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Reportages

11.03.19 Beni: Mavivi au coeur d'un drame economico-socio-sécuritaire et humanitaire oublié (reportage au Triangle de la mort ) (Mediacongo)

Mavivi, une localité située à environ 15 kilomètres au nord-est de la ville de Beni dans la province du Nord-Kivu est asphyxiée par une situation sécuritaire, économique et socio-humanitaire sans pareil, suite aux attaques répétitives des rebelles présumés Forces démocratiques alliés(ADF). MEDIA CONGO PRESS a effectué une descente dans cette zone située en plein triangle de la mort où plusieurs forces négatives font régner leur loi. Reportage.


Il est 9 heures, heure locale, nous sommes à Mavivi-Ngite sur la route nationale numéro 4. Le constat: plusieurs maisons le long de la route sont inhabitées, des herbes commencent à pousser devant les portes des maisons abandonnées par leurs habitants. Des rues sont désertes.
D'après la société civile locale, plus de 90% de la population de cette localité s'est déjà déplacée pour trouver refuge dans des régions qui semblent être mieux sécurisées. Certains ont donc fui en ville de Beni, d'autres dans la province de l'Ituri.

Depuis le début de l'activisme de ces rebelles en 2014, cette localité, à elle seule, a déjà enregistré au moins 10 attaques des rebelles causant mort d'hommes,  des disparus, des biens pillés et des maisons brûlées.

« Les civils se sont déjà déplacés d'ici à Mavivi-Ngite suite à des nombreuses incursions des rebelles présumés ADF. Au moins 10 attaques ont déjà été enregistrées ici dont 3 à Ngite et 7 autres dans les environs...», a expliqué à MEDIA CONGO PRESS, Sheikh Jamali Mussa, président de la société civile dans le groupement Batangi-Mbau, interrogé à Ngite.

Ecoles, églises, mosquées et hôpitaux fermés

Les cours sont paralysés dans des écoles de la place. Elèves, écoliers et enseignants se sont tous déplacés avec leurs familles.
A l'école primaire Ngite, par exemple, les murs de certaines salles de classes commencent à s'écrouler. Des pupitres remplis des poussières, sur un tableau, les écrits remontant au 18 février dernier. La cour de cette école est envahie par des herbes sauvages.

Les cultes et messes ne se tiennent plus dans des églises et mosquées faute des croyants ainsi que leurs bergers. Ceux qui peuvent se présenter ne dépassent jamais le nombre de dix, a affirmé Sheikh Jamali Mussa.


A 12 heures, heure de prière pour les musulmans, la mosquée Taufiki (Ami) était encore fermée et rien ne présageait l'arrivée des croyants.
Pendant ce temps, les malades ne sont plus totalement pris en charge dans des structures sanitaires. Au dispensaire Imani Yako, situé à Ngite, nous n'avons rencontré qu'un seul malade et son garde-malade ainsi que l'infirmier qui montait la garde. A en croire cet agent de santé, les malades arrivent la journée pour être soignés puis rentrent vers 14 heures. A la clôture des activités, tout le monde va se débrouiller où dormir, a expliqué l'infirmier Alomi Claude.

« Ici la situation est déplorable. Les rebelles nous attaquent chaque jour et la peur gagne notre chef. Je suis découragé de travailler ici, même d'y vivre. Nous soignons pendant la journée et à 14 heures, chacun rentre pour chercher où dormir, mais en dehors d'ici. Il n'y a plus d'hospitalisation...», indique-t-il.

Madame Marie, la seule malade rencontrée par MEDIA CONGO PRESS, appelle les autorités de tout mettre en oeuvre pour rétablir la paix et la sécurité.

« C'est de cette manière que nous vivons. Nous appelons les autorités de se souvenir de nous. Nous voulons la paix et rien que la paix. Bientôt 5 ans de massacre et de misère...», a dit madame Marie.

L'économie s'est détériorée

Alors que l'économie commençait à se développer dans cette localité, tout est rentré à la case départ. La population n'accède plus à ses champs, pourtant l'agriculture est l'une des activités génératrice des recettes, a expliqué mademoiselle Furaha, qui a préférée ouvrir une buvette lui permettant de répondre à ses besoins de première nécessité.

À l'en croire, les clients n'arrivent plus comme au par avant pour acheter de la boisson car elle clôture les activités à partir de 16 heures.

 L'endroit est fréquenté par des jeunes qui n'acceptent plus d'aller à leurs champs. D'où, le chômage à outrance.

« On ne vit ici qu'en vagabondant. Nous n'allons plus au champs suite à l'insécurité. Moi je suis grimpeur, je coupais des palmes, mais je ne peux plus le faire car les champs son inaccessibles. On ne gagne plus d'argent avec cette situation, c'est une misère...», a déclaré l'un de ces jeunes.

 L'insécurité impacte négativement sur la vie sociale et économique.

La société civile plaide pour des opérations militaires de grande envergure pour rétablir la paix, la sécurité et l'autorité de l'État dans cette localité, en particulier, et dans l'ensemble du territoire de Beni, secoué par l'activisme des différents groupes armés.

« Je regrette que les gens ne sont pas entrain de dire la vérité sur cette situation. Si on va continuer à faire de l'hypocrisie sur cette question on va continuer à souffrir. Il n'y a plus d'opérations militaires dans cette zone. Ce sont les assaillants qui viennent attaquer. Oui les militaires ripostent ou repoussent, mais ce n'est pas ce que nous voulons. On veut des opérations concrètes comme en période du feu général Bahuma. On ne veut pas voir des autorités civiles et militaire venir faire le monitoring après les massacres et disparaitre...», a dit Sheikh Jamali Mussa.

Pendant ce temps, les militaires des forces armées de la RDC et de la Monusco sont visibles à chaque minute et sur le long de la route nationale numéro 4. Des hélicoptères de la Monusco ne font que survoler le ciel de cette localité (Mavivi).

Il sied de signaler que c'est depuis environ 5 ans (2014) que la population de Beni ville et territoire fait face à des massacres perpétrés par des rebelles présumés de forces démocratiques alliés(ADF). Presque 3 000 personnes ont déjà été tuées, des centaines des kidnappés, des maisons brûlées et des milliers d'habitants ont déjà abandonné leurs maisons d'habitation.


MEDIA CONGO PRESS / mediacongo.net

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