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12.06.18 CongoForum – La traite des migrants : l’ONU sanctionne 6 trafiquants


KINSHASA – Les sanctions de l'ONU contre des passeurs de migrants en Libye sont une première mondiale. C’est un acte d’envergure dans le cadre de la lutte contre le trafic des êtres humains, interdit par les textes juridiques internationaux. Parmi les personnes visées par ce verdict, figurent des personnalités qui assument des fonctions officielles en Libye.

« Gel des avoirs et interdiction de voyager ». Telles sont les premières sanctions prises par le Conseil de sécurité de Nations Unies le 07 juin 2018 contre six chefs de réseaux de trafiquants de migrants en Libye, « une première » pour l’institution dans ce domaine. Selon des diplomates, ces sanctions visent quatre libyens, Ahmad Oumar Al-Dabbashi, Musab Abu-Qarin, Mohammed Kachlaf et Abd Al Rahman Al-Milad, le chef d’une unité de garde-côtes et deux érythréens, Ermias Ghermay et Fitiwi Abdelrazak.

Les Nations Unies indiquent que « l’érythréen Ermias Ghermay est l'un des plus importants acteurs subsahariens impliqués dans le trafic illicite de migrants en Libye ». Parmi les cinq autres, Ahmad Oumar al-Dabbashi, le chef de la milice libyenne, Mohammed Kachlaf est le chef de la brigade Shuhada al Nasr à Zawiya, dans l'ouest de la Libye, et Abd al Rahman al-Milad, le chef d’une unité garde-côtes libyen régional.

La proposition sur ces sanctions a été initialement présentée le 1er mai dernier par les Pays-Bas, mais retardée par la Russie, qui a cherché à examiner les preuves présentées contre les six hommes. « Ces sanctions s’appliquent immédiatement », apprend-on de la même source.

Satisfaction des officiels et de victimes

L’ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’ONU, Nikki Haley, s’est aussitôt félicitée de ces sanctions dans un communiqué. « L’automne dernier, des images de migrants vendus comme esclaves en Libye avaient choqué nos consciences, et le Conseil de Sécurité s’était engagé à agir. Les sanctions d’aujourd’hui envoient un message clair quant à l’unité de la communauté internationale (autour du fait de) chercher à sanctionner les auteurs et réseaux de trafic d’êtres humains », a-t-elle déclaré avant de conclure : « Il n’y a pas de place dans notre monde pour de telles atteintes aux droits humains et à la dignité humaine ».

C’est le même son de cloche du côté l’ONG EIP-Cameroun (Ecole Instrument de Paix) qui met, actuellement, en œuvre un projet luttant contre l’immigration. Elle se réjouit d'une telle initiative. « C'est un acte très fort dans le cadre de la lutte contre cette forme d'esclavage des temps modernes que constitue la traite. C'est la manifestation de l'engagement de la communauté internationale contre la traite des personnes. Nous pensons aussi que c'est un signal fort à l'endroit de tous ceux qui, dans l'ombre, soutiennent et profitent de ce trafic. Cependant, nous pensons que le Conseil de Sécurité peut aussi agir au niveau des Etats, qui sont des points de départ de ces migrants. Obliger les Etats à développer des politiques d'emploi réalistes au profit des jeunes et veiller à leur mise en œuvre », a martelé Parfait Essindi,  Éducateur aux Droits Humains de cette organisation.

Pour les migrants, victimes de cette barbarie du siècle, c’est un soulagement mais l’ONU devrait aller plus loin. « C’est un soulagement d’entendre que des personnes qui entretiennent les réseaux de trafic des êtres humains en Libye sont sanctionnées. C’est une bonne chose. Je me réjouis, surtout du gel de leurs avoirs, car il y a un grand trafic d’êtres humains en Libye. De nombreuses personnes impliquées dans cette sale besogne détiennent des comptes bien fournis. Elles utilisent cet argent pour faire leur trafic. De nombreuses autorités et hommes en tenue sont parmi ces trafiquants. Ce sont toujours, eux, qui facilitent l’entrée, en territoire libyen, aux migrants », a déclaré Banyag Gustave (trentaine), un ancien migrant revenu au Cameroun.

Dissuader et neutraliser les filières

Durant la recherche pour l’établissement des faits, Moscou avait aussi relevé que des documents parlaient de réseaux « s’étendant à plusieurs pays européens et aux Etats-Unis », s’interrogeant sur la pertinence de sanctionner six individus africains sans remonter ces réseaux.

Selon un diplomate s’exprimant sous couvert de l’anonymat, des sanctions contre des trafiquants de migrants représentent une « première » pour le Conseil de Sécurité. L’objectif de cette désignation d’individus est de neutraliser des filières ayant été jusqu’à vendre des migrants sur des marchés d’esclaves en Libye, a-t-il ajouté.

Un autre diplomate a souligné que la décision prise jeudi par le Conseil de Sécurité, plus que de s’en prendre aux actifs des individus sanctionnés, avait une valeur dissuasive. « C’est un signal important » adressé aux responsables étatiques qui soutiennent ces trafics et aux trafiquants eux-mêmes, a-t-il dit.

Pour rappel, le débat sur la traite des trafiquants en Libye a été lancé à la fin de 2017, un documentaire choc de la chaîne CNN montrant des migrants africains vendus comme des esclaves avait provoqué une indignation internationale. Des vidéos de témoignages et des dénonciations poignants ont été postés sur des réseaux sociaux par des victimes à l’instar de ce qui suit. « Le matin lorsqu’on se levait, on allait dans un carrefour pour attendre des voitures qui venaient chercher des gens qui ont besoin d’un emploi. Dès lors qu’une voiture arrivait, on vous demandait si vous êtes en quête du travail? Vous répondez par l’affirmatif, on vous demande de monter dans la voiture. Une fois sur le lieu du travail, vous travaillez dur et le plus souvent sans manger ni même boire de l’eau. On allait travailler, soit dans les chantiers, soit dans les domiciles, les jardins et les sociétés, ceci sans salaire  etc. Après le dur travail, lorsque vous demandez votre salaire, l’employeur vous sort l’arme et menace de vous tuer. Ces gens dans les voitures peuvent également vous kidnapper ou même vous vendre comme esclave. Mon ami et moi, nous avions failli être kidnappés. Bref ce n’était pas facile », a témoigné le jeune Banyag.

Suite aux multiples dénonciations, en mars 2018, la justice libyenne avait, enfin, annoncé l’émission de plus de deux cents mandats d’arrêt visant des trafiquants libyens et étrangers impliqués dans un réseau d’immigration clandestine vers l’Europe. Ainsi dans un document confidentiel remis au début du mois de février 2018 au Conseil de Sécurité, des experts de l’ONU avaient établi que le trafic d’êtres humains était en augmentation en Libye. A luta continua !

© CongoForum – Arnaud Kabeya, 12.06.18

Plus d’infos :

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/06/07/l-onu-sanctionne-six-trafiquants-de-migrants-en-libye-une-premiere_5311412_3212.html
https://www.pressafrik.com/Six-trafiquants-de-migrants-sanctionnes-par-l-ONU_a184542.html
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/06/07/l-onu-sanctionne-six-trafiquants-de-migrants-en-libye-une-premiere_5311412_3212.html


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