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17 06 17/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE SAMEDI (CongoForum)

Mr. Talleyrand, qui fut un grand diplomate, disait que « la parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée ».Comme, en ce 17 juin 2017, la maigre presse congolaise du samedi fait surtout état de déclarations tombées des lèvres distinguées de diplomates, autant vous dire que vous n’aurez pas l’occasion d’y lire grand-chose de vrai ou de sincère.

RDC/UE

Radio Okapi titre « Les sanctions européennes n’affectent pas la coopération UE-RDC, selon Barth Ouvry, ambassadeur de l’Union européenne ». 
A l’occasion du lancement des journées de diplomaties vertes vendredi 16 juin à Kinshasa, Barth Ouvry, ambassadeur de l’Union européenne, a assuré que les sanctions ciblant des responsables congolais n’entamaient pas la coopération entre l’UE et le RDC, « Je peux vous rassurer que des mesures qui portent sur des individus ne touchent en aucun cas notre coopération. Aujourd’hui, nous sommes dans la continuité de notre coopération […], qui porte sur une longue période », a déclaré M. Ouvry.  
Selon lui, la coopération est quelque chose qui porte sur le long terme et «n’est pas touchée par les aléas politiques, qui portent sur ce que nous percevons aujourd’hui comme une situation très délicate au niveau institutionnel, au niveau du retard dans l’organisation des élections.»

Il est aussi question des sanctions sur Actualité.cd, qui titre : “Multiplier les appels aux sanctions ne va donner aucun résultat” (André Flahaut, ministre belge)  
« Le ministre d’Etat belge André Flahaut a jugé inopportune la politique des sanctions menée actuellement par la communauté internationale en République démocratique du Congo.  
Au cours d’un entretien exclusif ce jeudi 15 juin 2017 à Actualité.cd, ce membre du Parti Socialiste belge a regretté que le débat politique se limite au niveau de la présidence et du nombre des mandats. Citant en exemple le cas de la chancelière allemande qui brigue son 4ème mandat, André Flahaut dit ne pas comprendre comment l’Allemagne pourrait donner de leçon du nombre des mandats au continent africain
. 
“Aujourd’hui, par les schémas qui sont imposés d’élections présidentielles, l’on ne s’occupe plus que de la présidence où il y a un siège pour beaucoup de candidats. On réduit le débat politique à cette dimension, alors que le débat politique doit aussi se construire dans les collectivités locales et remonter. Moi, je dis que madame Merkel va commencer son 4ème mandat en Allemagne, personne ne dit rien. En Afrique aujourd’hui, je ne plaide pas pour la prolongation des mandats. Mais il est clair que quand les Allemands font la leçon aux Africains en disant “deux mandats et pas un de plus”, en Allemagne il y a 4 mandats qui se suivent”. 
Pour le ministre du Budget, de la Fonction publique et de la Simplification administrative au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ne prêter attention qu’à l’élection présidentielle en oubliant de commencer le processus par la base, c’est-à-dire les élections locales, serait construire une maison par le sommet en négligeant la fondation.  
“Analyser une situation au travers de nos prismes d’analyses, nous ne pouvons pas le faire. C’est la raison pour laquelle tous les processus d’élections ont été imaginés à l’époque de l’extérieur, dans des réunions qui se tenaient même à l’extérieur des pays concernés. On a imposé des calendriers d’élections et on s’est trompé, parce qu’on a construit des maisons par les sommets plutôt que de construire les fondations. Il eût fallu travailler par la base et par l’organisation d’élections locales sans oublier les chefs coutumiers dans le processus pour amener les personnes à adhérer dans le processus de reconstruction d’un pays” 
Pour André Flahaut, la politique des sanctions ne va apporter aucun résultat, sinon le durcissement du gouvernement congolais. Le ministre d’Etat juge “pas bonne” la façon d’agir de la communauté internationale mais indique, à l’inverse, que la réaction des autorités congolaises n’est pas non plus bonne. Selon lui, il faut une médiation, un point d’équilibre basé sur le respect mutuel.  
“Il faut retrouver un point d’équilibre entre l’expression de la communauté internationale qui ne raisonne plus aujourd’hui qu’en terme des sanctions et les autorités au niveau du Congo qui disent “on n’a pas besoin de la communauté internationale”. On vit dans un monde où le Congo a besoin de la communauté internationale et la communauté internationale a besoin du Congo. Parler de politique des sanctions et multiplier les appels aux sanctions ne va donner aucun résultat. Je crois que cette façon d’agir de la communauté internationale n’est pas bonne et la réaction congolaise n’est pas bonne non plus. Donc, il faut trouver un moyen de médiation entre les deux ensembles, mais un moyen basé sur le respect mutuel et pas la politique du gros doigt”. 
André Flahaut est actuellement ministre d’Etat belge, mais aussi ministre du Budget, de la Fonction publique et de la Simplification administrative au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il a également exercé d’importantes fonctions au sein du gouvernement fédéral belge et a été président du parlement belge, pendant 4 ans ».

JKK/ J.P. Lacroix (ONU)

Le Bulletin de l’ACP écrit « Le Président Joseph Kabila fait le point sur la situation politique et sécuritaire en RDC à l’intention de Jean-Pierre Lacroix »  
L’ACP annonce que Joseph Kabila a eu des entretiens, vendredi à Kinshasa, avec Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l’ONU en charge des opérations de maintien de la paix, axés sur la situation politique et sécuritaire en République Démocratique du Congo. 
M. Jean-Pierre Lacroix a déclaré, au sortir de cette entrevue, avoir aussi échangé avec le Chef de l’Etat sur la coopération entre les Nations unies et la RDC. « …Les Nations unies sont présentes en RDC en appui au peuple congolais et en étroite collaboration avec ses autorités pour aider ce pays à progresser vers la stabilité», a dit le haut fonctionnaire onusien.

(Mais de quelles autorités congolaises ces Messieurs parlent-ils ? Il est essentiel de garder en mémoire que la RDC vit toujours sous un régime illégitime, depuis les élections de 2011. Il faut rappeler que les élections de novembre-décembre 2011 ont donné des résultats qu'une personne avisée, réfléchie, d’esprit libre et critique devrait considérer comme nuls, donc sans gagnant. La suite aurait dû être l'annulation pure et simple, des enquêtes sérieuses pour déterminer les causes et origines des irrégularités, qu’on punisse les responsables, qu’on les écarte définitivement de toute responsabilité électorale et qu’on en tire les conséquences quant aux futures élections. Il aurait dû y avoir une protestation générale des démocrates de tous les partis, car un démocrate ne saurait accepter que son candidat gagne par la fraude, la corruption et le mensonge. Au lieu de quoi on n’a assisté qu’à des élucubrations pour défendre la victoire « officielle » de JKK, et à d’autres élucubrations pour défendre celle, tout aussi hypothétique, de Tshisekedi.  
Les élections de 2011 avaient été organisées, tout comme celles de 2006, en faisant voter un « corps électoral inconnu », faute de recensement préalable de la population. Ce fait à lui seul suffirait à en « plomber » gravement la crédibilité. Elles ont, par-dessus le marché, été entachées de fraudes et de manipulations à un point tel qu’elles ont donné des résultats qui, en réalité, sont encore inconnus. Toute autorité prétendue ne relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait accompli. En d’autres termes, il y a en RDC un Président, des ministres, des autorités DE FAIT. Il n’y en a plus aucune qui puisse légitimement se dire « autorité de droit ».  
Pourquoi se soucie-t-on tant de savoir si la fin du « mandat » du « Président » Kabila serait conforme à la Constitution, alors que la Constitution a été non pas violée, mais chiffonnée, jetée à terre et foulée aux pieds pour le maintenir au pouvoir en 2011 après des élections NULLES[1].. La réalité, c’est que l’usurpateur doit s’en aller. Si l’on a l’occasion de le faire partir « en douceur » en lui accordant un délai jusqu’en décembre pour faire ses malles, tant mieux. Sinon, qu’il subisse la violence qu’il a déjà infligée à tant d’autres ! NdlR)

Katumbi

Le Potentiel titre « Sous la protection des Nations Unies : Moïse Katumbie, retour programmé en Rdc ». 
D’après ce journal, contre les atermoiements de la justice congolaise qui a condamné par défaut Moïse Katumbi dans un procès à sens unique, le Haut-commissaire de Nations Unies pour les droits de l’homme exige, pour sa part, la levée de tous les obstacles qui obstruent la voie de retour de ce compatriote au pays. Le confrère fait ici allusion à la correspondance datée du 13 juin 2017, dans laquelle cet organe spécialisé de l’Onu presse Kinshasa à permet à Katumbi de retourner en homme libre en RDC en vue de se présenter à la présidentielle de décembre 2017.

 Thambwe Mwamba

Le Bulletin de l’ACP écrit encore: « La Majorité présidentielle dément des rumeurs sur l’arrestation d’Alexis Thambwe Mwamba »  
Il annonce que La Majorité présidentielle (MP) qualifie de « fausses » les rumeurs et les allégations circulant depuis quelque temps sur les démêlées judiciaires et l’arrestation dans un pays étranger, du ministre d’Etat en charge de la Justice et Garde des sceaux, Alexis Thambwe Mwamba.  
C’est ainsi que dans un communiqué remis vendredi à l’ACP, le porte–parole de la MP, André Alain Atundu Liongo, affirme que le ministre d’Etat Thambwe Mwamba séjourne en Belgique dans le cadre d’une mission officielle et compte regagner le pays à la première occasion pour s’acquitter normalement de ses obligations d’Etat. Selon cette source, la MP saisit l’occasion pour d’une part, renouveler sa confiance à tous les membres du bureau politique « forcement sollicités dans le contexte actuel », et d’autre part sa foi au système international de la justice comme instrument de la régulation des relations entre les Etats de la Communauté internationale.

Pour sa part : « Thambwe Mwamba se défend de toute responsabilité dans le crash d’un avion abattu à Kindu », note Radio Okapi.  
Le ministre congolais de la Justice Alexis Thambwe Mwamba, visé par une plainte en Belgique pour crime contre l'humanité, s'est défendu vendredi par la voix de son avocat de toute responsabilité dans le crash d'un avion civil abattu en République démocratique du Congo (RDC), a fait savoir ce média en ligne. 
Pour cet avocat, la plainte a été déposée à Bruxelles en mai contre le ministre par des proches de passagers du Boeing 727 de la compagnie Congo Airlines (CAL) abattu près de Kindu (est de la RDC) le 10 octobre 1998 avec 50 personnes à bord par un missile tiré par le mouvement rebelle Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), dont Alexis Thambwe Mwamba était l'un des dirigeants.

 

Presse et documents étrangers

Un processus électoral toujours sans calendrier
Christophe RIGAUD – Afrikarabia – le 11 Juin 2017

La commission électorale congolaise a fait le point sur l’avancement du processus électoral lors du dernier Conseil des ministres. Et la CENI, comme le président Joseph Kabila, ne rassurent pas quant à la tenue de l’élection présidentielle avant la fin 2017.

Le dernier Conseil des ministres du 9 juin était entièrement consacré à l’évaluation du processus électoral, moins de sept mois avant l’élection présidentielle. L’accord du 31décembre 2016, qui doit mettre fin à la crise politique provoquée par le report des élections, prévoit l’organisation du scrutin présidentiel fin 2017. Mais depuis cette date, les choses traînent. Le nouveau gouvernement a mis cinq mois à se mettre en place et le mécanisme de surveillance de l’accord (CNSA) se fait toujours attendre. Pendant ce temps, la Commission électorale (CENI) s’attelle à inscrire les Congolais sur les listes électorales, mais non sans mal. Car au 7 juin 2017, 26 millions d’électeurs ont seulement été enregistrés, selon la CENI, sur les 41 millions attendus.

L’enrôlement stoppé dans les Kasaï  
Devant le Conseil des ministres, Corneille Nangaa, le patron de la Commission, a dressé un premier état des lieux « des opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs ». Treize provinces sur vingt-six ont déjà clôturé le processus de révision du fichier électoral, alors que dix provinces sont « en cours d’enrôlement ». Mais deux provinces, le Kasaï-Central et le Kasaï, ainsi que les territoires de Kamiji et Luilu dans la province de la Lomami, n’ont pas démarré les opérations. En cause, l’insécurité qui prévaut dans le centre du pays depuis la fin de l’été 2016, après la mort du chef traditionnel Kamuina Nsapu. Après dix mois de violence et (officiellement) plus de 500 morts, les affrontements entre miliciens et forces de sécurité ont jeté sur les routes plus d’un million de réfugiés. Dans cette zone, la majorité des opérations d’enrôlement ont été suspendues.

Un calendrier électoral « sous peu »  
L’intégralité du fichier électoral sera-t-il effectué comme prévu pour le mois de juillet afin de pouvoir organiser l’élection présidentielle en décembre 2017, comme le prévoit l’accord de la Saint-Sylvestre ? Corneille Nangaa n’a pas abordé la question en Conseil des ministres, mais plusieurs sources au sein de la CENI confirment que les opérations d’enrôlement ne seront pas terminées avant le mois d’octobre… bien trop tard pour organiser le scrutin en décembre. A la radio onusienne Okapi, Corneille Nangaa avait déclaré fin mai que « le calendrier électoral serait connu sous peu ». Depuis cette date… plus rien, et aucun mot devant les ministres du nouveau gouvernement Tshibala (pourtant là pour accélérer le mouvement) et le président Kabila lors du Conseil des ministres du 9 juin.

Financer les élections « sans compromettre le développement »  
L’opposition redoute en effet que les élections soient de nouveau retardées, comme en décembre 2016. Car si la révision du fichier des électeurs prend plus de temps que prévu, le financement du processus électoral est encore plus flou. Devant le Conseil des ministres, Corneille Nangaa a prévenu. L’organisation des scrutins présidentiel, législatif et provincial, coûtera environ 1,3 milliard de dollars. « A ce rythme, et au regard des revenus engrangés par le Trésor national, les opérations électorales risquent d’absorber plus de moyens financiers que le développement du pays. » Le budget lilliputien de la République démocratique du Congo pour 2017 a en effet été fixé à 7,9 milliards de dollars. Corneille Nangaa a expliqué « qu’une réflexion s’imposait pour permettre le financement des élections sans compromettre le développement de la RDC. » Il paraît donc peu probable que tous les scrutins puissent se tenir en même temps. La Commission électorale pourrait alors décider de « découpler » les scrutins dans un souci d’économie. Quels scrutins passeraient à la trappe dans un premier temps ? L’opposition craint que le pouvoir ne cherche à privilégier les scrutins locaux aux élections générales… ce qui repousserait la présidentielle aux calendes congolaises.

« Rejeter toutes les pressions extérieures » 
Retard dans le révision du fichier électoral, insécurité dans le centre du pays (fief de l’opposition), manque de moyens financiers et absence de calendrier électoral… les élections ne sont donc pas pour demain en RDC. D’autant que la volonté politique pour accélérer le processus électoral ne saute pas aux yeux. Au lieu de rassurer sur la prochaine tenue des élections, le président Joseph Kabila inquiète. Dans une récente interview au journal allemand Der Spiegel, le chef de l’Etat a déclaré concernant la tenue de la présidentielle : « Je n’ai rien promis du tout ». Au sujet du calendrier électoral, Joseph Kabila a expliqué que « c’est à la commission électorale de répondre à cette question. (…) Organiser des élections pourrait prendre plus de temps… ou non ». Durant le dernier Conseil des ministres, Joseph Kabila a même averti qu’il ne se laisserait pas dicter le calendrier : « le Président a rejeté fermement toute ingérence étrangère dans l’organisation des scrutins en RDC, note le compte-rendu officiel. Il a invité le gouvernement et la CENI à agir en toute responsabilité et à rejeter toutes les pressions extérieures ». Tout le monde est maintenant prévenu.

Moïse Katumbi :« le Congo n’est pas un patrimoine privé qu’on gère à sa guise »  
Hubert Leclercq - La Libre Belgique – le 12.06.2017,

Un an ! Cela fait un an que le Rassemblement de l’opposition congolaise a vu le jour. Une alliance entre les principaux leaders et mouvements de l’opposition face aux dérives du pouvoir du président Joseph Kabila dont le second et dernier mandat arrivait à échéance le 19 décembre dernier. 
Un an après cette création, que reste-t-il de ce Rassemblement alors que Joseph Kabila est toujours au pouvoir et que les signes annonciateurs d’une alternance démocratique en RDC sont toujours en berne ?  
La Libre Belgique a rencontré, sans langue de bois, Moïse Katumbi, le principal adversaire de Joseph Kabila et l’un des moteurs de ce Rassemblement de l’opposition.

La Libre Belgique: Monsieur Katumbi, quel bilan tirez-vous de cette première année du Rassemblement de l’opposition qui a été, évidemment, marquée par le décès d’Etienne Tshisekedi, le leader naturel de ce mouvement ?  
Moïse Katumbi: Je voudrais d’abord saluer le combat d’Etienne Tshisekedi. Son engagement sans faille. Ensuite, il faut constater que le Rassemblement n’a rien perdu de sa détermination et de son poids réel. Notre objectif n’a pas varié d’un iota. Nous voulons le respect de la Constitution. Nous voulons l’alternance politique. Nous voulons la démocratie. Nous voulons éviter le chaos dans lequel veut nous diriger Joseph Kabila et sa clique. Chaque jour, notre détermination est plus forte.

Etienne Tshisekedi disparu, c’est son fils, Félix, qui a repris le flambeau.  
Et ça se passe très bien. Nous sommes exactement sur la même ligne. Avec Félix nous partageons les mêmes objectifs. Nous nous voyons régulièrement, nous nous parlons tous les jours. Ce qui compte, ce ne sont pas les hommes, c’est l’avenir du Congo et de près de 80 millions de Congolais.

Pourtant, certains membres du Rassemblement vous ont abandonnés en cours de route. C’est ce que je viens de vous dire, ce qui compte, ce ne sont pas les individus mais le Congo et l’ensemble du peuple congolais. D’ailleurs, je tiens à souligner que le Rassemblement, c’est un regroupement de plate-forme et d’un seul parti, l’UDPS. Ceux qui sont partis ne représentent rien. Ils nous ont quittés pour leurs intérêts personnels. Ils ont tourné le dos à la démocratie, au respect de la Constitution. Ceux qui restent dans le Rassemblement, ce sont ceux qui veulent vraiment qu’il y ait un vrai changement dans notre pays , c’est cela la volonté du peuple congolais. Et, croyez-moi, ils sont prêts à bien des sacrifices pour y arriver.

Votre regard sur l’actuel gouvernement du Premier ministre Bruno Tshibala, autre transfuge, comme Samy Badibanga, de l’UDPS.  
Les mêmes maux produisent les mêmes effets. Kabila a changé le Premier ministre et quelques seconds rôles mais il a conservé tous ses lieutenants aux places de choix. Il s’est même permis de choisir quelqu’un qui s’était auto-exclus de son parti, l’UDPS, et donc du Rassemblement. Cela explique les nombreuses missions du gouvernement de Kabila qui donne de fausses informations aux pays de la sous-région que Tshibala appartenait toujours à son parti. Tshibala passera comme Badibanga. Mais pire, tout indique qu’il ne sera qu’un Premier Ministre anecdotique. On l’oubliera et, pour n’avoir pas respecté l’Accord de la Saint Sylvestre et avoir trahi le peuple congolais, il aura tout perdu de sa lutte. C’est dommage.

 

Rappelons effectivement que le 31 décembre, opposition et majorité présidentielle ont signé, sous l’égide des évêques congolais de la Cenco, l’Accord de la Saint-Sylvestre qui prévoyait notamment que l’opposition obtienne le poste de Premier ministre, la présidence du Comité national de suivi de l’Accord et la tenue des élections avant la fin de l’année ? Vous n’avez pas l’impression d’avoir été naïf ? Vous n’avez finalement rien obtenu ?
Nous avons voulu tout essayer pour éviter le chaos et obtenir le respect de la constitution et donc le départ pacifique de Kabila. Nous savions que nous prenions un vrai risque à négocier avec la majorité qui n’a aucun plan B. Voilà pourquoi jusqu’aujourd’hui, ils n’ont pas désigné un dauphin.. Que le clan Kabila le veuille ou non, le texte de l’accord est sur la table.  
Les Nations-Unies, l’Union Africaine, l’Union européenne, des nations comme les Etats-Unis, la France, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Angola et la liste est longue, sans oublier le Vatican, demandent la stricte application de cet Accord. C’est un caillou dans la chaussure de la majorité. Un caillou, si vous ne le retirez pas de votre chaussure et que vous voulez continuer à marcher, ça fait très mal jusqu’au moment où vous devez vous arrêter en pleine souffrance…

La semaine dernière, le président Kabila est sorti de son silence pour donner une interview au magazine allemand Der Spiegel, il a expliqué qu’il n’avait pas promis les élections en 2017… 
Kabila n’a rien à promettre. Il n’a plus de légitimité, il est hors-la-loi. Il ne peut pas engager le peuple congolais car au terme de l’Accord, il assume son intérim jusqu’au 31 décembre 2017. Il y a des lois et une constitution qui sont au-dessus de lui, qui s’imposent à lui. Ce n’est pas un cadeau qu’il fait, c’est une obligation légale.  
Dans une démocratie, l’élection n’est pas une option, c’est une obligation. Lui, il ne fait que passer. Il n’a toujours pas compris que le Congo n’est pas un patrimoine privé qu’on gère à sa guise comme une boîte de sardines. Il y aura un après Kabila et plus il s’entête, plus cet après sera compliqué pour lui et pour tout son clan.

Dans la même interview, il n’hésite plus aujourd’hui à évoquer à demi-mot la possibilité d’un référendum  
Souvenez-vous de ce qui s’est passé en janvier 2015 quand il a voulu toucher à la constitution. Le peuple est sorti dans la rue spontanément pour lui dire non. Le pouvoir a tué beaucoup de jeunes gens ce jour-là et il a dû faire marche arrière. Personne n’a oublié. Il en répondra et ce sera bien pire s’il voulait tenter à nouveau l’aventure du référendum. Vous savez, cette interview c’était un défi lancé au peuple congolais. Kabila a montré tout le mépris qu’il a pour les lois du Congo, pour son peuple et pour la communauté internationale. Il pense qu’il est au-dessus de tout, c’est une attitude suicidaire.

Le jour de la publication de cette interview, vous, vous étiez à Genève devant le Comité des Droits de l’Homme du Haut-Commissariat aux Nations Unies. Qu’espérez-vous de cette démarche ? 
Je suis allé devant cette juridiction parce que le pouvoir en place au Congo ne m’a pas permis d’épuiser les voies de recours nationales. Je suis frappé par une condamnation de trois ans dans un dossier où les juges ont expliqué les pressions incroyables subies pour prononcer cette sentence. Les évêques de la Cenco ont étudié ce dossier et rencontré tous les protagonistes. Leurs conclusions sont claires, cette condamnation est une mascarade. Je veux que la communauté internationale comprenne bien la situation qui prévaut dans notre pays. Ce que je vis, des milliers de Congolais le vivent.   
La plainte déposée à Genève vaut donc pour mon cas personnel, mais également pour tous ceux – et ils sont nombreux – qui, dans mon pays, souffrent de l’arbitraire et de l’injustice d’un pouvoir qui instrumentalise la justice. Il faut que cela se sache. Il faut que la communauté internationale fasse aussi pression sur le pouvoir pour que cela cesse. Ces juges qui sont complices doivent faire attention, ils ont fait des études pour rendre justice et non pas pour être au service d’un régime.

Cette démarche doit vous aider à rentrer au pays ?  
Bien sûr mais avec des garanties. J’ai toujours dit que la place d’un opposant dans mon pays c’est soit la prison, soit l’exil, soit la mort. Je ne serai pas une victime de plus d’un régime assassin. Je suis innocent sur toute la ligne, tout le monde l’a reconnu. Je ne vais pas me laisser enfermer pour le bon plaisir d’un dictateur. Je veux rentrer pour mener un combat politique. Je ne veux pas de faveur. Je veux que mes droits soient respectés, que les droits de tous les Congolais soient respectés.

Comment jugez-vous la situation au Kasaï, avec cette rébellion des adeptes de Kamwina Nsapu, la répression meurtrière des forces de l’ordre et l’assassinat de milliers de civils et des deux experts de l’Onu ?  
C’est dramatique. C’est inacceptable. On parle de plus de 40 fosses communes. Cela signifie bien plus de 1000 morts. Et tout cela se déroule sans qu’il y ait la moindre enquête indépendante. Le pouvoir annonce aujourd’hui qu’il a commencé à juger les responsables, tant dans les assassinats des milliers de civils que dans celui des deux experts des Nations Unies. On se moque de qui ? Pourquoi un gouvernement qui n’a rien à cacher ne peut-il pas accepter d’accueillir les enquêteurs de l’Onu. Ils ont tout tenté quand les informations sur ces massacres ont commencé à filtrer. J’ai même été désigné comme responsable par le ministre de la Communication d’un montage vidéo qui montrait des militaires en train de tirer sur des civils, des femmes et des enfants. Ce gouvernement voit l’ombre de Moïse Katumbi partout.  
Ensuite, ils ont sorti les images de l’assassinat des experts de l’Onu pour incriminer les Kamwina Nsapu. Comme ça n’a convaincu personne, ils ont également sorti un enregistrement audio qui incriminait un ancien ministre du gouvernement Badibanga. Personne n’est dupe. Les assassins, les vrais, courent toujours mais ils vont devoir payer. Regardez, c’est assez étonnant, aujourd’hui on ne parle plus des massacres de Beni.
Mais comme pour le Kasaï, ces massacres ne resteront pas impunis. Je m’y emploierai. Pour certains, au pouvoir, la vie des Congolais n’a aucune valeur. C’est insupportable. Quel monstre peut se comporter de la sorte. Les cours et tribunaux internationaux devront se saisir de ce dossier. A Beni comme au Kasaï, il faut se poser une question : à qui profite le crime ?

A qui ?  
A ceux qui veulent créer le chaos pour éviter de devoir passer devant les électeurs. Ceux-là même qui refusent l’enquête internationale.  

Dans le Kasaï, certains ont aperçu des hommes de Gédéon Kyungu, un seigneur de guerre que vous avez bien connu et que vous avez combattu quand vous étiez gouverneur du Katanga ?  
Ce type est un assassin. Un évadé de prison. Un criminel qui vit librement dans son pays, alors que des innocents comme Franck Diongo, Jean-Claude Muyambo et d’autres croupissent en prison ou sont contraints à l’exil. Il doit être jugé. Comme par hasard, après mon départ du gouvernorat du Katanga, Gédéon est réapparu. Il a soi-disant déposé les armes et, pour le pouvoir en place, il est devenu fréquentable.  
On apprend que ses hommes seraient au Kasaï. Comment voulez-vous qu’ils s’y retrouvent sans la complicité du pouvoir. C’est impossible. Gédéon est devenu un instrument du pouvoir. Ceux qui utilisent ses hommes sont les coauteurs de leurs crimes et ils doivent savoir qu’ils en porteront la responsabilité.

On a parlé du Kasaï, de Béni, mais la situation sécuritaire à Kinshasa est aussi très préoccupante. Plus de 4000 détenus se sont évadés de la prison de Makala le 17 mai dernier, ce samedi, 10 juin, c’est dans la commune de Matete que des attaques ont eu lieu. Comment expliquez-vous cette détérioration de la situation sécuritaire ?  
Une fois encore, cherchez à qui profite le crime. Le désordre pourrait, selon le pouvoir, expliquer le report des élections. Dans son interview au Spiegel, Kabila expliquait qu’en 2011 vu la guerre à l’est on ne pouvait mobiliser de l’argent pour des élections. Il peut être tenté de réutiliser les mêmes recettes pour justifier la non tenue des élections. Mais nous ne le laisserons plus faire. Le peuple est fatigué. Nous vivons dans l’insécurité quotidienne parce que le Congo n’est plus dirigé. 
Regardez ce qui vient encore de se passer ce dimanche à Beni. Plus de 900 évasions sur 960 détenus. Combien d’évasions sur un mois. L’évasion est chez nous devenu un sport national et il faudrait qu’il soit agréé par le pouvoir ! Tout cela pour créer l’insécurité et ne pas organiser les élections. Et personne ne démissionne !

La semaine dernière, lors de son passage à Kinshasa, une délégation du FMI a annoncé que le dollar vaudrait 2000 francs congolais en fin d’année…  
C’est intenable pour les millions de Congolais qui ne peuvent simplement plus acheter le minimum vital. Le pouvoir a puisé dans les caisses de l’Etat pour des fins personnelles. Aujourd’hui, le Congo est au bord de la faillite, il n’y a plus de réserve de change, il n’y a plus un cent pour les travaux publics, même payer les fonctionnaires va devenir difficile et sachez que personne ne prêtera un franc à cet Etat hors-la-loi.  
Le FMI aussi a plaidé pour le respect de l’Accord de la Saint-Sylvestre avant de songer à prêter le moindre franc au Congo. Les investisseurs privés sérieux ne viendront pas. Les seuls qui sont prêts à prendre le risque aujourd’hui ce sont des aventuriers qui cherchent à se remplir les poches ou à blanchir de l’argent. Et pendant ce temps, le président, les ministres ne se posent aucune question et continuent de vivre comme si tout allait bien. Le Congo est devenu un bateau sans capitaine.

Pensez-vous qu’on puisse toujours organiser des élections en 2017 ?  
Oui, on le peut. Mais le pouvoir ne le veut pas. Il n’a pas de plan B. Kabila ne veut pas quitter le pouvoir. Il ne le cèdera pas à un membre de la majorité, sans quoi il aurait déjà désigné son dauphin. Cela explique pourquoi il refuse le soutien de la Communauté internationale pour le financement des élections. Tout cela dans le seul but de ne pas organiser les élections en prenant prétexte du refus de l’ingérence. Alors que dans le même temps, il tend la main aux bailleurs de fonds. Cà ce n’est pas de l’ingérence ? Il faut rester cohérent.

Nous avons publié récemment dans La Libre une interview de deux démographes qui remettaient en cause les chiffres de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) chargée de l’enregistrement des électeurs. Pour eux, la Ceni avaient gonflé de plus de 2 millions le nombre d’électeurs… 
Il y a de sérieux doutes sur l’indépendance de la CENI. Le Rassemblement va bientôt demander une commission pour auditer le fichier électoral.

C’est la Cour constitutionnelle qui peut enregistrer les plaintes, mais cette cour est dans le collimateur du pouvoir qui veut la réformer pour la faire passer de 9 à 5 juges. Cela vous inquiète ?  
Le ministre de la justice s’est fait retoquer il y a quelques jours. Il a tenté de passer en force mais un député a soulevé la question de la non-conformité du texte. Mais pas de doute, il va revenir à la charge. La structure de la cour constitutionnelle, telle qu’elle est prévue aujourd’hui, doit garantir son indépendance. Lorsqu’il a fallu interpréter la constitution pour savoir si Kabila pouvait rester au pouvoir au-delà du 19 décembre sans organiser les élections, la cour a répondu par l’affirmative mais seuls 5 juges sur les 9 s’étaient présentés. Le quorum n’était pas atteint et pourtant les 5 juges présents ont rendu un avis favorable au pouvoir.  
Kabila ne veut pas que ça se répète. Il veut que cette cour soit complètement à sa botte, notamment pour faire passer l’organisation anticonstitutionnelle d’un référendum. Une fois encore, Kabila se joue de toutes les institutions, il utilise les juges comme des pions. Encore une fois, il agit au Congo comme dans une propriété privée. Il se moque de la loi, des Congolais. Le peuple doit être vigilant. Et les députés doivent faire très attention de ne pas hypothéquer l’avenir de toute une Nation.

Vous avez longtemps plaidé pour qu’il puisse sortir par la grande porte en cédant démocratiquement le pouvoir. Vous y croyez encore. 
J’aimerais y croire parce que ce serait synonyme d’une fin pacifique mais la grande porte est devenue une petite fenêtre très étroite. Mais s’il est très souple, il peut encore passer rapidement.

Le 30 juin, c’est la fête nationale congolaise, quel message imaginez-vous pour cette date ? Ce jour-là, c’est la fête de tous les Congolais. Pas la fête d’un homme, d’une famille ou d’un clan. Le peuple doit en profiter pour réclamer le respect de ses droits en exigeant la publication du calendrier électoral. Donc l’organisation des élections. Kabila veut recoloniser pour lui seul le peuple congolais. Nous ne serons jamais d’accord. Il trouvera le peuple sur sa route. C’est cela l’esprit de l’article 64 de notre constitution.

Imaginons que les élections aient lieu, que vous soyez candidat et que vous l’emportiez, quelles seraient vos trois premières mesures ? 
La première, c’est de faire respecter le droit à la vie de tous les Congolais. Il faut réformer urgemment le secteur de la sécurité et mettre fin à l’impunité. Il nous faut un Etat de droit. Sans ce premier axe, rien ne sera possible. Ensuite, et ça va de pair, il faut combattre la corruption à tous les niveaux. Il nous faut la bonne gouvernance. Aujourd’hui, avec des moyens modernes on peut notamment tracer tous les flux des fonds publics. Enfin, mais c’est parce que vous m’avez demandé mes trois premiers points, il faut lancer un plan de développement des infrastructures de base et de valorisation du capital humain. Il faut l’éducation, la santé et notamment l’électricité pour tous. Ce ne sont pas que des mots, mes projets sont bien construits. Mon expérience au Katanga me sera très utile.

Mais toutes les provinces du Congo n’ont pas la même richesse que le Katanga ?  
Toutes les provinces ont des atouts. Une fois encore, tout est chiffré. Je n’improvise rien quand je vous dis cela. Ce que j’ai réussi au Katanga, on peut le faire partout mais cela va exiger qu’on se retrousse les manches et qu’on ose, parfois, dire des vérités qui ne sont pas toujours bonnes à entendre. Mais les efforts seront récompensés. Le Congo peut devenir une très grande nation. Les Congolais le méritent après tout ce qu’ils ont enduré ces dernières années.

Opération portes ouvertes dans les prisons du Congo?
Colette Braeckman – Le Soir – le 13 juin 2017

Les prisons du Congo font-elles l’objet d’une opération « portes ouvertes » ? Le Ministre congolais de la Justice, Alexis Tambwe Mwamba a du répondre à une motion de défiance déposée par 51 parlementaires nationaux inquiets par la vague d’évasions qui secoue les prisons du pays. Cette fois, c’est à Beni, dans le Nord Kivu, que, dimanche dernier, 930 détenus, sur les 966 que comptait la prison de Kangwayi ont pris le large. Cette évasion massive est la quatrième en moins d’un mois : le 17 mai au soir, une attaque menée contre la prison de Makala à Kinshasa avait permis à 4000 détenus de s’évader dont le chef d’une secte politico mystique active dans le Bas Congo, Ne Mwanda Nsemi. Deux jours plus tard, à Kasangulu dans le Kongo central (ex Bas Congo) 68 prisonniers sur 74 réussissaient à s’échapper tandis qu’à Kinshasa une dizaine de détenus étaient libérés de force au parquet de Matete (Kinshasa). A Kalemié (Tanganyika) on a également enregistré des évasions massives. Les députés reprochent au ministre de la Justice d’avoir menti tant sur les responsabilités des autorités que sur le nombre exact des évadés. Ils stigmatisent aussi le refus d’exécuter la loi sur l’amnistie et de mettre en œuvre les mesures dites de décrispation politique, qui passent par la remise en liberté d’un certain nombre de prisonniers d’opinion. 
Les circonstances dans lesquelles se sont déroulées la dernière cavale massive, celle de Beni, laissent perplexe : d’après un témoin local, c’est quelques heures après le départ pour Kinshasa de l’auditeur militaire, le général Timothée Munkuntu, que tout est allé très vite. La prison a été prise d’assaut, les échanges de tirs avec les policiers ont fait onze morts dont huit parmi les forces de l’ordre. Or la prison de Beni abritait, outre des combattants Mai Mai (milices congolaises) un nombre important de combattants de confession musulmane et accusés de faire partie d’une filière jihadiste. Au fil d’un long procès, qui s’est déroulé publiquement durant des mois, accusés et témoins avaient révélé peu à peu les fils d’une pénétration menée par des réseaux islamistes et entretenus par le commerce transfrontalier, de l’or entre autres. Ces réseaux bénéficiaient de complicités locales, y compris au plus haut niveau de l’armée gouvernementale et l’évasion de protagonistes importants empêchera de faire la lumière sur l’étendue de leurs protections. En outre, selon d’autres témoins joints par téléphone, l’attaque a été de courte durée, et le calme est revenu très rapidement dans la ville malgré l’élargissement de détenus potentiellement dangereux, miliciens Mai Mai ou combattants jihadistes, de nationalité congolaise ou membres des ADF Nalu ougandais. 
En réalité, la plupart de nos interlocuteurs à Beni doutent des explications officielles : ils blâment la vénalité des gardiens, d’autant moins vigilants qu’ils sont mal payés et mal nourris, ils critiquent la faiblesse des dispositifs de sécurité. Mais surtout, comme beaucoup de Congolais, les ressortissants de Beni avancent la thèse d’une manipulation menée par le pouvoir. Le président Kabila ayant déclaré dans une récente interview que les élections ne pourraient se dérouler dans un pays livré au chaos, beaucoup de ses compatriotes en ont conclu qu’il serait lui-même le bénéficiaire sinon l’organisateur de ce chaos et des violences qui se répandent à travers la République, du Nord Kivu jusque dans cinq provinces du Kasaï et dans l’ex-Katanga. Même si ce soupçon n’était pas fondé, la situation n’en serait pas moins dramatique car la multiplication des foyers de violence signifierait alors que le pouvoir central perd peu à peu le contrôle de ce pays-continent.

Mégabarrage d'Inga: la RDC veut une alliance sino- espagnole
AFP -  le 13/06/2017

Kinshasa a annoncé mardi avoir demandé au consortium chinois et à son concurrent espagnol en lice pour le contrat de construction du mégabarrage hydroélectrique d'Inga III de se regrouper pour soumettre une offre unique.

Cette décision retarde ce projet pharaonique, en gestation depuis une trentaine d'année, alors que le gouvernement de la République démocratique du Congo avait annoncé précédemment son intention de désigner le "concessionnaire avant la fin de l'année 2016" pour un lancement des travaux en 2017. 
Les deux groupements d'entreprises en compétition sont un consortium chinois emmené par Three Gorges Corporation (gestionnaire du gigantesque barrage des Trois-Gorges en Chine) et un autre autour du groupe de BTP espagnol ACS. 
"Les deux groupements concernés ont [...] été invités, en considération de leurs dossiers de réponse, des enjeux du projet et des développements pertinents du marché et de la demande, à prendre toutes dispositions utiles afin de constituer un groupement unique devant présenter une offre optimisée", écrit l'Agence pour le développement et la promotion du projet Grand Inga (ADPI) dans un communiqué. 
Le bref texte de cet organisme rattaché au cabinet du président Joseph Kabila ne donne aucune indication sur la date attendue de livraison des premiers mégawatts que pourrait produire ce barrage. En septembre 2016, le directeur de l'ADPI avait avancé l'échéance de 2021.
Inga III doit venir compléter les deux centrales vieillissantes entrées en service entre 1972 et 1982 aux chutes d'Inga sur le fleuve Congo, à 260 km en aval de Kinshasa. 
Le futur barrage doit produire 4.800 MW (l'équivalent d'environ trois réacteurs nucléaires EPR de troisième génération) dans un pays où moins de 10% des habitants ont accès à l'électricité. Si le projet se concrétise enfin, la population congolaise ne devrait cependant pas bénéficier beaucoup de la lumière produite par Inga III.  
L'Afrique du Sud a en effet signé une option préférentielle pour récupérer 2.500 MW et la majeure partie du reste de la production est censé aller vers les groupes miniers du Katanga (sud-est), handicapés dans leur activité par une pénurie chronique d'énergie.
A la mi-2016, la Banque mondiale avait brutalement suspendu sa participation au projet (sous forme d'un don de plusieurs dizaines de millions de dollars), reprochant aux autorités d'avoir donné "au projet une orientation stratégique différente" de ce qui avait été convenu initialement.  
Depuis lors, l'incertitude politique provoquée par le maintien au pouvoir de M. Kabila au-delà de son mandat (échu en décembre) combinée à l'absence de perspective d'élection à court terme pèse lourdement sur le climat des affaires.

Bruxelles: la justice belge ouvre une enquête contre Alexis Thambwe Mwamba pour crime contre l’humanité 
La Libre Belgique – le 14.06.2017

Bruxelles, Belgique - Le ministre de la justice et Droits humains, Alexis Thambwe Mwamba, risque des poursuites pour crime contre l'humanité suite à une plainte pour un acte terroriste perpétré en 1998 du temps où il faisait encore partie des rebelles du RCD/Goma. Une enquête vient d'être ouverte notamment contre le ministre de la justice et Droits humains, Alexis Thambwe Mwamba, pour un acte terroriste perpétré en 1998 du temps où il faisait encore partie des rebelles du RCD/Goma. Michel Claise, un juge d'instruction belge, vient d'être désigné par le parquet de Bruxelles pour se charger de l'instruction dans ce dossier.
C’est le juge bruxellois Michel Claise qui a été chargé de l’instruction d’un dossier qui va tendre un peu plus les relations entre la Belgique et la République démocratique du Congo, déjà exacerbées depuis la publication de nouvelles sanctions européennes contre neuf personnalités du régime congolais impliquées dans les violences et les crimes perpétrés depuis de longs mois au Kasaï.  
Un dossier qui concerne cette fois une plainte déposée par plusieurs familles de victimes de ce qui peut être regardé comme un acte terroriste perpétré en 1998 par une rébellion, le RCD, qui affrontait alors, dans l’Est du Zaïre, les troupes de Laurent-Désiré Kabila, le tombeur de Mobutu.  
Au mois d’octobre 1998, la guerre entre ces deux mouvements rebelles se déroule aux abords de Kindu, ville située à 1200 kilomètres à l’est de Kinshasa. Le 18 octobre, un Boeing 727 de la compagnie Congo Airlines est abattu avec 50 personnes à bord (43 civils, essentiellement des femmes et des enfants, et 7 membres d’équipage).  
Le lendemain, une information est diffusée en boucle sur les ondes de RFI. On y entend un des leaders du RCD, Alexis Thambwe Mwamba, revendiquer l’attaque contre cet avion. Il justifie alors le tir du missile (un Sam 7) par le fait que l’avion était sur le point d’atterrir à Kindu avec des militaires pro-Kabila à son bord. Une version immédiatement démentie par les responsables de la compagnie aérienne et de nombreux témoins. L’avion n’était pas en approche de Kindu mais venait de décoller avec, à son bord, selon plusieurs témoignages que "La Libre" a recueillis encore ce mardi, des civils qui cherchaient à fuir un front militaire qui ne cessait de se rapprocher de la ville.  
Le frère du plaignant, M. Rachidi, était un des passagers de ce vol. "Mais j’ai aussi reçu des procurations de plusieurs familles qui ont aussi perdu les leurs dans ce tir de missile", explique-t-il à "La Libre Belgique".

Un juge d’instruction aguerri 
 Le juge Michel Claise est un habitué des affaires implicant la RDC puisqu'il avait déjà instruit l'affaire Duferco-Kubla-Princesse Odette.  
Ce dossier fait suite à une plainte, pour crime contre l'humanité, introduite par l'avocat Alexis Deswaef il y a près d'un mois. La plainte porte aussi sur des détournements de biens publics, un volet du dossier dans lequel le nom de la fille du ministre est également mentionné.
La plainte a été déposée par plusieurs familles de victimes du crash d'un avion provoqué en 1998 par une rébellion, le RCD, qui affrontait alors, dans l'Est du Zaïre, les troupes de Laurent-Désiré Kabila, le tombeur de Mobutu. Le 18 octobre, un Boeing 727 de la compagnie Congo Airlines avait été abattu près de Kindu avec 50 personnes à son bord. Alexis Thambwe Mwamba, alors chargé des relations extérieures du mouvement rebelle, avait à l'époque justifié le tir du missile (un Sam 7) sur l'appareil par le fait que l'avion était sur le point d'atterrir à Kindu avec des militaires pro-Kabila à son bord. Une version immédiatement démentie par les responsables de la compagnie aérienne et de nombreux témoins. Selon plusieurs témoignages, l'avion avait décollé de Kindu, transportant des civils qui cherchaient à fuir.  
Le Boeing 727 de la compagnie privée Congo Airlines avait été abattu par un missile, peu après son décollage de l'aéroport de Kindu, en 1998.  
En désignant le juge Michel Claise pour instruire ce dossier, le parquet de Bruxelles sait qu’il le confie à un des juges les plus en prise avec la réalité congolaise. En effet, Michel Claise instruit déjà, notamment, le dossier Duferco-Kubla-Princesse Odette dont la trame essentielle se déroule à Kinshasa et avait déjà instruit, en 2003, un dossier dans lequel on retrouvait Alexis Thambwe Mwamba, présenté alors comme "le roi du cobalt".  
"La plainte porte aussi sur des détournements de biens publics", explique le plaignant. Le nom de la fille du ministre de la Justice apparaît dans cette plainte. "La société Thambwe Mwamba Ngalula Fleur, du nom de la fille du ministre, a installé son siège social à Louvain-la-Neuve même si elle n’a aucune activité en Belgique.  
Elle aurait remporté un appel d’offres en République démocratique du Congo pour la distribution des repas dans les prisons, explique un Kinois proche de ce dossier. "Que la fille du ministre de la Justice remporte un tel appel d’offres peut paraître suspect, poursuit-il, mais quand on sait que pas le moindre repas n’est servi depuis des années dans les prisons de chez nous, ça pourrait prêter à sourire."  
Le ministre Thambwe Mwamba, qui est domicilié à Uccle, séjourne actuellement en Belgique. Son nom est régulièrement apparu ces derniers mois sur les prélistes des personnes qui devaient être sanctionnées par l’Union européenne avant d’en disparaître dans la version définitive, ce qui démontre que le ministre dispose de réseaux influents. C’est aussi lui qui était apparu sur les écrans de la RTBF l’été dernier pour dénoncer une tentative de coup d’Etat orchestrée par Moïse Katumbi, principal opposant à Joseph Kabila, avec l’aide de mercenaires dont le nombre fluctuait de 600 à… 12 selon le média qui interrogeait le ministre.  
Un seul ressortissant américain, Daryl Lewis, avait finalement été arrêté au Congo dans ce dossier. Lors de son séjour dans les geôles kinoises, l’homme avait été torturé avant d’être relâché sous la pression de Washington. En rentrant au pays, Lewis avait déposé plainte contre X, tout en visant le ministre de la Justice Thambwe et le patron des services de renseignements, M. Kalev.

Les députés demandent une enquête sur la violence en République démocratique du Congo 
 Communiqué de presse – Parlement européen – le 14 juin 2017

Les députés condamnent fermement toutes les violations des droits de l'homme en République démocratique du Congo et demandent une enquête indépendante sur les violences au Kasaï. 
Les députés se disent préoccupés par la détérioration de la situation politique, sécuritaire et humanitaire en République démocratique du Congo (RDC) et condamnent toutes les violations des droits de l'homme dans le pays. Ils appellent à un comité d'enquête indépendant pour faire la lumière sur les violences dans la province centrale du Kasaï, où plus de 500 personnes ont été massacrées, dont deux experts de l'ONU qui ont été tués en mars.

L'UE et ses États membres devraient accroître l'aide financière et humanitaire au bénéfice de la RDC par le biais d'organisations fiables afin de répondre aux besoins urgents de la population, exigent les députés. Ils demandent que des élections transparentes, libres et équitables se déroulent de façon crédible avant la fin de 2017, dans une résolution approuvée à main levée.

À savoir 
La RDC a souffert de cycles continus de conflits et de répression politique brutale. La situation humanitaire et sécuritaire s'est encore détériorée en décembre 2016 lorsque le Président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, a refusé de démissionner, en violation de la constitution congolaise limitant le mandat du Président de la RDC à seulement deux termes.

Le vote des motions de défiance contre Thambwe Mwamba et Ramazani Shadary n’est pas au programme
Ange Kasongo – Jeune Afrique – le 14 juin 2017

Les motions de défiance déposées mardi à l'Assemblée nationale de la RD Congo contre Emmanuel Ramazani Shadary, vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur et de la Sécurité et de son collègue de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, ne seront pas examinées avant... trois mois. 
Alors que jeudi 15 juin, l’Assemblée nationale clôture sa session et que les députés partent en vacances pour trois mois, les motions de défiance déposées mardi contre Alexis Thambwe Mwamba, ministre d’État en charge de la Justice, et Emmanuel Ramazani Shadary, vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, n’ont pas été inscrites à l’ordre du jour. « Le SMS reçu par le bureau du Parlement indique que le ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, ainsi que celui de l’Industrie seront à l’hémicycle du Palais du peuple et une communication de l’honorable Président de l’Assemblée nationale est prévue, rien n’indique que les motions de défiance à l’encontre de deux ministres seront examinées », confie un député congolais au téléphone à Jeune Afrique. « On sait comment fonctionne cette boutique, les deux motions ne seront pas examinées avant le 15 septembre, date de la rentrée parlementaire », ajoute t-il.
Une cinquantaine de députés avaient signé et déposé mardi deux motions contre Thambwe Mwamba et Ramazani Shadary. La première, initiée par le député Muhindo Nzangi, un élu de Goma, dans le Nord-Kivu, reprochait au ministre de la Justice sa responsabilité dans une série d’évasions de prisons en RD Congo. La seconde rendait responsable le ministre de l’Intérieur les troubles dans le Kasaï.

Que reproche-t-on à Shadary ? 
Il est notamment reproché à ce dernier la répression disproportionnée des membres de la chefferie de Kamuina Nsapu, après son exécution par les forces de l’ordre congolaises, en août 2016. « Cet incident aurait entraîné non seulement la mort d’ « hommes mais aussi la violation massive des droits de l’homme dont la découverte de plusieurs charniers et le double assassinat de deux experts des Nations Unies », peut-on lire dans le document. « La double répression et séquestration dans la capitale congolaise, dans deux communes supposées être les résidences de Ne Mwanda Nsemi, sont également reprochées au vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité », souligne le document. En février 2017, huit personnes soupçonnées d’appartenir à la secte politico-religieuse violente Bundu Dia Kongo, de Ne Muanda Nsemi, avaient été blessées lors de heurts avec les forces de l’ordre à Kinshasa, selon un « bilan partiel » communiqué à la presse par la police congolaise. Les députés signataires de la motion estiment que l’assaut de la police contre les fidèles de BDK avait mis en danger les habitants de deux communes attaquées (Ngaliema et Ngiri-ngiri). 
Alexis Thambwe Mwamba, contre qui la justice belge a également ouvert une enquête pour crime contre l’humanité, est également visé avec le chef de l’Agence nationale de renseignement (ANR), Kalev Mutond par une plainte pour « torture » déposée devant la justice américaine par Lewis, l’ancien conseiller américain en sécurité de l’opposant congolais Moïse Katumbi, qui était accusé d’être un « mercenaire » et avait été détenu en RD Congo pendant plus d’un mois avant d’être relâché et de regagner les États-Unis.

Plainte contre Alexis Thambwe : Lambert Mende accuse Reynders ! 
RTBF – le 16.06.2017

Lors d'une interview dans Soir Première, une émission radio de la chaine d'information belge RTBF, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, n'a pas mâché ses mots au sujet de l’instruction visant le ministre Alexis Thambwe Mwamba dans l'affaire du crash d’un avion en 1998 revendiqué par le RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie) dont il fut un des membres à l’époque. Il a notamment fustigé l'attitude des libéraux belges, et particulièrement Didier Reynders, le Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères et européennes belge.  
Alors qu'il a lui-même été l'objet de sanctions de la part de l'Union européenne, Lambert Mende, le ministre de la communication et des médias et porte-parole du gouvernement de la RDC, estime que les libéraux belges sont à la manœuvre pour ces sanctions politiques mais aussi en ce qui concerne la plainte pour crime contre l'humanité déposée en Belgique contre l'actuel ministre congolais de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba.  
Bien qu'il reconnaisse le droit d'une victime qui a subi des dommages à porter plainte devant n’importe quelle juridiction, le ministre congolais des médias a fustigé « la politisation » dans ce dossier qui se ressent notamment « dans le choix du moment pour cette plainte ». C’est-à-dire, « 10 ou 20 ans après les faits et au moment où les relations entre la RDC et la Belgique sont aussi tendues. »  
Il considère qu'il s'agit là d'une manipulation suite « à la dénonciation par la RDC d'une [certaine] Belgique de remettre l'embrayage sur la prise de contrôle des richesses du Congo » alors que la RDC cherche à « diversifier ses relations économiques », c'est le moment choisi pour faire tomber à la volée « des sanctions qui n'ont aucun fondement en droit international ».  
Pour revenir à la situation du ministre Alexis Thambwe, le ministre de la communication a tenu à préciser que « M. Thambwe n'a jamais été à la tête d'un mouvement rebelle » mais seulement un des membres. Avant de rajouter que « dire qu'il a été à la tête d'un mouvement rebelle c'est un peu tordre le coup à l'histoire »

Mettre « le grappin sur la RDC » en soutenant l'Opposition  
Didier Reynders et son parti appellent des Congolais à venir en Belgique pour se constituer en parti politique, selon Lambert Mende  
Continuant cette interview dans Soir Première, Lambert Mende accuse le gouvernement belge de Charles Michel et notamment Didier Reynders, le Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères et européennes belge, qui serait en cause dans cette affaire: « Monsieur Reynders est à la tête du groupe de ceux qui veulent mettre le grappin sur la République Démocratique du Congo. Nous le savons tous ! » a-t-il affirmé.  
Pour le porte-parole du gouvernement, ce groupe de libéraux francophones n'ont « jamais fait le deuil de la décolonisation » malgré les excuses exprimées en 2000 par l'ancien ministre des Affaire étrangères belge, Louis Michel. »  
Ainsi, soutien Lambert Mende, c'est le MR, ce parti politique libéral belge, qui apporte son aide aux opposants congolais. En effet, pour le ministre congolais, on voit la main du MR derrière la mise en place du « Rassemblement » autour de feu Etienne Tshisekedi à Genval puisque Didier Reynders et son parti semblent toujours avoir « des problèmes avec un Congo tout a fait autonome et un peuple congolais autodéterminé » au point qu'ils appellent des « Congolais à venir en Belgique pour se constituer en parti politique ! »

Des sanctions pour « nous humilier, nous ridiculiser »  
Lors de cette interview, Lambert Mende a une fois encore dénoncé les nouvelles sanctions européennes prises à l’encontre de 9 dirigeants congolais, dont lui-même, les qualifiant de mesures pour « nous humilier, nous ridiculiser » dans le but « de soutenir l'opposition congolaise ou du moins une certaine opposition congolaise ».  
Quant à savoir si cette mainmise des libéraux va jusqu'au niveau de l'UE en raison des sanctions injustifiées à l’encontre de la RDC, le porte-parole du gouvernement s’est tout simplement étonné et interrogé à ce sujet.  
Pourquoi si l’on a « constaté des violations des droits de l’Homme dont le gouvernement congolais serait responsable, l’instance du Conseil de sécurité - seul habilitée à prendre des sanctions contre une nation - n’a pas été saisie de ces violations par l’Union Européenne ? »  
« Pourquoi cet empressement à vouloir prendre des sanctions contre des autorités congolaises sans en référer au Conseil de sécurité des Nations Unies ? C’est qu’il y a anguille sous roche », a-t-il insinué…

Résolution du Parlement européen sur la situation en République démocratique du Congo (2017/2703(RSP))

Le Parlement européen,

– vu ses précédentes résolutions sur la République démocratique du Congo (RDC), en particulier celles du 23 juin 2016(1), du 1er décembre 2016(2) et du 2 février 2017(3),

– vu les déclarations de la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité / vice-présidente de la Commission, Federica Mogherini, et de son porte-parole sur la situation en RDC,

– vu les communiqués de la délégation de l’Union européenne en République démocratique du Congo (RDC) sur la situation des droits de l’homme dans le pays,

– vu l’accord politique conclu en RDC le 31 décembre 2016,

– vu la résolution de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE du 15 juin 2016 sur la situation préélectorale et en matière de sécurité en RDC,

– vu les conclusions du Conseil du 17 octobre 2016 et du 6 mars 2017 sur la RDC,

– vu le rapport du vendredi 10 mars 2017 du Secrétaire général des Nations unies sur la mission de stabilisation des Nations unies en RDC,

– vu les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies sur la RDC, en particulier la résolution 2293 (2016) sur la reconduction du régime de sanctions contre la RDC et le mandat du groupe d’experts, et la résolution 2348 (2017) sur la reconduction du mandat de la mission de stabilisation des Nations unies en RDC (Monusco),

– vu la déclaration conjointe du 16 février 2017 de l’Union africaine, des Nations unies, de l’Union européenne et de l’Organisation internationale de la francophonie sur la RDC,

– vu l’accord de partenariat révisé de Cotonou,

– vu la charte africaine des droits de l’homme et des peuples de juin 1981,

– vu la charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance,

– vu la Constitution de la République démocratique du Congo adoptée le 18 février 2006,

– vu l’article 123, paragraphe 2, de son règlement,

A. considérant que la RDC connaît des cycles continus de conflit et de répression politique brutale; que la crise humanitaire et de sécurité s’est encore aggravée dans le pays à la suite de la crise politique suscitée par le non-respect par le président Joseph Kabila de la limite constitutionnelle de deux mandats;

B. considérant que le conflit se déroule dans un contexte de crise politique en RDC; que l’accord conclu le 31 décembre 2016 sous les auspices de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) prévoit qu’une transition politique débouche sur des élections présidentielles libres et régulières qui seront organisées avant la fin de l’année 2017, sans modifier la Constitution; qu’à ce jour, aucun progrès n’a été réalisé sur la mise en oeuvre de l’accord;

C. considérant qu’en août 2016, des accrochages se sont produits entre l’armée congolaise et des milices locales dans la province du Kasaï-Central et qu’ils se sont propagés aux provinces limitrophes du Kasaï-Oriental, du Lomami et du Sankuru, en provoquant une crise humanitaire et entraînant le déplacement de plus de un million de civils; que les rapports des Nations unies ont fait état de violations massives des droits de l’homme, notamment le massacre de plus de 500 civils, et la découverte de plus de 40 charniers; que, selon les Nations unies, près de 400 000 enfants sont au bord de la famine; que 165 organisations congolaises de la société civile et de défense des droits de l’homme ont demandé l’ouverture d’une enquête internationale indépendante sur les violations massives des droits de l’homme dans les provinces du Kasaï et du Lomami, soulignant que tant les forces gouvernementales que les milices sont impliquées dans ces crimes;

D. que deux experts des Nations unies, et des membres du personnel d’assistance, ont été enlevés et assassinés dans la province du Kasaï en mars 2017;

E. considérant que le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a lancé en avril 2017 un appel à hauteur de 64,5 millions de dollars pour l’aide humanitaire d’urgence dans la région du Kasaï;

F. considérant que les organisations de défense des droits de l’homme font continuellement état de l’aggravation de la situation dans le pays en ce qui concerne les droits de l’homme et la liberté d’expression, de réunion et de manifestation, d’une multiplication des procès à caractère politique, et du recours à une force excessive contre des manifestants pacifiques, les journalistes ou l’opposition politique; que les femmes et les enfants sont les premières victimes du conflit et que les violences sexuelles et sexistes, souvent utilisées comme arme de guerre, sont largement répandues;

G. considérant que la Monusco, selon son mandat renouvelé pour une année supplémentaire en avril 2017, devrait contribuer à la protection des civils au milieu de l’escalade de la violence et soutenir la mise en œuvre de l’accord politique du 31 décembre 2016, et que le contingent de la Monusco devrait également être déployé en tenant compte des nouvelles priorités humanitaires et de sécurité;

H. considérant que l’Union européenne a pris des mesures restrictives contre sept personnes, le 12 décembre 2016, en réponse à l’obstruction du processus électoral et aux violations des droits de l’homme et, le 29 mai 2017, contre neuf autres personnes qui occupent des postes de responsabilité dans l’administration de l’État ou dans la chaîne de commandement des forces de sécurité de la RDC;

1. reste vivement préoccupé par la détérioration de la situation politique, sécuritaire et humanitaire en RDC; condamne fermement toutes les violations des droits de l’homme, y compris les actes de violence par tous leurs auteurs, les enlèvements, les meurtres, la torture, les violences sexuelles, ainsi que les arrestations arbitraires et les détentions illégales;

2. demande la constitution d’une commission internationale d’enquête, comprenant des experts des Nations unies, pour faire la lumière sur les violences dans la région du Kasaï et veiller à ce que les auteurs de ces massacres rendent compte de leurs actes; invite les États membres à soutenir politiquement et financièrement une commission d’enquête;

3. rappelle qu’il incombe en premier lieu au gouvernement de la RDC de protéger les civils se trouvant sur son territoire et soumis à son administration, notamment des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre;

4. déplore vivement les atermoiements dans l’organisation des prochaines élections présidentielles et législatives en RDC, lesquels constituent une violation de la constitution congolaise; regrette en outre le manque de progrès dans l’accord politique du 31 décembre 2016 sur les dispositions transitoires; rappelle l’engagement du gouvernement de la RDC d’organiser des élections transparentes, libres et régulières de façon crédible avant la fin de 2017, en assurant la protection des droits et des libertés politiques et dans le respect de l’accord politique, pour déboucher sur une passation de pouvoir pacifique; rappelle l’importance de la publication d’un calendrier électoral détaillé, tout en saluant le processus d’enregistrement électoral; plaide pour une réalisation précoce des engagements figurant dans l’accord, en particulier la modification et l’adoption des lois nécessaires au parlement congolais, avant la fin de la législature; demande que la loi électorale soit modifiée afin de garantir la représentation des femmes par des mesures appropriées;

5. souligne que la commission électorale nationale indépendante doit être un organe impartial et ouvert à toutes les parties en présence, chargé de mettre en oeuvre un processus électoral crédible et démocratique; demande la création immédiate d’un conseil national pour suivre l’accord et le processus électoral, conformément à l’accord politique de 2016;

6. rappelle le devoir du gouvernement de respecter, protéger et promouvoir les libertés fondamentales en tant que base de la démocratie; presse les autorités congolaises d’instaurer un environnement propice à l’exercice libre et pacifique de la liberté d’expression, d’association et de réunion ainsi que de la liberté des médias; exige la libération immédiate des personnes détenues illégalement, notamment les journalistes, les membres de l’opposition et les représentants de la société civile; demande à tous les acteurs politiques de poursuivre le dialogue politique;

7. condamne toutes les violations du droit humanitaire international commises par les autorités nationales et les services de sécurité; s’inquiète des informations faisant état de violations graves des droits de l’homme commises par les milices locales, notamment le recrutement et l’utilisation illicites d’enfants soldats, qui pourraient constituer des crimes de guerre au regard du droit international; estime que l’une des priorités des autorités et de la communauté internationale doit être de mettre un terme au phénomène des enfants soldats;

8. exprime à nouveau sa profonde inquiétude concernant la situation humanitaire alarmante en RDC, notamment les déplacements de populations, l’insécurité alimentaire, les épidémies et les catastrophes naturelles; presse l’Union européenne et ses États membres d’accroître leur soutien financier ainsi que l’aide humanitaire, par l’intermédiaire d’organisations fiables, afin de répondre aux besoins urgents de la population, particulièrement dans la province du Kasaï; condamne fermement toutes les attaques contre le personnel et les infrastructures humanitaires et insiste pour que les autorités congolaises veillent à ce que les organisations humanitaires puissent facilement et rapidement venir en aide à la population;

9. se félicite du renouvellement du mandat de la Monusco et du travail accompli par le représentant spécial du Secrétaire général pour la République démocratique du Congo pour protéger les civils et veiller au respect des droits de l’homme dans le contexte électoral; souligne que le mandat initial et actuel, qui s’applique à l’ensemble des troupes de l’ONU dans le pays, est de «neutraliser les groupes armés»; demande que toutes les forces de la Monusco interviennent pleinement et protègent la population des groupes armés, protègent les femmes contre les viols et d’autres violences sexuelles et empêchent toute restriction fondée sur des ordres nationaux;

10. observe avec inquiétude les risques d’une déstabilisation régionale; réaffirme son soutien aux Nations unies, à l’Organisation internationale de la francophonie et à l’Union africaine en vue de faciliter le dialogue politique; demande l’intensification de l’engagement dans la région des Grands Lacs, afin de prévenir toute déstabilisation supplémentaire;

11. rappelle qu’il importe de demander compte aux auteurs des violations des droits de l’homme et autres actions qui sapent la possibilité d’un solution consensuelle et pacifique en RDC; soutient l’emploi par l’Union européenne de sanctions visant les personnes responsables de graves atteintes aux droits de l’homme; invite à poursuivre les enquêtes sur les personnes responsables, au plus haut niveau du gouvernement, de la violence et des crimes commis en RDC et du pillage de ses ressources naturelles, conformément à l’enquête menée par le groupe d’experts des Nations unies, et à étendre les sanctions contre ces personnes; souligne que les sanctions doivent comprendre le gel des avoirs et l’interdiction d’entrée dans l’Union européenne;

12. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission, à la vice-présidente de la Commission / haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, à l’Union africaine, au Parlement panafricain, au Conseil des ministres et à l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE, au secrétaire général des Nations unies ainsi qu’au président, au Premier ministre et au Parlement de la République démocratique du Congo.

Koffi Annan et neuf ex-chefs d’Etat africains sonnent l’alarme  
Marie-France Cros –La Libre - le 16 juin 2017

L’ex-secrétaire général de l’Onu, le Ghanéen Koffi Annan, et neuf anciens chefs d’Etat africains, ont lancé jeudi un « appel urgent à une transition pacifique en RDC ». Cet appel survient alors que la diplomatie congolaise travaille à obtenir du prochain sommet de l’Union africaine, début juillet, une mobilisation contre les sanctions européennes et américaines.  
Outre Koffi Annan, le Béninois Thomas Boni Yayi, les Ghanéens John Kuofor et John Mahama, le Sud-Africain Thabo Mbeki, le Tanzanien Benjamin Mkapa, le Botswanais Festus Mogae, le Nigérian Olusegun Obasanjo, le Capverdien Pedro Pires et le Mauricien Cassam Uteem se disent « profondément préoccupés par la situation politique en RDC, qui représente une menace à la stabilité, la prospérité et la paix dans les Grands lacs et même pour l’Afrique toute entière. Nous nous sentons obligés de sonner l’alarme avant qu’il soit trop tard ».

L’Accord de la Saint-Sylvestre  
Les signataires expliquent la crise par la non-organisation de l’élection présidentielle due fin 2016 pour désigner le successeur du président Kabila. Il soulignent que l’Accord de la Saint-Sylvestre – obtenu par la médiation des évêques – donnant un an de plus pour organiser ce scrutin et partageant le pouvoir jusque-là , a « évité un désastre mais (que) sa mise en œuvre fait face à des difficultés croissantes qui compromettent le processus ». Ce sont à la fois « la lettre et l’esprit de l’Accord qui ne sont pas respectés, mettant ainsi en danger une transition non-violente, que nous croyons vitale pour la prospérité et la stabilité futures de la RDC ».  
Et d’insister: « Des élections intègres sont la seule stratégie possible pour résoudre la crise de légitimité qui assaille les institutions congolaises ». 
Et les signataires de « presser les dirigeants politiques congolais de mettre l’intérêt national à la première place ».

Implications continentales  
Les chefs d’Etat ajoutent: « Bien que la crise affecte d’abord et avant tout les vies et moyens de subsistance de nos frères et sœurs congolais », elle aurait « des implications continentales » si elle « demeurait non résolue ». Et d’appeler le gouvernement congolais et la communauté internationale à « fournir les ressources nécessaires à l’organisation des élections dans les délais prévus » par l’Accord.  
« L’avenir de la RDC est en grave danger. Nous appelons donc le Président et les autres dirigeants congolais à redoubler d’efforts pour mettre en œuvre pleinement et de bonne foi l’Accord de la Saint-Sylvestre » et « assurer des élections libres, crédibles et pacifiques pour la fin de l’année ».

La Majorité botte en touche  
Vendredi, le porte-parole de la Majorité présidentielle, Alain Atundu Liongo, n’a pas semblé prendre la mesure de cet appel puisqu’il a réagi, sur les antennes de la BBC, par de l’autosatisfaction (« Cet appel montre l’importance de la RDC dans la stabilité politique de l’Afrique et des Grands lacs ») et par un dégagement en touche (« La responsabilité de la précarité politique actuelle n’est certainement pas de la responsabilité du gouvernement Kabila »).


 

© CongoForum, le samedi 17 juin 2017 

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[1] Les fraudes les plus importantes ayant eu lieu au niveau des centres de compilation, on ne pourrait se rapprocher de la « vérité des urnes » qu’en se référant aux PV des bureaux de vote, dernière opération publique et vérifiée par des témoins. Les chiffres de la CENI ne s’accompagnaient pas de ces PV, les chiffres publiés par l’UDPS, non plus. L’Eglise n’a jamais publié les résultats partiels constatés par ses observateurs malgré cette déclaration du Cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa : « Les résultats publiés ne sont conformes ni à la justice ni à la vérité “. On n’a donc que des résultats dont la crédibilité est nulle. Les législatives ont été dignes de la présidentielle, sinon pires. Mais la CSJ a entériné les résultats de la présidentielle et des législatives. Le temps s’est écoulé, les résultats des élections demeureront à jamais inconnus. C’est d’autant plus certain que la CENI a fait incinérer tous les documents relatifs aux élections de 2006 et 2011 en octobre 2014, soit, en ce qui concerne les plus récents, après un délai de trois ans seulement, anormalement court pour ce genre d’affaires

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