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15 07 17/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE SAMEDI (CongoForum)

En ce samedi 15 juillet 2017, les quelques nouvelles que l’on peut glaner sur les médias de Kinshasa concernent les violences d’hier, officiellement présentées comme des affrontements entre un groupe d'assaillants et les forces de l'ordre au marché central après lesquels la police a rétabli l'ordre, ou consistent en commentaires concernant les grands chambardements imposés par JKK dans les hautes sphères administratives et parmi les cadres supérieurs des entreprises d’état.

Marché central

Digitalcongo se veut rassurant : « Actuellement la situation est sous contrôle et les forces de police sont à la poursuite desdits assaillants, à en croire le Colonel Pierrot Mwanamputu Epung, porte-parole de la Police nationale congolaise, qui donnait le bilan officiel de ce drame. 
Des affrontements ont opposé, vendredi dans l’après-midi aux environs de 13 heures 30 au Grand Marché, un groupe d'assaillants munis d'armes à feu et des machettes aux forces de l'ordre.
  
Au titre de bilan de pertes en vies humaines il est fait état : de la mort de Mme Chantale Mobi, Administrateur dudit marché, du sous commissaire adjoint Kamambunzu du sous-commissariat de police Bokasa sur Rwakadingi.  
Pour ce qui est des dégâts corporels l'on a enregistré 6 policiers grièvement blessés notamment le chef pool Opj du commissariat de police du marché central, la garde rapprochée de la regrettée madame l'administrateur du marché central et le secrétaire du commandant commissariat de police du marché central, l'adjudant de compagnie. Tous admis aux urgences de l'hôpital général de référence de Kinshasa.   
Il s'avère que lors de ces échanges de tirs ,4 présumés auteurs de l'infraction en garde à vue ont cassé l'amigo et se sont déversés dans la nature. 
Quant aux assaillants, l'un deux a été maitrisé par les forces de l'ordre en possession de sa machette, les autres se sont dilués dans la population et lors de leur fuite ils ont abandonné un fusil d'assaut AKA-47 au croisement des avenues Rwakadingi et Bas-Congo. Aux termes de dégâts matériels, deux postes de police ont été incendiés, il s'agit du poste Rail dans la commune de Kinshasa et du poste de police Delmaux à Barumbu.
  
Actuellement la situation est sous contrôle et les forces de police sont à la poursuite desdits assaillants, à en croire le Colonel Pierrot Mwanamputu Epung, porte-parole de la Police nationale congolaise, qui donnait le bilan officiel de ce drame ».

Mais qui étaient les assaillants et quelles étaient leurs motivations ? Là, on se perd en conjectures. Des témoignages recueillis par 7/7.cd incriminent les BDM de Ne Mwana Nsemi, et soulignent leur jeune âge. La police, sur Radio Okapi, évoque de « vulgaires brigands ». elle dit aussi, sur Digitalcongo, avoir saisi une arme automatique, alors que les témoins, selon 7/7.cd, n’ont entendu qu’un coup de feu et insistent sur les armes blanches…  
Dans son numéro spécial de cette nuit, la revue Dialogue commente «  Compte tenu de la baisse constante du niveau de vie des Congolais et de la chute non moins constante de leur pouvoir d’achat, le jour viendra fatalement où l’on se tuera pour un œuf ou pour une racine de manioc. C’est le lot des économies délabrées et des perspectives économiques incertaines.  
On ne peut donc pas écarter, a priori, les explications du général Célestin Kanyama, sauf à lui faire remarquer que les « émeutes de la faim », qui ne sont pas un fait nouveau, ne sont en fait que des actes de légitime défense populaire contre la désorganisation d’une société mal gérée et contre les accapareurs qui en profitent.  
L’autre hypothèse, suivant laquelle il s’agirait d’un acte politique ne peut cependant être écartée. 
Non pas à cause des armes blanches et des bandeaux rouges, qui sont des allusions aux « Kamwina Nsapu » évidentes… et peut-être même un peu trop évidentes pour ne pas être voulues. Mais voulues par qui ? Par des provocateurs cherchant à semer la peur du « terrorisme » de l’Opposition ? Ou par des brigands fort heureux de sauter sur une occasion de couvrir d’un voile « politique » des motivations plus terre-à-terre ?  
Mais s’il s’agissait, suivant la pittoresque expression du général Kanyama « de voyous, de voleurs, de criminels qui sont venus pour se ravitailler au niveau du grand marché par des moyens malhonnêtes », pourquoi n’ont-ils pas attaqué les étalages pour les dévaliser au lieu de s’en prendre à l’administration ? D’autant plus que cela aurait provoqué une panique de nature à ,favoriser le pillage et la fuite…  
Mais on ne peut pas ne pas remarquer que les meurtres sont ciblés politiquement. Chantal Morici, l’administratrice du Marché de Kinshasa, était membre du PPRD, le parti présidentiel. Les autres victimes sont des policiers. 
Car, d’après les photos dont nous disposons, et qui figurent en pages suivantes, il y a parmi les victimes plus d’un homme en uniforme. 
Tout cela pourrait donner à penser que certaines personnes ont décidé d’entreprendre la liquidation physique de tous les représentants et dignitaires du « désordre établi ». 
La peur serait-elle sur le point de changer de camp ?
 »

Chambardement des cadres

L’Info en ligne des Congolais de Belgique propose le « Profil du mobutiste Atundu, nouveau boss de la SNEL » 
« A cinq mois de la fin de la petite transition qui a permis à monsieur Joseph Kabila de rester au pouvoir, celui-ci a nommé des nouveaux gestionnaires à la tête de certaines entreprises de l'Etat. A la SNEL,¨Société Nationale d'Electricité, l'une des rares pourvoyeuses de fonds de l'Etat, on retrouve une personnalité qui a fait ses armes sous la 2ème République: Alain Atundu Liongo. Qui est-il?  
Ces derniers mois, il a été très actif dans la défense du Kabilisme. Il est pour beaucoup dans la crise politique post-Accord de la Saint-Sylvestre.  
Lui à la tête de la SNEL, est-ce par souci d'une bonne gestion de cette entreprise et pour que la ville de Kinshasa soit mieux éclairée... Ou est-ce plutôt la récompense pour services rendus?  
Sitôt la nomination tombée, un pan de la vie du "gestionnaire" Atundu a été mis sur la toile. Nous vous proposons ce texte. Le concerné a la latitude de transmettre à la rédaction une mise au point éventuelle, au cas où il estimerait que les informations reprises ne sont pas conformes à la réalité. 
LA SNEL ENTRE DES TRES MAUVAISES MAINS,ON VA DE MAL EN PIS. ALAIN ATUNDU LIONGO, NOUVEAU PATRON DE LA SNEL : UN EXTRAIT DU RAPPORT DE LA COMMISSION "DES BIENS MAL ACQUIS DE LA CNS" DONNE UN PROFIL TRES SOMBRE DE L'HOMME QUI VA DIRIGER LA SNEL " LISEZ CI-DESSOUS L'EXTRAIT DU RAPPORT DE LA CNS.

 Président-Délégué Général de la Gecamines-Commerciale

1. Les faits

01. En avril 1991, Monsieur ATUNDU LIONGO est nommé Président-Délégué Général de la Gecamines – Commerciale.

Cette société éprouve alors de sérieuses difficultés consécutives à un déficit de 3 700 000.00 USD et à la situation qui prévaut à la Gecamines – Exploitation, dont dépend la Gecamines-commerciale, pour son existence (accident de la mine de Kamoto et grèves), difficultés qui ont conduit l’entreprise à faire jouerla clause de la force majeure pour échapper à diverses pénalités pour non-respect de ses engagements.

02. Malgré ce tableau sombre, Monsieur ATUNDU a majoré unilatéralement sa propre provision mensuelle des frais de mission, du simple au double, de 15 000.00 USD à 30 000.00 USD par mois, soit près de 21 milliards de Zaïres mensuellement. Il faut noter que cette somme lui est versée, qu’il effectue une mission ou non et que les Premiers Ministres KENGO wa DONDO et MULUMBA LUKOJI, qu’il a cité comme ayant autorisé ce barème, nient avoir jamais donné un tel ordre. 
Par la suite, Monsieur ATUNDU s’octroiera en plus 1 000.00 USD par jour à chaque mission. En 1991, il recevra 15 527 000.00 FB au titre de frais de mission et, en 1992, 10 115 000.00 FB. Ses ponctions injustifiées pour la même période totalisent 375 000.00 FB, 545 000.00 FB, 200 000.00 USD et 1 950 000 000.00 de Zaïres. 
03. De plus, Monsieur ATUNDU a procédé à un retrait de 250 000.00 USD dans le compte de la Gécamines – Exploitation, après la vente de 98 000 tonnes de cobalt en 1991. La procédure normale prévoit que le produit de vente de minerais de la Gécamines–Exploitation soit obligatoirement versé dans les comptes de la Gécamines–Exploitation qui rétrocède la commission convenue à la Gécamines–Commerciale. Ce montant aurait, selon l’intéressé, servi à financer la campagne de vente de 1991, ce qui n’est pas vérifié au niveau de la comptabilité.

04. Le PDG ATUNDU a pris l’initiative d’un marché de gré à gré pour l’aménagement du 19e étage du building GCM sis boulevard du 30 Juin pour un montant de 539 000.00 USD en faveur de la société Module Z, sans l’aval du Conseil d’Administration, pourtant requis pour ce genre d’investissement.

05. Il ordonnera deux paiements injustifiés en devises en faveur de Monsieur KIN-KIEY MULUMBA, éditeur de l’Hebdomadaire Le Soft de Finances, soit 5 000.00 USD en 1991 et 50 000.00 USD en mai 1992. Pour ce dernier paiement, le PDG a déclaré que Monsieur KIN-KIEY lui ayant annoncé anticipativement son élection comme meilleur PDG de l’année 1992, il lui avait fallu contribuer à l’organisation de la fête en la circonstance.

2. Analyse

De l’étude des documents en notre possession, il ressort ce qui suit :

01. L’injection dans l’entreprise de Messieurs LOLINGA, KITENGE, EKEKYA, tous amis du PGD ATUNDU et la création d’une Direction non prévue, dite La Délégation Générale, dans l’organigramme de la Société et confiée à Mme BUKANI, semblent avoir eu pour objectif la mise en place d’un réseau de détournements des fonds de l’entreprise.

02. S’agissant de 1 000.00 USD de frais de mission supplémentaires qu’il s’octroie par jour, des ponctions des fonds de l’entreprise, du prélèvement de 250 000.00 USD sur la vente de 98 000 tonnes de cobalt de la Gecamines – Exploitation et de la remise des fonds à Monsieur KIN-KIEY, les faits établis et confirmés par Monsieur ATUNDU sont irréguliers.

03. Le PDG ATUNDU est un récidiviste en matière de détournement de deniers publics. Une mission de la Cour de Comptes, après une inspection de contrôle à l’ambassade du Zaïre au Rwanda à l’issue du mandat de l’intéressé à la tête de cette mission diplomatique, a noté ce qui suit : L’Ambassadeur ATUNDU LIONGO et l’équipe de Conseillers personnels avec lesquels il est venu et reparti (EKEKYA MOLA, LOLINGA LONGANGE et MPONGI) ont laissé derrière eux une ambassade pillée et des dettes privées dont la mission diplomatique ne peut remettre. On aura remarqué que ce sont les mêmes personnes qui se retrouvent autour de lui à la Gécamines-Commerciale dans le cadre de ce dossier

04. Après que Monsieur ATUNDU eut été invité à se présenter devant votre Commission, deux Administrateurs de la Gécamines–Commerciale, Messieurs MONSHE et MATO, soupçonnés d’avoir collaboré avec la Commission, étaient brutalement déchargés de leurs mandats dans le cadre d’une mise en place arbitraire datée du 12 août 1992 et effectuée dans le but manifeste d’empêcher votre Commission d’atteindre ses objectifs dans cette société d’Etat.

3. Propositions

De tout ce qui précède, considérant que les actes posés par Monsieur ATUNDU relèvent de la criminalité économique, votre Commission vous propose de décider : 
01. La restitution du trop perçu par Monsieur ATUNDU et des sommes prélevées indûment par lui à la Gécamines – Commerciale ; 
02. La révocation de Monsieur ATUNDU de ses fonctions de Président Délégué Général de la Gécamines – Commerciale et sa mise à la disposition de la justice ; 
03. L’interdiction pour ce dernier d’assumer un mandat public ou une charge publique quelconque pour une période de 5 ans ; 
04. La réhabilitation immédiate et inconditionnelle des Administrateurs MONSHE et MATO dans leurs mandats et fonctions, d’où, l’annulation de la mise en place du 12 août 1992.
05. Un audit sur l’ensemble de la gestion de la Gécamines depuis sa création.

Source: Extrait du Rapport Commission des Biens Mal Acquis ».

(Quand à la complité du régime avec des personnalités éd’affaires peu recommandable, on se référera utilement, ci après, aux articles du journal Le Monde. NdlR)

Presse et documents étrangers

 

Des élections « impossibles »… jusqu’à quand ?
Christophe RIGAUD – Afrikarabia – le 09 Juillet 2017

Le président de la Commission électorale a annoncé que les élections ne pourraient pas se tenir avant la fin de l’année en raison de l’insécurité. «  Un prétexte pour retarder une nouvelle fois le scrutin  » selon Paul Nsapu de la Ligue des électeurs.

 

« Glissement 2 », le retour. C’est dans la capitale française que le président de la Commission électorale (CENI), Corneille Nangaa, a annoncé que le calendrier électoral va une nouvelle fois « glisser » et que l’organisation des élections ne serait pas possible avant la fin 2017. Les Congolais se retrouvent ainsi face à un nouveau report de la présidentielle et des législatives, après celui de décembre 2016 et une âpre négociation qui avait débouché sur un accord politique entre le pouvoir et l’opposition. Le compromis permettait au président Joseph Kabila de rester en place sous réserve que les élections puissent se tenir avant la fin de cette année. Ce ne sera donc pas le cas selon le patron de la CENI. « Avant décembre, ça ne sera pas possible dans les conditions fixées par l’accord signé le 31 décembre 2016 », a estimé Corneille Nangaa qui a expliqué que les causes de ce report étaient à chercher dans les violences qui secouent les Kasaï et qui avaient empêché l’enrôlement des électeurs. « Nous travaillons de toutes nos forces pour parvenir à l’organisation des élections, qui sont voulues par le peuple congolais » a tenté de rassurer Corneille Nangaa depuis le siège de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à Paris. 33 millions d’électeurs sur une quarantaine estimée, ont pourtant déjà été recensés selon le président de la CENI.

 

Des élections « aux calendes grecques »

Pour l’opposition politique cette annonce constitue « une déclaration guerre » selon Félix Tshisekedi du Rassemblement. « Nangaa joue avec le feu » tonne l’opposant Martin Fayulu, candidat à la présidentielle. Il faut dire que l’opposition dénonce depuis 2014 la dangereuse stratégie de Joseph Kabila pour s’accrocher à son fauteuil et attend toujours un calendrier électoral. Cette annonce du patron de la CENI ne constitue donc pas une surprise pour Paul Nsapu, le président de la Ligue des électeurs et secrétaire général de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). « Joseph Kabila a placé ses pions pour retarder les élections. Corneille Nangaa n’est pas un acteur neutre et indépendant. Il n’a pas été porté à la tête de la CENI par la société civile. Il obéit simplement à la stratégie présidentielle de renvoyer les élections aux calendes grecques » analyse Paul Nsapu.

 

Insécurité et manque d’argent… vraiment ?

Quant aux problèmes sécuritaires dans les Kasaï avancés par Corneille Nangaa pour justifier le report des élections, le défenseurs des droits de l’homme n’y croit pas. « Ce qui se passe dans le centre du pays était prévisible. Joseph Kabila a volontairement laissé pourrir la situation. C’est une catastrophe voulue par le pouvoir pour reporter les élections. Ces foyers de tensions ont été créés par Kinshasa. Et lors des dernières élections, l’insécurité dans l’Est du pays n’a pas empêché les scrutins de se tenir dans les délais. » L’autre argument avancé par le patron de la CENI pour expliquer les retards dans l’organisation des élections est d’ordre financier. Là encore, Paul Nsapu juge l’excuse un peu maigre. « Il y a de l’argent pour acheter des caméras à Kinshasa ou du matériel pour la répression policière, mais il y en a aussi eu pour créer les nouvelles provinces. Cet argent pouvait servir à l’organisation des élections. Sans parler bien sûr de la corruption et des détournements d’argent qui se sont généralisés lors de ce dernier mandat du président Kabila. »

 

Patate chaude

Maintenant reste à savoir quand auront lieu les prochaines élections ? Sur la question, Corneille Nangaa a botté en touche et renvoyé la balle… aux politiques. Le patron de la CENI estime que le sujet doit être réglé entre le gouvernement et le Conseil national de suivi de l’accord (CNSA), censé faire respecter le compromis signé entre la majorité et l’opposition le 31 décembre 2016. Problème : le CNSA est loin d’être constitué et les négociations sont au point mort. Le hic, c’est que le président congolais avait déjà renvoyé début juin le problème du calendrier électoral… à la CENI. C’est le serpent qui se mord la queue. Dans ce jeu de « patate chaude », personne ne semble vouloir assumer la responsabilité d’un nouveau report des élections.

 

« On ne peut plus faire confiance à Joseph Kabila. »

Jusqu’à quand Joseph Kabila peut-il encore jouer avec le temps et retarder infiniment les élections ? Fin 2016, alors que son mandat touchait à sa fin et que la population était dans la rue, Joseph Kabila a pu faire baisser la tension en faisant mine de vouloir s’assoir à la table des négociations. Sous la pression de la communauté internationale, l’opposition s’est calmée et la colère populaire est retombée. Mais Joseph Kabila pourra-t-il rejouer le même scénario une deuxième fois ? Certainement pas. Car sept mois après la signature de l’accord, la situation est encore chaotique : les élections sont reportées et le Conseil national de suivi de l’accord n’est toujours pas constitué. Pour Paul Nsapu, la chose est entendue : « on ne peut plus faire confiance à Joseph Kabila. Il ne respecte jamais sa parole. Les acteurs internationaux l’ont maintenant compris » Un argument qui pourrait faire mouche aux yeux de la communauté internationale, qui avait joué la carte du dialogue politique… et se sent ainsi trahie. Selon le président de la Ligue des électeurs, la pression internationale va donc s’accentuer sur le pouvoir, notamment pour qu’une enquête indépendante puisse être ouverte sur les violences au Kasaï et l’assassinat des deux experts de l’ONU. « Si la population se lance dans des manifestations pacifiques d’envergure et si une forte pression politique pousse, afin de faire respecter l’accord de la Saint-Sylvestre, alors le pouvoir sera peut-être obligé de lâcher du lest ». Et de prévenir : « Joseph Kabila n’aura pas de seconde chance ».

 

Au Cap, le mystérieux yacht de luxe des partenaires d’affaires du président Kabila
 Xavier Monnier (contributeur Le Monde Afrique - le 11.07.2017.

Cette enquête a été menée en collaboration avec Khadija Sharife (PPLAAF et OCCRP) et John Grobler (OCCRP).)

 

Deux proches du président congolais ont engouffré 25 millions d’euros pour rénover un navire qui attend toujours ses clients, en Afrique du Sud.

L’« Enigma XK » après sa rénovation en 2014 par un chantier naval de La Rochelle, pour 25 millions d’euros. Un yacht d’une puissance moteur exceptionnelle due à son origine militaire.

Depuis l’été 2016, une nouvelle attraction attend les promeneurs du Cap, en Afrique du Sud, sur les quais du port : le bien nommé Enigma XK. « Ce bateau est curieux, s’étonne un docker, à attendre depuis des mois alors que les frais de mouillage sont exorbitants. » De fait, rien n’indique dans les 72 mètres du yacht, ses salles de gym et son jacuzzi, ses finitions en bois précieux, son sauna ou son héliport, qu’il faut chercher ses propriétaires à Kinshasa, parmi les cercles de pouvoir et les proches du président Joseph Kabila.

Pour 275 000 euros la semaine, les dix-neuf membres du personnel de bord prendront soin de douze passagers pour croiser dans les eaux chaudes de l’océan Indien, au large de Cannes – où le yacht a été aperçu en janvier 2016 – ou partir en exploration en Antarctique, destination préférée de son capitaine.

 

Ressuscité à La Rochelle

« Ce navire met à disposition de ses affréteurs une capacité hors norme de se rendre à peu près partout sur le globe, notamment dans les glaces, affirme le Français Lionel Pradines. Ensuite, chaque client fait ce qu’il désire avec le bateau (…). Nous attendons nos prochains clients. » Intarissable sur les possibilités offertes par son navire, le capitaine l’est moins sur son propriétaire.

Affichant le drapeau des îles Marshall, un paradis fiscal océanien qui, grâce à son pavillon de complaisance, affiche la troisième flotte mondiale derrière le Panama et le Liberia, l’Enigma XK ne sillonne pas seulement les eaux troubles des mers australes. C’est en France que le navire est né, sur l’un des chantiers navals de La Rochelle. Ou plutôt qu’il a ressuscité.

Durant trois ans, sous l’égide du bureau d’études du chantier Atlantic Refit Center, un navire de surveillance de la marine écossaise, le Norna, bâti en 1987, a été entièrement restauré pour devenir l’Enigma. De la belle ouvrage, documentée dans une vidéo élogieuse, qui a valu en 2014 au navire le World Superyacht Award de la meilleure rénovation de l’année, décernée par le magazine Boat International, et aurait coûté près 25 millions d’euros, selon un ancien employé de La Rochelle qui préfère conserver l’anonymat. Une somme censée rester confidentielle, comme devait l’être le nom du maître d’œuvre.

Car le véritable propriétaire du yacht se dissimule derrière une cascade de sociétés offshore, selon des documents obtenus par la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) et partagés avec Le Monde Afrique et l’Organized Crime and Corruption Report Project (OCCRP). Les employés qui ont eu à surveiller l’avancée des travaux au chantier naval de La Rochelle ont signé leur contrat avec une entreprise basée à Majuro, dans les îles Marshall, MW Afritec SA. Les feuilles d’engagement, que nous avons pu consulter, se révèlent assez sommaires. Tout en précisant que le paiement des salaires peut s’effectuer en liquide et que MW Afritec SA possède bien le navire.

Cette société a en effet acquis le Norna, engagé certains des mécaniciens afin de le transformer, avant qu’une entreprise française nouvellement créée, l’Agence Atlantique de gestion navale (AAGN), ne la remplace. « C’était pour se conformer à la loi, explique un marin qui requiert l’anonymat. Il fallait une entreprise française pour gérer le personnel à terre. »

« Ce sont des Congolais qui venaient surveiller le chantier. Ils payaient tout et signaient nos contrats, assure l’ancien matelot. En même temps, on nous a fait comprendre qu’il ne fallait pas que nous disions travailler pour des Congolais. » De ces mystères, le bateau a hérité d’un surnom, « le Yacht du président ».

L’identité des émissaires congolais, notoirement proches de Joseph Kabila, président depuis 2001 de la République démocratique du Congo (RDC), n’a pas dissipé les soupçons. En décembre 2016, une enquête de l’agence Bloomberg décrivait le chef de l’Etat congolais comme un véritable oligarque, avec une fortune estimée à plus d’un milliard d’euros. Lui, sa femme, leurs deux enfants et huit de ses frères et sœurs possèdent plus de 70 sociétés dans tous les secteurs d’activité et sont titulaires de plus de 120 permis miniers pour extraire des diamants, de l’or, du cuivre, du cobalt et d’autres minéraux du sol très riche de RDC.

 

« Chiffre d’affaires multiplié par 50 »

Pas trace officielle, en revanche, de Joseph Kabila parmi les propriétaires du yacht. Les sociétés MW Afritec SA et l’AAGN ont le même directeur général : André Wan. Un ressortissant congolais à peine trentenaire mais « bien né ». Son père, Alain, a reçu de ses propres parents une société de BTP et de construction navale créée en 1984, MW Afritec SPRL. Avec son ami d’enfance, l’homme d’affaires belge Marc Piedbœuf, Alain Wan, le patriarche du clan, a développé le business familial. Et le duo a su jouer de ses liens avec le président Kabila, devenu à la fois un client et un partenaire d’affaires. Un haut responsable bancaire de Kinshasa, au fait du dossier, se montre plus précis : « Depuis 2010, lorsqu’elle s’est approchée du pouvoir, MW a vu son chiffre d’affaires multiplié par 50. »

De 2012 à 2014, MW a versé plus de 2 millions d’euros au chantier naval de l’Atlantic Refit Center pour rénover l’Enigma. Quatre virements apparaissent dans les comptes de MW Afritec, selon les documents bancaires que lanceur d’alerte congolais, Jean-Jacques Lumumba, un ancien cadre de la banque BGFI, a remis à la PPLAAF. Une somme importante, même pour l’une des entreprises les plus en vue de Kinshasa. Interrogés sur ces transactions, Alain Wan et Marc Piedbœuf assurent, par courriel, que « les fonds de la réalisation du navire viennent de Mme Virginie Mambimbi [la mère d’Alain Wan], de Marc Piedbœuf et des dividendes d’Afritec pendant ses heures de gloire. »

MW Afritec SPRL croule en effet sous les commandes : rénovation du port fluvial et de l’aéroport international de Boma, situé à la frontière angolaise, construction de routes, appels d’offres gouvernementaux (18 millions de dollars en 2015), le tout parfois cofinancé par la Banque mondiale et l’Union européenne. Mais l’association Wan-Piedbœuf ne se contente pas de BTP et de navigation.

Le binôme, qui possédait la société des Grands Elevages du Bas-Congo (GEL), l’a vendue au président Kabila, tout comme une grande île au large de Boma, Mateba. Désormais, la GEL a pour actionnaire unique la société d’agrobusiness Ferme Espoir, propriété du chef de l’Etat, mais reste gérée par Marc Piedbœuf. Le duo gère en vérité tous les actifs du président dans le domaine agro-alimentaire et agricole, ainsi qu’Egal, une entreprise de produits surgelés dirigée par un ami intime de Joseph Kabila, le patron des patrons congolais, Albert Yuma.

« Nous étions présents avant M. Kabila et nous le serons après, l’existence de notre groupe et de nos sociétés n’est pas tributaire ni n’agit pour le compte de M. Kabila », se défendent Alain Wan et Marc Piedbœuf dans leur courrier. Ils affirment en outre être les propriétaires exclusifs de l’Enigma XK, le yacht amarré au Cap : « Le président [Kabila] n’a aucun lien avec le bateau. »

Une prudente prise de distance. Jusqu’à présent, le report de l’élection présidentielle prévue initialement en novembre 2016 et la répression des manifestations de l’opposition ont valu des sanctions américaines et européennes à une trentaine de responsables congolais, dont des proches du président Kabila. Si les biens de ce dernier et ceux de sa famille devaient à leur tour être concernés par de nouvelles sanctions, la liste dressée par Bloomberg prendrait toute son importance, ainsi que celle des partenaires financiers du président, comme Egal ou MW Afritec SPRL.

Car ce qu’Alain Wan et Marc Piedbœuf ne disent pas, c’est pourquoi deux hommes d’affaires avisés comme eux ont engouffré 25 millions dans la rénovation d’un yacht de luxe dont l’équipage et le capitaine attendent toujours, au Cap, un début de rentabilité.

 

Corneille Nangaa : "Ma démission n'est pas à l'ordre du jour"  
J.J. Arthur et Malu-Malu - Le Point (FR) – le 12.07.2017,

 

Les élections promises par Joseph Kabila sont reportées sine die. Une décision qui interroge l'indépendance de la Ceni. Son président, Corneille Nangaa, s'en explique dans les colonnes du journal le Point.

 

Le Point Afrique : Pourquoi envisagez-vous un nouveau report des élections attendues en décembre 2017 ?

Corneille Nangaa : Ce report est dû entre autres aux activités préparatoires des élections, la plus importante d'entre elles étant l'inscription des Congolais sur les listes électorales. L'accord de la Saint-Sylvestre (accord conclu le 31/12/2016 sous l'égide des évêques catholiques entre les principaux acteurs politiques pour la tenue des élections, NDLR) recommande un processus électoral inclusif. Il n'est pas possible d'aller aux élections en laissant de côté une partie du territoire national, le Kasaï en l'occurrence.

La situation sécuritaire dans cette région ne nous a pas permis d'y lancer l'opération d'enrôlement au même moment que dans les autres provinces. Cette situation a perturbé nos plans. L'inscription des électeurs dans le Kasaï risque d'avoir un impact sur les délais de tenue des scrutins, d'autant que, dans cette partie du territoire, nous allons identifier et enrôler les électeurs en observant le même principe d'équité que dans d'autres provinces du pays.

 

À quand le coup d'envoi de cette opération dans le Kasaï ?

D'après nos prévisions, avant la fin de ce mois de juillet, nous serons à pied d'œuvre en termes préparatoires dans le Kasaï, de sorte que, dans la deuxième quinzaine d'août au plus tard, nous ayons déjà commencé à délivrer les cartes d'électeur. Mais cette opération sera menée progressivement, là où la sécurité le permet. Cela pourrait avoir un effet de contagion qui nous permettrait de l'étendre à l'ensemble du Grand Kasaï.

J'ai une bonne nouvelle : la situation sécuritaire s'est améliorée là-bas. C'est nettement mieux qu'il y a un mois. Cette stabilisation nous permet de prévoir le lancement de l'enrôlement dans cette partie du territoire.

 

Où en êtes-vous de l'inscription des électeurs à l'échelle nationale ?

Le processus évolue bien. Sur les 42 millions d'électeurs attendus, nous en sommes aujourd'hui à plus de 33 millions d'inscrits. Nous allons probablement atteindre la barre des 40 millions au courant de ce mois. C'est une bonne nouvelle. C'est le seul argument objectif qui justifierait la non-tenue des élections dans les délais.

 

À quoi sont dues les lenteurs observées lors de cette opération ?

Il n'y a pas de lenteurs… Lenteurs ? Oui, mais l'objectif de l'enrôlement n'est pas que la délivrance des cartes d'électeur. Sa finalité est la constitution des listes électorales. C'est une opération qui obéit à une procédure établie conformément à la loi. En suivant cette procédure, tout doit être fait pour que nous ayons des listes fiables. Il ne nous reste que le Kasaï. Après cette phase, nous clôturerons l'opération.

 

L'OIF estime toutefois que les élections peuvent être organisées en 2017, sous certaines conditions…

J'ai lu le rapport de l'OIF ; elle n'affirme pas tout à fait ce que vous avancez. Ce qui est sûr, c'est que nous n'aurons pas d'élections tant que nous n'aurons pas fini l'enrôlement. Et après cette opération, nous demanderons au Parlement de passer la loi sur la répartition des sièges, qui nous permettra de convoquer l'électorat. Une fois l'électorat convoqué, nous aurons la liste définitive des candidatures après le règlement d'éventuels contentieux. Nous commanderons ensuite les bulletins de vote et tout le matériel nécessaire. Nous recruterons les agents qui travailleront dans les bureaux de vote. Le personnel doit être formé et le matériel déployé pour que nous alliions aux scrutins que nous attendons tous.

 

Des voix s'élèvent au sein de l'opposition pour demander votre démission, au motif que vous mettez tout en œuvre pour que le président Joseph Kabila, dont le mandat a expiré en décembre 2016, s'accorde un nouveau quinquennat sans élections…

Ma démission n'est pas à l'ordre du jour. Je fais mon travail. Je suis en fonction conformément à la loi sur l'organisation et le fonctionnement de la CENI. Il serait intéressant que les uns et les autres s'imprègnent de cette loi pour savoir dans quelles conditions untel peut démissionner ou prendre ses fonctions.

 

Il n'y a pas que l'opposition... De nombreux Congolais vous soupçonnent de faire le jeu du pouvoir… Vous semblez traîner délibérément les pieds alors que la tension est perceptible dans le pays…

Autant les gens me soupçonnent de faire le jeu du pouvoir et de retarder les choses, autant le pouvoir me soupçonne d'aller beaucoup plus vite (qu'il n'en faut). Je suis acculé de toutes parts. Cela signifie que je fais mon travail à l'allure que nous nous fixons nous-mêmes.

 

Que répondez-vous à Mgr Fridolin Ambongo, le vice-président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui estime que votre annonce aurait dû être consécutive à une concertation avec les organes compétents, au regard de l'accord du 31 décembre 2016 ?

Nous attendons ces instances. Nous ne pouvions que faire cette annonce. Que fait-on tant que le Conseil national de suivi de l'accord (CNSA) n'est pas encore installé ? Faut-il rester dans le flou et ne pas dire la vérité ? Je ne fais pas de politique. Je ne suis pas un politicien, mais un technicien chargé d'organiser les élections. Il m'appartient de dire la vérité aux Congolais, d'autant plus que, même lors de la conclusion de l'accord, les signataires savaient que l'option retenue d'organiser plusieurs scrutins le même jour était inconséquente, en termes de délais.

La Ceni joue son rôle. La mission qui lui est assignée par l'article 211 de la Constitution est de conduire tout processus électoral et référendaire. La Ceni doit publier le calendrier. C'est sa mission exclusive ; mais, comme l'exige l'accord – et Mgr Fridolin Ambongo le sait –, nous évaluerons la situation avec le gouvernement et le CNSA, que nous appelons de tous nos vœux, pour que nous publiions ce calendrier. Mais nous insistons sur un point : la publication du calendrier sera faite par la Ceni, pas par un autre organe.

 

Quelle est votre marge d'indépendance alors que vous êtes sûrement l'objet de pressions ?

Je suis indépendant. La Ceni a la particularité d'être une institution technique qui gère les passions politiques. Quoi de plus normal qu'il y ait des pressions. Peu importe ce que je déclare… L'opposition dira que ce n'est pas bon, le pouvoir aussi. De son côté, la communauté internationale ne manquera pas de donner son avis. Les évêques aussi. Malgré tout, ma position est celle-ci : nous gérons en toute responsabilité. Notre mission est d'amener le peuple congolais aux élections. Et en tant que président de la Commission électorale, je suis le garant de la bonne organisation de ces élections.

 

Quel est le coût global de ces élections ?

En tout, les élections coûteront 1 milliard 300 millions de dollars, dont 400 millions pour l'identification et l'enrôlement des électeurs, 526 millions pour les scrutins combinés – présidentiel, législatifs nationaux et législatifs provinciaux – et plus de 370 millions pour les élections urbaines, municipales et locales, etc.

Avez-vous tous les financements nécessaires ?

L'organisation des élections relève de la souveraineté nationale. Le gouvernement doit les financer. Jusque-là, il a financé l'ensemble des opérations en cours. Nous poussons et espérons que les mêmes efforts seront maintenus pour que nous finalisions les choses.

 

L'OIF note que la Ceni ne dispose pas d'un logiciel de détection des doubles inscriptions et des doublons dans les fichiers électoraux…

Ce n'est pas une négligence de notre part. Ce n'est pas non plus un problème de prix. Cela a été planifié. Notre feuille de route prévoit que nous nous dotions du logiciel Afis. Nous sommes dans le processus d'acquisition de cet outil qui sera utile, surtout à la fin de l'opération, après la consolidation des données.

 

Pourquoi avez-vous réservé aux télévisions étrangères et à l'OIF la primeur de cette information sur le probable report des élections, alors qu'elle concerne avant tout les électeurs congolais ?

Je n'ai pas réservé la primeur aux médias étrangers… Je n'avais pas fait une quelconque déclaration. J'avais une séance de travail technique à l'OIF au cours de laquelle j'ai présenté des hypothèses, tant et si bien qu'avec les nouvelles technologies de l'information, les uns et les autres ont tiré leurs conclusions. Ils ont estimé que la tenue des élections ne serait pas possible (dans les délais prévus).

 

Les USA menacent de sanctions ceux qui retarderaient les élections
Ali Attar – Afrik’com - 12 juillet 2017

 

Alors que Corneille Nangaa, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), a expliqué dimanche que les élections ne pourraient être techniquement organisées avant la date-butoir prévue du 31 décembre 2017, en raison des retards dans l’inscription de millions d’électeurs, les États-Unis ont répondu, ce mardi, qu’ils imposeraient des sanctions unilatérales ciblées à quiconque entravait ou retardait la préparation des élections en République démocratique du Congo.

La réaction américaine aux déclaration du Président de la Ceni ne se sont pas faites attendre. Les élections présidentielle, législatives et provinciales en République démocratique du Congo (RDC) doivent se tenir "au plus tard en décembre 2017" sauf à ce que que le Conseil national de suivi de l’accord, le gouvernement et la commission électorale, décident ensemble à l’unanimité de repousser cette date.

La déclaration de Corneille Nangaa est donc jugée sans valeur et les États-Unis considèrent que des retards supplémentaires pourraient déclencher des troubles en raison de manifestations anti-gouvernementales. L’opposition a d’ailleurs rapidement dénoncé l’annonce de la Ceni comme une déclaration de guerre.

"Nous sommes prêts à prendre des mesures supplémentaires pour sanctionner ceux qui empêchent la première transition démocratique de la RDC", a déclaré le vice-ambassadeur américain aux Nations Unies Michele Sison au Conseil de sécurité de l’ONU.

Les États-Unis ont imposé des sanctions à plusieurs responsables congolais l’année dernière - bloquant tout actif financier aux États-Unis et empêchant généralement les Américains de s’engager dans des transactions financières avec eux. "Le Conseil de sécurité devrait également envisager des sanctions ciblées pour réduire la violence en RDC et aider à faire pression sur toutes les parties prenantes pour qu’ils jouent un rôle plus constructif dans le déménagement du pays", a déclaré Sison.

En vertu d’un accord conclu le 31 décembre entre les représentants du pouvoir et les dirigeants de l’opposition, Kabila, au pouvoir depuis 2001, ne doit pas changer la constitution pour prétendre à un troisième mandat et des élections doivent se tenir avant la fin de l’année pour favoriser une transition démocratique.

Environ 80 000 personnes ont fui les combats entre l’armée congolaise et une nouvelle coalition rebelle, ont déclaré mardi les Nations Unies. Le chef du maintien de la paix des Nations Unies, Jean-Pierre Lacroix, a déclaré au Conseil que l’aggravation de la violence avait entraîné une forte augmentation de 26% du nombre de personnes déplacées au cours des deux derniers mois pour atteindre 1,3 million rappelle Al Jazeera.

Une commission d’enquête de l’ONU a été créée pour enquêter sur les meurtres au Kasaï, tandis qu’un autre groupe de l’ONU se prépare à publier ce mois-ci les conclusions de son enquête sur le meurtre de deux experts de l’ONU.

 

Incertitudes sur les élections et Belges bloqués à Kindu
Colette Braeckman – Le Soir – le 11 juillet 2017

 

Les autorités congolaises refusent désormais la coopération militaire belge. Par contre, le matériel dont celles-ci disposent encore semble les intéresser… On se rappelle que mi-avril, réagissant à des propos critiques tenus par le Ministre des Affaires étrangères Didier Reynders au sujet du gouvernement Tshibala, Kinshasa décidait la suspension de la coopération militaire avec le Congo. Une coopération bien modeste en apparence, puisqu’elle se limitait à des tâches de formation de la 31e Brigade et à l’accueil d’étudiants congolais à l’Ecole royale militaire, mais appréciée tout de même parce que les unités formées par les instructeurs belges à Kindu étaient considérées comme les meilleurs éléments des forces armées gouvernementales.

A Kindu (Maniéma) douze militaires belges n’ont toujours pas quitté le camp Kasuku et leurs familles commencent à s’impatienter. Ils sont censés démonter les installations restées sur place et ils sont dans l’attente d’un C130 qui viendrait récupérer les hommes et leurs équipements. Mais pour des raisons techniques, (une histoire d’huile dans les C130, qui se solidifierait en vol et devrait être vidangée avant le départ…) le C130 de la Force aérienne est toujours bloqué à Brazzaville tandis qu’à Kindu, Belges et Congolais se disputent à propos du matériel demeurant sur place. Selon nos sources, il s’agirait de quelques vieux réfrigérateurs, qui resteront sans doute en Afrique, de quelques camions Unimog amortis depuis qu’ils ont entamé leur carrière en Somalie au début des années 90, de jeeps Iltis, des armes personnelles des militaires et d’un matériel de transmission qualifié de « sensible ».

C’est là que le bât blesse : alors que les Belges souhaitent rapatrier tout leur « matos » les Congolais aimeraient hériter de ces appareils sophistiqués. Il s’agît d’appareils radio susceptibles d’envoyer des messages cryptés, vers Kinshasa ou vers Bruxelles, des messages indéchiffrables. Dans le climat actuel entre Bruxelles et Kinshasa, marqué par le soupçon et la méfiance, les Congolais souhaiteraient récupérer ce matériel ou, au minimum, l’examiner de plus près. Les Belges pour leur part estiment qu’ils n’ont pas de raison de faire des cadeaux à leurs sourcilleux partenaires et qu’en plus, embargo et licence d’importation temporaire obligent, ils ne pourraient le faire, même s’ils le voulaient.

Aux yeux des Congolais, ce matériel de transmission revêt aussi une signification particulière. Rappelons qu’en 2013, lorsque l’armée congolaise avait réussi à mettre en échec des troupes du M23 (rebelles tutsis soutenus par le Rwanda) c’est entre autres grâce aux bataillons qui avaient été formés à Kindu par les Belges et qui furent déployés en première ligne. A cette époque, les FARDC (forces gouvernementales) étaient minées par les défections et les trahisons, leurs communications étaient interceptées et l’adversaire, informé de tout mouvement de troupes par des officiers qui travaillaient pour lui, pouvait sans difficulté aucune tendre des embuscades et mettre en échec des offensives qui auraient dû être victorieuses. C’est pourquoi les instructeurs belges, opérant à distance, conseillèrent à leurs partenaires congolais d’abandonner leurs portables, de suspendre toutes les communications téléphoniques pour éviter tout risque d’interception, et de ne plus communiquer qu’avec des talkies walkies ou du matériel de transmission indétectable dans le camp d’en face. Cette précaution permit à l’offensive des FARDC de bousculer le M23 dont les troupes durent chercher refuge en Ouganda. Depuis lors, les artisans de cette victoire congolaise sont considérés comme des héros, surtout à titre posthume : le colonel Mamadou Ndala a trouvé la mort dans une embuscade sur la route de Beni quelques semaines après la victoire et nul n’a jamais cru que des causes naturelles aient pu être à l’origine du décès du général Lucien Bahuma…

Quant aux radios cryptées utilisées par les Belges, ce matériel a toujours été considéré comme de grande valeur et on peut comprendre qu’à l’heure du départ des formateurs belges leurs collègues congolais lorgnent sur cet héritage plus que symbolique….

La récente visite à Bruxelles du ministre congolais des Affaires étrangères She Okitundu n’ayant pas allégé le climat ni permis la levée des sanctions ciblées qui frappent une dizaine d’officiels congolais (refus de visa et gel des avoirs) des mesures de rétorsion sont appliquées du côté congolais où la méfiance demeure entière. C’est ainsi que le ministre de l’information et porte-parole du gouvernement Lambert Mende nous a expliqué que « le Ministre belge de la Défense aurait souhaité obtenir une cinquantaine de visas pour des militaires devant se rendre à Kindu avec pour tâche d’emballer ce qui reste du matériel militaire. » « Notre estimation », a poursuivi le ministre, « c’est que pour fermer quelques caisses et les amener à la piste d’atterrissage, vingt homme devraient suffire amplement… Nous avons donc proposé d’octroyer vingt visas…. Personne n’est bloqué à Kindu, mais vu l’état des relations entre nos deux pays, nous nous étonnons de voir des Belges vouloir venir en aussi grand nombre… »

Autrement dit, la confiance ne règne pas. Les propos tenus ce week-end par M. Corneille Nangaa, président de la Commission électorale indépendante ne sont pas, eux non plus, de nature à satisfaire les Belges : il a déclaré que le calendrier électoral sera publié après l’évaluation du processus par son institution et par le Conseil national de suivi de l’accord de la Saint Sylvestre. Un conseil qui n’est pas encore nommé tandis la loi organique devant l’instituer n’est pas encore votée. M. Nangaa a aussi précisé que le Congo n’irait pas aux élections sans les provinces du Kasaï qui sont aujourd’hui en proie à de graves désordres.

Si le climat entre Bruxelles et Kinshasa ne s’est pas réchauffé, les «mesures de rétorsion » souvent évoquées du côté congolais n’ont cependant pas encore été prises et, en particulier, la fréquence des vols de Brussels Airlines n’a pas été modifiée. L’inauguration de la nouvelle ambassade de Belgique, qui aurait dû avoir lieu en mai dernier, devra encore attendre…

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Girafes, buffles et zèbres en cargo ou les lubies animalières de Joseph Kabila
Khadija Sharife (PPLAAF), John Grobler
(OCCRP) – Le Monde – le 13 juillet 2017

 

Pour assouvir sa passion, le président congolais n’hésite pas à faire venir de Namibie des centaines de bêtes sauvages en mobilisant tous ses réseaux d’affaires.

 

Le printemps austral de Joseph Kabila, toujours président de République démocratique du Congo malgré la fin de son mandat le 19 décembre 2016, aura été particulièrement étouffant. L’Union européenne et les Etats-Unis multiplient les sanctions contre les barons de son régime, à qui elle interdit l’entrée sur leur territoire et dont ils gèlent les comptes bancaires. La communauté internationale accentue les pressions pour accélérer le processus électoral. Et le conflit aux Kasaï, provinces du centre du pays, qui a fait près de 3 000 victimes et 1,3 million de déplacés est désormais inscrit à l’agenda de l’ONU.

Mais si le « raïs » Kabila croule sous les soucis, le citoyen Joseph prend soin d’assouvir ses passions. Fin mai, alors que le chef d’Etat rendait visite aux Kasaï exsangues, une intense activité agitait les quais de Boma, à 1 500 km de là. Situé au sud de Kinshasa, dans la province du Kongo-Central, Boma constitue l’un des seuls accès de la République démocratique à l’océan Atlantique. Ce ne sont ni des produits agroalimentaires, ni des matières premières qui ont été déchargés des cargos, mais des animaux. Par centaines.

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Achetées en Namibie

Quatorze girafes, des dizaines de buffles, d’antilopes, de gazelles, de gnous et autres zèbres : 450 bêtes sauvages sont transbordées. Elles ont été importées par bateau à la demande expresse de Joseph Kabila qui, pour satisfaire sa lubie animalière, a mobilisé tous ses réseaux d’affaires.

Selon les documents obtenus par l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), la Plate-forme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) et Le Monde Afrique, la Ferme Espoir, un géant de l’agrobusiness congolais, propriété de la famille Kabila, a acheté ces animaux en Namibie. Et les a fait convoyer jusque dans les gigantesques réserves qui ceinturent les résidences du chef de l’Etat à Kingakati, au sud de Kinshasa, dans sa province natale du Katanga, ou à Mateba, l’immense île au large de Boma (100 km2), toutes appartenant à la société agricole.

La Ferme Espoir constitue l’un des centres de gravité de l’empire économique et familial de Joseph Kabila, bâti depuis son accession au pouvoir en 2001 et estimé par une enquête de Bloomberg à plus d’un milliard de dollars (876 millions d’euros). Pour acheminer les animaux sauvages dont le président est si friand, il a fait appel à ses hommes de confiance. Des rouages essentiels dans la gestion de son capital.

Dans le domaine agricole, un duo pilote les investissements et gère les fermes : le Congolais Alain Wan et l’homme d’affaires belge Marc Piedbœuf. Ces amis d’enfance ont même vendu en 2010 à Kabila la société des Grands Elevages du Congo (GEL), qui possède l’île de Mateba. La société dispose désormais d’un associé unique, la Ferme Espoir, géré directement par Marc Piedbœuf, qui est également demeuré directeur général de GEL. L’homme d’affaires belge a personnellement supervisé l’achat des animaux en Namibie auprès de Super Games Dealer, l’entreprise namibienne d’Ulf Tubbesing, un vétérinaire à la réputation internationale. « M. Piedbœuf s’est particulièrement investi, il a même participé à certaines captures, décrit le vétérinaire. Je crois qu’il partage une vraie passion avec le président Kabila pour la conservation des espèces. »

 

Exempte de droits de douane

Propriétaires de l’entreprise de BTP MW Afritec SPRL, bénéficiaires de nombreux appels d’offres publics parfois financés par l’Union européenne et la Banque mondiale, Alain Wan et Marc Piedbœuf n’ont pas seulement supervisé l’achat et l’accueil de la précieuse marchandise. Ils ont également organisé son transport. Les animaux sauvages ont transité sur un cargo, El Nino, transformé en arche de Noé le temps de quelques voyages en mai. Loin de sa fonction première, le transport de produits réfrigérés.

Battant pavillon des îles Féroé, propriété d’All Ocean Logistics (AOL), sise dans l’inhospitalier archipel de l’Atlantique nord, le navire de 90 mètres n’en a pas moins des liens directs avec la RDC. Les directeurs d’AOL sont, selon les documents consultés, Alain Wan, et son jeune fils trentenaire, André Grégory. Le cargo El Nino a été acquis en 2013, lors d’une vente aux enchères. « Ils l’ont acheté par téléphone, environ 800 000 euros, se rappelle l’un des marins qui a participé à la création d’AOL. Mais le bateau était en bon état. Il a seulement fallu un million d’euros pour en faire un cargo frigorifique. Cela a quand même fait tout drôle aux Féroïens quand Alain Wan est arrivé avec du cash pour régler le bateau. » Du liquide qui ne lui appartient pas. En août 2013, selon les extraits de compte en possession de PPLAAF, Alain Wan a en effet retiré 1,75 million de dollars du compte de l’Entreprise général d’alimentation et de logistique (Egal).

Cette toute nouvelle entreprise d’importation de produits surgelés, aux finances énigmatiques, est née à l’été 2013 avec la bénédiction du clan Kabila. Dirigé encore une fois par Alain Wan et Marc Piedbœuf, son conseil d’administration est complété par Eric Monga, le patron des patrons du Katanga et présidé par Albert Yuma, le président de la toute-puissante Fédération des entrepreneurs congolais (FEC) et de la Gécamines, le géant des mines, président du comité d’audit de la Banque centrale du Congo, un intime de Kabila. Bénéficiant d’un statut économique spécial, qui l’exempte de tous droits de douane sur les produits importés de Namibie, Egal n’a toutefois pas vocation à servir de transporteur d’espèces rares.

Animaux sauvages namibiens, cargo féroïen, société d’importation congolais de surgelés. Une étrange valse, regroupant des acteurs économiques clés de la sphère présidentielle, s’est jouée pour satisfaire les désirs du président. Dans la plus parfaite légalité, assure Wan et Piedbœuf, présents à toutes les étapes de l’importation. « M. Kabila veut transformer une partie de la Ferme Espoir en parc sur les modèles sud-africains », précisent Alain Wan et Marc Piedbœuf. AOL et El Nino appartiennent à Egal, qui a été payé par la Ferme Espoir pour acheminer les animaux. »

« J’ai cru comprendre, confirme Ulf Tubbessing, l’exportateur d’animaux namibien, que la création de ces réserves faisait partie du plan de retraite de Kabila. Qui pourrait arriver plus tôt que prévu. » Un plan de retraite pour lequel le citoyen Kabila a mobilisé et dévoilé de nombreux rouages de son empire économique.

 

Les millions perdus de l’Egal

Les meilleures fées économiques se sont penchées sur le berceau de l’Entreprise générale d’alimentation et de logistique (Egal). Les comptes de l’entité Egal ont été placés à la BGFI-RDC. La filiale de la banque des présidents d’Afrique centrale, dont la jeune sœur styliste du chef de l’Etat, Gloria Mteyu, porte 40 % des parts, est dirigée par le frère adoptif de Joseph Kabila, Francis Selemani.

Selon les documents transmis par Jean-Jacques Lumumba à la Plate-forme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF), la Banque centrale du Congo, en violation de la loi, a versé 42,9 millions de dollars (37 millions d’euros) dans la corbeille de naissance de la nouvelle entité, sous forme de provisions pour investissement.

Malgré ces belles dispositions, l’année 2014, la première d’exercice plein, s’achève par une perte nette de 4,5 millions de dollars, selon les états financiers de la société. L’argent a largement été distribué aux fournisseurs de l’entreprise, qui présentent pour la majorité d’entre eux la particularité d’être très liés au conseil d’administration. Quand ils n’en sont pas une copie quasi conforme.

Le prestataire namibien Samaki, qui distribuerait à Egal du maquereau surgelé, compte ainsi parmi son conseil d’administration Eric Monga, Albert Yuma et Marc Piedbœuf. Samaki reçoit dès la première année 17,9 millions de dollars. Immatriculée à Hongkong et liée au duo Wan et Piedbœuf, l’African Trading Maintenance and Development perçoit 6,8 millions de dollars. Elle fournit officiellement du poulet surgelé au groupe. Et All Ocean Logistics (AOL), sise à Torshavn, aux îles Féroé, propriétaire du cargo El Nino, est destinataire de près de 5 millions de dollars. Un jeu de bonneteau financier entre proches du président, au gré des dizaines de millions de dollars qui transitent souvent vers l’étranger, les zones offshore, et qui ne lasse pas d’intriguer.

 

L’ONU dénombre 80 000 déplacés en six jours de combats dans l’est du pays

Jeune Afrique / AFP – le 13 juillet 2017

L'ONU a recensé 80 000 personnes déplacées, ces six derniers jours, dans l'est de la République démocratique du Congo. Elles fuient les combats qui opposent la milice Maï-Maï Yakotumba et l'armée congolaise dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu.

 

Le 29 juin, des combats ont éclaté entre l’armée congolaise et les miliciens Maï-Maï Yakotumba, qui ont pris le contrôle de quatre localités en un jour avant d’en être délogés et repoussés cinq jours plus tard. Les deux parties avaient utilisé des armes lourdes et légères, tuant au moins douze personnes, relate l’AFP.

« Plus de 80 000 personnes ont fui leurs domiciles suite aux combats entre l’armée et les Maï-Maï du 29 juin au 5 juillet dans le territoire de Fizi », a détaillé Maman Sidikou, chef de la Mission de l’ONU en RDC (Monusco), lors d’une conférence de presse à Bukavu, la capitale du Sud-Kivu. « La plupart de ces déplacés sans assistance sont regroupés essentiellement » dans trois sites, a-t-il ajouté, avant de qualifier son organisation de « préoccupée ».

 

3,7 millions de déplacés internes en RDC

Les Maï-Maï sont des groupes dits d’autodéfense, constitués sur une base essentiellement ethnique. Pendant la deuxième guerre du Congo (1998-2003), nombre de ces groupes ont été armés par le pouvoir pour combattre les envahisseurs ougandais ou rwandais. Certains n’ont jamais désarmé. Ils sont hostiles au pouvoir de Kinshasa.

Le Sud-Kivu où se situent de nombreuses mines d’or est le lieu de divers trafics. Fin juin 2017, c’était le Nord-Kivu, lui aussi riche en minerais et métaux précieux, qui était le théâtre d’affrontements violents entre Maï-Maï et soldats congolais. L’ONU estime à 3,7 millions de personnes le nombre de déplacés internes en RDC.

« Kinshasa jusqu’au cou », le carnet de voyage d’un Indien au pays de Kabila
Jules Crétois – Jeune Afrqiue - le 14 juillet 2017

Anjan Sundaram, un Indien, apprenti journaliste, découvre la capitale congolaise, Kinshasa, à l'aube des premières élections démocratiques en 2006. Une année tumultueuse, que l'auteur nous décrypte à travers sa propre expérience dans le pays. 
Le plus souvent, l’actualité et l’histoire africaines sont racontées par des auteurs africains ou par des personnes issues des anciennes puissances coloniales. La parution d’un récit écrit par un jeune Indien sur la RD Congo est donc fort alléchante. Kinshasa jusqu’au cou, d’Anjan Sundaram, pourrait se définir comme le carnet de voyage, dense, d’un brillant apprenti journaliste découvrant Kinshasa à la veille des premières élections démocratiques, en 2006. 
Sundaram était appelé à une belle et enrichissante carrière chez Goldman Sachs quand il a décidé de prendre un billet aller pour la capitale congolaise, en 2005. Son aventure, il la provoque. Il part « dans un accès de rage », parce que « le monde était devenu trop beau ». Une sorte de crise existentielle qui le conduit à poser ses bagages dans une famille du quartier populaire de Bozene. 
De là, il observe la vie des habitants, avec une minutie particulière. Et s’impose une étrange discipline de la balade et de la mise en difficulté, dépeignant tout ce qui l’entoure, des odeurs de la rue aux espoirs démocratiques en passant par les privations quotidiennes.
Un récit de plus de 300 pages qui couvre toute une année. Posant un premier pied dans le journalisme, il raconte aussi les difficultés à couvrir l’actualité d’un pays qui semble dominée par la violence et les drames – et reste un angle mort pour bien des médias internationaux. 
Son regard, au fil du récit, passe de la découverte et de l’étonnement à la perception subtile d’une nation qui ne parvient plus à quitter la situation de conflit. « La guerre du Congo, pour isolée qu’elle puisse paraître, fluctue avec la consommation globale », écrit-il. S’il se montre parfois essentialiste ou verse dans les explications psychologisantes, il refuse de faire du Congo une particularité qui ne saurait s’expliquer.

Questions sans réponses trop tranchées  
Le pays est bien lié à la marche mondiale sur le chemin de la globalisation, niché « au fin fond du commerce globalisé ». Tout au long de sa monographie, écrite comme au hasard de ses mésaventures et teintée de quête personnelle, Sundaram pose des questions – les enfants des rues sont-ils parfois heureux ? Pourquoi les chefs de guerre semblent-ils appréciés ? tout en se gardant le plus souvent dy apporter des réponses trop tranchées.

Les non-dits du séjour de Koffi Olomide à Bujumbura : Ses danseuses « séquestrées » faute d’avoir honoré les consommations de l’hôtel
Jeune Afrique -  15/07/2017

Du 29 juin au 10 juillet 2017, le chanteur congolais Koffi Olomidé s'est rendu au Burundi pour deux concerts. Retour sur un séjour marqué par plusieurs événements pour le moins désagréables. 
Lunettes de soleil, longue veste noire, barbe teintée, Koffi Olomide débarque le 29 Juin à Bujumbura en vrai sapeur zaïrois. Sur le papier, il vient pour la « célébration du 10e anniversaire de l’entrée du Burundi dans la Communauté est-africaine ». Mais dans les faits la mission du chanteur semble aller bien au-delà de la simple célébration. Il faut montrer au monde entier que « Koffi peut venir au Burundi », que « la paix règne », que « le Burundi est un petit paradis ». Les communicateurs du régime tweetent à perdre haleine, comme Landry Sibomana, conseiller à la présidence.  
Et l’accueil est à la hauteur de la mission. Le premier soir, Koffi apparaît dans un complet de jeans, côte à côte avec Gaston Sindimwo, le premier vice-président de la république, en mode relax, T-shirt et pantalon jaunâtres. Les clichés des deux hommes montrent une ambiance chaleureuse, au point que certains vont jusqu’à parler de « retrouvailles entre Congolais », en référence faite à l’enquête de l’hebdomadaire burundais Iwacu, en 2015, selon laquelle « le grand père de Gaston Sindimwo, Pierre Sindano, est un Congolais originaire d’île d’Ijwi à Bukavu ».

Le moment attendu  
Le 1er Juillet, il réalise un deuxième show. Mais dès le lendemain, une vidéo polémique fait irruption sur les réseaux sociaux. On y voit une danseuse cueillir joyeusement des billets de banque, offerts par un public conquis, quand Koffi Olomide, courroucé, la saisit par les cheveux et la tire violemment par derrière. Une scène qui rappelle celle de Nairobi, en juillet 2016, quand la star avait envoyé un sérieux coup de pied en plein bas-ventre à une autre de ses danseuses devant les caméras des journalistes, geste qui coûtera à l’artiste l’annulation de tous ses concerts.  
À Bujumbura, soignant toujours la com’ autour du chanteur, on minimise les faits, à quelques exceptions près. Le coupable se trouve même une version pour se dédouaner : « La fille allait tomber ! » De l’autre côté, des voix, notamment d’activistes, dénoncent « un homme violent », « qui n’y va pas de main morte avec les femmes ». De leur côté, les internautes congolais s’agitent également.  
Un scandale qui n’a cependant pas empêché Koffi d’aller récupérer son cachet à la Banque de la République du Burundi. Sourires, orgie de selfies… Twitter et Facebook sont inondés de poses de la star avec les autorités de la Banque, enveloppe bien fermée mise en avant. Combien contenait-elle ? Motus…

Un « escroc récidiviste »  
Puis l’artiste décide de rester quelques jours à Bujumbura, ce qui prouverait que « la paix est une réalité », selon les thuriféraires du régime, ou que Koffi est « instrumentalisé par le pouvoir », martèlent les opposants. Toujours est-il que le séjour de la star se terminera par une autre mésaventure. Si Koffi Olomidé quitte le Burundi le 11 juillet, « ses danseurs et danseuses resteront une journée de plus, retenus à leur hôtel, le Sun Safari, faute d’avoir payé leurs consommations », explique Ikiriho, un site proche du pouvoir.  
En cause : Shabani Ndayishimiye, a indiqué mercredi le 12 juillet le porte-parole de la police, qui l’accuse d’être un « escroc récidiviste ». Celui-ci aurait « volé tout l’argent collecté pendant les concerts », ajoutent des sources policières. Le Burundais, qui était sur tous les fronts, accueillant le chanteur, jouant au maître de cérémonie pendant les concerts, n’aurait pas payé l’ardoise de l’hôtel. Depuis, il a été arrêté au nord du Burundi. Affaire à suivre…

 

© CongoForum, le samedi 15 juillet 2017

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