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26.11.18 Elections imminentes: Tshisekedi-Kamerhe, ticket gagnant? (Afrikarabia)


KINSHASA - Les deux présidents de l’UDPS et de l’UNC ont signé ce vendredi un accord électoral. Vital Kamerhe se désiste en faveur de Félix Tshisekedi pour la présidentielle et serait son Premier ministre en cas de victoire. Une alliance de circonstance qui pose de nombreuses interrogations.

Ils tiennent leur revanche. Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, tous les deux favoris pour décrocher la candidature commune de l’opposition à la présidentielle, avaient été doublés par un candidat de compromis : Martin Fayulu. Déçus de leur défaite et bousculés par leurs militants, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe s’étaient alors retirés de l’accord de Genève, 24 heures seulement après sa signature. Quelques jours de tractations tendues ont permis aux deux leaders de l’opposition, encore en lice pour les élections du 23 décembre, de se mettre d’accord sur une plateforme politique – Cap pour le changement – et son sur un « ticket » qu’ils espèrent gagnant.

Félix Président, Vital Premier ministre

Le deal est simple. Le président de l’UNC, Vital Kamerhe, se désiste et accepte d’apporter son soutien à Félix Tshisekedi pour la présidence du Congo. En échange, l’UDPS lui cède le poste de Premier ministre si la coalition l’emporte. Le partage du gâteau, qui semble semble être au coeur de l’accord, prévoit également que la présidence du Sénat, les Finances, la Défense ou la Justice soient réservés à des membres de l’UNC. Pendant la campagne, c’est Vital Kamerhe qui assurera le poste de directeur de campagne, 12 ans après avoir piloté celle de… Joseph Kabila.

Sur le papier, la « grosse coalition » UDPS-UNC pèse un poids certain sur l’échiquier politique. Si l’on en croit le récent sondage de l’institut Berci et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), les intentions de vote de Félix Tshisekedi cumulées à celle de Vital Kamerhe seraient de 53%, alors que celles de Martin Fayulu plafonneraient à 13% si on y ajoute les voix de Freddy Matungulu. L’UDPS est forte au Centre et à l’Ouest du pays, alors que l’UNC est puissante à l’Est. Mais cela reste de la pure mathématique électorale, qui ne prend pas en compte plusieurs inconnues : le report de voix de Kamerhe vers Tshisekedi, le soutien de poids de Katumbi et Bemba pour Fayulu, et surtout la crédibilité et la transparence d’un scrutin qui fait craindre un risque de fraude massive.

Une crédibilité en doute et des contentieux tenaces

Le ticket de circonstance Tshisekedi-Kamerhe pose tout de même de nombreuses interrogations sur son réel poids politique, mais surtout sur sa fiabilité. Quelle crédibilité accorder à cette nouvelle alliance, alors qu’il y a moins de deux semaines, Tshisekedi et Kamerhe reniaient leur signature de l’accord de Genève soutenant Martin Fayulu comme candidat commun de l’opposition ? D’autant plus qu’aujourd’hui, les deux opposants se sont accordés sur un pacte politique de 10 ans, puisqu’au bout des 5 ans de présidence Tshisekedi, ce serait au tour de Vital Kamerhe de briguer la magistrature suprême ! Peut-on encore croire aux promesses de ces deux opposants après leur vote-face de Genève ? Beaucoup on des doutes.

L’autre interrogation est de savoir si les bases militantes des deux partis soutiendront ce ticket « contre-nature », composé de deux frères ennemis. Car il faut dire qu’entre les deux partis, ce n’est pas vraiment l’amour fou. Un premier rapprochement avait échoué pour la présidentielle de 2011. Et depuis, UDPS et UNC s’accusent mutuellement d’être responsable de la défaite. A l’UNC, on estime le dirigeant de l’UDPS « peu fiable » et « sans leadership », alors qu’à l’UDPS on accuse Kamerhe de faire le jeu du pouvoir, notamment en ayant cautionné le dialogue de l’Union africaine, en 2016. Reste à savoir si les contentieux entre les deux partis ne refroidiront pas certains Congolais de voter pour le ticket Tshisekedi-Kamerhe. A en croire les invectives récurrentes entre les militants des deux camps sur les réseaux sociaux, un travail de replâtrage sera nécessaire apaiser les tensions.

Un appel du pied à Katumbi

Reste ensuite à savoir si Vital Kamerhe pourra retirer sa candidature à un mois du scrutin, ou si son nom figurera bien dans les fameuses machines à voter ? Sur ce point la Commission électorale (CENI) pourrait ne pas être en mesure de revenir en arrière. Si tel est le cas, les votes pour Kamerhe (il y en aura forcement même si celui-ci a annoncé son désistement) seront-ils comptabilisés avec ceux de Tshisekedi ? Certainement pas. On peut imaginer que la CENI se conformera à la loi électorale qui ne prévoit pas ce cas particulier. Un certain nombre de voix pour la coalition Tshisekedi-Kamerhe risque donc de ne pas être comptabilisé.

Il faudra enfin trouver le nerf de la bataille électorale : l’argent. Les moyens financiers du ticket Tshisekedi-Kamerhe sont très limités. Si plusieurs appels aux dons ont été organisés par l’UDPS, les deux partis manquent cruellement de fonds, ce qui constitue un lourd handicap face au candidat Fayulu, soutenu par Jean-Pierre Bemba et l’homme d’affaires Moïse Katumbi. Et d’ailleurs, les appels du pieds commencent à se faire pressant sur l’ancien gouverneur du Katanga, qui soutenait depuis 3 ans Félix Tshisekedi au sein de la plateforme du Rassemblement de l’opposition, puis comme candidat à la présidentielle, avant de se plier au vote de Genève qui a désigné Martin Fayulu. Pour le ticket Tshisekedi- Kamerhe, un ralliement de dernière minute de Moïse Katumbi, ferait sans doute pencher la balance de leur côté : financièrement, mais aussi en apportant les voix du Katanga, fief de l’homme d’affaires.

Au Front commun pour le Congo (FCC), la plateforme d’Emmanuel Ramazani Shadary, le candidat soutenu par Joseph Kabila, on se demande si on peut accorder la moindre confiance à Tshisekedi et Kamerhe. « Il est clair que seul le projet du FCC est crédible et poursuit l’intérêt des Congolais » a estimé Néhémie Mwilanya Wilondja, le directeur de campagne de la majorité présidentielle. « Ces deux politiciens doivent plutôt des explications au peuple congolais, qui ne peut plus leur accorder la moindre confiance ». Et de rappeler que Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe s’étaient engagés « à mettre fin à leurs carrières politiques, au cas où ils ne respecteraient pas leur parole donnée à Genève ». Une parole que les deux opposants se sont engagés cette fois-ci à tenir. Jusqu’à quand ?

(c) Afrikarabia - Christophe Rigaud, 23.11.18

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