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05.08.06 Un regard wallon critique, en 2004, sur la coopération belge en 1997

Ce document est ancien, mais non dépourvu d'intérêt, pour qui veut se rendre compte des débats et tensions qui existent, en Belgique, autour de la politique de coopération au Développement.
NdlR

CLUB WALCO : pour une évaluation interne

 

Club Walco rentre dans sa huitième année d'existence.  Tout en grandissant, il est resté fidèle à ses objectifs de départ, mais les situations évoluent et ce début d'année 2004 se prête bien à une évaluation interne.

Avant de passer en revue les TROIS OBJECTIFS EXPRIMES LORS DE SA CREATION, il nous a paru intéressant de revenir sur le contexte qui était décrit en 1997 dans le document fondateur :

 

Extrait du document de présentation de Club Walco (1997)

 

"I. Contexte :

Dans le passé, le " devoir de réserve du fonctionnaire public de
la coopération " a servi d’alibi à bien des silences coupables :
génocide au Burundi de 1972, génocide au Rwanda en 1994 en sont les illustrations les plus criantes.

L’analyse de WALCO consiste à situer ses responsabilités dans l’ensemble des problèmes et de dire : " en tant que belge, au moins sur les causes de problèmes où des belges ou des résidents en Belgique ont une responsabilité, il faut informer et amener l’opinion publique et les décideurs à contrôler les " lobbies " qui agissent en Belgique par rapport à l’Afrique Centrale " et au monde de la " coopération internationale ".

Ces dernières années, la mainmise du CVP sur la politique extérieure et sur la coopération belge succédant à celle des milieux économiques privés a entraîné ou confirmé (?) un désintérêt grandissant en Wallonie pour la solidarité internationale publique. L'existence d'un service international différent pour la Communauté française de Belgique et la Région wallonne n'a pas arrangé les choses au niveau de la prise de conscience citoyenne."

 

Nous avons interrogé le fondateur du Club Walco, le Dr Jean-Pierre Lahaye, pour nous rappeler les circonstances de cette naissance.

 

CW : Pourquoi avoir créé cette association de fait ? Pourquoi ce nom ?

 

JPL : La réponse à cette question nécessiterait un livre, celui d'une expérience personnelle dont les influences principales tournent autour de quelques axes :

-         éducation "altermondialiste" dès le plus jeune âge (époque de la décolonisation; tiers-mondisme…) ;

-         témoin de la lutte pour "décoloniser la Wallonie" de l'Etat-CVP (économie, agriculture,…) et pour assurer l'évolution de l'état belge vers le fédéralisme;

-         expérience professionnelle de la coopération belge au développement

 

J'avais vu sur le terrain l'influence négative du système belge des "piliers" sur l'évolution en Afrique Centrale (Congo, Burundi, Rwanda) sans parler des dégâts de l'affairisme du secteur privé. Je fus aussi particulièrement marqué par mon expérience dans l'ex-Kivu en 1994 et 1995 (présence des réfugiés rwandais et ses conséquences) et je pus constater le rôle nocif du lobby belgo-congolais pro-Mobutu dans le traitement de la crise.

 

CW : Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?

 

JPL : J'ai retenu particulièrement la conclusion d'un rapport établi par Christian Tavernier et Floribert Mboyo pour le Maréchal Mobutu en décembre 1995 : "L'exploitation intelligente du problème des réfugiés peut donner au Chef de l'Etat [et] à son Gouvernement une immense notoriété internationale et apporter au Zaïre un vaste plan de financement pour le sortir de son marasme économique.  Ceci tout en démontrant à la communauté internationale la mauvaise foi de Kigali."  Monsieur Tavernier se présentait à ce moment en émissaire de L.Tindemans. Plus tard, il dirigea des mercenaires "pro-Mobutu" dans la Province Orientale.

 

A cette époque aussi, le Chevalier Brassinne de la Buissière écrivit en septembre 1995 un rapport sur les relations belgo-zaïroises intitulé "Pour une reprise graduelle et réfléchie des relations entre les deux pays".  Sans analyser les responsabilités dans les échecs du passé, il voulait que "la diplomatie secrète reprenne ses droits"(p.32).

 

  Je ne citerai pas le nom de ce haut fonctionnaire de l'ex-AGCD qui, début 1997, voulait utiliser des fonds de la coopération pour payer les troupes fidèles à Mobutu et freiner ainsi l'avancée de LD Kabila.

 

A gauche, par le biais de financements publics spécifiques à des institutions "sœurs" parfois créées pour la circonstance, les syndicats belges avaient contribué à la reproduction de nos "piliers" en terre africaine avec pour conséquence la division du faible mouvement syndical congolais et la survie du syndicat d'état mobutiste.

 

Dès l'arrivée de LD Kabila au pouvoir, ses amis de la société civile belge s'activèrent avec autant d'énergie que les partisans d'un mobutisme plus moderne et présentable.  Pensons au marxiste Ludo Martens d'un coté et à l'ex-colonel Malants de l'autre, par exemple.  Des réunions préparatoires aux rebellions se tenaient en Belgique; on revivait la situation des années soixante…

 

Il y a beaucoup d'autres tristes exemples, particulièrement pour le Burundi et le Rwanda.

 

Tout ce petit monde "spécialiste de l'Afrique Centrale" en Belgique, savants universitaires, leaders d'ONG, trafiquants ou comploteurs, ne dépassait pas quelques centaines de personnes…

 

Nous voulions réagir.  Ce fut la naissance du Club Walco.

 

Club, car initié par une poignée de personnes qui échangeaient ensemble informations et réflexions sur les sujets précités en vue de l'action,

Walco, pour Wallonie-Coopération, Wallonie-Congo…

Pour la petite histoire, c'était Waco à son début, jusqu'au jour où un correspondant canadien nous a fait remarquer la connotation péjorative de ce mot dans le monde anglophone.

 

Sans jouer la mouche du coche, modestement, il nous semblait que le courrier électronique pouvait contribuer à créer un lobby alternatif. Suivant la stratégie de nos anciens qui disaient "Publicité, sauvegarde du peuple !", nous voulions favoriser le partenariat entre les démocrates d'ici et de là-bas, chacun agissant dans le milieu où il exerçait des responsabilités.

 

CW : Et pourquoi avoir lié cette volonté de transparence avec une réorganisation de la coopération belge au développement basée sur l'implication des entités fédérées du pays ?

 

JPL : D'une part, je vous réfère au rapport de la commission parlementaire sur la coopération au développement publié à cette époque pour décrire le climat général.  D'autre part, on pouvait constater chaque jour que l'AGCD n'avait plus le monopole de l'exécution de cette coopération.  Chef de section adjoint à la section de coopération de l'Ambassade de Belgique à Kinshasa, je venais de collaborer cinq ans avec le Centre Wallonie-Bruxelles qui obtenait de bons résultats dans son action quotidienne avec de modestes moyens.

En Belgique, la main-mise flamande sur la coopération bilatérale indirecte via les ONG était quasi totale (directions, choix des expertises, budget).  Les universités flamandes et wallonnes travaillaient sur des programmes et des zones géographiques différents à travers le VLIR et le CIUF/CUD.  VVVOB et APEFE représentaient déjà des outils de coopération pour leur communauté respective.

Enfin, les priorités de la Région wallonne restaient axées sur sa visibilité et son commerce extérieur, et la Communauté française s'occupait du socio-culturel. 

Très peu ou pas de synergies entre toutes ces institutions…

Bref l'objectif d'une bonne gouvernance impliquait une réorganisation qui tiendrait compte de l'évolution fédérale de notre pays, avec aussi une application bien comprise du principe de subsidiarité. 

 

De plus, nous pensions que les choix politiques belges par rapport à l'Afrique Centrale se feraient de manière plus transparente s'ils devaient faire l'objet de consensus entre les communautés du pays.  Rappelons-nous à ce moment les positions différentes entre Laurette Onkelinx (Ministre de la Communauté française) et Jean-Luc Dehaene (Ministre fédéral) sur le Rwanda.  

Ne négligeons pas non plus le rôle "de prévention des conflits violents" joué par notre système fédéral dans l'histoire de la Belgique.  Nous formulions l'hypothèse que d'autres pays pourraient en retirer des enseignements utiles.

 

CW : Pouvez-vous maintenant nous rappeler les trois objectifs assignés au Club en 1997 et faire le point sur chacun d'eux ?

 

JPL :

 

"Objectif 1 :


favoriser le contrôle démocratique des relations extérieures de la
Belgique dans toutes ses composantes.


Les fondateurs de Club WALCO ont lancé un appel en 1998 pour
une "commission vérité et réconciliation" sur la période coloniale de
la Belgique pour permettre un véritable partenariat avec nos
anciennes colonies et pour éviter de reproduire les mêmes erreurs
qu'en 1960 (diabolisation des nationalistes, soutien aux forces
impérialistes).


C'est un objectif permanent qui nécessite une vigilance quotidienne.  Je pense que la plupart des membres des listes d'envoi restent spectateurs et ne s'engagent pas, soit qu'ils ne croient pas à l'efficacité du lobbying entrepris, soit par crainte ou inertie…

 

Pour l'analyse du passé, la récente commission "Lumumba" fut un pas important.  Il faut soutenir les initiatives qui informent objectivement notre jeunesse sur la période coloniale belge, si l'on veut construire des partenariats féconds pour toutes les parties. 

 

Depuis 2000, nous avons retenu "la double nationalité" comme un objectif à atteindre en souhaitant la réciprocité avec les pays partenaires.


Objectif 2 :

Porter le débat sur la solidarité internationale au niveau
des instances de Wallonie-Bruxelles.


Ceci est un objectif qui doit se concrétiser entre
autres sur l'utilisation des ressources de la coopération fédérale
dans les matières de compétence régionale et communautaire. Dès sa création, club.walco a milité pour la régionalisation des moyens de la coopération bilatérale indirecte (ONG, universités, APEFE/VVOB...), pour la fusion des services internationaux de la Communauté et de la Région, si possible sous la responsabilité d'un seul ministre, pour l’évaluation permanente et indépendante des activités de solidarité internationale. Il s'agit simplement d'appliquer la volonté des législateurs successifs en confiant aux entités fédérées les moyens correspondant à leurs compétences. Dans les relations internationales, ce qui a été fait pour le commerce extérieur doit l'être pour la solidarité internationale sous peine de maintenir dans notre opinion publique intéressée par la question l'idée que la " Communauté française WB = culture, la Région wallonne = commerce et le niveau fédéral belge = coopération au développement. Cette réalité d'un passé récent empêche un développement cohérent de nos relations extérieures. Donc, il faut permettre à la Wallonie de construire un outil de coopération internationale performant, riche de la tradition internationaliste qui est la sienne. Nous appuyons la création d'un conseil francophone de la coopération internationale pour promouvoir le débat et le contrôle public sur le sujet (pouvoirs publics y compris provinces et communes, ONG, universités, ...)

 

C'est l'objectif où l'évolution est la plus visible.  Il existe une fusion de fait entre les services internationaux de la Communauté Française WB et de la Région wallonne.  Reste à la concrétiser statutairement.

 

L'implication du Parlement wallon fut plus importante ces dernières années (pensons à la mission en RD Congo et à ses suites).

 

Le Conseil WB de la Coopération internationale va enfin voir le jour malgré les bâtons dans les roues mis par certains.

 

Espérons que les prochaines élections régionales conduiront nos élus à plus de sagesse dans la répartition des responsabilités ministérielles et que le ministre

wallon en charge des relations internationales fera également office de ministre des relations internationales pour la Communauté française.  Il y a là une priorité à court terme pour les membres de Walco qui doivent se faire entendre où il le faut.

 

Enfin, le débat sur la répartition des moyens actuels de la coopération internationale belge a été lancé et se poursuivra jusqu'à une réattribution équitable pour chaque niveau de pouvoir et de responsabilité.


Objectif 3:

Favoriser l'idée européenne dans ce secteur de la coopération
internationale.

Face à la mondialisation du capital et aux défis posés par l’injustice internationale, une Europe forte et unie sur des positions sociales de progrès doit se construire, y compris dans les actions de solidarité internationale .

"

Objectif permanent où les membres peuvent apporter leur petite pierre là où ils se trouvent.

 

Il faut au plus vite une organisation européenne de l'aide humanitaire d'urgence qui intègre les efforts nationaux.  La disparition des services "nationaux" d'aide humanitaire internationale est inéluctable dans l'Europe qui se construit une politique extérieure.  La reprise de ce secteur par Louis Michel et non par Marc Verwilghen dans le gouvernement actuel montre que l'on ira dans ce sens dans les années futures.

 

CW : Que souhaitez-vous envoyer comme message aux membres de Club Walco ?

 

JPL : Je souhaite que l'outil soit plus utilisé par les membres pour exprimer leurs avis et suggestions, soit directement dans les messages, soit au modérateur.

Enfin, il est nécessaire de savoir si les messages envoyés sont pertinents ou utiles pour l'action, et pourquoi pas nous donner des exemples quand c'est possible.  En effet, une évaluation interne ne peut se passer de ces données sous peine de conclure à la vanité des efforts entrepris.

 

CW : Merci.  Nous attendons les réactions de nos lecteurs.

 

 

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