Congoforum Congoforum


News
Analyse et réflexion
Coopération
Economie
Fiche du Congo
Fiche de la Belgique
Développement
Interviews
Liens

print

Communiqués

10 04 17 Plaidoyer pour une action ciblée en RDC

Au regard de l'absolue tragédie qui se déroule depuis août 2016 dans la région du Grand Kasayi, au coeur de la RDC, la Convention des Congolais de l'Etranger (CCE), lance un appel au secours à l'ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations Unies.


A Son Excellence l'Ambassadrice Nikki Haley, Présidente du Conseil de Sécurité de l'ONU,

Son Excellence Madame la Présidente,
 
Par la présente, la Convention des Congolais de l’Etranger, CCE en sigle, remercie le Conseil de Sécurité et ses membres pour sa résolution 2348 (2017) dans le cadre de la résolution de la crise politique et humanitaire en République Démocratique du Congo (RDC). En outre, elle appelle le conseil à engager une action urgente, réaliste, énergique et moins coûteuse pour écarter du pouvoir les responsables de la crise politique et humanitaire en RDC et dans la région. 
Cette crise comporte une menace à la paix et à la sécurité globale, si des actions appropriées ne sont pas menées. 
Par les faits de M. Kabila et de ses alliés au gouvernement et dans la région, le peuple congolais a déjà trop souffert et la situation humanitaire et d’insécurité régionale s’aggrave au point que le cadre des articles 39 à 41 du Chapitre VII, qui constitue la base de la résolution 2348 (2017), n’est plus adéquat. 
Il convient de déclencher l’article 42 pour éloigner la menace que représentent M. Kabila et son gouvernement.
 
Qui sommes-nous ?
 
La Convention des Congolais de l’Etranger est un groupement associatif, apolitique, promouvant intégration et la participation citoyenne de ses membres dans leurs communautés respectives d’accueil et militant pour la promotion des libertés et du bien-être aussi bien des Congolais de la diaspora que de ceux qui vivent en Mère-patrie. Son siège est établi à Genève, en Suisse.
 
Merci de la constance de votre soutien !
 
Tandis qu’elle vous remercie, au nom de tous les Congolais, la CCE relève que votre soutien au peuple congolais est d’autant plus apprécié qu’il est constant et soutenu depuis de nombreuses années. Le Conseil a déjà voté de nombreuses résolutions, le personnel de l’ONU a payé le lourd tribut avec des casques bleus et des fonctionnaires tués en mission sur le territoire congolais. 
Le travail de la MONUSCO et des agences spécialisées de l’ONU est énormément précieux et apprécie par l’ensemble du peuple congolais. 

Merci également d’avoir renouvelé et réaffirmé les mandats de la MONUSCO pour protéger les civils, pour son implication dans l’organisation rapide des élections crédibles et transparentes, pour promouvoir la jouissance des libertés civiles et politiques, là où M. Kabila et son gouvernement répriment dans le sang des manifestations pacifiques et alimentent des zones d’insécurité en vue de se maintenir au pouvoir. Pire, en vue d'étendre et de renforcer son pouvoir et sa mainmise sur les richesses du pays.
 
Un mot de Condoléances
 
La CCE saisit cette occasion pour présenter de vives condoléances aux familles des experts  Zaida Catalan et Michael Sharp, de leurs accompagnateurs et aux familles de tous les agents et fonctionnaires internationaux tués sur le territoire congolais. Ses condoléances vont également vers les familles des tous Congolais morts suite à la répression politique de M. Kabila et ses alliés.
 
Activer l’Art 42 du Chapitre VII
 
En s’inscrivant dans le cadre du Chapitre VII de la Charte des Nations-Unies, la résolution 2348 (2017) illustre combien le Conseil est conscient que la crise endémique de la RDC comporte des menaces contre la paix et la sécurité aussi bien nationale que globale. 

Le régime des sanctions et les interventions de la MONUC et de la MONUSCO n’ont pas empêché M. Kabila et ses alliés de continuer à alimenter des milices locales et transnationales, comme le M23, à utiliser les forces de sécurité pour massacrer ceux qui le contestent (Mbudu Dia Kongo, Kamuina Nsapu, Chebeya, les manifestants de Janvier 2015 et Septembre 2016, etc.). 
Le Congo est devenu un sanctuaire de mort et potentiellement une zone opérationnelle du terrorisme international, qui cherche à rallier les Shebabs et les ADF Nalu à l’Est de l’Afrique aux Boko Haram à l’Ouest. Il apparaît que les actions appropriées contre M. Kabila et ses alliés, pour empêcher que cela n’arrive, relèveraient plutôt de l’article 42. Le peuple congolais recouvrera alors sa dignité, un espace de droit et de sécurité sera ainsi rétabli.
 
En effet, pendant les dix-sept années de son règne, M. Kabila a, non seulement, échoue à satisfaire les aspirations fondamentales de liberté et de bien être pour ses concitoyens ; mais aussi, il a tué des défenseurs des droits de l’homme, emprisonné des militants non violents, qui n’appelaient qu’au simple respect de la Constitution du pays, il a provoqué et entretenu de multiples zones de guerres en complicité avec des puissances négatives de la région. 
Il a tout fait pour ne pas organiser les élections constitutionnellement obligatoires aux échéances imparties. De ce fait, il a ipso facto et intentionnellement plongé le pays à dessein dans une crise institutionnelle sans précédent. Va-t-il tirer profit de ce chaos machiavéliquement orchestré ? 
Rappelons qu’il a spolié les richesses du pays et cache ses avoirs dans des paradis fiscaux. Il en ressort que M. Kabila et son gouvernement sont responsables de la crise que traverse le pays et mettent en danger la sécurité internationale. Ils ne peuvent pas en être la solution.
 
Notre appel à une action ciblée visant à éliminer M. Kabila sur base de l’art 42 est d’autant plus justifié que la mission de l’ONU en RDC n’a qu’assez trop longtemps duré sans résultat probant. 
En revanche, le coût de la neutralisation et de élimination politiques de hauts responsables de la crise congolaise est largement inférieur aux coûts des missions de bons offices, aux coûts humains de la souffrance du peuple congolais, aux coûts du maintien de la MONUSCO, aux coûts à payer lorsque le territoire congolais passera incessamment sous le contrôle des islamistes Shebabs, ADF et Boko-Haram. Il est même à se demander s’il n’est déjà pas trop tard !
 
Notre cri d’alarme quant à la situation dans les Kasai
 
Le conseil a surement été informé des massacres des civils, de l’existence des dizaines de charniers et fosses communes dans la partie centrale du Congo, précisément dans le Kasai. Le conseil a également été informé que ce sont des troupes sous la solde de M. Kabila qui en sont responsables. 
Notre détresse est grande face à la perfidie de cet homme, qui ne s’interdit rien en vue de se maintenir au pouvoir. C’est dans ce sens que nous lançons ce cri d’alarme concernant la situation d’insécurité grandissante et de massacre de nombreux civiles en alléguant des mensonges : une prétendue nécessite de réprimer des présumés miliciens d’un chef traditionnel de l’une des chefferies coutumières du Kasai, le chef Kamwina Nsapu ; pourtant assassiné depuis août 2016. 
Quel village peut fournir tant de milices ; qui surgissent indéfiniment et perpètrent  plusieurs massacres à répétition pendant plusieurs mois? Cette situation est documentée par des dizaines de témoins ainsi que par des fosses communes retrouvées un peu partout dans le territoire de Tshimbulu et dans les environs. 
Et pour vous en rendre compte par vous-mêmes, vous avez dépêché Zaïda et Michael sur le terrain. Il se dit que ce sont des hommes de M.. Kabila et ses acolytes, qui se sont empressés de les assassiner pour étouffer la vérité sur tous ces massacres et dissimuler les responsabilités pénales.
 
Mais, l’ignominie de M. Kabila et de son régime a atteint son paroxysme dans la ville de Kananga, province du Kasai central, où depuis la nuit du 26 mars 2017, et à en croire plusieurs témoignages concordants, ils décrivent l’innommable terreur en ces termes : « des militaires passent durant la nuit, de maison en maison, ils vérifient les identités et surtout, ils tuent ». L'inquiétude est avivée par le fait que, selon d’autres témoignages : « ces militaires ne parlent ni le lingala, la langue de l’armée, ni le tshiluba, la langue vernaculaire du Kasai. Certes, ils portent l’uniforme de l’armée congolaise ; mais ils paient en dollars… » D’où le soupçon de voir à l’oeuvre des « mercenaires » ou des troupes des pays voisins empruntées pour exterminer une population sans défense  afin d’aider M. Kabila dans sa croisade de rester au pouvoir au mépris de la Constitution congolaise et de la population ; qui rejette l’idée d’un quatrième mandat pour lui.
 
Pour une enquête internationale sur les tueries du Kasai
 
Pour rendre justice et établir la vérité sur ces massacres, sur les fosses communes et sur les diverses allégations, une enquête indépendante et internationale s’impose. 
Le cadre est constitue par l’article 34 de la Charte des Nations-Unies ; qui stipule que « Le Conseil de sécurité peut enquêter sur tout différend ou toute situation qui pourrait entraîner un désaccord entre nations ou engendrer un différend, afin de déterminer si la prolongation de ce différend ou de cette situation semble devoir menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales ».

Les estimations qui nous parviennent font état de plus de 3000 morts. Ce bilan est éloigné de la réalité  car, lors de leurs descentes nocturnes d’extermination, dans  les communes de Ngaza, Katoka, Kamayi, Kamulumba, Kananga II, Matamba, les corps ont été emportés et les quelques survivants membres des familles en débandade étaient désemparés et s’étaient refugiés au coeur de la ville.
 
De ce fait, nous demandons également qu’une enquête internationale et indépendante soit diligentée pour faire la lumière sur les tueries, les charniers, l’assassinat des experts Zaida et Michael et leurs accompagnateurs au Kasai, mais aussi sur les charniers de Maluku.
 
Le Sens de l’urgence
 
Au regard de ce qui précède, la CCE vous saisit, vous membres du Conseil de sécurité des Nations-Unies, en vertu de l’article 24, alinea 1, de la Charte des Nations, qui stipule qu’« afin d'assurer l'action rapide et efficace de l'Organisation, ses Membres confèrent au Conseil de sécurité la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales et reconnaissent qu'en s'acquittant des devoirs que lui impose cette responsabilité, le Conseil de sécurité agit en leur nom », pour solliciter votre intervention urgente afin que M. Kabila arrête de massacrer les Kasaiens. 
Nous rappelons que tous ces faits constituent les infractions les plus graves du droit international. Qualifiés d'épuration ethnique, de génocide, et de crimes contre l’humanité, ils relèvent de la compétence de la Cour pénale internationale (CPI)  dont nous sollicitons l’intervention urgente, opportune et décisive, conformément à la légalité internationale et selon les prérogatives qui lui sont dévolues pour protéger les civils.
 
Et parce que cet état des choses est une menace pour la paix, non seulement dans cette province et dans le pays tout entier mais aussi et surtout dans toute la région, votre intervention se justifie aussi en vertu de l’article 1, alinea 1 de la Charte des Nations-Unies ; qui spécifie, parmi vos buts, celui de « maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d’écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d'agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix ». En effet, dans cette partie du pays, le peuple est abandonné seul à son triste sort.
 
Par ailleurs, dans la mesure où l’article 104 de la Charte stipule que « l’Organisation jouit, sur le territoire de chacun de ses Membres, de la capacité juridique qui lui est nécessaire pour exercer ses fonctions et atteindre ses buts », ne pas aller au bout de votre initiative d’enquête et ne pas arriver à rendre justice aux pauvres et innocentes populations congolaises, s’apparenterait à consacrer impunité et la criminalité dans un monde ou le terrorisme s’est déjà largement illustré comme une menace sans frontière et doit devenir une priorité internationale. Du reste, le peuple congolais vivrait cela comme une non-assistance à un peuple en danger. 
Et pourtant, l’article 2 de la même Charte stipule que « les Membres de l'Organisation donnent à celle-ci pleine assistance dans toute action entreprise par elle conformément aux dispositions de la présente Charte et s'abstiennent de prêter assistance à un Etat contre lequel l'Organisation entreprend une action préventive ou coercitive. » 
Or, en tuant les experts des Nations-Unies dépêchés au Kasai pour faire la lumière sur les massacres précités, M. Kabila a violé, non seulement les lois congolaises ; mais également la Charte des Nations-Unies et, par conséquent, les lois internationales. 
Sans une justice exemplaire pour tous ces crimes, on aura laissé au coeur même de l’Afrique un monstre sans foi ni loi. Qu’en sera-t-il alors de l’avenir de cette partie du monde ?
 
D'où notre vibrant appel afin qu’en toute diligence, votre intervention stoppe ces massacres et fasse toute la lumière requise.
 
Avec notre haute considération !
 
 
Au nom de la Convention des Congolais de l’Etranger,
 
 La Présidente
 Severine Tshimini Mbuyi
 
Le 1er Vice-President                                                                                                                      
Ferdinand Ilunga Nkonko                                                                                      
 




< Retour