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15 03 17 Jeune Afrique/CongoForum - RDC : crise politique, Kabila, Lucha… Fred Bauma a répondu à aux questions des citoyens

De passage à Paris après un séjour à Londres où il a participé à une conférence sur la RD Congo organisée par l'institution universitaire Oxford Union, Fred Bauma, l'une des figures de proue du mouvement citoyen Lucha, a répondu mardi, en direct sur Facebook, aux questions des internautes.


Créée, il y a 5 ans, en 2012 à Goma, la Lucha (Lutte pour le changement), un mouvement citoyen, donne le tournis aux autorités à travers notamment ses revendications sociales. Elle organise des conférences, sit-in, marches, grèves de la faim…etc pour interpeller les dirigeants sur le sort de la jeunesse congolaise. « Nous en avions ras le bol d’être au chômage malgré nos études », rappelle Fred Bauma,  27 ans, aujourd’hui diplômé en sciences économiques. 
Très vite, la lutte se teinte également de politique, avec pour cheval de bataille l’alternance  politique pacifique et démocratique à la tête de l'Etat. Et Kinshasa répond par des menaces, des intimidations et des arrestations. La Lucha est même considérée un moment comme un groupe terroriste, avant d’être réhabilitée par Joseph Kabila qui accepte en août 2016 de recevoir quelques-uns de ses membres à Goma. 
Quatre mois plus tard, le chef de l’État parvient à se maintenir au pouvoir au terme de son second mandat.  Est-ce un échec tout de même pour ces jeunes militants prodémocratie ?

Synthèse de la réponse de Fred Bauma qui a été arrêté en plein combat pacifique au mois de mars 2015, et, a passé 17 mois en prison sans jugement.

"La Lucha est une association de fait, un mouvement citoyen de jeunes. Le gouvernement a profité de cette caractéristique pour nous qualifier de mouvement terroriste.
Actuellement un militant de la Lucha reste encore emprisonné à Goma.

Pour devenir membre de la Lucha, il suffit de lui adresser une demande écrite via tout support actuel : lettre, email, tweet .....etc.

La finalité de notre combat est l’avènement d'un Congo Nouveau respectueux des droits fondamentaux, satisfaisant les besoins essentiels des populations tout en offrant des perspectives aux jeunes. Au regard de cette finalité, notre travail s'inscrit dans le long terme. La pression que nous avions exercée par rapport à la date buttoir du 19 décembre 2016 était nécessaire en termes de faire respecter le droit et l'aspiration profonde du peuple congolais. Le fait que le président Kabila soit resté au pouvoir pour une année supplémentaire n'est pas un échec. Il a un sursis d'un an assorti de strictes restrictions ! C'est une avancée ! En outre des jeunes sont de plus en plus  informés, sensibilisés et conscientisés sur cette impérative nécessité du respect des lois et du droit. C'est un plus !

Les personnes qui nous accusent de travailler pour les intérêts des occidentaux se trompent. Notre mouvement plonge ses racines dans la détermination à lutter pour changer les conditions de vie exécrables des congolais et congolaises. Fallait il être manipulé par les occidentaux pour se rendre compte que tout va mal au Congo ? Pas d'électricité, pas d'eau courante potable, pas de travail pour les jeunes, des salaires indécents , un pouvoir d'achat de moins d'un $ par jour !
Notre lutte se déroule sur le terrain en RDC. Nous travaillons pour bâtir un Congo meilleur. Ce travail nous l'effectuons sur fonds propres provenant des cotisations des membres. Nos déplacements à l'étranger sont pris en charges par les personnes qui nous invitent.

Visant l’avènement d'un type nouveau de citoyen congolais, responsable et intègre, nous travaillons sur la base du bénévolat, de la détermination personnelle, de la volonté et du sacrifice.
Au regard de la répression sans cesse croissante que nous subissons de la part du gouvernement, nous estimons que nos méthodes de travail sont efficaces.

Globalement, nous sommes déçus de la classe politique congolaise qui s'égare dans un combat stérile de partage des postes ministériels pour leurs intérêts personnels, au mépris des aspirations profondes de la population.
La non mise en application de l'accord du 31 décembre 2016, deux mois après sa signature en constitue une parfaite illustration.
Il est temps que cette classe politique se ressaisisse pour qu'on  aille aux élections.
Nous à la Lucha on se mobilise et nous faisons pression auprès de la CENI pour avoir un calendrier électoral réaliste.

Nous avons décidé de ne participer ni au gouvernement d'Union Nationale ni au Comité Nationale du Suivi de l'Accord. 

Nous restons concentrés sur l'éducation au sens du vote et l'observation citoyenne des élections pour dénoncer et corriger les abus. La fraude se situe aussi au niveau de l'enrôlement.

Actuellement nous n'avons pas beaucoup de contact avec l'opposition. Le Front Citoyen avec lequel nous étions en synergie  a cessé d'exister fin décembre.
L'accord du 31 décembre 2016 que ce Front a signé, a concédé le glissement ; ce qui a laissé le peuple dans un grand désespoir.
L'onde de choc s'est propagée jusqu'au sein de la Lucha où l'on a constaté que des militants sous influence voulaient s'engager dans des partis politiques. Mais la Lucha  a résisté. 
Elle tient la route et est active dans 16 provinces en dépit de grands défis auxquels elle est confrontée : travail bénévole,  absence de  contrepartie directe et exigence d'un sens élevé de l'engagement citoyen.
Le pays va mal comme l'illustre la gouvernance de la province du Nord Kivu. Cette province est gérée par un gouverneur dont le mandat est épuisé depuis 5 ans. L'assemblée provinciale de cette province est bloquée depuis 9 ans par ce même gouverneur devenu illégal. Ce dysfonctionnement symbolise la dictature qui sévit dans Notre Pays.

Nous construirons nous-mêmes Notre Congo grâce à un engagement citoyen non violent."


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