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14 11 17 La Libre Afrique - RDC : « La Ceni gère mal les fonds, il faut un audit indépendant »

Jean-Jacques Lumumba était jusqu’en octobre 2016 chef du départment des Engagements – soit responsable du risque et du crédit – à la banque BGFI, dont 40% sont détenus par une des sœurs du président hors mandat Joseph Kabila, Gloria Mteyu. La Libre Afrique l’a interrogé sur les finances de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni): alors qu’elle vient enfin de publier le calendrier électoral réclamé par la communauté internationale, le camp présidentiel évoque déjà de possibles retards de l’organe électoral pour des raisons financières.

« Il y a de gros soucis à propos de la gestion des fonds de la Ceni », répond Jean-Jacques Lumumba, par ailleurs petit-neveu du héros de l’indépendance. Ainsi, raconte-t-il, « au lieu de commencer par utiliser l’argent qu’elle avait déjà », elle a emprunté 25 millions de dollars à la BGFI en mai 2016 contre 30 milliards de Francs congolais (FC). Premier problème: « Cette opération n’était connue, à la Ceni, que des président et vice-président, MM. Corneille Nangaa et Norbert Basengezi. Et, à la BGFI, l’emprunt a été accordé de manière irrégulière; en effet, il n’y a jamais eu de convocation du comité de crédit comme c’est la règle ».

Opérations non orthodoxes

Deuxième problème, selon le spécialiste du crédit: le prêt a été fait en dollars et non en FC, « alors que tout le monde savait que le FC allait baisser ». En quelques mois, le taux de change est passé de 980 FC pour un dollar; à environ 1500 FC. Prêter en dollars allait nécessairement « entraîner des charges excessives pour la Ceni, alors que tout le monde sait que cet organe, comme le gouvernement congolais, a des problèmes de trésorerie ». M. Lumumba indique ainsi que la Ceni a dû payer d’entrée de jeu quelque « 2 millions de dollars de frais de dossier, dont une partie seulement était dûment notifiée – et la Ceni n’a pas porté plainte, alors qu’elle perdait de l’argent sur des opérations pas du tout orthodoxes ».

Troisième problème: Jean-Jacques Lumumba relève que la Ceni paie des gens pour faire du lobbying en sa faveur à l’extérieur du pays. « Dans ce budget-là figurent des dépenses non expliquées. Plus généralement,  il y a des dépassements budgétaires pour toutes ses dépenses extraordinaires. La Ceni s’est mise elle-même en difficulté »

Et cela alors que M. Basengezi, vice-président de l’organe électoral, « entretient une relation particulière avec la BGFI pour en obtenir des financements à titre personnel ». Cette banque prévoit ainsi que les traites remboursant un emprunt ne doivent pas dépasser le tiers du salaire de l’emprunteur – « limite dépassée dans le cas de M. Basengezi », souligne notre interlocuteur.

La Ceni mise à l’index par la BCC

Enfin, quatrième problème -et non des moindres-, Jean-Jacques Lumumba souligne un fait peu connu: la Ceni a été mise à l’index par la Banque centrale du Congo (BCC), sur demande des autres banques, vraisemblablement en raison de problèmes avec elles. « Quand on est mis à l’index par la BCC, explique le financier à La Libre Afrique, on n’a plus le droit de solliciter un crédit. Et seule la BCC peut lever cette mise à l’index. Mais, dans le cas de la Ceni, c’est elle-même, par le biais de son gestionnaire des comptes, qui a sollicité la levée du blocage des comptes » – et l’a obtenu. M. Lumumba, qui produit les échanges d’Emails corroborant ses dires, indique que la voie normale est: la Ceni règle ses problèmes de finances; les banques acceptent le retour à la normale; la BCC autorise la levée de la mise à l’index; la Ceni peut emprunter.

Lumumba met en garde la communauté internationale quant au sort des financements qu’elle versera au processus électoral congolais: « Il y a un gros risque de détournement des fonds. Il faut d’abord un audit financier indépendant, sur la période 2014-2017 ».
Cela n’entraînerait-il pas un nouveau retard pour les élections? « Pas du tout », répond le financier. « Cela peut se faire rapidement – en un mois – car tout est informatisé et les factures sont là. Et cela peut se faire parallèlement à la poursuite des opérations électorales; quand on audite une entreprise ou une institution au Congo, cela ne ralentit pas son activité pour autant ».

Par Marie-France Cros

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