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07.12.06 Dans son discours d’investiture, J. Kabila promet la carotte et le bâton (Le Potentiel)

Adieu la transition. Mort le « 1 + 4 ». Vive la IIIè République. La République démocratique du Congo vient de tourner officiellement une page de l’histoire avec la prestation de serment constitutionnel de Joseph Kabila, en sa qualité de premier président élu de la IIIè République. Cérémonie haut en couleurs. Mais aussi pleine de bonnes intentions, sur fond de défis à relever. A Kabila de réussir son pari durant les cinq prochaines années, débutées depuis hier 6 décembre 2006.


Il était exactement 13h5’ à Kinshasa, lorsque Joseph Kabila, président de la République élu a prêté le serment constitutionnel suivant : « Moi, Joseph Kabila Kabange, président de la République démocratique du Congo, je jure solennellement devant Dieu et la Nation d’observer et de défendre la Constitution et les lois de la République, de maintenir son indépendance et l’intégrité de son territoire, de sauvegarder l’unité nationale et de me laisser guider que par l’intérêt général et le respect du droit de la personne humaine, de consacrer toutes mes forces à la promotion de l’idéal commun et de la paix, de remplir loyalement et en fidèle serviteur du peuple les hautes fonctions qui me sont confiées. »

Aussi, conformément aux articles 71, 74 et 223 de la Constitution, la Cour suprême de justice, toutes sections réunies en cette audience publique et solennelle de ce 6 décembre 2006 tenue dans les jardins du Palais de la Nation, a reçu d’abord le serment constitutionnel avant de lui en donner acte. Joseph Kabila est ainsi confirmé Président de la République démocratique du Congo, le quatrième dans la lignée des chefs de l’Etat de la RDC, mais le premier élu démocratiquement au suffrage universel direct. Curieuse coïncidence ou source d’inspiration, cette cérémonie s’est déroulée au même endroit, où 46 ans auparavant, Baudouin 1er, alors roi des Belges, accordait l’indépendance au Congo Belge.

Cette cérémonie historique s’est déroulée en présence d’éminentes personnalités africaines et internationales. Notamment les présidents Bongo, Dos Santos, Thabo Mbeki, François Bozize, Bahambo, Faure Eyadema, Nkurunziza et Kikwete, respectivement présidents du Gabon, Congo - Brazzaville, Angola, Afrique du sud, Rca, Namibie, Togo, Burundi et Tanzanie.

Il y avait également les premiers ministres de la Belgique, du Maroc, les hauts représentants de la Grande-Bretagne, du Zimbabwe, de la France, des Etats-Unis, de la Zambie, du Kenya, du Cameroun, des Pays-Bas, du Canada, de la Chine, de l’ Allemagne, du Portugal, du Sénégal, du Mozambique, du Mali, du Japon, du Canada, du Saint Siège, des Nations unies, de l’Union africaine, de l’Union européenne et du représentant spécial du secrétaire général de l’Onu pour la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.

Etaient également associés à cette cérémonie, des anciens chefs d’Etat africains : Joachim Chissano, Samu Nujoma et l’ancien médiateur Moustafa Niasse.

Autant de personnalités qui viennent de conférer à ce moment historique son caractère important. La République démocratique du Congo est en train de signer son retour sur la scène internationale. Défi que tous les congolais doivent relever. Serait-ce pour annoncer les couleurs que le chef de l’Etat, dans son discours d’investiture aux bonnes intentions, a brandi la carotte et le bâton.

SOLIDARITE NATIONALE POUR GARANTIR LA PAIX

Dans son discours d’investiture effectivement, s’appuyant sur un style direct et ferme, le président de la République a dévoilé ses bonnes intentions. Il a souscrit à réconforter la refondation de l’Etat, à veiller sur l’ unité et la cohésion nationales, le fonctionnement normal des institutions pour préserver l’ équilibre des pouvoirs. A ce sujet, il s’est engagé à préserver l’indépendance de la justice « pour lutter contre la puissance d’argent et d’amitié ». De même qu’il entend accélérer la réforme de l’Administration publique, comprise dans un sens large du terme. Il s’est engagé à régénérer et à mobiliser les énergies en comptant sur tous les Congolais et en mettant un aspect particulier sur le rôle de la jeunesse congolaise. «Les enjeux sont importants qu’il faut dépasser les conflits personnels ».

Une façon pour lui de tourner le regard vers l’avenir en faisant abstraction du passé. Et de poursuivre : « En démocratie, il y a de la place pour tout le monde. Cultivons la solidarité pour garantir la paix. », a-t-il précisé avant de s’attarder sur les chantiers inscrits dans son programme d’action : les routes, l’agriculture, l’éducation, l’eau et l’électricité, la santé, l’habitat, la lutte contre la pauvreté, l’injustice sociale et la protection de l’enfant. Kabila est persuadé qu’il peut relever ces défis avec la contribution de tous les Congolais.

LA FIN DE LA RECREATION

S’il est vrai que le président Kabila a brandi la carotte, il s’est rendu à l’évidence que l’on ne peut atteindre des résultats positifs en demeurant sur les sentiers battus, avec un comportement complaisant. Sur un ton ferme, il déclare : « A partir d’aujourd’hui, je mets fin à la récréation pour que tous les Congolais se remettent au travail dans la tranquillité. Je m’emploierai à combattre l’intolérance, l’exclusion, l’ impunité, l’immoralité politique qui sont les germes des conflits. La lutte contre la corruption constitue un élément prioritaire pour autant qu’il s’agit d’un fléau », a martelé le chef de l’Etat.

Dans le même ordre d’idées, a-t- il tenu à préciser que les « portes des prisons seront ouvertes devant tous ceux qui se mettront en travers de la loi ». Comme pour mieux réaffirmer sa volonté de gouverner autrement, le chef de l’Etat, dans cet élan de la refondation d’un Etat classique, a promis de veiller sur le bonne gouvernance dans la perspective d’un développement durable ; de favoriser le processus dé démocratisation et surtout de faire respecter les droits de l’homme. Question de prendre en compte les exigences d’un environnement international de plus en plus exigeant pour accéder aux facilités élargies.

OPPOSITION ET POLITIQUE DE BON VOISINAGE

Dans ses bonnes intentions, le chef de l’Etat a rassuré l’Opposition politique. Il l’a invitée à jouer réellement le contre-pouvoir constitutionnel. Dans l’intérêt général de la Nation. Il estime que les choses en démocratie doivent fonctionner selon cette conception et que très prochainement, une loi organique sera adoptée à ce sujet par l’Assemblée nationale. C’est ainsi qu’il attends des leaders d’opinion de jouer correctement leur rôle visant surtout à conscientiser la population.

Ouvrons une parenthèse sur la situation qui prévaut dans l’Est du pays, il estime que le temps de la guerre est révolu. Aussi, tous les fauteurs de troubles seront considérés comme des ennemis du peuple.

Parlant de la région, Joseph Kabila estime que le moment est venu pour que la RDC reprenne sa place dans le concert des Nations. Il a par conséquent opté pour une diplomatie de développement plutôt que d’une simple représentation. Il s’emploiera à rentabiliser la coopération bilatérale et multilatérale qui prenne en compte les intérêts respectifs de chaque Etat. Au plan régional, il s’appuiera sur une cohabitation pacifique en favorisant l’intégration régionale dans le respect mutuel des Nations et des Peuples.

NOMINATION IMMINENTE D’UN PREMIER MINISTRE

Pour conclure, le chef de l’Etat a annoncé la nomination d’un Premier ministre conformément aux textes de loi. Et qu’après la prestation de serment du chef de l’Etat, il faudra s’attendre à la mise en place d’un Bureau définitif à l’Assemblée nationale, du Sénat, des assemblées provinciales et des gouvernements provinciaux. Des tâches tout aussi importantes pour le fonctionnement normal de la RDC.

Il est vrai que toutes ces bonnes intentions s’inscrivent dans le cadre des « promesses ». Or, le défi du chef de l’Etat est de passer à l’ action par des mesures incitatives et convaincantes. En reconnaissant l’existence de l’immoralité politique comme l’un des fléaux qui retardent le développement du pays et favorisent l’instabilité des institutions politiques, Kabila a l’obligation morale et politique, de quitter le boulevard des voeux pieux.

L’on s’attend à ce qu’il amorce une grande initiative de reconversion de mentalités, de l’amélioration des conditions de travail et de vie des militaires, des policiers, des agents et fonctionnaires de l’Etat. Car en fait, quelle que soit la réforme qui pourrait être entreprise, l’absence d’une bonne politique salariale aujourd’hui constituera toujours un grand handicap. Comment rendre performante une Administration publique devant cette évidence politique et financière ? Interrogation pertinente.

Par ces temps qui courent, il y a lieu de ne pas rêver, mais de prendre des mesures exceptionnelles face à cette situation exceptionnelle pour provoquer un déclic, en se tournant vers cette communauté internationale qui a fait preuve de « large compréhension ». Dubitative, elle est souvent capable de virer du vert au rouge pour provoquer d’autres nouvelles situations inextricables.

Au président de République d’être un bon joueur afin de respecter son serment constitutionnel. En fait, le malheur ou le bonheur du chef de l’Etat, c’est selon, c’est qu’il ne dispose d’aucune période de grâce. Pour avoir succédé à lui-même et promis de parachever « son œuvre », il risque d’être pris au mot. C’est tout dire.

J.P. Bemba, le grand absent

La présence de Jean-Pierre Bemba à la cérémonie de prestation de serment constitutionnel de Joseph Kabila aurait été remarquable. Son absence l’est davantage. En effet, Jean-Pierre Bemba, candidat malheureux de l’élection présidentielle, a été le grand absent de cette cérémonie. A en croire son entourage, il se serait rendu la veille, le mardi 5 décembre 2006, à Lisbonne, capitale du Portugal, pour se reposer. Ce qui est compréhensible après de mois intenses marqués par une campagne électorale époustouflante, sans oublier ses charges, jusque-là de vice-président de la République en charge des questions économiques et financières.

Mais après qu’il a accepté, malgré lui, l’arrêt de la Cour suprême de justice proclamant officiellement élu président de la République Joseph Kabila, et que le président élu se soit rendu chez lui, à domicile, pour un tête- à- tête, d’aucuns s’attendaient à une autre attitude de J.P. Bemba. Il n’en a pas été le cas.

Comment expliquer cette situation interprétée de diverses façons ? Difficile à dire tant que l’intéressé à ses raisons que les autres ne connaissent pas. Cependant, l’on suppose que Bermba n’a pas voulu être de trop de la fête au risque d’être la « cible » privilégiée des chasseurs d’image et de nouvelles. Il a préféré s’éclipser afin d’éviter de disputer « la vedette du jour » avec le président élu.

D’autres, par contre, soutiennent que JP Bemba n’a pas encore digéré sa « défaite ». Il demeure frustré et a jugé bon de se mettre à l’écart pour laisser passer le temps. Ce qui fait de lui un « mauvais perdant ». Mais le fait que certains de ses collaborateurs au parti aient honoré de leur présence cette cérémonie, il n’y aurait pas eu un mot d’ordre dans le sens du boycott de cette cérémonie de prestation de serment. Soit.

Laissons évoluer les choses pour mieux interpréter dans les jours à venir cette absence remarquable de Jean-Pierre Bemba à cette cérémonie de prestation de serment de Joseph Kabila.

Le défilé des FARDC

Le clou de cette cérémonie qui a eu pour cadre le Palais de la Nation a été le défilé des détachements des Fardc.

Après le prononcé du jugement d’investiture du chef de l’Etat par le 1er président de la Cour suprême de justice, de la prestation de serment proprement dite, de la remise des symboles du pouvoir au président élu, de la lecture du mot du chef de l’Etat, du défilé militaire…

Comme il est de coutume en pareille circonstance, la cérémonie d’investiture du président J. Kabila a été agrémentée par la fanfare des Forces armées de la RDC. Du début jusqu’à la fin, cette fanfare militaire faisant étalage de son talent a permis aux différentes troupes des l’Armée et de la Police nationale congolaise de défiler impeccable qui fait aussi penser à un nouveau départ à tous les secteurs de la vie nationale.

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