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19.05.11 L'Observateur - La BAD et la Tunisie : réflexion commune pour une relance de la croissance dans la construction démocratique


" La Tunisie post-révolution, défis et perspectives économiques ". Tel est l'intitulé du débat organisé par la BAD, le 12 mai 2011, à Tunis. L'objectif de cet évènement était de lancer une discussion de haut niveau entre les experts de la Banque, des acteurs importants de l'économie tunisienne, le monde de la recherche et de l'entreprise ainsi que la société civile. La base de discussion était la note publiée le 11 avril dernier par les départements des opérations en Afrique du nord et de la recherche sur le développement. Cette note conjointe présente des scénarii économiques différents pour les deux années à venir, faisant varier la croissance de 3,5% à -2,5% de l'hypothèse la plus optimiste à la plus pessimiste. L'hypothèse moyenne de 1% étant privilégiée par la BAD.

Ce débat, animé par le journaliste tunisien, Ridha Kéfi, a vu la participation de :

" Monsieur Mustapha Kamel Nabli, Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie) ;

" Monsieur Aloysius Uche Ordu, Vice-Président de la BAD chargé des Programmes nationaux et régionaux, et des Politiques ;

" Monsieur Mthuli Ncube, Vice-Président et Chef Economiste ;

" Monsieur Mahmoud Ben Romdhane, Professeur de sciences économiques à l'Université tunisienne ;

" Monsieur Abdelaziz Darghouth, Président du Centre des Jeunes Entrepreneurs, à l'Institut Arabe des Chefs d'entreprises.

L'ensemble des intervenants tunisiens s'accorde à dire qu'à long terme la perspective démocratique est prometteuse pour la croissance, mais que la Tunisie passe aujourd'hui par la phase la plus délicate de sa transition.

Pour le Gouverneur de la Banque centrale, cette période post-révolution est caractérisée par l'incertitude. Ce qui impose de " se mettre en situation de gestion de l'incertitude et du risque ". La meilleure approche est de " ne pas engager tous les instruments de politique monétaire et de politique budgétaire disponibles tout de suite, mais de les actionner à chaque fois que le besoin est le plus pressant ", a insisté M. Nabli.

M. Abdelaziz Darghouth est convaincu que " sans réussite économique, la transition démocratique n'a pas de chance de succès ". Pour le président du Centre des jeunes entrepreneurs, l'avenir de l'entreprise nécessite de " renouer le dialogue entre patrons et travailleurs et construire la confiance entre ces deux acteurs indissociables de la création de richesses ". Il faudra pour cela promouvoir les valeurs de transparence et inclure fortement la jeunesse et les femmes dans la future économie du pays, qui peut opter pour un modèle de croissance innovant.

Pour le Professeur Ben Romdhane, le double sentiment d'incertitude et d'une situation fortement détériorée est du au fait que " cette révolution est dans une phase de destruction de l'ordre ancien. C'est également une destruction au plan économique et financier que l'environnement régional -notamment la Libye- vient singulièrement compliquer. " Pour cet économiste et militant de la démocratie de longue date, " il n'y a pas de sortie de crise sans réponses aux jeunes des régions défavorisées ". Le retour de l'investissement est conditionné par " la capacité des tunisiens à tenir des élections dont les résultats doivent être un message fort d'ouverture au monde ".

Les deux vice-présidents de la Banque ont rappelé le soutien apporté par la Banque en cette période cruciale de l'histoire de la Tunisie. Pour la Banque, la question de la croissance inclusive est un enseignement central qui devra concerner ses engagements au delà de la Tunisie, pour toute la région de l'Afrique du Nord.

Pour l'économiste en chef Mthuli Ncube, l'appui au secteur privé et aux PME est prioritaire pour la création d'emplois et le redressement de l'économie du pays. Selon lui, la Tunisie a par exemple un tissu d'entreprises très innovantes dans le domaine des technologies de la communication qu'il faut savoir exploiter. Tout le secteur privé est en difficulté et risque de le rester jusqu'à la stabilisation de la situation. L'avenir économique et politique est incertain certes, mais Mr. Ncube a ajouté une notes d'espoir : " il faut être confiant dans le processus de réconciliation du pays. ".

Le Vice-président Ordu a insisté sur la complexité de la situation dans toute l'Afrique du nord. Pour lui, la stabilisation de la situation en Tunisie et dans la région nécessite la mise en place d'institutions fortes tant pour la société civile que politiques et économiques. Les institutions financières de développement et les bailleurs ne peuvent plus prétendre avoir des solutions toutes prêtes. Notre approche devrait être plus modeste et coordonnée. " Une croissance plus équitable doit être notre priorité " a-t-il conclu.

L'ensemble du débat, entre panélistes et avec le public, a révélé combien l'intrusion de la dimension politique a permis d'éclairer de façon très utile les enjeux économiques futurs.

La BAD approuve la définition de l'appétence au risque pour l'institution

La gestion efficace du risque est essentielle pour la survie de toute institution financière, en particulier au vu de la volatilité actuelle des marchés financiers et des incertitudes des perspectives macroéconomiques.

Le conseil d'administration de la BAD vient d'approuver un document de politique sur l'appétence au risque, qui constitue la pierre angulaire d'un cadre de gestion du risque valable pour toute l'institution.

L'approbation de ce document s'inscrit dans la vision de la Banque visant à protéger son intégrité et sa solidité financières, grâce à une gestion prudente de l'équilibre entre la capacité de supporter les risques et les risques assumés pour développer régulièrement les opérations de prêt.

Le document vise également à permettre au département de la Gestion financière de continuer à jouer son rôle de renforcement de sa capacité à supporter les risques de la Banque et de s'assurer que ce rôle est joué de manière optimale.

Expliquant l'appétence au risque, la directrice du département de la Gestion financière, Kodeidja Diallo, a souligné qu'avec la croissance de l'activité de la Banque, notamment des opérations non souveraines, et l'augmentation de la complexité des activités de trésorerie connexes, la gestion des risques de la Banque est confrontée à plusieurs défis consistant à s'assurer, d'une part, que le capital est à un niveau suffisant pour soutenir les activités à risques afin de maximiser les objectifs de développement associés de la Banque. D'autre part, que " les personnes qui prennent ou gèrent les risques au sein de la Banque en ont une pleine compréhension et sont tenues responsables des risques encourus ".

En outre, il faut aussi s'assurer que " l'exposition de la Banque aux risques reste dans les limites prescrites par le conseil d'administration ou la direction, ou par les deux instances, le cas échéant ". Il faut par ailleurs que " les décisions de risque sont conformes à la stratégie opérationnelle et aux objectifs de la Banque tels que fixés par le conseil d'administration ; et les prises de risques soient couvertes par une compensation suffisante ou raisonnable ". 

"Le cadre de gestion des risques à la Banque a considérablement évolué au fil des ans. A l'origine, les activités opérationnelles de la Banque portaient principalement sur les prêts souverains, et un volume limité était alloué aux opérations non souveraines (secteur privé) ", a-t-elle précisé.

En tant que principale institution de financement du développement sur le continent, la Banque est souvent appelée non seulement à augmenter son volume de prêts, mais aussi à prendre plus de risques, qui sont censés renforcer l'efficacité du développement et amener plus d'additionnalités.

" L'hypothèse selon laquelle prendre plus de risques à vocation de catalyseur, notamment à travers l'accroissement des interventions dans le secteur privé en Afrique en général, et en particulier dans les pays à revenus plus faibles, est conforme au mandat de la Banque relatif à la mobilisation et à un besoin d'augmentation des ressources destinées au financement du développement, en particulier dans les domaines actuellement tenus pour trop risqués ", a expliqué Mme Diallo. Lire son interview.

Interview avec la Directrice du Département de la gestion financière et du risque, Mme Kodeidja Diallo

" La déclaration de l'appétence au risque est la pierre angulaire du cadre global d'entreprise de gestion des risques (EGR) " a mis en exergue Mme Diallo Kodeidja dans un entretien consécutif à l'approbation du document de politique approuvé par le conseil d'administration de la BAD, le vendredi 3 mai 2011 à Tunis.

Question: Le conseil d'administration vient juste d'approuver le document de politique sur l'appétence au risque. Pouvez-vous en des termes simples nous dire que signifie " l'appétence au risque " ?

Réponse : l'appétence du risque fait référence aux actions liées aux activités de prise de risque de la Banque, fournit une direction claire permettant ainsi de maintenir le lien crucial entre la stratégie de la Banque et sa gestion quotidienne des risques. Néanmoins, la définition de l'appétence au risque est un processus complexe nécessitant un équilibre délicat entre des points de vue, perspectives et intérêts différents voire souvent divergents des parties prenantes des risques à prendre, de l'utilisation des fonds propres et la tolérance au risque. Afin d'améliorer l'objectivité de la définition de l'appétence au risque et assurer la participation de tous les actionnaires, une compagnie de consultance a été engagée en Septembre 2010 pour assister la Banque au développement d'une déclaration d'appétence au risque.

Question: Quelle est la pertinence d'une déclaration de l'appétence du risque pour la Banque ? 

Réponse :La Banque a toujours besoin de connaitre exactement le niveau d'engagement pour avoir une valeur ajoutée vis-à-vis ses pays membres régionaux afin d'optimiser les opérations de prêts. Les risques encourus pour poursuivre le mandat de développement de la BAD ne devraient ni nuire à la notation AAA de la Banque, ni la mettre en position de demander à ses pays membres régionaux (PMRs) et non régionaux (PMNRs) du capital exigible ou d'appeler à une augmentation générale de capital avant 2020. Le profil de risque de la BAD devrait également être optimisé en utilisant le transfert des risques et des outils d'atténuation des risques.

Question: Comment l'appétence au risque se traduit en opérations de prêts ?

Réponse : Concrètement, comme exemple, la part du secteur privé dans l'encours total de la BAD atteindra un volume d'environ 30% à l'horizon 2020. Cette stratégie se traduit en des montants élevés d'approbations.


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