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09.02.19 Elections en RDC : « une escroquerie satisfaisante » (Afrikarabia)


PARIS - Le nouveau président Tshisekedi va tenir son premier discours devant l’Union africaine ce week-end. Pour Thierry Vircoulon, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI), les partenaires de la RDC font le pari de la stabilité, même si la victoire de Félix Tshisekedi reste contestable.

Les pays de l’Union européenne semblent se contenter de la victoire contestée de Félix Tshisekedi à la présidentielle de décembre. Pour quelles raisons ?

Thierry Vircoulon : "Parce que c’est une escroquerie satisfaisante ! Tout le monde sait que les résultats sont faux, mais l’objectif de « Kabila dégage » a été atteint pour les Congolais. Et donc par conséquent, les diplomaties s’en contentent aussi. Le point important pour ces pays était que les élections se tiennent et que le candidat du pouvoir ne soit pas Joseph Kabila. Et en plus, cerise sur le gâteau, ce n’est pas le dauphin du président congolais qui a été désigné président."

L’Union africaine a été plus offensive sur le dossier congolais en émettant des doutes sur la crédibilité des résultats. Pourquoi l’Union africaine s’est ensuite ravisée pour devenir plus conciliante avec Kinshasa ?

Thierry Vircoulon : "La réunion de l’Union africaine était déjà un peu étrange puisqu’elle a été organisée en dehors des institutions, ce qui lui donnait un cadre un peu flou. On s’est même demandé si il n’y avait pas deux Union africaine. Mais comme l’Union européenne, ils considèrent cette escroquerie satisfaisante. Le problème, c’est que cette tentative de fronde anti-Kabila a été menée par la mauvaise personne. Il était difficile de trouver une personnalité plus antagoniste pour les Congolais que le président rwandais Paul Kagame."

Un ancien rebelle, Mbusa Niamwisi, allié de Martin Fayulu, le perdant de la présidentielle, a annoncé vouloir activer « l’article 64 », c’est à dire descendre dans la rue et, pourquoi pas, reprendre les armes, peut-être avec l’aide de l’Ouganda ? Existe-t-il un risque de déstabilisation régionale à plus ou moins long terme ?

Thierry Vircoulon : "On n’est plus dans les années 90. Mais c’est vrai qu’il y a un fort mécontentement et que plusieurs acteurs politiques sont mécontents de ces élections. Maintenant, ont-ils les moyens de leurs ambitions ? C’est une autre affaire. Mais on peut dire que la majorité des autres acteurs internationaux penchent plutôt dans l’autre sens et font le pari de la stabilité. Enfin, ce n’est pas évident qu’il faille s’attendre à des troubles qui viennent de l’extérieur, peut-être faut-il s’attendre à des troubles qui viennent de l’intérieur."

Des troubles sociaux ?

Thierry Vircoulon : "Il y a des attentes très fortes des Congolais. On voit des mouvements de contestation naître au Soudan, au Zimbabwe, au Cameroun, où sur la base de problèmes sociaux économiques profonds, la population se mobilise contre le régime. C’est un scénario que l’on ne peut pas exclure en RDC si les cours des minerais venaient à chuter. Ensuite, il faudra regarder comment évolue la situation politique puisque le pays vit une sorte de cohabitation, ce qui est inédit au Congo et en Afrique centrale."

Quelle avenir pour la Monusco dont Joseph Kabila demandait le départ en 2020 ? Est-ce que l’arrivée de Félix Tshisekedi peut changer la donne ?

Thierry Vircoulon : "Cela ne va pas changer la situation de la Monusco. Cette mission reste une force inutile au Congo. Et c’est son inutilité qui fait son utilité…"

C’est à dire ?

Thierry Vircoulon : "La Monusco est inutile par rapport à son mandat. Elle ne sert pas à protéger les populations, mais elle donne à un certain nombre d’acteurs une visibilité sur place. Et il y a toujours un consensus à New-York sur le maintien de cette force inutile, c’est ce qui est d’ailleurs étonnant. Il faut se poser la question."

Pourquoi ?

Thierry Vircoulon : "Tous les acteurs au Conseil de sécurité savent très bien que la Monusco ne sert à rien, mais il continuent de vouloir la maintenir. Il faut leur poser la question."

(c) Afrikarabia - Christophe Rigaud, 07.02.19

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