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15 08 18 Le grand Nord-Kivu asphyxié par les égorgeurs et l’Ebola est dans l’insécurité alimentaire

Plus de 2 millions d’âmes sont menacées d’insécurité alimentaire à la suite des interdictions unilatérales des activités champêtres par des inconnus, sur les territoires de Beni et Lubero, et, dans les villes de Butembo et Beni.


Depuis le début du mois de décembre 2017, des inconnus ont imposé des journées sans travail champêtre appelées en langue locale « Kyusi » et des interdictions de consommation d’un certain nombre d’aliments dont la viande de mouton à la paisible population des groupements Malio, Isale Vulambo, Isale Kasongwere, Bunyuka en Chefferie des BASHU ainsi qu’une partie du Sud du Secteur de Rwenzori en Territoire de Beni. En Territoire de Lubero, les zones concernées se situent dans une partie du Groupement Muhola, Bukenye et environs en Chefferie des Baswagha.

Cette situation s’est aggravée depuis mars 2018 depuis que ces inconnus cités par les victimes, ont étendu l’interdiction des activités champêtres à 3 jours de la semaine à savoir lundi, mercredi et samedi, soit 50% des 3 jours ouvrables de la semaine.
Ces inconnus auraient pour motif de protester ainsi contre la gouvernance de certains dirigeants de ce pays.
Depuis cette interdiction, le Groupe d’Associations de Défense des Droits de l’Homme et de la Paix (GADHOP) fait le constat ci-après.

Ces inconnus circulent dans les champs, les jours indiqués pour faire respecter leur mesure et imposent des sanctions à ceux qui osent enfreindre à savoir des menaces d’ordre surnaturel, mystique et des agressions physiques directes en violation de l’article 17 de la Constitution de la RDC à son alinéa 2 qui stipule que « Nul ne peut être poursuivi pour une action ou une omission qui ne constitue pas une infraction au moment où elle est commise et au moment des poursuites».

La population des zones affectées, observe ainsi contre son gré, l’abandon de ses champs en violation du principe de souveraineté alimentaire ainsi que de l’article premier du Pacte International sur les Droits Socio-économiques et Culturels (DSEC).
Craignant pour sa sécurité, la population est obligée de se soumettre à ces obligations illégales avec comme conséquences que la saison culturale en cours en pâtit profondément suite à la réduction de la fréquentation des champs.
Certains membres des communautés fortement touchées vont désormais au champ même le dimanche pour tenter de rattraper les jours perdus alors que le jour de dimanche a toujours été consacré aux messes et cultes. Ces populations se voient ainsi privées de l’exercice de leur liberté religieuse consacrée par l’article 22 de la Constitution de la RDC.

Face à cette situation inquiétante, le GADHOP craint :
Dès les 3 prochains mois, une pénurie des produits vivriers de première nécessité et une explosion des prix suite à la chute du taux de production concernant les aliments suivants : le haricot, le mais, le riz, les bananes, le manioc et autres légumineuses produites dans les zones menacées ;
Une famine généralisée dans la région dont seraient directement victimes environs 2 millions de personnes ;
La détérioration du tissu socio-économique étant donné que les activités agricoles constituent la principale source des revenus des populations du coin.

Eu égard à ce qui précède, tout en condamnant vivement ces violations des Droits Economiques et Socio Culturels (DESC) portant atteintes aussi à la souveraineté alimentaire des communautés locales, le GADHOP recommande ce qui suit :

- Aux auteurs de ces violations : d'y mettre immédiatement fin eu égard à l'évolution du contexte politique et électoral en cours.

- Aux autorités de base (autorités coutumières de la Chefferie des Bashu, Baswagha et Secteur Rwenzori) : de se saisir de cette situation en organisant des échanges communautaires de remobilisation et réarmement moral des populations apeurées par les intimidations de ces inconnus.

- Aux autorités militaires de renforcer la sécurité autour des zones agricoles en combattant les groupuscules armés qui y sévissent et qui favoriseraient des décisions anarchiques.

- Aux ONG et autres acteurs de la société civile d’orienter des programmes de riposte contre cette menace dans la zone en faveur des populations victimes.

Fait à Butembo le 11 aout 2018

Pour le GADHOP, les ONG MEMBRES ET SIGNATAIRES

ADDF : Association pour la Défense des Droits de la Femme
ASADHO : Association Africaine de Défense des Droits de l’Homme
ASSODIP : Association pour le Développement des Initiatives Paysannes
CFJ : Collectif des Femmes Journalistes
FEPSI : Femmes Engagées pour la Promotion de la Santé Intégrale
FJDF : Femmes Juristes pour la Défense des Droits de la Femme et de l’enfant
GLHRP : Great Lakes Human Rights Program/Congo
OCDC: Observatoire pour la Défense de la Constitution
Pax Christi / Butembo
SOFEPADI : Solidarité de Femmes pour la Paix et le Développement Intégral
SOPROP: Solidarité pour la Promotion Sociale et la Paix
SYDIP : Syndicat de Défense des Intérêts Paysans
SYFET : Syndicat de Femmes Travailleuses
YME/Grands Lacs.

©Beni-Lubero Online.

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