
Reportages
03.02.10 Afrique-Asie : Les étangs de la discorde
Un conflit local autour d'eaux poissonneuses a suffi à provoquer une grave crise humanitaire dans la province de l'Equateur, calme depuis six ans.Par François Misser
L
es
riverains de l’Oubangui
viennent de connaître un calvaire sans précédent. Entre la fin octobre
et
décembre 2009, des affrontements entre les insurgés de l’ethnie enyele
et les
forces de l’ordre se sont soldés par près de 297 morts, dont 187
villageois, 82
« bandits » et 28 policiers, selon un bilan publié par le ministre de
Le feu aux
poudres
Comment
en est-on arrivé là ? Lors d’un
briefing
de
presse, le 29
décembre à Kinshasa, la capitale de RDC, Lambert Mendé décrit ces
insurgés
comme appartenant à une organisation «
monoclanique
» dénommée «
Mouvement
de libération indépendant des
alliés
»
(sic), dirigée par le féticheur
Mabenga Mongbama, alias Ibrahim, et par son fils Ondjani, qui ont même
recruté
des enfants de moins de 10 ans. But de ce mouvement et de sa branche
militaire
«
Nzobo ya Lombo
»
« (les bandits du village » en langue lobala) : nettoyer ethniquement
une bande
de
En
mars et en avril, des jeunes gens armés des clans enyele (ou
lobala) et boba (ou monzaya) s’étaient déjà affrontés dans le village de
Boyele
dans le secteur de Dongo, ville de 15 000 habitants située sur la
rivière
Oubangui, à
Et
puis, en octobre, le conflit a repris de plus belle. Les Enyele
s’emparent de la ville de Dongo. Outre le contentieux sur les étangs,
ils
veulent marquer leur désaccord avec l’engagement de responsables non
originaires du coin dans l’administration locale. La police est à
nouveau
envoyée sur place. Bilan : plus de 100 morts, dont 7 policiers. Nombre
de
victimes ont péri noyées en franchissant l’Oubangui pour trouver asile
dans
l’autre Congo. Tandis que les policiers doivent battre en retraite, la
ville
est désertée par ses
habitants, dont
plusieurs milliers franchissent le fleuve. Des dizaines d’habitations
sont
incendiées.
Sur
Radio Okapi, subventionnée par l’Onu, le gouverneur
intérimaire de l’Équateur, Guy Inenge, estime, dès le 31 octobre, que la
région
se trouve en présence d’une «
petite
rébellion en
gestation qu’il faut vite mater
».
Mais,
selon des responsables expatriés de la réforme du secteur de la
sécurité,
Kinshasa ne prend pas la chose suffisamment au sérieux. Les incidents se
sont
produits dans une zone oubliée de la capitale et du monde depuis des
décennies,
où l’on ne circule pratiquement qu’en pirogue ou en « baleinière », à 20
km/heure maximum sur l’Oubangui et ses affluents. Le long des rives, la
forêt a
totalement englouti d’anciennes plantations de palmiers à huile. La
dernière
culture de rente existante, à des kilomètres de tout poste de police,
c’est le
cannabis.
Défaillance
des services locaux de sécurité, négligence de ce qui
reste de l’État dans cette région reculée ? En tout cas, les jeunes
insurgés se
sont vite équipés d’armes de guerre, fournies par d’anciens combattants
du
Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba – dont la
région
était le sanctuaire –, abandonnés sans ressources par leur chef quand il
est
parti endosser le costume de vice-président de la transition en 2003.
Une
campagne de désarmement de plusieurs localités de la région de Dongo
avait
échoué en avril. Depuis, on a laissé les choses suivre leur cours.
Finalement,
le 13 décembre, avec le soutien logistique de
Favorisée
par l’abandon et la sous administration de la province,
le conflit a montré avec quelle facilité une situation maîtrisable peut,
sans
intervention d’éléments extérieurs, dégénérer en une tragédie de grande
ampleur. Même si des pêcheurs en eau trouble ont tenté de récupérer le «
mouvement ». Sur Internet, le 27 novembre, un texte signé par
Patriotes-résistants de Dongo a revendiqué les tirs contre un
hélicoptère de
Instrumentalisation
?
Les
amis de Terminator tentent d’exploiter le filon de la haine
anti-rwandaise. Sans succès, cette fois-ci.
Mais
l’affaire de Dongo a eu des conséquences. Elle a contribué à
convaincre le Conseil de sécurité de l’Onu, le 23 décembre, de
reconduire
jusqu’à la fin mai 2010 le mandat de
L’évolution
de la situation dans l’Est ne plaide pas non plus pour
un départ précipité des Casques bleus, malgré la faible productivité de
leurs
performances. Devant le Conseil de sécurité, le patron de
La
présence de rebelles ougandais de
La
cohabitation entre





