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13 02 18 La Libre Afrique - RDC: des troupeaux venus du Kivu inquiètent au Bandundu

L’arrivée de grands troupeaux de bovins dans les provinces du Kwango et du Kwilu (ex-Bandundu, à l’ouest de la République démocratique du Congo) inquiète les habitants. Les éleveurs viennent du Sud-Kivu. Selon les habitants du Kwilu et du Kwango, où des troupeaux de cette taille sont inhabituels, le bétail cause des dégâts aux champs et aux cours d’eau.



Selon Enoch Ruberangabi Sebineza, présenté comme un ancien vice-ministre congolais des Postes, il s’agirait de pasteurs tutsis et fuleros venus d’Uvira et Fizi, au Sud-Kivu (est de la RDC) . Ils auraient quitté leurs pâturages habituels en raison de l’insécurité (vols de vaches, meurtres de pasteurs) qui a crû dans cette région au cours de la dernière année. Ils se seraient d’abord rendus au Tanganyika, province voisine de la leur et issue du démenbrement du Katanga. Elle est cependant le théâtre de heurts meurtriers entre pygmées Twas et bantous d’ethnie luba, ce qui aurait obligé les Kivutiens à reprendre la route. Ils l’auraient fait par l’ouest, traversant le grand Kasaï avant d’arriver au Kwilu et au Kwango.

Mouche tsé-tsé

Leur présence inquiète les habitants du Kwango et du Kwilu, peu habitués aux grands troupeaux en raison de la présence dans leur région de la mouche tsé tsé, qui attaque les bovins et les hommes. En outre, les pasteurs auraient du mal à se faire comprendre des populations locales, ne parlant pas français ni les langues locales mais swahili (langue véhiculaire de l’est du Congo).

Cette inquiétude a été exacerbée par des pêcheurs en eaux troubles qui dénoncent dans l’arrivée des troupeaux un « cheval de troie » du Rwanda – éternel fantasme de nombreux Congolais depuis que son armée a tenu la leur en échec, lors de l’arrivée au pouvoir de Kabila père (1996-97) – assurant avoir reconnu dans un pasteur un ancien soldat rwandais. Ils seraient venus « conquérir des terres ».

Stratégie du chaos

Chat échaudé craignant l’eau froide, d’autres sources voient dans « l’affaire des vaches » une nouvelle tentative de créer le chaos afin de justifier un xième report des élections dues depuis 2016. Corneille Nangaa, président de la commission électorale, n’a-t-il pas déclaré dernièrement que les récents troubles en Ituri (nord-est du pays) pourraient retarder les scrutins fixés maintenant au 23 décembre 2018?

A l’appui de cette thèse: la rumeur selon laquelle c’est l’entourage du chef de l’Etat hors mandat, Joseph Kabila, qui a appuyé l’installation des troupeaux kivutiens à l’ouest du pays. Certaines sources citent le nom du général major Gabriel Amisi, dit « Tango Four », visé par des sanctions américaines et européennes depuis 2016.  Il avait été démis de ses fonctions en 2012 pour avoir vendu des armes à des braconniers et à des milices, avant d’être blanchi en 2014 par l’Inspection générale de l’armée et nommé à la tête de la première des trois zones de défense qui viennent d’être créée, soit l’ouest du pays, dont l’ex-Bandundu. En août 2017, le Groupe d’experts de l’Onu l’avait accusé de s’enrichir dans les mines d’or de la Tshopo (est du pays) alors que les officiers n’ont pas le droit d’exploiter des ressources naturelles.

Le député Muzito sur place

L’ex-Premier ministre Adolphe Muzito, député de Kikwit (Kwilu), a pris le taureau par les cornes et est allé sur place prendre la température. Lundi 12 février, il a remis à son successeur Bruno Tshibala un memorandum transmettant « les doléances » des populations de sa province et du Kwango voisin.

Dans ce document, le député indique que les éleveurs kivutiens « n’ont aucun titre légal pour commercer et occuper les lieux » et que leur bétail provoque des « ravages » dans les champs, étangs et cours d’eau. Il demande au gouvernement de faire contrôler l’identité des éleveurs; de veiller à ce que leur présence « n’aboutisse pas à des conflits ethniques »; de prendre « des mesures d’encadrement et d’apaisement de la population » locale; de « soumettre l’activité » des éleveurs « à la législation » et de contrôler la santé des vaches.

Des recommandations qui, si elles étaient suivies, devraient  contribuer à l’apaisement.

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