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12 07 18 RFI/CongoForum - RDC: un documentaire alerte sur les expropriations à Mbobero

Dans l'est de la RDC, une organisation de la société civile tente depuis deux ans de plaider la cause d'une communauté expulsée. Depuis deux ans, les habitants de Mbobero voient la garde républicaine détruire leurs villages. Selon la Nouvelle Dynamique de la Société Civle (NDSCI), en au moins 317 maisons ont été détruites et un hôpital, le seul à faire de la chirurgie cérébrale. Même l'école aurait été annexée par celui qu'elle appelle le « citoyen Joseph Kabila ».


Les faits

A la suite d’un différend foncier entre M. Joseph Kabila, Président de la République Démocratique du Congo, et plusieurs citoyens congolais vivant à MBOBERO,  une bourgade située à près de 10 Km de la Ville de Bukavu, en Province du Sud-Kivu, à l’Est de la RDC, plusieurs centaines de maisons ont été démolies par les éléments des Forces Armées de la République Démocratiques du Congo et de la Police Nationale Congolaise. 
Les premières démolitions ont eu lieu, fin janvier 2016, et ont concerné 47 maisons, dont plusieurs détenant des titres de propriété délivrés par les services de l’Etat congolais, datant d'avant 1996. Au cours de ces démolitions, un véritable crime contre l’humanité s’y est déroulé. Il s’agit de la démolition violente d’un Centre Hospitalier moderne. Cet établissement d’utilité publique a été démoli et le générateur alimentant la salle d’opération brutalement coupé alors qu’il se déroulait au même moment une intervention chirurgicale de césarienne sur une patiente. L’équipe médicale se retrouvant dans l’obligation de parachever ladite intervention en plein air sur la pelouse. 
Les deuxièmes démolitions se sont déroulées entre le 08 et 10 février 2018 et 227 maisons  furent réduites en ruines. Laissant ainsi près de 2500 personnes abandonnées dans la nature, à la merci des intempéries et autres calamités. Et le calvaire de la population de Mbobero est loin de connaitre son épilogue. D’autres démolitions sont prévues, y compris des écoles. 

Une concession présidentielle qui ne cesse de s'agrandir
 
Le chef de l'Etat qui n'aurait acheté que 200 hectares en aurait annexé 600, mettant à la rue quelque 2 500 personnes depuis 2016, sans compensation. Ce sont plusieurs de ces habitants qui témoignent aujourd'hui dans un documentaire réalisé par la NDSCI. Il s'intitule : « Mbobero, la raison du plus fort est toujours la meilleure ».

« J’y ai construit ma maison. C’est une histoire de souvenirs. C’est aussi une histoire de douleurs », explique un habitant.

C'est d’abord une histoire portée par les expropriés de Mbobero eux-mêmes, médecins, instituteur, paysans, bonne sœur… Tous racontent l'effroi de voir un jour la garde républicaine démolir sa maison, son village pour le compte du chef de l'Etat.

« C’est aussi de graves violations des droits de l’homme que nous avons subies, estime une victime des démolitions. Comme vous avez acheté chez les autres, achetez aussi chez nous. Nous sommes prêts à partir, pourvu que vous achetiez. »

« On s’était posé la question : où on en était l’urgence d’en arriver à ça ? Entre 2016 et 2018, aujourd’hui, il n’y a rien », constate un médecin.

C'est aussi l'histoire d'une organisation de la société civile et d'avocats congolais qui depuis deux ans essaient d'obtenir réparation pour les quelques 2 500 habitants de Mbobero et un soutien de la communauté internationale alors que ces déplacés sont aujourd'hui démunis

« Vous voyez ici, nous avons l’acte de vente, explique Jean-Chrysostome Kijana, le président de la NDSCI. Curieusement, aujourd’hui, nous sommes très très surpris que la concession du citoyen Kabila ne cesse de s’agrandir du jour au lendemain. De 200 hectares, nous sommes aujourd’hui à plus de 600 hectares. »

Aujourd'hui, selon la Nouvelle dynamique de la société civile, sept personnes, dont le président de la NDSCI, le réalisateur du documentaire et des protagonistes, sont menacées. Certains vivent même dans la clandestinité.

Témoigner sur Mbobero, le cri de la NDSCI

Jean-Chrysostome Kijana, le président de la Nouvelle dynamique de la société civile, explique que ce documentaire est le cri d’alarme d'une population abandonnée par tous, y compris la communauté internationale.

« Nous avons pensé qu’il était grand temps que le monde entier soit au courant de la véracité de toutes ces magouilles qui entourent ces dossiers. Donc à travers ce documentaire, on veut non seulement faire connaître la réalité sur Mbobero mais aussi attirer l’attention des différents partenaires. Que ça soit les organisations internationales de défense des droits de l’homme, mais aussi les organisations humanitaires. Parce que cette population, aujourd’hui, elle est estimée à plus de 2 500 personnes, y compris plus de 500 enfants. On voudrait lancer un SOS pour attirer l’attention de ce qui se passe. Ça viole les conventions internationales. »

« La représentante spéciale du secrétaire général aux Nations unis a promis d’en parler au chef de l’Etat en personne, mais depuis qu’elle est repartie, on a aucune suite. Donc c’est la crainte, c’est la peur au ventre qui nous caractérise. Et on s’est dit : on quitte cet état des choses, on laisse quand même ces images pour que le monde entier soit au courant qu’il y a un président de la République – qui a l’obligation première d’assurer la protection et le bien être de sa population - qui est en train de se disputer quelques hectares de terre en utilisant la force, au détriment de la justice, au détriment de tout esprit humain. »

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