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08.06.18 CongoForum – Après la RCA, la Russie courtise la RDC




KINSHASA – Après avoir posé ses valises en RCA, le pays de Vladimir Poutine renforce sa coopération avec la RDC. Mikhail Bogdanov, vice-ministre russe des Affaires étrangères pour le Proche Orient et les pays de l’Afrique et représentant spécial du Président de la Fédération de Russie, était à Kinshasa avant de s’envoler pour Libreville. Il a confirmé le soutien de son pays au pouvoir de Kinshasa isolé sur la scène internationale, suite à la crise politique que traverse le pays depuis décembre 2016.


« Renforcement de la coopération bilatérale entre Kinshasa et Moscou ». Le sujet était au centre des discussions entre Mikhail Bogdanov, vice-ministre russe des Affaires étrangères pour le Proche Orient et les pays de l’Afrique qui a été reçu par le ministre congolais des affaires étrangères et de l’intégration régionale, Léonard She Okitundu, avant d’avoir un entretien avec le président Joseph Kabila.

On retient de cette visite que l’envoyé spécial du président russe venait exprimer au Chef de l’Etat congolais la reconnaissance de Moscou pour sa prise de position dans des dossiers sensibles internationaux, notamment au Conseil de sécurité des Nations Unies et au Conseil des droits de l’homme.

Mikhail Bogdanov a d’abord eu une séance de travail axée sur le renforcement de la coopération bilatérale entre Kinshasa et Moscou dans plusieurs domaines d’intérêt commun. Les deux parties ont salué l’excellence de relations traditionnelles entre les deux pays depuis 1960 et se sont réjouis du réchauffement des relations depuis quelque temps.

Sur le plan diplomatique, l’envoyé du Président russe s’est déclaré reconnaissant envers la RDC pour ses différents votes dans les instances internationales, notamment dans les dossiers Géorgie, de Syrie, Ukraine et Crimée. Il a indiqué que son pays apprécie à sa juste valeur les positions de la RDC qui sont similaires à celles de son pays. En outre, le vice-ministre russe des Affaires étrangères pour le Proche Orient et les pays de l’Afrique a exprimé la disponibilité de son pays à former les cadres universitaires congolais et proposé 44 bourses pour les différentes disciplines en RDC.

De son côté, le vice-Premier ministre congolais s’est félicité du soutien permanent de la Russie en tant que membre permanent du Conseil de sécurité dans les dossiers congolais, avant de souligner que la Russie et la Chine sont des partenaires importants pour la RDC au sein du Conseil de sécurité. Pour lui, la Russie et la Chine font le contrepoids pour que l’intégrité et la souveraineté de la RDC soient préservées et maintenues malgré toutes les transmutations au sein du Conseil de sécurité.

Dans le domaine économique, la Russie salue l’accompagnement des autorités congolaises à ses entreprises basées en RDC. Ces entreprises évoluent dans les secteurs minier, agricole, et énergétique.

Prise de position mitigée

A en croire l’Agence Congolaise de Presse, la Russie et la RDC se disent contre les sanctions individuelles de certains pays à l’égard d’autres. Des sanctions qu’ils ont qualifiées de pratiques « inacceptables». Ils ont condamné la pratique de « deux poids deux mesures » appliquée par certains états selon leurs intérêts, au mépris des principes démocratiques et des droits de l’homme. Selon l’homme d’Etat russe, « la position du Kremlin à ce sujet résonne comme une manière de soutenir les pays africains dans l’affirmation de leur souveraineté ».

Il a, par ailleurs, confirmé le soutien et l’accompagnement de son pays au processus électoral en RDC, avant de saluer les avancées y enregistrées et de se féliciter de la décision du gouvernement congolais de financer sur fonds propres les élections de décembre 2018. « Les élections sont une affaire congolaise par les Congolais », a-t-il soutenu. Il faut préciser que la Russie est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, qui a renouvelé en mars 2018 à l'unanimité le mandat de sa mission en RDC (Monusco) avec pour priorité un soutien technique et logistique aux élections prévues le 23 décembre 2018.

Cette visite dans le pays intervient dans un contexte de tension car pendant que l’on parle d’élections sans le président sortant en fin de mandat, le camp Kabila défend les intentions de son champion en le déclarant officiellement « chef de file » d’une coalition électorale. Dans une déclaration lue devant la presse, le porte-parole de la Majorité présidentielle André-Alain Atundu a appelé les membres de cette famille politique « à se tenir prêts à accompagner le président Kabila dans cette phase déterminante de son combat politique pour la démocratie dans le pays ». D’autre part, l’opposition et la Commission Episcopale Nationale du Congo (CENCO) se disent contre un 3ème mandat du président congolais, dont les affiches jonchent les rues de la capitale ces dernières semaines. La méfiance reste de mise du côté de l’opposition et des organisations de la société civile.

Russie : extincteur ou catalyseur

À Kinshasa, on le sait, après l’assassinat du colonel Kadhafi en 2011 en plein opération de l’OTAN approuvée par Moscou et après la chute, 6 mois plus tôt, de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire facilitée par l’intervention des troupes françaises avec l’aval des Nations unies, la Russie ne se permettrait plus une nouvelle erreur de ce genre. Comme elle en fait d’ailleurs preuve dans le cas syrien où malgré les 6 ans d’insurrection, Bachar El Assad est toujours là, au nez et à la barbe des occidentaux. En cas de bras de fer sur le bord du fleuve Congo, qui sait? Le régime de Kinshasa jouera peut-être la carte du « Tsar » Vladimir Poutine.

Reste à savoir jusqu’où Moscou pourrait offrir ses services sécuritaires à Kinshasa, et les conséquences de la construction de l’axe Moscou-Kinshasa pour la stabilisation de l’espace congolais. Le strabisme politique dont souffre la classe politique congolaise ne rassure pas encore, quant à un avenir durablement apaisé. D’autant plus que la complexité de la réalité politique congolaise porte toujours atteinte à l’effectivité de l’indépendance de l’Etat congolais. Le jeu de politique interne reste ainsi moins déterminé par l’engagement des hommes politiques à œuvrer véritablement pour le bien-être de la population congolaise que par leur niveau de manipulation au profit des tierces parties. Pour la RDC, le défi majeur est de maîtriser et d’exercer fermement et efficacement l’initiative politique pour l’amélioration des conditions sociales des populations et le développement de l’Afrique.

© CongoForum – Arnaud Kabeya, 08.06.18

Plus d’infos :

http://acpcongo.com/acp/fin-de-mission-de-lenvoye-special-president-vladimir-poutine-a-kinshasa/
https://fr.sputniknews.com/economie/201804201036044272-russie-rdc-relations-senateur/
https://www.voaafrique.com/a/kabila-officiellement-chef-de-file-d-une-coalition-%C3%A9lectorale-/4430028.html
http://cas-info.ca/pour-joseph-kabila-cest-peut-etre-la-russie-qui-jouera-les-arbitres-dans-le-sprint-final/
http://www.touteheure.com/contre-les-pressions-occidentales-la-russie-peut-elle-soutenir-le-pouvoir-de-kinshasa-opinion-exterieure/

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