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11.10.18 CENI-candidats à la présidence: le film d'une réunion terminée en queue de poisson (Touteheure)


KINSHASA - Les candidats à la présidentielle et le Bureau de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur l’ordre du jour de la réunion qui devait essentiellement porter sur la vérification technique de la machine à voter le mercredi 10 octobre. Certains candidats sont revenus sur la légalité de cet outil électoral, d’autres sur les électeurs sans empreinte digitale… Grâce à un témoin, touteheure.com vous fait revivre cette « palabre » qui a duré quatre heures.

Dès le début de la réunion, le candidat Martin Fayulu demande et obtient une motion. Il pose les problèmes de légalité de la machine à voter et de la fiabilité du fichier électoral. Tout de suite, il est rappelé à l‘ordre par Corneille Nangaa : « Nous avons déjà abordé ces points la semaine passée.  Aujourd’hui, vous êtes venus avec vos techniciens pour vérifier le fonctionnement de la machine à voter. Vous ne voulez pas avancer ou comment ? ». Et de répondre à Fayulu :

« Si tu ne veux pas de la machine à voter, la porte est grandement ouverte, tu peux sortir !»

La salle s’électrise. On gronde dans tous les sens. C’est alors que Kin-kiey Mulumba Tryphon prend la parole  pour souligner le « manque de crédibilité » du président de la CENI.

Ce que le vice-président de cette institution, Norbert Basengezi, ne digère pas : «  Vous devez avoir du respect envers le président. En 2006, Joseph Kabila  et Jean-Pierre Bemba se sont retrouvés ici ensemble. Il n y avait pas d’injures.  Donc évitez cela ! »

Pour le candidat Théodore Ngoyi, qui affirme que le choix de la CENI pour la machine à voter est illégal, il y a des  « préalables qui méritent d’être discutés avant de passer à l’étape technique ».

Sur le champ, une liste des candidats députés provinciaux et nationaux qui n’ont pas d’empreinte est imprimée et distribuée à chaque participant. Il y aurait même de candidat président sans empreinte.

Kamerhe dit au président de la CENI de prendre en compte les observations de Fayulu. Jacquemain Shabani qui représente Félix Tshisekedi, est du même avis.

Nangaa fait tout pour renter dans l’ordre du jour. En vain. Chacun demande la parole.

Théodore Ngoyi intervient. Mais à ses côtés, Shadari lui suggère  de laisser parler les autres.  « Laissez-moi parler », refuse-t-il  d’obtempérer  après plus d’une minute de discussion entre les deux candidats assis côte à côte en fonction de leurs numéros d’ordre.

Énervé après 30 minutes de réunion sans avancer, Nangaa lâche : « Comme vous voulez parler, je veux donner à chacun de vous la parole.  Mais n’oubliez  pas qu’il y a vos techniciens qui doivent discuter avec les miens ».

C’est alors que Gabriel Mokia prend la parole : « Nous  sommes venus ici avec les techniciens pour le problème technique lié à la machine à voter et vous passez le temps inutilement á discuter sur la légalité de la machine. La machine est là. Testez pour nous dire comment on peut tricher. »

Cette déclaration surprend Théodore Ngoyi : « Mais nous avons signé des déclarations avec Mokia concernant la machine à voter. Comment il change de position ?  ».

Shadari regrette des « propos injustes » tenus contre Nangaa et déclare : « Le président est un homme bien, honnête crédible. Tous ici, nous cherchons des voix et le président va aussi voter. Il faut chercher sa voix au lieu de l’injurier. Je ne suis pas d’accord ».

Et d’enchaîner : « Oui, je suis le candidat du FCC. Je suis fier que le président Kabila m’ait présenté comme son dauphin. Je suis soutenu par plusieurs partis et même les églises. On va gagner car là où vous ne pouvez pas arriver, nous du FCC, on est présents. Nous avons des électeurs partout.  On dit que cette machine est la machine à » dauphin ». Donc à voler. Alors montrez- nous comment on peut voler. Vous accusez sans preuves. Démontrerez-nous que si on appuie à tel endroit, les voix de Kamerhe vont chez un autre candidat »

Après, il s’excuse car il doit aller à une réunion avec un groupe d’ambassadeurs de trois pays qui, dit-il, « lui font confiance ». « Ils savent je serai le président. Donc permettez-moi, M. le président, de vous laisser ». Il sera représenté par une dame.

Fayulu a pris de nouveau la parole pour solliciter la radiation dans le fichier électoral des électeurs sans empreinte  digitale. C’est ainsi que Nangaa demande à l’assemblée : « Montrez-moi une loi qui dit de supprimer du fichier un électeur sans empreinte ? »

Par la suite, Fayulu donna un bout de papier à Seth Kikuni. Ce dernier a pris plus de 30 minutes avant de demander parole. Collé à son bout de papier, il déplore l’ « incompétence » de la CENI face à cette question d’électeurs sans empreinte.  « La CENI devrait évoquer ce problème depuis la phase d’enrôlement », dit-il.

Réponse de Nangaa : « C’est encore une autre qualification- » incompétent »- mais moi je n ai injurié personne. Sachez-le que l’un de vous nous dirigera demain. Mais regardez les propos que vous tenez ? »

Théodore Ngoyi veut intervenir sans demander la parole, la salle gronde et Nangaa le recadre : « S’il vous plait monsieur, respectez-vous et faites attention ! »

Nangaa suggère qu’au même moment les discussions continuent,  que les techniciens démarrent leur travail. Ce qui provoque la colère de Kin-kiey Mulumba :

« Nangaa, crois-tu que tu peux nous faire la pédagogique pour prouver à la population que nous nous sommes mis d’accord ? ».

Et au président de la CENI de reprendre: «  Si vous ne voulez pas rester ou laisser vos techniciens,  cela vous concerne seul. Vous pouvez bloquer le processus ».

Ainsi, Kin-kiey, Fayulu et autres claqueront-ils la porte.

(c) Touteheure - Alain Ngoma, 11.10.18

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