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14 09 18 L’enfer des Kivu raconté en bande dessinée : un air de déjà-vu (le Monde Afrique)

Dans l’album « Kivu », Jean Van Hamme et Christophe Simon dénoncent les exactions subies par les populations de l’est de la RDC.


Les bons sentiments suffisent-ils à faire une bonne bande dessinée ? C’est la question qu’on peut se poser à la lecture de Kivu, le nouvel opus de l’auteur belge Jean Van Hamme. Le scénariste star de Largo Winch, Thorgal ou XIII s’est attaché la collaboration du dessinateur Christophe Simon pour dénoncer l’enfer subi par les populations de l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Dans ce pays, les provinces du Nord et du Sud-Kivu sont en effet en proie, depuis vingt ans, à des exactions abominables. Pour s’emparer des richesses du sous-sol – cobalt, manganèse, cuivre et le précieux coltan si utile à la fabrication de nos appareils électroniques –, des miliciens y spolient les paysans de leurs terres en semant la terreur, en violant et mutilant les femmes, en enrôlant des enfants comme soldats et en obligeant les hommes valides à travailler à l’extraction. Un drame humanitaire de très grande ampleur mais qui perdure tant les enjeux économiques sont importants pour les multinationales de l’exploitation minière.

« Avec cette BD, j’ai voulu apporter une contribution, informer le plus grand nombre de personnes possibles de la situation pour déchirer l’empire du silence », explique Jean Van Hamme au Monde Afrique.

Corruption, cynisme, barbarie

Le résultat est un album hybride où se mêlent aventure et réalisme mais qui, à force de démonstration, n’échappe pas aux clichés. Le héros, François Daans, un jeune ingénieur belge, est envoyé par son directeur général en RDC afin de recruter un nouveau « directeur de production » (comprendre un chef de guerre) en remplacement du précédent, mort « dans l’exercice de ses fonctions » (comprendre assassiné). C’est à travers le regard de Daans, trentenaire naïf découvrant les complicités véritables de sa hiérarchie, qu’on va s’ouvrir aux « réalités africaines » faites de corruption, de cynisme et d’une violence proche de la barbarie.

Mais le héros sait se dépasser et se montrer à la hauteur de la situation. Non seulement il va démissionner, mais il va se mettre en danger et risquer sa vie pour parvenir à réunir un frère et une sœur que l’exode a séparés et qui, grâce à cet Européen providentiel, retrouveront même leur mère, elle-même miraculeusement recueillie et soignée à l’hôpital du fameux docteur Mukwege, figure congolaise charismatique et bien réelle de la chirurgie réparatrice.

Dès lors, le jeune ingénieur n’a plus qu’à retourner chez lui. Certes, il est marqué à tout jamais par ce continent, du moins par ses dérives, mais il est prêt néanmoins à témoigner de ce qu’il a vu afin d’alerter la communauté internationale. Entre-temps, on aura croisé l’incontournable barbouze vénal qui a « l’Afrique dans la peau », des militaires sans foi ni loi, des prostituées…
 
On referme le livre avec une impression mitigée, sans doute liée au fait qu’on ne sait finalement pas à qui s’adresse cette histoire un peu bancale, trop violente pour être mise entre les mains d’enfants ou d’adolescents, trop bavarde et didactique pour ne pas agacer les adultes. Et probablement irritante pour tous ceux qui se lassent de voir l’Afrique une nouvelle fois réduite à ses vices et avatars, fussent-ils inspirants.

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