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08.02.18 L’Eglise peut-elle aider la RDC à sortir de la crise? (Rama Ngamia)


(Analyse)

Face au constat d'une opposition congolaise essoufflée, l’Eglise serait-elle devenue cette nouvelle voie de par laquelle la RDC pourra se relever et pourquoi pas l’Afrique subsaharienne toute entière ?

1. Avant-propos

Lorsqu’on observe les problèmes que rencontrent actuellement les pays de l’Afrique subsaharienne, ils convergent tous vers le constat suivant :
- des pays toujours dépendants aussi bien de leurs métropoles que d’autres pays dits évolués,
- des pays où la grande partie de la population vit dans la pauvreté,
- des pays où l’injustice et l’insécurité sont souvent présentes,
- des pays où les hommes au pouvoir ont difficile de passer la main et  l’alternance démocratique est souvent source de violences,
- des pays où les textes de lois, la constitution sont modifiés, non pas dans le but de s’adapter à de nouvelles réalités dans l’intérêt de tous mais plutôt pour servir les intérêts égoïstes de la classe dirigeante,
- des pays où les institutions de l’Etat, par leur nom, ressemblent à celles qu’on trouve ailleurs mais dans leur fonctionnement ne sont pas loin de structures mafieuses,
- des pays qui évoluent à contre-courant de la dynamique générale observée dans d'autres,
- enfin, des pays qui par faute de trouver des solutions à leurs problèmes de misères, d'insécurité, de dysfonctionnement, certains n'hésitent pas à les qualifier "des pays de merdes",
- Etc.
Tel est le sombre tableau que présentent la plupart des pays de l'Afrique subsaharienne actuellement.
D'ores et déjà, nous soulignons que, dans cette réflexion, nous nous intéresserons particulièrement au cas de la RDC. Nous présenterons ensuite quelques évènements majeurs qui se sont produits ces dernières années et qui pourraient contribuer à provoquer les changements attendus en RDC et avoir un effet de levier pour l'évolution de l'Afrique subsaharienne toute entière.
Jusqu’à présent, face aux problèmes cités ci-haut, plusieurs réalités ont été observées en RDC, en rapport avec les acteurs tant internes qu'externes qui influencent le cours des événements dans ce pays :

1. Les hommes au pouvoir ont montré leur manque d’ambitions, de visions et leur incapacité à œuvrer pour l’intérêt collectif afin d’améliorer le social de leur population et de créer les bases nécessaires au développement de leur pays. Le Congo reste un des pays le plus pauvre de la planète, les maladies comme le choléra y est de retour, les fonctionnaires ont un pouvoir d'achat insignifiant, leur retraite non garantie et la jeunesse n'a presque pas de perspective d'avenir.

2. L'opposition au pouvoir, décapitée de ses véritables leaders qui sont soit décédés, soit en exil, soit en prison. Les autres, encore en liberté, brillent par leur inconstance. Ils sont souvent maniables, sans idéaux. En outre, beaucoup sont incapables de développer un projet au travers duquel ils démontrent leur capacité de gouverner, leur compréhension des enjeux, des moyens disponibles, des problèmes actuels et proposent des solutions  pour pouvoir les résoudre. Ils ont de plus en plus difficiles à mobiliser les citoyens faute d'une vision cohérente et capable de projeter leurs concitoyens vers un Congo différent, un avenir plus radieux, un environnement plus respectueux de l’individu et une gestion plus saine de toutes les ressources aussi bien humaines que matérielles dont le pays dispose. Dans tous les cas, on ne peut pas trop miser sur eux. En effet, à quelques exceptions près, comme bon nombre de leurs compatriotes, ils vivent  dans la précarité et l'opposition pour beaucoup est juste un tremplin afin d'accéder à la mangeoire du pouvoir. Il serait intéressant d'apprendre un jour, à l'instar du "Shadow Government" anglais, que des opposants ont constitué un gouvernement parrallèle pour suivre au jour le jour le fonctionnement du pays. Ceci pourrait être l'occasion, pour eux de s'exercer à la gestion du pays et de montrer leur capacité de choisir des hommes compétents, de proposer des solutions appropriées et des projets novateurs pour un Congo meilleur. Et pourquoi pas d'aller aussi au-delà des slogans que l'on entend habituellement (respect de la constitution, alternance, transitions sans x ou y, etc.) et sans nécessairement voir plus loin. Nous vous invitons à lire l'article sur la précarité référencé au debut de cette réflexion.

3. Les états voisins ne sont pas non plus les plus démocratiques. Ici aussi, ce sont les hommes au pouvoir qui décident au gré des intérêts : tantôt, c’est pour servir de tremplin à des puissances étrangères pour déstabiliser le Congo, changer le pouvoir en place, piller ses ressources, tantôt ils interviennent pour soutenir le pouvoir en place. Au gré de leurs humeurs, ils violent régulièrement l'intégrité du territoire congolais. Ceci est le cas des pays voisins du Nord, de l'Est et du Sud. Les seules exceptions étant le Congo Brazza et la Zambie.

4. L’Union Africaine, au départ créée pour fédérer les énergies africaines afin de faire face, de manière solidaire aux multiples défis qui se posent à chacun de ses membres et d’œuvrer ainsi à l’émergence de tout le continent, ne s'est pas montrée à la hauteur de ces ambitions. Depuis sa création, elle n’a jamais réussi à peser véritablement dans les enjeux mondiaux, ni à contribuer efficacement au bien-être des populations africaines.  La raison : des positions partisanes, des conflits de leadership, des chefs d’Etat fantoches sous influence des puissances étrangères. Pire, actuellement, à l’instar d’autres institutions initiées par les africains, elle est devenue comme un club de présidents qui se soutiennent mutuellement pour rester le plus longtemps possible au pouvoir dans leur pays respectif.

5. Les partenaires internationaux dits développés agissent aussi suivant leurs intérêts : quand ils sont bien servis souvent au détriment du Congo et de sa population, ils sont plus protecteurs du pouvoir en place. Quand ils le sont moins, ils utilisent tous les arguments possibles comme  le non respect des droits de l'homme, de la constitution, de la démocratie, des libertés, de la corruption etc. pour le déstabiliser. Parfois, ils prennent des sanctions dont les effets ne sont pas toujours convaincants, enfoncent davantage le peuple congolais et font plutôt penser à une gesticulation pour se faire bonne conscience. Lorsque des massacres sont commis, ils réclament des autorités congolaises que des enquêtes soient diligentées. Pourtant, ils  savent bien qu’aucune condition n’est réunie pour mener à une enquête digne de ce nom : les enquêteurs n’ont ni les moyens, ni la formation requise, ni l’indépendance nécessaire.
Les partenaires extérieurs forment des policiers, des militaires au service des régimes qui n’ont jamais donné des signes évidents de respect de valeurs démocratiques, de droits de l’homme. Ils s’étonnent, s’indignent après que des massacres soient commis par ces militaires ou policiers bien formés ! Malgré qu'à chaque élection, le pays dépense des millions de dollars pour l'enrôlement des électeurs, malgré leur expertise ces partenaires ne proposent pas des formations pour l'assainissement de l'administration afin que la population soit recensées régulièrement et qu'il n'y ait plus besoin d'enrôlement.

6. La réaction de la communauté internationale face au drame congolais laisse aussi perplexe plus d'un observateur. Beaucoup d’argent dépensés, beaucoup de temps gaspillés, beaucoup de casques bleus mobilisés : les populations congolaises ne sont toujours pas protégées. Les groupes armés sont toujours présents. Les institutions de l’Etat congolais sont toujours fragiles. La crise de légitimité des gouvernants est à son paroxysme avec tout le cortège mortuaire qu’elle charrie en présence de la Monusco. En effet, celle-ci, malgré 20 ans de présence, n’arrive pas à imposer aux gouvernants congolais une éthique, un comportement afin de contribuer à ce que le pays puisse réellement se prendre en charge, puisse être pacifié. Le Président KABILA n’a pas tout à fait tort lorsqu’il déclare qu’on dirait que la Monusco a pour vocation de s’éterniser au Congo. Ou le Président MUSEVENI, également, lorsqu'il dit qu’elle n’a neutralisé aucun groupe armé. Quand bien même la Monusco a eu l’occasion de prendre les choses en main et de dicter sa loi, elle ne l'a pas saisie, préférant se limiter à des demandes qui n'ont jamais reçu de suite. On l'a vu lors de l'assassinat de Floribert CHEBEYA, lors de la découverte des fosses de Maluku, lors des massacres de Beni, lors de la révolte de Kamwina Nsapu et son cortège de fosses communes, lors de l’assassinat des experts de Nations Unies, les massacres des chrétiens du 21 et 31 décembre 2017. La Monusco a toujours été présente mais impuissante de changer le cours des événements. A ma connaissance, aucune enquête réclamée n’a jamais abouti. Et pourtant, on pourrait parier que lors de prochains massacres, on entendra de nouveau les mêmes indignations du SG des Nations Unies, de la Belgique, de la France, …, on assistera à l'impuissance de la Monusco et on réclamera qu’une enquête soit menée pour sanctionner les coupables. Et puis plus rien.

Que nous reste-t-il aux congolais après tous ces constats qui, à la place de permettre au pays d'émerger, l'ont déstabilisé complètement au point, ont anéantit tout l'appareil de l'Etat ? Trahison de ses propres frères, trahisons de ses voisins, trahisons de la communauté des hommes. A toute chose, malheur est bon. Au moins toutes ces déconfitures nous font prendre conscience, aujourd’hui, que nous sommes les seuls maîtres de notre destin. Si nous voulons changer notre condition, si nous voulons notre bien-être, notre sécurité, notre dignité, si nous voulons assurer l’avenir de nos enfants, si nous voulons profiter de notre pays, de nos richesses, nous avons l’obligation de compter sur nous-mêmes, l’obligation de nous prendre en charge. Sinon, ce sont les autres qui profiteront de nous, qui se serviront de nos propres frères pour nous anéantir.

2. Le Congo, en marche vers sa renaissance ?

Plusieurs événements sont en train de prendre forme  en RDC et, de plus en plus, convergent vers un idéal commun, celui de changer la RDC de fond en comble et de le transformer en un Etat de droit, riche et prospère.

Parmi ces évènements, nous pouvons citer :
- la mobilisation de la société civile à l'intérieur du pays et celle des combattants à l'extérieur
- les dernières déclarations du Monseigneur MONSENGWO ainsi que la prêche du Pasteur EKOFO. En effet, celles-ci viennent, au-delà de l'interprétation des textes de la constitution qui sont parfois interprêtés de manière différente, viennent de renforcer de façon significative la dimension morale de la lutte entreprise par tout Congolais pour le bien du Congo. Nous commenterons plus loin ces deux sorties.

Tous ces évènements doivent être accompagnés avec constance et détermination par l'ensemble de la population si on veut assurer leur succès et surtout, ébranler sérieusement le pouvoir en place et limiter les pertes en vies humaines.

Quelque soit la durée de la nuit, le soleil finit toujours par se lever, dit un proverbe africain.

Aujourd’hui, ce dicton est peut-être en train de prendre forme dans notre réalité et nous avons l’obligation de l’accompagner.
Elle prend forme sous l’aspect de la société civile qui se mobilise pour un nouveau Congo différent de celui de la misère, de la corruption, de l’insécurité, …que nous connaissons actuellement.
Elle prend aussi forme sous l’aspect de la mobilisation des laïcs catholiques, des protestants, des musulmans, d’autres confessions, de la société civile qui ramenent une dynamique pour suppléer à l’opposition défaillante, lui donner un autre souffle afin qu’elle redevienne un contre-pouvoir  véritable et une option sérieuse pour l’alternance. Là où les opposants traditionnels peinent à mobiliser, ces nouveaux acteurs, forts et constants dans leurs convictions, dans leurs déclarations drainent au péril de leur vie ou  de leur liberté des milliers de congolais. Là où les opposants par leurs comportements, leur inconstance suscitent la méfiance des congolais et réconfortent les errements du pouvoir, ils repètent le même discours, renouvellent les mêmes engagements et restent fidèles à leur modus operandi à savoir manifester dans la non violence. Dans ce qui suit, nous nous attarderons essentiellement à la sortie du Monseigneur MONSENGWO et à celle du Pasteur EKOFO

3. Sortie de Monseigneur MONSENGWO

Monseigneur MONSENGWO déclare : " …il est temps que la vérité l’emporte sur le mensonge systémique, que les médiocres dégagent et que règnent la paix, la justice en RDC…".
 Lui qui a accompagné tant d'acteurs de notre classe politique, il sait de quoi il parle. Par cette déclaration, il exprime ainsi son ras-le-bol  de cette médiocrité, cette versatilité dans le chef de notre classe politique. A-t-il tort ? Nous ne pensons  pas comme nous allons le montrer ci-dessous.
L'histoire du Congo nous apprend qu'il était la propriété du Roi Léopold II en 1885 à 1908 et connu sous le nom d'Etat Indépendant du Congo. De 1908 à 1960, il est devenu une colonie de la Belgique. Si on comptabilise ces deux périodes, cela nous donne  exactement 75 ans. Que retient-on de cette période ?
Au-delà de toutes les atrocités rappelées dans différents manuels, plusieurs réalisations ont vu le jour:
- des maisons, des hôpitaux, des écoles, des routes, des voies de chemin de fer ont été construits,
- La population congolaise était régulièrement recensée, avait accès à des soins médicaux, les enfants aux vaccins,
- Elle a eu accès à l'instruction, à l'eau potable, à l'énergie électrique etc. et mangeait à sa fin.
- Elle a vécu dans la sécurité, dans le respect des institutions, dans une justice qui était la même pour tous les noirs bien que différente lorsque le noir était opposé au blanc.
- Les parents congolais travaillaient et recevaient de quoi entretenir leur famille et vivre dignement.

Depuis 1960 à aujourd'hui, soit 58 ans après, que constate-t-on ?
- Des routes, des écoles, des hôpitaux qui disparaissent ou se trouvent dans un état de délabrement révoltant,
- Des bâtiments publics, privés quasi en ruine, mal entretenus qui font ressembler nos villes à celles du moyen-âge.
- Des maladies jadis éradiquées qui sévissent de nouveau
- Des jeunes désœuvrés, sans formation suffisante et dont l'avenir est quasi hypothéqué.
- Des familles démunies, disloquées, sans travail, sans pouvoir d'achat et à la merci de dures réalités de la vie. Dommage que dans son discours, le Président Kabila déclare : " De toutes les façons, qu’est-ce qu’on peut encore donner au Congo et aux Congolais qu’on n’a pas ? Le Congo n’a besoin que de ça, le respect". C'est très loin de la réalité car le congolais a besoin de tout, il n'a rien.
- Des slogans du style "Salongo alinga mosala", "retroussons les manches", "les cinq chantiers de la modernité" n'ont pas réussi à transformer le Congo qui s'appuient, encore aujourd'hui, à des infrastructures vétustes, inadaptées avec l'évolution de sa population et héritées de la colonisation,
- Tous les maux qui doivent être combattus par tout Etat respectable sont omni présents : l'insécurité, l'injustice, l'insalubrité, la corruption, le détournement sont partout. Les antivaleurs s'érigent en mode de gouvernance, en mode de vie.
- L'Etat dans le sens propre du terme est inexistant. Ses organes sont accaparés par des individus pour leurs propres intérêts. Les textes, votés directement par la population ou indirectement par ses représentants,  qui régissent son fonctionnement ne sont pas respectés et changent au gré des intérêts des individus. En plus, faute d'être respectés, ils sont remplacés par des incessants dialogues, loin des représentants du peuple, dont certains  ressemblent plus à des conciliabules en vue de permettre à chacun d'avoir sa part du gâteau. Et d'autres qui sont plus sérieux débouchent sur des accords qui ne sont jamais respectés par ceux-là même qui s'y sont engagés.
- Une classe politique sans vision, voguant à vue, aveuglé par la jouissance à court terme et inconscient des immenses potentialités de la RDC tant au niveau de sa population que de son sol et sous-sol.

Devant autant de faillites, peut-on reprocher à Monseigneur MONSENGWO d'avoir qualifié notre classe politique de médiocre ? Peut-on lui en vouloir de marquer son scepticisme sur la confiance à placer à l'homme politique congolais lorsqu'au terme de négociation, ils ne respectent pas leurs engagements ?

La réponse est évidemment non.

Afin de compléter la liste de médiocres du Monseigneur MONSENGWO, nous avons tous été médiocres à des degrés divers, de manière consciente ou inconsciente.
- En tant que travailleurs et parents, nous avons accepté pendant des années un salaire de misère qui n'arrivait guère à nourrir nos enfants, à les soigner, à les vêtir, à assurer leur avenir. Alors que nous avons tous que ce pays nous appartient à tous et personne n'a le droit d'en disposer et d'en jouir plus que d'autres.
- En tant qu'élites de ce pays, professeurs, étudiants, médecins, juristes, ingénieurs, nous avons laissé à d'autres occuper notre pays, travailler à notre place sans jamais nous positionner comme alternative fiable pour assurer son développement. Nous avons vu des chinois construire nos routes, nos stades. Nous avons vu des belges construire nos barrages, des Français poser nos fibres optiques. Et nous où sommes-nous pour nous approprier notre destin, écrire notre histoire? Même des opportunités qui font les richesses des autres comme la fibre optique, par exemple, on traîne à les saisir. Pourquoi nos professeurs, nos étudiants, nos ingénieurs, nos économistes, nos gouvernants ne s'activent-ils pas la-dessous pour en faire réllement notre pays, nous sortir encore plus de notre isolement et ouvrir à nos populations la porte de nouvelles connaissances? Nous vous invitons à lire l'article sur la fibre optique référencé au debut de cette réflexion.
- Nos prêtres, nos pasteurs ont disposé de beaucoup de notre temps pour éveiller nos consciences alors qu'ils nous auraient été tout aussi utiles de réveiller notre sens de responsabilité et d'encourager, sans équivoque, notre droit  vers plus de liberté, plus de prospérité. Dans un pays de 80.000.000 d'habitants dont plus de 80% de chrétiens et avec des églises dans tous les coins de nos villes, c'est lamentable de constater l'état de délabrement de nos consciences, de nos valeurs. Il ne serait pas exagéré de dire qu'on n'est pas très loin de Sodome et Gomorrhe. Mieux vaut tard que jamais comme apparemment nos églises prennent de plus en plus conscience de toutes ces dérives.
- En tant que citoyens de ce pays, nous avons souvent été absents à de grandes mobilisations, préférant nous terrer dans nos maisons, en prenant les précautions nécessaires pour les membres de nos familles. Alors que la gestion d'un pays est notre affaire à tous.
Le Président Kabila enfonce davantage le clou lorsqu'il dit : " C’est qu’avec mon équipe, on n’a pas réussi à transformer l’homme congolais. Alors que c’était l’objectif de notre révolution. J’ai comme l’impression que quelques points négatifs de l’époque du Zaïre se retrouvent en RDC. J’aurais bien voulu en 2018, maintenant, avoir un homme congolais nouveau, avec une autre façon de voir les choses, de réfléchir et de faire. C’est un regret, mais il n’est jamais trop tard. On va continuer à travailler pour atteindre cet objectif". Si après 11 ans de pouvoir, on en arrive à une telle conclusion, il y a de bonnes raisons de s'inquiéter. Les kinois se rappelleront que pendant le peu de temps que M'zee est resté au pouvoir, on a vu le même congolais commencer à se transformer.

4. Sortie du Pasteur EKOFO

D'abord, nous saluons également la franchise et le courage du Pasteur EKOFO. L'essentiel de sa déclaration qui vole très haut par rapport à ce que nous avons l'habitude d'entendre de nos politiciens se résume en ceci :
" L’Etat congolais n’existe pas. Nous devons léguer à nos enfants un pays de droit où tous les hommes sont égaux, tout le monde doit être traité sur un même pied d’égalité par la justice quel que soit son rang. Préservons notre cher pays selon la volonté de  M’zee, surtout ne perdons pas même un centimètre de notre pays »."
Il interpelle chacun de nous sur
Il nous interpelle aussi sur cette justice à double vitesse qui n'est jamais la même pour tout le monde. En effet, comment peut-on comprendre que certains de nos compatriotes soient privés de leur liberté puisqu'ils ont pris le courage de prendre position contraire à celle du pouvoir ou ont dénoncé ou manifesté de graves manquements de personnes qui exercent le pouvoir ? Pourtant, ces libertés d'expression ou de manifestation sont bien garanties par la constitution. De même sur le plan humaine, ceux qui abusent ainsi de leur pouvoir et qui certainement sont des pères de familles au même titre que leurs prisonniers, sont-ils conscients de ravages sociaux qu'ils font subir à toutes ces familles congolaises qui sont privés d'un fils, d'un mari, d'un père, d'un frère ? Si un jour, pareille situation injuste leur arrivait à leur tour, comment la vivraient-ils ? Pourtant, multiples occasions leur ont été données sous forme de dialogues, de décrispation politique, de gestes humanitaires pour les prisonniers malades mais malgré tout ils s'entêtent dans leur machination injuste.
Comme le souligne le Pasteur EKOFO, le Congo que nous voulons demain, ce n'est pas ce Congo d'injustice où certains se croient au-dessus de tout.  Demain, nous voulons un Congo de justice, un Congo de prospérité, un Congo de travail et un Congo de paix.
Le Pasteur EKOFO, par son exemple de disques de Mickael JACKSON nous donne même une piste qui nous permet de prendre conscience d'une de grandes richesses du Congo qui reste actuellement inexploitée  : ses 80 millions d'habitants! Un nombre considérable suffisant pour créer un marché intérieur important sans devoir quitter nos frontières. Imaginez seulement le jour où ses 80 millions auront un pouvoir d'achat convenable, si chaque citoyen consomme pour 5 dollars par jour avec un taux de TVA de 20%. Cela fait pour l'Etat, 80 millions de dollars par jour, soit 2 milliards 400 millions de dollars par mois, soit plus de 24 milliards par an rien que pour la TVA. Quoi penser en comparaison de notre budget annuel de 10 milliards ? Ceci est aussi une des illustrations de La médiocrité que décrie Monseigneur MONSENGWO.

5. Quid de la suite ?

L'Eglise a-t-elle raison de sortir des bois ou devrait-elle continuer à se cacher derrière le "Rendons à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César" ?
Voici la réponse qu'apporte Monseigneur Stanis BONGONGA à cette question :
" Jésus n’a jamais déclaré que les chrétiens ne devaient jamais se prononcer sur la gestion de la chose publique"
Il poursuit :
 “Mais alors, pourquoi César a-t-il fait recours à la Cenco pour faciliter un dialogue “politique”? Pourquoi César a-t-il accepté des hommes de Dieu (un prêtre d’abord, un pasteur ensuite) à la tête de la Ceni?  Avant de conclure: “Le Congo n’appartient pas à César, il appartient à Dieu qui a confié sa gestion à César (dixit également M. EKOFO). César étant humain, peut donc être interpellé si la gestion ne correspond pas à la volonté du propriétaire (ici Dieu). Tout congolais, quelle que soit sa condition, chrétien ou non, a le droit d’apporter du sien pour le bien-être de tous. Personne ne peut être contraint de rester spectateur."

Le Pasteur Martin LUTHER KING renchérit :
"Non Toute religion qui ne s'occupe pas du problème socio politique dans la région où elle vit n'a pas raison d'être. Celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui. Pasteur Martin LUTHER KING.
Un fait est certain. Les Eglises sont les quelques rares institutions en RDC à être à l'abri de la précarité. Elles sont moins malléables, inspirent plus confiance et qu'on le veuille ou pas, constituent le dénominateur commun de tous les congolais. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'à chaque fois que la machine politique congolaise s'agrippe, on fait appel à leur service. Elles restent donc une grande force mobilisatrice, une force qui peut remettre tout le monde sur le rail dans l'intérêt de tous : elles l'ont fait plusieurs fois pour le pouvoir, aujourd'hui elles sont devenues la bouée de secours à laquelle l'opposition s'accroche pour se faire de nouveau entendre. Il serait malheureux pour toute démocratie de laisser sombrer une de ses composantes.

Nos Eglises devraient aussi, pour se renforcer davantage, aller au-delà de nos frontières, solidariser avec les autres Eglises, adopter des positions communes ou mobiliser leurs fidèles, la communauté internationale pour n'importe quel problème qui se produit dans n'importe quel pays d'Afrique subsaharienne. Elles pourraient ainsi servir de tête de pont pour de nombreux changements qui s'avèrent difficiles à obtenir avec des dirigeants africains actuels et contribuer à ce que ces pays vivent en toute fraternité, en paix et cessent d'enrichir des marchands d'armes pour tuer leurs propres frères.

Vu qu'elles inspirent plus confiance, elles devaient, en cette période de grande turbulence, également se mobiliser pour la constitution de caisses de solidarité envers ces personnes blessées, ces familles éprouvées afin de donner un sens à cette lutte et de leur manifester notre solidarité. Pourquoi ne pas également constituer dès à présent une liste de tous ces martyrs, tous ces blessés et s'engager dès maintenant pour qu'ils soient indemnisés lorsqu'on aura un gouvernement plus responsable. Nous saluons le CLC (Comité Laïc de Coordination) qui mobilise pacifiquement nos populations. Malheureusement, nos bibles, nos chapelets ne sauront pas arrêter les balles tirées dans notre direction.

Enfin, pour limiter cette descente aux enfers que nous subissons, pourquoi ne devraient-elle pas non plus revenir de manière soutenue à l'une des leurs activités premières : l'éducation, la santé, la culture ? On les a vues dans le temps s'occuper des écoles, des hôpitaux, de nos artistes. Tout, en comparaison de ce qu'on vit maintenant, fonctionnait de manière satisfaisante :

- les écoles avaient un bon niveau de formation, les prêtres enseignants n'étaient pas l'objet des dérives que nous connaissons actuellement (marchandage des points en monnaie sonnante ou en nature),
- les hôpitaux étaient aux normes, les médicaments étaient sûrs  et les tarifs raisonnables,
- les jeunes étaient encouragés à la lecture, aux activités sportives, au sport, au théâtre.
Je laisse aux historiens et philosophes le devoir de nous éclairer sur les bienfaits ou les désastres du recours à l'authenticité prôné par le Président MOBUTU sur cette dynamique dans laquelle, grâce aux Eglises, les congolais étaient déjà engagés.

Rama NGAMIA, analyste sociopolitique, auteur du livre "Le village Chegué" paru sur Amazon.com

08.02.18


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