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12.01.18 CongoForum - Jean-Marie Kalonji: «La libération de notre peuple dépend de l’unité et de la détermination de toutes les autres voies»


KINSHASA – Leader d’une opinion contraire, une force dans le combat, Jean-Marie Kalonji confirme sa détermination à combattre pour l’avènement d’un renouveau congolais. CongoForum vient de parler à monsieur Kalonji.

Monsieur Kalonji, depuis quelques temps, votre mouvement est très présent dans le combat pour l’instauration d’une vraie démocratie en RDC. Comment définissez-vous personnellement le mouvement citoyen « Il était temps-4ème voie » ? Quelle est son histoire?

Jean-Marie Kalonji: « Plusieurs confondent la Quatrième Voie aux mouvements citoyens. Mais notre mouvement est au contraire un courant d’idées, une autre voie au sein de la société congolaise en partant de la première voie qui est le régime en place, la deuxième l’opposition, la troisième la société civile ensuite vient la quatrième voie. La Quatrième voie a été créée dans le but de défendre et conscientiser la société civile congolaise contre la haute politisation dont elle est victime. »

« La Quatrième voie est une branche de la société civile qui s’en est détachée pour se présenter comme une voie à part entière. Au départ ce n’était que la branche jeunesse qui s’était détachée mais par la suite toutes les catégories de la population, constituant hier les branches de la société civile, ont emboité le pas. »

Quelle est donc son histoire ?

Kalonji : « Il est temps n’est qu’un concept lancé en 2015 pour éveiller la conscience du peuple congolais face aux enjeux politiques de l’heure. Mais la Quatrième voie a été créée en 2011, l’idée, au départ, était de faire entendre la voix de la jeunesse, ensuite celle du peuple de manière générale ; mettre en place une structure non maîtrisable par le régime. Au lieu de créer une simple association de jeunes comme on en avait coutume, nous avons pensé faire autrement, « Faire la différence ». Nous étions conscients que l’Etat ne légaliserait pas les statuts d’une organisation qui serait contre le régime, une organisation non corrompue, bref, une organisation porteuse d’un vrai changement. Toutefois, l’aspect de l’illégalité ne nous avait pas dérangé car la Constitution de la République reconnait à tout citoyen le droit d’expression et tous les droits y afférant. »

« Nous avons réussi à mettre en place une autre voie, c’est-à-dire, créer un milieu naturel de la jeunesse dans laquelle, aujourd’hui, elle est capable de faire entendre sa voix sans être considérée comme une branche de la société civile. C’était ça le rêve de la Quatrième voie et aujourd’hui comme vous le constatez c’est la jeunesse qui fait beaucoup peur au régime ; chose qui n’était pas le cas lorsque la jeunesse était inclue dans la société civile congolaise. »


Il y a plus d’une année, vous avez été poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’Etat, après une disparition de près de 4 mois. Qu’est-ce que cette expérience a causé en vous ? La peur ou la détermination ?

Kalonji : « Si je suis arrivé au point d’être enlevé par les services de sécurité sur ordre de monsieur Kabila, c’est parce que le régime avait peur de ma détermination. Quelques heures après ma libération, j’ai fait une déclaration dans des chaines de radio nationales et internationales disant : « Je suis libre, ma liberté n’est pas une faveur mais plutôt un droit pour moi ! », cette phrase marque ma détermination dans la lutte, donc je n’ai pas peur. Tenez, j’ai été arrêté par deux fois de suite, après ma libération au mois d’août 2016, c’est  ce qui prouve que je suis toujours dans la lutte. »

« Cet enlèvement était motivé par de mauvaises intentions de la part du régime, c’est-à-dire mon élimination physique. J’ai été torturé et subi un traitement cruel, inhumain et dégradant.  Je ne souhaite pas que cela arrive à quelqu’un d’autre. Tout cela m’a davantage galvanisé pour la lutte. »

On dit de vous, « Leader d’une opinion contraire, une force dans le combat, une détermination à combattre pour l’avènement d’un renouveau congolais ». Quelle est votre lecture face à la crise que traverse actuellement la RDC ?

Kalonji : « Bien que le régime constitue le point de départ de cette crise, la deuxième voie qui est l’opposition et la troisième qui est la société civile y ont contribué à grande partie. Premièrement, n’eussent été l’immoralité et l’immaturité politique de certains leaders de l’opposition et de la société civile, qui changeaient de position, à chaque fois que le régime leur tendait la main, Kabila ne serait plus au pouvoir. En second lieu, si les deux autres voies n’avaient pas cédé aux manœuvres appelées ‘le dialogue’, Kabila serait déjà parti avant le 20 décembre 2016. Et maintenant comme toutes les autres voies viennent de comprendre la position de la Quatrième Voie, nous pensons que tout ira bien cette fois-ci. »

Quel sentiment vous anime après la répression meurtrière de la marche pacifique des chrétiens du 31 décembre 2017 ?

Kalonji : « Je suis écœuré de voir nos frères et sœurs qui manifestaient sans armes tomber pendant que nous réclamions tous nos droits. Nous faisons face à un régime dictatorial qui ne respecte en aucun aspect ce qui est des droits de l’Homme, il nous tue quand il veut, il nous arrête  comme bon lui semble, pas de justice, pas de respect des textes….Je grince mes dents ! »

« Toutefois, sachons que la marche catholique du 31 décembre 2017 n’est que le début d’une phase sérieuse pour un vrai changement que le peuple a toujours cherché. Nous devons être conséquents pour conserver notre victoire de la bataille du 31 décembre 2017 jusqu’aux jours suivants pour obtenir la libération effective de notre peuple. La libération de notre peuple dépend de l’unité et de la détermination de toutes les autres voies, c’est-à-dire la société civile, l’opposition et la Quatrième Voie. Nous ne devons pas oublier que le pays nous appartient à tous, nous allons nous tenir la main dans la main pour faire respecter la volonté du peuple. »


Dans ce combat pour la vraie démocratie où vous n’êtes pas seul, comment décrivez-vous vos rapports avec les autres mouvements citoyens, notamment la LUCHA ?

Kalonji : « Comme je l’ai dit tantôt, la naissance des mouvements citoyens constituait notre rêve bien que le terme parait occidental. La LUCHA fait entendre la voix de la jeunesse hors cadre de la troisième voie qui est la société civile, ce qui n’était pas le cas hier. Avant la venue de la Quatrième Voie, la jeunesse était considérée comme une branche de la société civile congolaise et la voix de cette dernière était étouffée et noyée. On ne tenait pas compte de son importance en terme de masse, mais à présent ce n’est plus le cas. Notre rôle est aussi de veiller sur tout ce qui constitue une branche détachée de la société civile afin qu’elle ne puisse pas tomber dans le piège de se faire contrôler par le régime comme c’était le cas avec les membres de la LUCHA en 2016 lorsqu’ils voulaient légaliser ledit mouvement. »

« Pour ne pas révéler certaines choses qui peuvent toucher aux sensibilités je peux juste vous informer qu’en 2015 et précisément le 30 juin, la LUCHA avait pris part à une conférence que la Quatrième Voie dans son concept « Il est temps RDC’ » avait organisé dans la salle de Fatima, à Kinshasa. C’était dans le cadre de la « Tournée des Jeunes Contre le Dialogue ». Après cela, nous avions organisé plusieurs rencontres, et pendant que j’étais en prison nous nous fréquentions. Même en cas d’arrestation, nos avocats interviennent pour la défense. Nous le faisons pour tous les mouvements sans nous poser beaucoup des questions car c’est notre rôle en tant qu’une « Quatrième Voie » au sein de la société congolaise. »

La balkanisation de la RDC est à l’ordre du jour chez les ennemis de la République, que fait concrètement votre mouvement pour lutter contre cette épée de Damoclès qui pèse sur le pays ?

Kalonji : « La conscientisation est une arme extrêmement efficace, une fois qu’une bonne partie de la population est conscientisée l’éclatement se fera de soi-même. Nous restons fidèles à nos objectifs qui sont la défense et la conscientisation du peuple. La conscience renforcera l’unité et c’est cette unité qui constituera notre force, c’est alors que nous allons empêcher cette balkanisation. Nous ne voudrions jamais que le Congo soit divisé, je crois que la venue d’un régime légitime issue de la victoire du peuple  nous rendra fort et empêchera la balkanisation. Pour l’empêcher, nous avons un programme mobile d’éducation politique que nous introduisons, de quartier en quartier dont je vous épargne plus de détails. Ce programme favorise la consolidation de l’unité nationale et stimule le patriotisme et le nationalisme. »

Quel message pouvez-vous passer à la population congolaise, singulièrement, la jeunesse, durant cette page sombre de l’histoire de sa jeune démocratie ?

Kalonji : « La République Démocratique du Congo appartient à toute la population congolaise et non à un groupe des personnes, le pouvoir est au peuple ; de même manière que le peuple donne le pouvoir c’est de cette même manière qu’il doit aussi le récupérer. »
« Quant à la jeunesse, nous devons savoir qu’il est question d’avenir, c’est notre avenir qui est au point d’être sacrifié. Par conséquent, nous devons agir pour le sauver ! »

« Nous sommes sans ignorer que la situation des droits de l’homme est préoccupante dans notre pays, la santé, l’éducation, l’économie, l’accès à l’eau potable, l’électricité, le logement, le transport et communication, l’emploi n’en parlons pas car nous enregistrons 96% de taux de chômage, bref, rien ne marche. »

Votre mot de fin ?

Kalonji : « La Quatrième Voie vise un Congo où les droits humains sont respectés, la dignité de la vie humaine, le respect des textes, la santé pour tous ; à titre exemplatif la Quatrième Voie en collaboration avec Congo Love ont créé un programme de santé qui s’occupe déjà des personnes vivant avec handicap. La considération et l’amélioration des vies des personnes vivant avec handicap, L’éducation obligatoire et de qualité, la gratuité des frais scolaires pour l’école primaire. Nous devons savoir que dans le volet éducation, la Quatrième voie venait de lancer un projet appelé ’’Il est temps d’aller à l’école !’’ qui consiste à favoriser l’accès gratuit à l’éducation de tous les enfants, surtout des plus démunis. Si tout va bien comme prévu, ça débuterait cette année. Quant aux personnes vivant avec handicap, depuis un certain temps, la Quatrième Voie les accompagne dans leur auto prise en charge. »

« Quant au volet économique, la Quatrième Voie envisage de promouvoir les opérateurs économiques nationaux pour ce qui est du domaine privé et relever les entreprises de l’Etat pour ce qui concerne le domaine public. Nous travaillerons pour l’accès à l’eau et l’électricité pour toute la population. Nous ferons la promotion du génie congolais et la promotion de nos valeurs culturelles. Avec la vision de la Quatrième Voie, l’avenir de la jeunesse sera meilleur, clair et sûr. »

« Il nous faut une éducation politique dans le but d’atteindre un avenir meilleur pour notre peuple. A l’heure actuelle, le travail se fait sur terrain. »

© CongoForum – Arnaud Kabeya, 12.01.18





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