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Reportages

20.08.09 Le Théatre de Poche collabore bien avec des artistes à Kisangani (CongoForum)


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BRUXELLES – Le Théatre de Poche, situé à Bruxelles, fait prevue d’un grand engagement social et politique. Ce théatre collabore étroitement avec le Théatre des Amazoulous à Kisangani. La rédaction de CongoForum vous présente avec plaisir un interview avec Roland Mahauden, le directeur du Théatre de Poche.

Pourriez-vous situer le Théatre de Poche, sa raison d'être, son fonctionnement, sa philosophie?

Roland Mahauden: Le Théâtre de Poche a été créé en 1951 Chaussée d’Ixelles par Roger Domani qui l’a dirigé durant 40 ans. Il a émigré sur son site actuel au Bois de la Cambre en décembre 1966. Il est dirigé depuis 1992 par Roland Mahauden. Il est subventionné principalement par le Ministère de la culture de la Communauté française et plus modestement par la Ville de Bruxelles qui est propriétaire du lieu.

Le Théâtre de Poche a pour objet de présenter des spectacles d’une réelle exigence artistique tant au niveau du répertoire que du travail théâtral. Dans un esprit éclectique, il poursuit une politique de création de pièces dramatiques qui, par leurs thématiques, s’inscrivent dans les préoccupations de la société contemporaine.

Théâtre de société, son engagement social et politique est marqué par des actions concrètes. Ainsi c’est le Théâtre de Poche qui a en 99 initié 'Article 27' qui facilite l’accès à la culture pour les plus démunis. En outre, le théâtre développe parallèlement un répertoire dit « d’urgence », soit la création de spectacles de fonds, « en petite forme », mobiles, à faible distribution et nécessitant peu de technique, produits tant au siège que dans et en dehors des lieux culturels traditionnels. Les spectacles du Poche sont largement diffusés en Communauté française, à l’étranger et notamment en R.D.C. Il a tissé des liens étroits avec le monde associatif : Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International, Handicap International, Ligue anti-fasciste, etc., etc.

En 1993, le Théâtre de Poche a initié le festival Premières Rencontres qui, annuellement, présente les jeunes lauréats de nos écoles d’art dramatique.

Quels sont - en général - les liens ou les affinités entre votre théatre et la RDC?

Les liens du Théâtre de Poche avec la R.D.C. remontent à 1964, époque à laquelle le Théâtre de Poche organisait des tournées au Zaïre avec des spectacles et des concerts émanant de diverses troupes belges. En 1966, Roger Domani et Roland Mahauden sont chargés par les autorités culturelles zaïroises de constituer le premier Ballet national folklorique du Congo qui sera présenté en avril 1966 au premier Festival mondial des arts nègres à Dakar.

Après une longue interruption, c’est Roland Mahauden qui renoue le lien avec la R.D.C. à l’occasion de la diffusion du spectacle 'Allah n’est pas obligé' de Ahmadou Kourouma en 2004. Un spectacle qui mettait en scène le drame des enfants soldats. Dans la foulée et avec l’aide du Ministère des affaires étrangères, le Théâtre de Poche a développé une très vaste campagne de sensibilisation pour la démobilisation et la réinsertion des enfants soldats sur l’ensemble du territoire de la R.D.C. (2004/2005/2006). En 2006, le Théâtre de Poche a également initié le même type de campagne de sensibilisation portant sur la maltraitance des enfants accusés de sorcellerie.

Comment le Théatre de Poche est-il entré en contact avec le Théatre des Amazoulous à Kisangani? Depuis quand datent les premiers contacts?

C’est à l’occasion de ces deux campagnes : 'Tous en scène pour la paix' et 'Un enfant c’est pas sorcier' que Mahauden a pu rencontrer à Kisangani la troupe de théâtre des Amazoulous, c’est-à-dire en 2004 au sortir des massacres que la ville venait de connaître lors de son invasion par les troupes rwandaises et ougandaises.

Quels sont les ressemblances entre les deux théatres? Et les différences les plus marquantes?

Il n’y a pas vraiment de ressemblance entre le théâtre des Amazoulous et le Théâtre de Poche si ce n’est leur engagement politique respectif. Le théâtre des Amazoulous exploite un espace culturel multidisciplinaire (l’Espace culturel Ngoma) tandis que le Théâtre de Poche est essentiellement une institution de productions théâtrales. La différence la plus marquante est la disproportion de moyens : le théâtre des Amazoulous ne disposant évidemment d’aucun subside récurrent.

Quelles sont vos observations sur 'la culture de théâtre en RDC'? Le Théatre des Amazoulous est obligé à fonctionner avec des moyens dérisoires? Comment réussissent-ils à faire marcher 'la boîte'?

Le théâtre en R.D.C. est principalement basé sur le « théâtre de sensibilisation » (théâtre action, théâtre forum,…). C’est en effet l’un des seuls moyens d’obtenir un financement auprès de certaines ONG. Les thématiques de ces spectacles joués gratuitement sur les places publiques, dans les écoles, sur les marchés, etc. touchent très souvent à des problématiques locales telles que la propagation du SIDA, le mariage précoce, la citoyenneté, etc., etc. Il y a cependant, principalement à Kinshasa des troupes théâtrales telles que les Intrigants, le Tarmac, l’Ecurie Maloba et quelques autres qui abordent avec les petits moyens dont ils disposent le théâtre d’auteur. Ils sont souvent en cela soutenus soit par le Centre Wallonie/Bruxelles, le Centre culturel français ou d’autres représentations diplomatiques étrangères. Le théâtre des Amazoulous arrive à survivre également en programmant des séances de cinéma pour des prix dérisoires et bien sûr eux aussi en programmant des spectacles de sensibilisation avec l’aide d’ONG locales. Aujourd’hui le théâtre des Amazoulous est en négociation avec Africalia pour l’obtention d’une aide financière récurrente sur les 3 années à venir. On peut préjuger des résultats positifs de cette négociation.

Vos amis congolais utilisent l'Espace Ngoma à Kisangani. Un bon cadre?

L’Espace Ngoma à Kisangani que le Théâtre de Poche a en bonne partie réaménagé lors d’un stage de techniques théâtrales et scénographie organisé en 2008 avec une vingtaine de stagiaires congolais est aujourd’hui une salle susceptible d’accueillir des spectacles techniquement ambitieux, cela grâce également à toute une série d’équipements scéniques et techniques offerts par Africalia, la Délégation Wallonie/Bruxelles, le Théâtre de Poche et le Théâtre du Manège. Il peut accueillir facilement plus de 400 personnes et dispose d’un plateau d’une surface de près de 100 m2. Au plafond de la scène et de la salle, le Théâtre de Poche a installé un système de perches fixes  pour accueillir les projecteurs. On peut considérer que l’Espace culturel Ngoma est aujourd’hui l’un des lieux de spectacle les plus performants de la R.D.C.

Quels ont été, jusqu'à présent, les apports les plus important des Bruxellois à Kisangani?

Les apports les plus importants des « Bruxellois du Théâtre de Poche » à Kisangani ont porté principalement sur l’organisation de stages de formation en scénographie et techniques en 2008 et en jeu d’acteur et mise en scène en 2009. Des stages qui ont rassemblé à chaque fois une vingtaine de participants venus de l’ensemble de la R.D.C. ce qui a permis de faire connaître l’existence de cet espace culturel à Kisangani comme lieu d’accueil équipé et performant. Il a également été important d’y programmer des spectacles créés et diffusés en Europe ('Verre Cassé', 'Africare' et en février prochain 'L’Ile').

Quelles sont vos impressions générales de la ville de Kisangani? Ses atouts? Ses faiblesses?

La ville de Kisangani a été extrêmement traumatisée par les événements et les massacres qui les ont accompagnés à la fin des années 90 et jusqu’en 2003. On y perçoit cependant une volonté de redressement et de développement. Malheureusement la toute grande majorité des coopérants et autres partenaires internationaux ont déserté la ville depuis ces événements de 2003. On peut percevoir sur le plan culturel en tout cas une volonté farouche de faire de Kisangani une sorte de pôle culturel de l’Est de la R.D.C. Une démarche que le Théâtre de Poche entend soutenir en développant à l’Espace culturel Ngoma des stages et des décentralisations.

Un mot de conclusion...

Ma première confrontation avec les artistes de l’Est de la R.D.C. (Bukavu, Goma, Kisangani) a été déterminante quant à l’investissement du Théâtre de Poche dans ces régions particulièrement meurtries par des guerres successives. Les artistes de ces régions se sentaient laissés pour compte, oubliés tant par les décideurs culturels de Kinshasa que par les projets de coopération culturelle développés par des institutions belges ou étrangères. Il faut bien reconnaître que 99% des projets artistiques et culturels développés en R.D.C. le sont uniquement à Kinshasa et de temps en temps à Lubumbashi. Les régions de l’Est restant délaissées parce que considérées comme dangereuses. Pour en terminer, je voudrais souligner que le Théâtre de Poche est intimement engagé dans sa collaboration avec le théâtre des Amazoulous (Groupe Taccems) et qu’il l’est sur le long terme. Nous considérons en effet – compte tenu de la disproportion des moyens de fonctionnement Nord/Sud – qu’il n’est pas correct de débarquer dans un pays comme la R.D.C. pour de courtes actions culturelles et de s’en aller à tout jamais. J’espère vivement que dans les années à venir Kisangani pourra être ce pôle culturel qu’il rêve d’être, reconnu par des partenaires nationaux et internationaux et rayonnant sur tout l’Est de la R.D.C., particulièrement les deux Kivu.

www.poche.be

© CongoForum – Denis Bouwen, 20.08.09

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