en succédant à son père assassiné. On constate que les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs. Kabila n’est plus le jeune président introverti qu’il était lorsqu’il arrivait aux affaires. Lentement mais sûrement, il emboîte le pas à ses prédécesseurs et aux dinosaures de la scène politique africaine.

Reynders déplore "l'emploi excessif de la force" lors de la Marche des Catholiques

vendredi 17 février 2012 à 16h38

(Belga) Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) a déploré vendredi "l'emploi excessif de la force" par certaines bandes armées ainsi que par les forces de l'ordre dans des paroisses de Kinshasa (RDCongo) à l'occasion de la "Marche des Catholiques", ce jeudi.

Reynders déplore "l'emploi excessif de la force" lors de la Marche des Catholiques
(Belga – 17 02 12)

Dans un communiqué, le chef de la diplomatie belge dit également "regretter" l'interdiction de la marche par les autorités et la coupure temporaire de chaînes de radio et télévision. "En effet, il est particulièrement essentiel, en cette période charnière pour la consolidation de la démocratie dans le pays, que chacun puisse exercer responsablement sa liberté d'expression", selon M. Reynders. La police a dispersé jeudi à Kinshasa, parfois à coup de gaz lacrymogènes, une marche des chrétiens qui entendaient notamment protester contre les résultats des élections contestées du 28 novembre dernier en République démocratique du Congo. Trois prêtres, deux religieuses et deux fidèles ont été arrêtés à cette occasion, selon un bilan livré par les autorités paroissiales.

L'opposition rate son rendez-vous avec la rue
(Christophe RIGAUD – Afrikarabia – 17 02 12)

La marche des chrétiens organisée en République démocratique du Congo (RCD) par l'Eglise catholique et soutenue par l'opposition n'a pas réussi à mobiliser la population. L'opposition misait beaucoup sur cette marche pour contester la réélection de Joseph Kabila, mais les manifestants ont été dispersés par un impressionnant dispositif policier. L'échec de cette manifestation renforce la légitimité du pouvoir en place. Signe des temps : les Etats-unis, très critiques sur le mauvais déroulement du processus électoral, viennent de reconnaître la victoire de Joseph Kabila à la présidentielle.

Rendez-vous manqué entre l'opposition et les Congolais. L'opposition espérait créer une vague de contestation populaire dans les rues de Kinshasa pour dénoncer "le hold-up électoral" que constitue à leurs yeux la réélection de Joseph Kabila. Le 16 février est une date de commémoration importante pour les catholiques congolais puisqu'ils rendent chaque année hommage "aux martyrs de la démocratie congolaise, tombés sous les balles des soldats de Mobutu". Cette année la coloration de cette manifestation était clairement "anti-Kabila" et dénonçait le manque de transparence des élections présidentielle et législatives de novembre 2011. 
Kinshasa avait interdit la manifestation, mais la marche a tout de même eu lieu dans différents points de la capitale. Très rapidement, la police, mais aussi les militants pro-Kabila sont intervenus à coup de gaz lacrymogènes et de machettes, selon les agences de presse présentes sur place. Les heurts ont été particulièrement violents et les ONG locales ont dénombrées 6 arrestations (4 prêtres et 2 religieuses). 
Malgré ces affrontements sporadiques, Kinshasa est restée globalement calme ce jeudi. La foule attendue par l'opposition n'est pas venue et a été vite dissuadée par l'important dispositif policier déployé dans la capitale congolaise. L'opposition n'a donc pas réussi son pari "de faire parler la rue" le 16 février comme elle l'espérait. 
Un échec qui s'explique par les hésitations de l'opposition sur la stratégie à suivre face à des élections qu'elle conteste. L'opposition est toujours divisée et le leadership naturel qu'Etienne Tshisekedi a su créer lors de la présidentielle s'essouffle un peu, faute de positions claires du "Sphinx de Limete" (qui se tait plus qu'il ne parle). L'UDPS hésite en effet sur la marche à suivre pour "déligitimer" le président Kabila. Tshisekedi prône la politique de la chaise vide à l'Assemblée nationale (boycott des députés UDPS) alors qu'une majeur partie des nouveaux élus à la chambre souhaitent y siéger. Les députés UDPS pensent qu'ils seront "plus utiles et audibles" à l'intérieur de l'Assemblée qu'à l'extérieur. Quant aux autres "ténors" de l'opposition (Kengo, Kamerhe), ils ont complètement disparus de la circulation. La population se demande à juste titre quelle opposition elle soutiendrait, si elle descendait dans la rue : Tshisekedi ? l'armée ? le général Munene ? On l'absence de réponse... elle semble s'abstenir. 
L'opposition a donc raté une bonne occasion de se compter dans les rues ce 16 février. Une occasion manquée, qui pourra peut-être se représenter... mais pas de sitôt. Pendant ce temps le pouvoir en place se normalise. Les Etats-Unis, pourtant très critiques sur le manque de crédibilité du scrutin, viennent par la voix de leur ambassadeur à Kinshasa, de reconnaître "la victoire du président Joseph Kabila" à l'élection présidentielle "pour les cinq années à venir". Une reconnaissance qui pèsera lourd dans le camp occidental.

RDC: une ONG dénonce des atteintes graves à la liberté d'expression
(AFP / RomandieNews - 17 février 2012 -)

KINSHASA - Une ONG congolaise des droits de l'Homme a dénoncé vendredi des atteintes graves à la liberté d'expression et de manifestation en République démocratique du Congo depuis le début du processus électoral.

Médias publics au service de la pensée unique, opposants privés de médias, radios et télévisions indépendantes ou proches de l'opposition suspendues, marches de partis d'opposition ou d'autres forces sociales violemment réprimées: ces actes constituent des atteintes graves à la liberté dexpression et de manifestation pacifique, dénonce l'Association africaine de défense des droits de l'Homme (Asadho) dans un communiqué.
L'Asadho évoque notamment la marche des chrétiens jeudi à Kinshasa pour dénoncer les élections présidentielle et législatives contestées du 28 novembre 2011, qui avait été interdite par les autorités et a été dispersée sans ménagement par la police, en usant notamment de gaz lacrymogènes jusque dans des paroisses. 
Selon des témoins, des jeunes délinquants ont également commis des violences contre les fidèles dans au moins une paroisse, sous les yeux de la police. 

Mercredi, le signal d'une télévision catholique et de deux autres proches de l'opposition a été coupé par le ministre des Médias et de la Communication Lambert Mende, qui l'a rétabli jeudi vers minuit. 
M. Mende a évoqué une sanction pour raisons administratives mais selon l'ONG Journaliste en danger (JED), la télévision catholique était accusée de faire de la propagande pour la marche et les autres chaînes de relayer les messages de l'Eglise pour cette manifestation. 
La délégation de l'Union européenne en RDC a dans un communiqué appelé Kinshasa à garantir les droits et libertés d'expression de tous les citoyens et à créer les conditions nécessaires à l'instauration d'un débat politique ouvert. Dans une réaction transmise à l'AFP, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères belge Didier Reynders a déploré l'emploi excessif de la force par certaines bandes armées et par les forces de l'ordre dans des paroisses de Kinshasa jeudi. Il est particulièrement essentiel, en cette période charnière pour la consolidation de la démocratie, que chacun puisse exercer responsablement sa liberté d'expression, a conclu M. Reynders. La Mission de l'ONU en RDC s'est également déclarée préoccupée par les restrictions aux libertés fondamentales.

« 
Nous avons pris des décisions concernant le respect de nos lois et la sauvegarde de la sécurité intérieure (...) Nous ne voyons pas en quoi cela concerne des pays étrangers », a rétorqué M. Mende, également porte-parole du gouvernement, interrogé par l'AFP.

Les élections du 28 novembre et la compilation des résultats ont été entachées de nombreuses irrégularités, constatées par des missions d'observation nationale et internationales, dont celle de l'église catholique congolaise, et dénoncées par l'opposition. L'opposant Etienne Tshisekedi, classé deuxième de la présidentielle, a rejeté la réélection du chef de l'Etat Joseph Kabila et s'est autoproclamé président élu. 
La Cour suprême de justice (CSJ), qui doit annoncer d'ici avril les résultats définitifs des législatives, a reçu plus de 500 recours de candidats battus.

Violences du pouvoir contre les chrétiens en RDC
(Natalia Trouiller – La Vie - 17/02/2012)

La manifestation des catholiques réclamant la transparence sur les fraudes électorales qui ont entaché la dernière présidentielle a dégénéré dans la violence hier, dans un lieu particulièrement symbolique aux yeux des Congolais. Le pouvoir assure que le contrôle de la situation lui a échappé.

LA SITUATION SE TEND ENTRE L'EGLISE CATHOLIQUE ET LE POUVOIR
Chaque année depuis 2002, le 16 février, des manifestations pacifiques ont lieu à Kinshasa pour commémorer les martyrs de la démocratie congolaise, tombés sous les balles des soldats de Mobutu il y a 20 ans. Les centaines de cadavres de ces martyrs avaient alors été transportés et exposés dans l'église de Saint-Joseph de Matonge, devenue depuis le symbole de la lutte contre la dictature. C'est dire si la charge hier matin de la police sur des femmes qui chantaient des cantiques et récitaient le chapelet sur le parvis de la fameuse église a eu valeur de symbole aux yeux de la population.
La marche des chrétiens, qui se focalisait cette année sur le rejet des résultats des élections présidentielles du 28 novembre 2011, durant lesquelles de nombreuses fraudes avaient été constatées par les observateurs de l'Eglise catholique, avait été interdite la veille par André Kimbuta, le gouverneur de Kinshasa, au motif que la demande "ne respectait pas la loi": toujours selon le gouverneur, le Conseil de l'apostolat des laïcs catholiques du Congo (CALCC), à l'origine de la demande de manifestation, "ne fait pas partie des organisations agréées"; pour arguer de sa bonne foi, il prétend même avoir été obligé de demander à l'archevêché de Kinshasa qui était cette "structure qui se dit catholique". Une ignorance très étonnante dans un pays où le CALCC n'est pas franchement une association nouvelle, et que son implication n'est pas nouvelle dans le processus de soutien à la démocratie dans le pays. 
Malgré son interdiction, la marche a tout de même eu lieu, à l'appel de la CALCC mais aussi de plusieurs prêtres kinois. C'est alors que la police est intervenue, obligeant les chrétiens à se réfugier dans leurs églises, où ils ont été enfumés à coups de gaz lacrymogènes. A Saint-Raphaël, le curé de la paroisse et des membres de la communauté ont été violemment repoussés dans les murs de l'église par des jeunes du PPRD (le parti au pouvoir) armés de machettes. A Saint-Augustin de Lemba, ce sont des personnes habillées en civil qui ont attaqué les manifestants à coups de bâtons et de pierres, alors que les policiers encerclaient la paroisse. Ce sont les soldats de la Monusco, la force de l'ONU dans le pays, qui ont permis aux chrétiens de pouvoir être évacués. Le Collectif des organisations non-gouvernementales de RDC tient sur son site la liste exhaustive de toutes les arrestations et violences qui ont eu lieu. 
Au total, ce sont au moins quatre prêtres et deux religieuses qui ont été arrêtés par les forces de police, ainsi que de nombreux manifestants. Dans un pays où l'Eglise catholique est devenue la seule force réelle d'opposition, nul doute que ces arrestations vont faire du bruit.

 

© CongoForum, le samedi 18 février 2012

 

 

 

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