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05.03.18 CongoForum – Moi, civil, je loue une maison au camp Kokolo


KINSHASA – Histoire renversante, Eric (faux nom) a accepté de témoigner comment il lui a été si facile et normal, de trouver une maison à louer dans la plus importante garnison militaire de la ville Kinshasa: le camp Kokolo, la base logistique des Forces armées Congolaises.

C’est à une veillée mortuaire que deux vieux amis se sont retrouvés après plus 20 ans de séparation. L’occasion faisant le larron, ils se sont vite échangé des numéros de téléphones et d’adresses. Eric prend soin de mentionner sur un bout de papier qu’il habite au camp Kokolo sans être pour autant militaire. « Je ne suis pas militaire, depuis 3 ans, je mène une vie paisible de locataire civile au camp Kokolo », avoue-t-il à son ami. Lui qui vivait à Kinkole (60km), dans la périphérie Est de Kinshasa, avait vu son emploi menacé à la suite des arrivées tardives au centre ville. Il décida de déménager pour se rapprocher du centre ville et sauver ainsi son travail en respectant l’horaire du travail. Il se mit à chercher  une maison en toute urgence autour du centre ville. Il désirait trouver une maison dans la Lingwala ou encore Kinshasa ou Barumbu.

Le jour où son commissionnaire l’invita à visiter une maison au Camp Kokolo, il le prit pour un fou. Mais lors que celui va lui expliquer comment il est possible pour tout le monde qui le souhaite d’habiter le camp militaire Kokolo, il fera un pas premier pas réservé. Il se laissa convaincre d’emménager dans un camp militaire, du moins à titre provisoire compte tenu de l’urgence, en attendant de trouver mieux. Mais avec le temps, Eric a fini par s’y habitué et n’y trouve aucun inconvénient. Après 3ans de bail, il se dit prêt à poursuivre une expérience qu’il juge plutôt intéressante : cout de loyer relativement bas, tranquillité acquise et proximité de son lieu de travail et pas de factures de consommation d’eau et d’électricité,  surtout pas de délestage … 

Comment est ce possible ?

En fait, faute de moyens (un solde dérisoire d’environ 30$ pour une recrue et 250$ pour un colonel), beaucoup de militaires habitant les camps militaires, n’ayant d’autres avantages de la fonction ou d’autres facilités de rançonner la population  civile,  se sont trouvé une formule bien originale pour arrondir leurs difficiles fins des mois. Ils se sont construit des baraquements de fortune, à coté de résidences officiellement attribuées au camp Kokolo. Ils finissent par y émigrer en mettant en location leurs résidences au profit des locataires civils qui le désirent. « Un contrat de location tacite lie le nouveau locataire à l’occupant officiel sous le nez et la barbe des Fardc, propriétaire légal (l’administration militaire)  incapable de remplir ses obligations », précise Eric. Il loue à 150 $ une villa de 3 chambres et salon qui devrait couter pas moins de 500$ dans les communes voisines. La garantie de 6 mois et le loyer mensuel étaient versés à un capitaine des Fardc qui se dit propriétaire. Ce dernier doit protection,  à toute épreuve, à son locataire et répond de son comportement à la hiérarchie, précise Eric.

La situation a été  également constatée au Camp Tshatshi où un officier de la garde républicaine venu de l’intérieur pays, n’ayant pas été normalement logé par son administration,  a avoué être locataire de son compagnon d’arme à qui il a versé  la garantie locative de 300$ et auprès de qui il paye un loyer mensuel de 50$ pour un appartement de 2 chambres et salon, une propriété des Fardc dans un domaine militaire, précise t il.

Selon un militaire interrogé, les autorités sont bien au courant de  la situation, mais ne peuvent l’interdire au risque de s’attirer la grogne de la troupe ; grogne qui risque d’emporter le régime. 

© CongoForum - Jean Claude Bimwala, 05.03.18

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