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08 01 18 La Cité Africaine : Chronique d’une marche qui a fait trembler Kinshasa

Huit personnes voire douze, selon les sources, ont trouvé la mort, et des centaines d’autres ont été, les unes blessées, les autres arrêtées, en marge des manifestations qui se sont tenues dimanche 31 décembre dernier, à l’appel du Comité Laïc de Coordination de l’archidiocèse de Kinshasa et auquel s’étaient associés l’opposition et la société civile qui lui est proche. Les autorités qui avaient interdit ces marches ont réprimé les rassemblements, jusque lors des messes dans des églises, à coups de gaz lacrymogènes.

Appel à la marche

Les responsables du CLC expliquaient que la marche visait à “exiger des parties prenantes la mise en œuvre intégrale et de bonne foi de l’accord politique global et inclusif du Centre interdiocésain de Kinshasa signé le 31 décembre 2016, seule feuille de route pour conduire dans la paix, à la tenue effective et rapide des élections ».

Ils insistaient sur l’application intégrale de l’Accord de la Saint Sylvestre dans toutes ses dispositions pertinentes, notamment la libération des prisonniers politiques, la fin de l’exil des opposants menacés d’arrestation à leur retour au pays, la libéralisation de l’espace médiatique, la fin du dédoublement des partis politiques, etc…

Limitant ainsi leurs exigences finalement aux mesures de décrispation, les catholiques se montraient finalement moins radicaux que l’opposition politique radicale. Celle-ci, on le sait, s’en tient quant à elle à une transition sans Kabila, accusé d’être l’empêcheur des élections.

Cet appel des laïcs catholiques de l’archidiocèse de Kinshasa a été relayé par plusieurs partis et regroupements sociopolitiques du pays.

Ainsi, la plateforme politique « Progressistes » dirigée par l’ancien Premier ministre Samy Badibanga, apportait-elle aussi son soutien  à  la marche et invitait la population à descendre dans les rues lors de cette journée pour  manifester pacifiquement avec les catholiques.

 «Nous estimons qu’il est de notre devoir en tant que citoyens et leaders politiques de dénoncer toutes situations portant atteinte à la Constitution et à l’avancement de la nation congolaise. Nous considérons le fait que face à l’injustice sous toutes ses formes, nul ne peut rester silencieux et indifférent » pouvait-on lire dans la déclaration des amis de Samy Badibanga pour lesquels cette marche serait «l’occasion pour le peuple congolais longtemps marginalisé, de faire voir à la face du monde, le respect de sa dignité et surtout son désir de changement».

«Jusqu’aujourd’hui, quand on parle du chapitre 5 de la décrispation, il y a encore des gens qui sont en prison comme Franck Diongo, le bâtonnier Muyambo Eugene DiomiNdongala, Norbert Luyeye, Firmin Yangambi, EricKikunda. Donc nous refusons cette injustice. Parce que s’il y a eu cet accord qui a été signé par tout le monde, nous devons le respecter » a martelé l’opposant en exil Moïse Katumbi, appelant lui également la population congolaise à participer massivement à cette manifestation pacifique des catholiques pour dénoncer « l’injustice ».

A l’issue de son bureau politique du mardi 26 décembre 2017, le RASSOP/Limete de Félix Tshisekedi, déclarait tirer de ses observations la conviction que "ni la promulgation de la loi électorale, ni la publication par la CENI d’un calendrier électoral, du reste, non consensuel, truffé de nombreuses contraintes et en contradiction avec la Constitution ainsi que l’Accord de la Saint Sylvestre, ne garantissent à elles seules la tenue effective des élections présidentielle, législatives et provinciales en 2018".     Pour eux, la marche du 31 décembre s’inscrivait dans la ligne des cations pour exiger "la décrispation politique qui est une des exigences fondamentales de transparence, d’inclusivité et de crédibilité des prochaines élections".

Autre soutien à la marche, la Dynamique de l’Opposition invitait toute la population congolaise à travers tout le territoire national ainsi qu’à l’étranger à participer massivement à la marche pacifique du 31 décembre 2017 ‘’destinée à  libérer l’avenir de notre pays’’. ‘’Dans cet élan, la Dynamique demande à la Cour Pénale internationale, aux Nations unies ainsi qu’à l’Union Africaine de mettre Monsieur Kabila en garde contre tout abus ou violence que pourraient commettre les forces de défense et de sécurité à sa solde en direction de la population civile », précisait un communiqué.

 

Une marche interdite

Le pouvoir a strictement interdit cette marche des chrétiens catholiques. « Ils m’ont adressé une lettre dans laquelle il n’y a pas d’itinéraire ni point de chute. A ma connaissance, à Kinshasa, il y a plus de 240 paroisses catholiques. Si je dois déployer des policiers, il nous en faudra plus de 240 000. Nous n’avons pas cet effectif à Kinshasa. Nous sommes d’accord avec la prière mais pas avec la marche, surtout que les politiciens se sont mêlés de cela. Ces politiciens se font souvent accompagner d’inciviques. Abandonnez cette voie ! Ce n’est pas du tout clair ! », a déclaré André Kimbuta, gouverneur de la ville de Kinshasa.

Dans son compte rendu de la réunion extraordinaire du gouvernement convoquée le 30 décembre par le Premier ministre Tshibala, le porte-parole Lambert Mende s’exprimait ainsi :

‘’L’état d’esprit de la population est dominé par les préparatifs des fêtes de fin d’année avec quelques risques de perturbation du fait d’actions subversives projetées par un Comité de Laïcs Chrétiens soutenu par quelques membres du clergé catholique, quelques partis politiques extrémistes et quelques chancelleries étrangères.

 Ce Comité de Laïcs Chrétiens a en effet informé  l’autorité municipale de Kinshasa d’une manifestation prétendument pacifique qui partirait de lieux non identifiés vers des destinations toutes aussi obscures et suivant des itinéraires non spécifiés.

 Il s’agit en réalité d’une tentative subversive inacceptable dans un Etat de droit. Les services du gouvernement font état du recrutement par les organisateurs de bandes de casseurs, de loubards et d’individus démobilisés de groupes armés auxquels des armes de guerre auraient été distribuées pour s’en prendre à la paisible population et à diverses personnalités publiques ainsi que pour vandaliser des équipements collectifs et des bâtiments abritant des institutions et services publics de l’Etat afin de créer une situation insurrectionnelle qui leur permettrait de capturer le pouvoir par des voies non démocratiques dans notre pays.

 D’importantes sommes d’argent ont été distribuées à des groupes de malfrats à cette fin. Quelques éléments perturbateurs ayant bénéficié de ces prébendes ont déjà été appréhendés par les services de l’ordre tandis que d’autres sont en voie d’être identifiés dans quelques villes.

 Complétant le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur et Sécurité, le Ministre de la Défense Nationale a fait état de quelques poches d’activisme récurrent de groupes armés étrangers et nationaux ainsi que des réponses y apportés par les forces de défense.

 Les mesures adoptées par les deux ministères face à cette agitation déstabilisatrice ont été approuvées par le Gouvernement qui tient à rappeler solennellement que les libertés, notamment celle de manifester, sont garantis par la constitution de la RD Congo mais sous réserve du respect des lois, de l’ordre public et des droits d’autrui.

 Le Gouvernement met en garde les auteurs de tout acte attentatoire aux lois et à l’ordre public et engage les responsables des groupes sociaux et politiques impliqués directement ou indirectement dans tout acte antisocial et illégal que force restera à la loi.

 Ils doivent savoir que les forces de défense et de sécurité ont été dûment instruites pour répondre efficacement et professionnellement à toute manœuvre de perturbation de l’ordre public dans le strict respect du droit international humanitaire dans le but de protéger la population. Tout abus ou excès dans l’exécution de ces directives sera sanctionné avec la même fermeté’’.

D’autre part, sur son compte twitter, Joseph Olenghankoy, président du CNSA, jadis l’une des figures de proue de l’opposition, a mis en garde les organisateurs de la marche, estimant en même temps que celle-ci était inopportune, car, justifie-t-il, l'application de l'accord de la Saint Sylvestre est effective et le processus électoral en marche, conformément à cet accord.    
En ce qui la concerne aussi, la Société Civile Forces Vives (SCFV) a dit ‘’non’’ à la marche du 31 décembre, craignant que cette initiative soit en réalité le plan B brandi en son temps par la CENCO, lors du dialogue du centre Interdiocésain de Kinshasa. De ce fait, la SCFV a recommandé à la population congolaise de rester vigilante et de s’abstenir de cette marche qui risquerait de compromettre la paix et la cohésion nationale. ‘’ Cette démarche du Comité des Laïcs Catholiques, incontrôlée en amont, désorganisée et sans unité de coordination risquerait de provoquer des conséquences violentes et meurtrières, alors que le Royaume de Cieux est à ceux qui procurent la paix’’, avertissait un des leaders de la SCFV.
La SCFV dénonçait en outre l’appropriation de la marche par des leaders politiques, au risque de lui denier son caractère pacifique, ainsi que’’ la contradiction de cette démarche d’une structure de l’Eglise Catholique par rapport à sa Sainteté le Pape François qui a demandé, plus d’une fois, en pleine prière au cours d’une messe, à Dieu Tout Puissant de faire régner la paix au Congo’’. Pour la SCFV, le dimanche pour les chrétiens est un jour consacré au Seigneur et personne sur cette terre n’a le droit de le profaner par des actions politiciennes. Et l’église ne peut utiliser la rue pour sauver les âmes des Autorités congolaises dont la majorité est constituée de ses propres fidèles. « L’évangile a pour mission de faire sortir les gens de la rue vers l’église et non l’inverse
 », tranche la SCFV..

 

Stratégies pour faire échec à la marche

Comment arrêter la marche des chrétiens ? Telle était la question pour la Majorité présidentielle qui jusque-là avait réussi à étouffer ou perturber les manifestations programmées par l’opposition ou des associations de la société civile.

Des informations de presse ont fait état du recours à l’arme de la dissuasion en faisant peur et en neutralisant les têtes pensantes de la marche.

 « Les services nous ont appris qu’il y a des groupes qui s’organiseraient pour attaquer les chrétiens à la sortie des paroisses. Le but serait de faire couler le sang et imputer ces atrocités aux pouvoirs publics. Ces groupes cherchent à provoquer des troubles. En tant que natif de Kinshasa, je ne veux plus voir le sang couler dans cette ville », déclarait notamment Aubin Minaku, secrétaire général de la Majorité, cité par des médias.

Dans un article paru chez Afrik’com, Adrien Seyes a fait part des confidences reçues en ces termes :
‘’Ce jeudi, les réunions se sont succédé pour tenter de trouver la parade. « Les Kabilistes vont annoncer que cette marche cachait en réalité une tentative de coup d’Etat », nous explique en début de soirée un diplomate en poste à Kinshasa.  Quelques minutes plus tard, autre appel. Cette fois, il vient d’un membre de la majorité qui a participé aux dernières réunions avec l’ANR. « Il faut dénoncer rapidement le piège », lance notre homme. « Ils vont annoncer très prochainement l’arrestation d’un militaire du nom de Malamba, qui serait le bras armé des prêtres. Il va soi-disant passer aux aveux et dénoncer tous les prêtres qui sont les moteurs de cette marche ».       
Pour le 31 décembre, jour de la Saint-Sylvestre, il a été décidé d’infiltrer les manifestations de l’opposition avec de faux manifestants – vrais casseurs afin de leur faire perdre aux yeux de l’opinion leur caractère pacifique et justifier ainsi leur répression par les forces de l’ordre. Classique mais souvent efficace.       
Autre disposition décidée lors de ce conseil de sécurité : ce jeudi 28 décembre dans la soirée, durant l’ « opération cloches », les forces de l’ordre ont pour consigne non seulement de tirer en l’air mais également à balles réelles. Le but étant d’envoyer un signal à la population en vue du 31 décembre. « En clair, voici ce qui vous attend le jour de la Saint-Sylvestre si vous descendez dans la rue. Il s’agit en quelque sorte de tirs de sommation », explique une source sécuritaire.        
Enfin, si, par extraordinaire, les choses dégénéraient d’ici au dimanche 31 décembre, le pouvoir congolais pourrait dégainer l’arme suprême : décréter le couvre-feu, histoire de passer les fêtes de fin d’année en toute sérénité… ou presque’’.

 

Les dernières consignes avant la marche

En dépit de ces élucubrations, les prêtres et les laïcs catholiques, eux, ont poursuivi l’organisation de cette marche de la Saint-Sylvestre pour réclamer le respect de l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016 pour permettre des élections démocratiques, crédibles et apaisés.

Jeudi en début de soirée, les organisateurs de la marche qui avaient pris soin d’envoyer une lettre au gouverneur de la ville-province de Kinshasa pour demander que leur mouvement soit encadré par les forces de l’ordre, ont donné les grandes lignes de leur manifestation et les directives à suivre pour tous les « marcheurs ».

Voici le contenu de cette mise au point diffusé par le CLC: 
‘’1. Le Comité Laïc de Coordination remercie les partis politiques, les Mouvements Citoyens, les Organisations de la Société Civile, les Associations de défense des droits de l’homme, les Syndicats, … qui ont adhéré à la marche pacifique qu’il organise le 31 décembre 2017 et encourage ceux qui ne l’ont pas encore fait, de le faire. Cette marche n’est pas une affaire du seul Comité Laïc de Coordination, tout le peuple congolais doit se l’approprier. Chacune de nos organisations est appelée à déployer toute l’énergie dont elle est capable pour sa réussite. Néanmoins, cette marche doit être soumise aux règles strictes de la non-violence.
2. Aussi, invitons-nous la population à n’accepter aucune forme de violence : pas de pneus brûlés, pas de barricades, pas de propos violents, pas d’injures, pas de jets des pierres et autres projectiles, pas d’actes de vandalisme, ...   
3. Nous l’invitons également à ne pas considérer les Policiers, les Militaires et autres Agents des Services de Sécurité comme ses ennemis ; et réciproquement les Policiers, les Militaires et autres Agents des Services de Sécurité à ne pas considérer celle-ci comme leur ennemi.        
4. Le Comité Laïc de Coordination informe l’opinion nationale et internationale que LA MARCHE DU 31 DECEMBRE 2017 est une MARCHE PACIFIQUE. Ce jour-là, des femmes et des hommes de la République Démocratique du Congo vont marcher pacifiquement en priant et en entonnant des cantiques ; les Chrétiens avec leurs Chapelets, Bibles, Crucifix,..., et les autres avec des rameaux de paix.       
5. Nous demandons ainsi à la Police Nationale Congolaise et aux autres Services de Sécurité de les encadrer et de les protéger tout au long de leur parcours,
6. Peuple congolais, le Comité Laïc de Coordination vous invite à marcher pacifiquement à partir de là où vous serez le 31 décembre 2017, votre rue, votre quartier, votre paroisse, ... Les autres précisions vous seront communiquées dans les jours qui viennent.
7. Enfin, congolaises et congolais, comme il se doit, le Comité Laïc de Coordination vous souhaite une bonne et heureuse année 2018 même si l’Histoire retiendra qu’au lieu de célébrer les festivités de fin d’année 2017, nous, peuple congolais, avons choisi de marcher pacifiquement ce 31 décembre 2017 pour revendiquer notre liberté, notre dignité et la prospérité à laquelle nous avons tous droit’’.

Des directives qui insistaient donc sur la volonté de mener une action pacifique ainsi que sur la détermination à marcher pour la démocratie. Autres dispositions : une seule messe le dimanche dans chaque paroisse de 6h30 à 8h30. Les paroissiens accompagnés de leur curé débuteraient ensuite la marche selon un itinéraire qui serait donné le dimanche même lors de la messe. Il y aurait différents points de ralliement selon les paroisses et les zones géographiques. Ne jamais fuir devant les forces de l’ordre, mais serrer les rangs et chanter des cantiques ou se mettre à genoux. Rester solidaires et si les forces de l’ordre veulent arrêter quelqu’un, tous les marcheurs sont invités à se constituer prisonniers. Face aux gaz lacrymogènes, se servir des serviettes mouillées et avoir de l’eau. Etre en possession d’une Bible, de rameaux, chapelet, etc. Se munir de sa carte d’identité ou autres références de son identité, etc. Ne pas arborer des calicots ou autres effigies des partis politiques, mouvements citoyens, etc. Pour la tenue : vêtements de l’église, « moklistoazalimwinda », Marie, etc. Ou tout simplement T-shirt blanc, chemise blanche, autre vêtement de couleur blanche.

De son côté, la Monusco exhortait une nouvelle fois les autorités congolaises à « respecter la liberté de manifestation », surtout en cette période préélectorale, et conformément aux engagements pris par le gouvernement il y a un an lors de la signature de l'accord de la Saint-Sylvestre. La mission de l'ONU en RDC rappelait également aux citoyens que le droit de manifester implique de s'abstenir de recourir à la violence sous toutes ses formes.

« Nous espérons que le mot d'ordre qui a été lancé de marche pacifique soit respecté, mais aussi nous exhortons les autorités congolaises à instruire les forces de l'ordre et de sécurité à ne pas faire un usage disproportionné de la force, conformément au droit international », a indiqué Florence Marchal, porte-parole de la Monusco.

 

Croix et chapelets contre fusils

Comme le 16 février 1992, où la marche des chrétiens pour réclamer la réouverture de la Conférence nationale souveraine avait été réprimée dans le sang par l'armée de Mobutu, la marche pacifique des chrétiens, le 31 décembre 2017, pour soutenir le processus mis en place par l'Accord de la Saint-Sylvestre, a connu le même sort.

Samedi déjà, police et armée avaient été déployées à Kinshasa en prévision de la marche. Les services internet des mobiles et les SMS ont été coupés sur ordre du ministre des PTNTIC, EméryOkundji, issu de l’opposition. Le signal de la radio onusienne Okapi a été momentanément brouillé, de même que celui de Radio Top Congo de Kinshasa, très suivie pour ses émissions à téléphone ouvert et ses débats politiques en direct ouverts au public.

Les marches ont été dispersées mais les chrétiens ont donc marché dans certains quartiers, et ce, malgré des barrages de police dans toute la ville, surtout aux abords des églises, et a présence de l’armée dans les rues et à l’entrée de bon nombre de paroisses.

Selon les paroisses, les scénarios ont varié. Dans certaines, le curé a préféré demander aux croyants de rentrer chez eux par peur des violences devant le dispositif. Dans d’autres, le curé a marché avec ses paroissiens. Mais à Saint-Joseph, par exemple, les marcheurs ont même réussi à converger jusqu’au rond-point Victoire, comme ils l’avaient prévu, malgré la police et malgré l’armée. Dans d’autres paroisses, le culte dominical a été même empêché. À la cathédrale Notre-Dame du Congo, où l’un des leaders de l’opposition, Félix Tshisekedi, assistait à la messe, les forces de sécurité ont bloqué la centaine de partisans qui tentaient de manifester à l’extérieur. Et le patron du Rassemblement de l’opposition a dû quitter précipitamment la cathédrale à bord de sa jeep. A la paroisse Saint-Michel, c’est le chef de l’UNC, Vital Kamerhe, qui a été visé par des gaz lacrymogènes tirés par la police dans l’église, semant la panique parmi les fidèles.

Il y a lieu de signaler que l’on a également manifesté dans certaines autres villes du pays. Un mort a ét signalé à Kananga dans la province du Kasaï Central. Mais il ici il a été fait état de manifestants coiffés du bandeau rouge de miliciens KamwinaNsapu. Les forces de l'ordre ont ouvert le feu. Des arrestations ont été opérées.

Par ailleurs, des échauffourées entre forces de l'ordre d'un côté et des manifestants de l'autre ont également eu lieu à Lubumbashi, au Haut-Katanga. Pas de victimes signalées mais plusieurs arrestations. A Mbuji-Mayi où l'évêque n'appelait pas à marcher, on a signalé malgré tout le défilé de quelques fidèles qui se sont rendus jusqu'au quartier général de la Monusco.

Les mêmes scènes de répression se sont reproduites aussi à, Goma, Bukavu. Eglises encerclées, fidèles molestés… la journée de manifestation pacifique s’est transformée en drame, après l’intervention musclée des forces de sécurité. La police a dispersé violemment les manifestants, jusque dans les églises, en utilisant des gaz lacrymogènes.

Mais, comme à l’accoutumée, dans ce genre de situation, une polémique a enflé à Kinshasa sur le nombre de victimes de la répression. Au total, douze personnes ont été tuées, selon les organisateurs. "Une dizaine de morts ont été répertoriés : 11 à Kinshasa et un à Kananga" dans le centre du pays, a déclaré Jonas Tshombela de la Nouvelle Société civile du Congo, un porte-parole des organisateurs.

La "violente répression" de ces marches a occasionné "la mort d’au moins cinq personnes, plusieurs blessés et l’arrestation de plus de 120 personnes", selon un communiqué du secrétariat général des Nations unies, revoyant à la baisse un premier bilan de huit morts donné dimanche par de source onusienne à Kinshasa.

"Aucun mort" n'a été enregistré en marge de ces marches, écrit dans un communiqué le porte-parole de la police, le colonel Rombaut-Pierrot Mwanamputu.

Dimanche, l'officier avait donné un bilan de trois civils tués. Ces personnes n'étaient pas des manifestants mais des "pillards" et des "bandits" qui ont trouvé la mort loin des lieux des manifestations, a-t-il noté mardi.

 

Des condamnations internationales

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé le gouvernement congolais et les forces nationales de sécurité à faire preuve de retenue..

La France "est préoccupée par les violences" survenues dimanche en République démocratique du Congo lors des manifestations contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, a déclaré mardi d’après un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Après la répression des manifestations de la Saint-Sylvestre en RDC, la secrétaire générale de la Francophonie a dénoncé des « attaques inqualifiables et désolantes » contre des fidèles et des citoyens. Michaëlle Jean a également exhorté les autorités du pays à garantir le droit de manifester.

"Mes pensées vont aux familles et aux proches endeuillés, aux blessés, aux personnes incarcérées. Les attaques lancées contre des fidèles rassemblés dans des lieux de culte" et contre "des citoyens (...) voulant que tout soit mis en œuvre (...) pour préparer sereinement la tenue d'élections crédibles" en RDC "sont inqualifiables et désolantes", a déclaré la secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean, dans un communiqué.

"Participer à une manifestation est un droit fondamental", a-t-elle souligné, rappelant "les règles de conduite auxquels les forces de maintien de l'ordre doivent se soumettre dans l'encadrement républicain des manifestations", la secrétaire générale a également exhorté les acteurs politiques et de la société civile de RDC à "préserver le caractère pacifique de leurs revendications".

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"Rien ne saurait entamer la volonté et les efforts vers une sortie de crise en République démocratique du Congo", soulignera-t-elle encore, réaffirmant la "détermination" de son organisation à œuvrer pour des "élections libres, transparentes et crédibles en RDC".

De son côté, l'Union européenne a dénoncé "le recours à la violence" et "le blocage de médias" par les autorités congolaises, regrettant une "grave atteinte" à la liberté d'expression face aux actions populaires.

Ces violences "ont entraîné la mort de plusieurs manifestants et fait de nombreux blessés", a regretté une porte-parole de la cheffe de la diplomatie européenne FedericaMogherini, dans un communiqué.

"Le recours à la violence par les autorités congolaises, y compris pour interrompre des services religieux, visant à réprimer toute tentative de manifestation pacifique va à l'encontre de la Constitution congolaise qui garantit le droit de manifestation et la liberté de réunion", a ajouté la porte-parole européenne.

"Le blocage des médias et réseaux sociaux constitue également une grave atteinte à la liberté d'expression", a-t-elle poursuivi, avant d’indiquer que l'UE "présente ses condoléances aux familles des victimes" et "se rallie à l'appel" de la Monusco "pour condamner les arrestations arbitraires et appelle à la libération immédiate des détenus, y compris certains religieux". "Les autorités congolaises ont le devoir de protéger leurs citoyens et non de les réprimer", a estimé l'UE, les appelants  à "progresser vers des élections crédibles en 2018".

 Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Moussa FakiMahamat, demande aux autorités congolaises de faire la lumière sur tout excès commis par les forces de l’ordre dans l’exercice de leurs fonctions lors de la manifestation des laïcs catholiques du 31 décembre 2017.

Dans sa déclaration publiée mercredi 3 janvier, M. Mahamat a déploré  « les pertes en vies humaines enregistrées lors de cette marche ». Il a exhorté les acteurs politiques congolais à faire preuve de retenue et à s’abstenir de tous actes ou propos de nature à envenimer la situation. Il les a par ailleurs appelé à œuvrer ensemble pour la tenue des élections prévues en décembre 2018 par la CENI. A ce sujet, le président  de la commission de l’UA souligne la nécessité de créer un environnement propice au déroulement de scrutins libres, transparents et réguliers, y compris la prise de mesures de décrispation, conformément à la lettre et à l’esprit de l’Accord politique de la Saint Sylvestre, et le respect des libertés et droits fondamentaux garantis par la Constitution ».

Dans un communiqué publié  mercredi, le vice-Premier Ministre belge  en charge des Affaires Etrangères, Didier Reynders a condamné fermement le recours à la violence par les forces de sécurité congolaises et l’interruption de services religieux ainsi que les mesures prises pour empêcher des manifestations pacifiques et bloquer des médias et les réseaux sociaux.

Il appelait à libérer les prisonniers et à une enquête indépendante sur ces récents événements. « Le ministre présente ses condoléances aux familles des victimes et exprime sa solidarité avec la population congolaise », dit également ce document.

« Le Conseil Affaires Etrangères de l’Union européenne avait appelé en décembre au respect de la liberté d’expression. Face à des événements aussi tragiques, la responsabilité individuelle des auteurs, mais également de ceux qui n’ont pas respecté l’accord de la Saint-Sylvestre est engagée » , affirmait-il.

Pour la Belgique, « seule une mise en œuvre de tous les engagements pris lors de l’Accord de la Saint-Sylvestre, en particulier les mesures de décrispation et l’ouverture de l’espace démocratique, peut permettre d’avancer vers des élections inclusives et libres, qui sont nécessaires pour sortir le pays de l’impasse actuelle».

Dans un message publié sur le compte Twitter de l’Ambassade américaine à Kinshasa, les Etats-Unis se disent « fortement préoccupés par l’usage disproportionné de la force en RDC »,  évoquant  mort d’hommes et des  blessures infligées aux civils.

 « L’atteinte à la liberté de réunion pacifique et la perturbation des réseaux de communication sont des actes incompatibles avec la démocratie et un processus électoral crédible » dénoncent les Etats-Unis.

La crise en République démocratique du Congo sera au centre d’une réunion à huis clos ce mercredi 10 janvier prochain à la Commission des affaires étrangères de la chambre des représentants belge, à Bruxelles, où seront auditionnés à huis clos le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders et son collègue de la Coopération au développement, Alexander De Croo.

 

L’Opposition entre colère, indignation et satisfaction

Alors que la famille de l'ancienne ministre Odette Babandoa, présidente du parti UPR déplorait l’arrestation de cette dernière en marge des manifestations à Kinshasa, le Rassemblement de Félix Tshisekedi faisait une déclaration tonitruante dont voici la substance :

« Contrairement au gouvernement qui a compté 5 morts et à l’ONU, qui a fait état de 8 victimes, pour le Rassemblement, le bilan macabre est de 11 personnes tuées.

Par conséquent, l’opposition entend bien rendre hommage à ces victimes. Elle annonce un deuil national, le lundi 8 janvier. .

 «Pour le Rassemblement, les élections n’ayant pas été organisées, conformément à l’accord du 31 décembre 2016, Joseph Kabila et toutes les institutions à mandat électif ont perdu toute légalité et toute légitimité. Par conséquent, Joseph Kabila n’a plus qualité d’engager la RDC tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays».

Le Rassemblement demande au peuple congolais et à la communauté internationale de ne plus reconnaitre Joseph Kabila comme président de la République démocratique du Congo.

Par conséquent, les prochaines manifestations n’auront plus besoin de l’autorisation du gouverneur de Kinshasa ».

 «Le Rassemblement félicite le Comité laïc de coordination de l’Eglise catholique pour cette initiative patriotique pour libérer l’avenir du Congo, notre pays, jusque-là suspendu à la seule volonté de Joseph Kabila et de son clan». Il  salue la bravoure du peuple congolais qui a réussi à marcher dimanche 31 décembre, malgré la répression des forces de sécurité.

 Il condamne avec la plus grande fermeté la répression de la manifestation, qui a entrainé la mort de plus de onze personnes et des centaines de blessés, sans compter de nombreuses arrestations et des profanations des lieux des cultes.

Pour le président du Rassemblement, le pouvoir est responsable de ce drame.

Autres points de vue en rapport avec la répression  : « Nous sommes là devant une atteinte grave à la liberté de culte et de manifester… »,  a affirmé l'abbé Donatien Nsholé, premier secrétaire général adjoint de la Conférence épiscopale nationale du Congo.

Quant à Vital Kamerhe, président de l’UNC qui a pris part dimanche à Saint Michel, à la messe précédant la marche des catholiques, il décrit la situation en ces termes :

‘’À la paroisse Saint Michel où j’assistais à la messe, cela est arrivé juste au moment où venait de se terminer la lecture du texte qui parlait d’Abraham et de son fils. Personne n’avait provoqué personne. Les forces de l’ordre sont intervenues tout simplement parce que nous étions là, au regard de l’engouement à l’extérieur. Il y avait des gens de part et d’autre jusqu’à quelque 300 mètres de la paroisse. Une foule nombreuse. La Monusco est venue mais les militaires l’ont empêchée de venir sécuriser l’église.

Ce qui nous fait dire que c’était un plan bien calculé : il fallait tirer sur tout ce qui bouge dans l’église. Ce que les policiers et militaires ont fait. Tout est devenu noir dans l’église, des fidèles couchés par terre. On a dû soigner le prêtre qui officiait la messe en pleine messe dans le noir. C’est une barbarie d’un autre genre ! Nous n’avons jamais vu ça depuis 1960. Même à l’époque de Mobutu, jamais l’armée ni la police n’avaient tiré à bout portant ou lancé des gaz lacrymogènes dans l’église. C’est inacceptable !

La messe a été ainsi interrompue pendant une heure de temps. J’ai demandé ensuite au curé de reprendre la messe. Un major est entré pour me dire qu’il avait reçu l’ordre de me prendre et de me faire sortir. J’ai refusé. Finalement, je suis sorti avec la foule et nous avons marché quelque 200 mètres avant d’être dispersés par des gaz lacrymogènes et des tirs à balles réelles’’…« La fin pour Joseph Kabila est arrivée. Ce qui s’est passé aujourd’hui, c’est le début de quelque chose d’important »

La seule voie qui s’impose à nous est celle de nous mettre ensemble pour chasser cette dictature abjecte de Kabila. C’est pourquoi je voudrais interpeller de la manière la plus claire l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social). Ses tergiversations de ne pas vouloir être avec les autres en les accusant de « collabo » font le jeu de Kabila. Car ce n’est pas un « collabo de Kabila » qui allait donner du fil à retordre à la Garde républicaine à Bandalungwa. Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba, MbusaNyamwisi et même Félix Tshisekedi l’ont déjà compris. Il faut donc que les camarades du parti de ce dernier lui facilitent la tâche…Je n’ai jamais quitté l’opposition en allant participer au Dialogue de la Cité de l’UA. De même qu’Étienne Tshisekedi n’avait pas quitté l’opposition pour avoir reçu le facilitateur EdemKodjo à Bruxelles. Nous, nous avions voulu limiter les dégâts. Nous n’avons pas été floués, c’est Kabila qui est en train de se flouer lui-même.

Nous avons eu ce tort d’avoir été les premiers à comprendre qu’il fallait prendre Kabila dans son propre piège. Il fallait montrer au monde entier qu’il chante le dialogue mais qu’en réalité il ne veut pas du dialogue. Les autres nous ont suivis plus tard et tous nous avons signé un accord le 31 décembre 2016 avec Kabila. Si nous, qui avons signé avec Kabila le premier compromis de la Cité de l’OUA, sommes des traitres, alors nous tous qui avons conclu avec lui l’accord de la Saint-Sylvestre par la suite le sommes aussi. Étant pacifistes, nous avons voulu simplement épuiser toutes les voies. D’où cet appel pathétique que je lance à nous tous, grands leaders : adoptons un plan commun de combat contre Kabila.

Mais en même temps que nous combattons la dictature, nous ne devons pas être distraits. Nous devons maintenir la pression sur la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et mettre son président Corneille Nangaa et son équipe en garde : nous n’accepterons pas la machine à voter. Pour nous, c’est une question de vie ou de mort. Car même si Kabila doit partir, les élections ne se feront pas avec des machines à voter dont Nangaa a annoncé le début de la livraison. Ce sont des machines à tricher pour que Kabila place à la tête du pays n’importe qui, sa femme, sa sœur, son cousin…’’

 

Kinshasa droit dans ses bottes

Trois jours après la répression des marches, les autorités congolaises ont salué la "rigueur" et la "fermeté" des forces de sécurité de la République démocratique du Congo.

Le gouvernement tient à "féliciter les forces de police et de sécurité qui, sur l'ensemble du territoire national, ont respecté le mot d'ordre de rigueur, de fermeté et de conformité au droit international humanitaire dans la gestion" des marches du 31 décembre 2017, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende lors d'une conférence de presse.

Lambert Mendé a souligné par ailleurs qu’il y avait des agitateurs parmi les manifestants, ce qui explique pourquoi il y a eu des heurts : « Il y en avait qui étaient pacifiques. Mais les autorités municipales de Kinshasa les avaient prévenus : il y avait une récupération par des forces qui n’étaient pas, elles, pacifiques. On leur a demandé de ne pas organiser ces marches parce que l’évaluation de la situation de la sécurité prévoyait cette situation-là. Mais ils n’ont rien voulu entendre. Et voilà, nous en sommes maintenant à des pertes en vies humaines. »

Interrogé sur l’attitude des forces de l’ordre, le porte-parole du gouvernement n’a pas nié que certains policiers ou militaires aient pu poursuivre des manifestants dans des édifices religieux et tirer des gaz lacrymogène : « S’ils ont eu des indications révélant que les forces non-pacifiques ont pu y entrer, je ne pense pas qu’on peut interdire à une force de police de pourchasser un terroriste parce qu’il est entré dans une église. »

« On ne peut pas reprocher à la police d'envoyer des gaz lacrymogène… »,  a affirmé le porte-parole du gouvernement..

Selon le porte-parole du gouvernement, «l’exécutif national a noté avec satisfaction la responsabilité du peuple congolais qui a perçu cette crédulité  sur laquelle les agitateurs comptaient déstabiliser le pays au mieux d’intérêts qui sont loin d’être ceux du pays». Il a indiqué que sur une cinquantaine de diocèses de la République Démocratique du Congo, seules les villes de Kinshasa et de Kamina (Haut-Lomami) ont répondu aux appels à la provocation de désordres lancés par des membres du clergé extrémistes dissimulés derrière le Comité laïc de coordination.

Après avoir annoncé l’élargissement de 88 fauteurs  de troubles appréhendés dont 77 à Kinshasa et 11 à Kamina, au terme d’interrogatoires dans divers postes de police, le porte-parole du gouvernement a relevé que les rêves du « grand soir » ou de l’hécatombe caressés par les initiateurs de ces désordres se sont écroulés comme un château de cartes.

De son côté, dans un premier « twitt », Joseph Olenghankoy « remercie » et « félicite » le peuple congolais d’avoir « rejeté » l’appel à manifester le 31 décembre 2017. D’après lui, ce rejet a permis d’éviter une « hécatombe » durant cette journée agitée.

Dans un second twitt, l’ex-opposant radical exprime une « pensée pieuse pour les personnes tuées ». Il ajoute aussitôt que « la plupart » ont péri suite aux « tirs des éléments infiltrés ». Des infiltrés non-autrement identifiés qui « avaient pour mission de faire beaucoup de victimes » et ensuite faire imputer « la responsabilité aux autorités ». « J’appelle à la vigilance de tous car les ennemis de la RDC veulent balkaniser ce pays », conclut-il.

Pour sa part, le général SylvanoKasongoKitenge, inspecteur provincial de la police à Kinshasa, s'explique comme suit dans un média périphérique :

« Il y a eu deux morts à Matete , mais ces personnes n’ont pas été tuées par la police. Nous ne savons pas comment elles sont mortes. En tout cas, ce sont leurs amis Kuluna (membres des gangs à Kinshasa) qui ont emmené leurs corps à la paroisse de Matete. Nous disposons de l’aveu du curé qui l’atteste sur un enregistrement.

C’est d’ailleurs parce qu’il était dans la panique que ce curé a appelé la Monusco. Et sans attendre un procès-verbal de magistrats, comme c’est exigé dans ce genre de circonstances, ces corps ont été levés. Sans procédure judiciaire en amont !

Ceux qui parlent d’une dizaine de morts, qu’ils nous disent où sont tombés ces morts. Où sont organisés les deuils ? J’étais personnellement sur le terrain, je n’ai pas vu une « dizaine de morts ». C’est un mensonge ! Il y a deux morts seulement, un troisième était un assaillant tué vers le marché de la Liberté, après l’assaut de la milice KamuinaNsapu. C’était le soir, cela n’a donc rien à voir avec les manifestations.

Quant aux personnes arrêtées, j’ai eu le coup de fil du cardinal Laurent Monsengwo et j’ai pu lui assurer qu’elles ont toutes été libérées, y compris les quatre enfants de chœur interpellés. Et sur la voie publique, lorsque l’ordre public est troublé et que la police intervient, elle ne cherche pas tout de suite à savoir qui est enfant de chœur, avocat ou médecin. Ce n’est que plus tard que l’on saura qui est qui parmi les personnes arrêtées.

S’agissant des irruptions dans des églises, comment peut-on donner l’ordre d’entrer dans des églises ? Pour y faire quoi ? Si ces faits sont avérés, ce sont des bavures. C’est grave et inacceptable ! Je peux vous assurer que des enquêtes vont être menées et les policiers qui se seraient rendus coupables de ces actes seront punis. La police est là pour protéger la population, pas pour faire le contraire.

Il n’y a pas eu de blessés par balles. Lorsque le gaz lacrymogène est lancé, par exemple, certains manifestants tombent en tentant de fuir et ils se blessent. La police n’a pas tiré à balles réelles. Mes hommes sont munis d’armes non létales. Il y a eu, peut-être, des cas isolés du côté de la police militaire, mais je n’en suis pas sûr.

Au sujet des extorsions, des inspecteurs de la police sont déjà en train de mener des enquêtes sur le terrain pour identifier les policiers incriminés : ils seront déférés devant l’auditorat. Ces actes intolérables ne resteront pas impunis.

Mais, tenez, pour ces dernières marches, nous avons reçu des renseignements selon lesquels il y avait des infiltrés qui projetaient de tuer des gens et de nous en faire endosser la responsabilité. Nous avons été confrontés aux Kuluna et autres KamuinaNsapu qui ont tenté de profiter de ces manifestations pour faire du mal. Il y aurait eu plusieurs morts dans des églises. Heureusement, la police a évité le pire. Nous devons nous en féliciter. Que le peuple attende les élections dans la quiétude, comme l’a dit le commandant suprême Joseph Kabila, président de la République.

 


 




De quoi demain sera-t-il fait ?

Contrairement aux récents appels à manifester lancés par l’opposition politique, notamment le 10 avril, le 19 septembre ou encore le 30 novembre 2017, et transformés souvent en une ville morte non programmée, avec des leaders de l’opposition excipant avoir été empêchés de sortir de leurs domiciles, la mobilisation du 31 décembre des catholiques a été beaucoup plus suivie.

Pour bien des commentateurs, l’Eglise a su redorer son blason et fait preuve de sa capacité de mobilisation malgré la répression, après avoir été reprochée d’avoir offert des béquilles à Joseph Kabila pour ‘’glisser’’, grâce aux négociations du Centre interdiocésain. De fait, malgré l’arsenal militaire et la forte présence armée dans les rues de la capitale, les églises catholiques de Kinshasa (plus de 200) étaient bondées dimanche.

« Ce dimanche 31 décembre 2017, nous avons été des millions à travers notre pays à nous être mobilisés, au-delà des étiquettes politiques, au-delà de la considération individuelle pour dire STOP à la souffrance du peuple congolais. Nous avons marché pour dire à la face du monde que nous reprenons notre destin en main », a indiqué le CLC dans un communiqué. « Malgré cette violence de répression, malgré de nombreuses barricades placées pour encercler les quartiers et les paroisses de la capitale, la population a montré à la face du monde sa détermination, elle n’a pas cédé à la peur, elle a marché avec courage et discipline », poursuit le texte.

 « Il faut que ceux qui s’accrochent au pouvoir dans notre pays sachent que le pouvoir nous appartient, que le pays nous appartient à tous. Nous sommes décidés à reprendre notre destin en main, pour construire un avenir meilleur pour nos enfants ; pour dire halte à la dictature (…) Nous ne pouvons plus faire marche arrière. Les Congolaises et les Congolais ne laisseront plus de répit au pouvoir en place », conclut le communiqué.

D’aucuns croient qu’avec ce qui vient de se passer le 31 décembre, plus rien ne sera comme avant et que la contestation populaire est désormais en marche pour contraindre, avec d’un autre côté les sanctions économiques des États-Unis et de l’Union européenne, les pressions de l’opposition, Joseph Kabila de quitter son fauteuil présidentiel. Mais d’autres analystes se montrent plus circonspects ; vu que les forces de défense et de sécurité, contrairement à ce qui s’est vu au Zimbabwe par exemple, sont totalement en phase avec les institutions de la République.

En tout état de cause, la mobilisation de la Saint-Sylvestre n’a pas été suffisante pour faire vaciller le pouvoir. Mais était-ce là vraiment le but poursuivi par les marcheurs catholiques ?

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