Changement climatique : le réchauffement de l’Afrique centrale est supérieur à la moyenne mondiale (CongoForum)

YAOUNDE – Selon une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Yaoundé I au Cameroun, lorsque la terre aura atteint une augmentation des températures d’environ 1,5°C, l’Afrique centrale se situera à un réchauffement de l’ordre de 3°C.

C’est la conclusion à laquelle ont abouti les travaux de recherches menés par les experts du laboratoire de modélisation environnementale et de physique de l’atmosphère de la faculté des Sciences de l’université de Yaoundé I au Cameroun.

Le résultat de leur étude rejoint l’accord de Paris qui recommandait la limitation du réchauffement planétaire à 1,5°C, la moyenne globale. «…quand l’Accord de Paris demande de limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C, ceci est la moyenne globale. Mais, au niveau régional, il y a des régions qui pourront connaître moins de 1,5°C et d’autres qui se situeront au-dessus de 1,5°c. Et l’Afrique centrale est dans ce dernier cas », rappelle Wilfried Pokam, enseignant-chercheur de l’Université de Yaoundé I. Il explique ensuite : « Un tel réchauffement induit plus d’évapotranspiration. Les forêts vont transpirer plus et il y aura plus d’évaporation au niveau des fleuves ».

En outre, d’après lui, dans l’hypothèse extrême indiquée dans l’Accord de Paris, « un réchauffement global de 2°C correspondrait à une augmentation de 3,6°C, voire 3,7°C des températures en Afrique centrale ». Il affirme que l’étude ne s’est pas étendue sur les causes et les conséquences possibles de ce niveau d’augmentation de la température dans cette sous-région. Mais, « un tel réchauffement induit de façon biophysique plus d’évapotranspiration. Les forêts vont transpirer plus et il y aura plus d’évaporation au niveau des fleuves ».

Toutefois, à en croire SciDev, ce réchauffement particulièrement élevé du climat en Afrique centrale pourrait renforcer le résultat d’une autre étude publiée le 6 décembre 2019 en plein déroulement de la COP 25. Une étude selon laquelle un changement climatique soutenu pourrait entraîner des pertes de recettes touristiques des récifs coralliens de plus de 90%, tandis que certains pays d’Afrique de l’ouest devraient voir leurs stocks de poissons diminuer de 85%. « Les poissons migreront vers des eaux plus froides à mesure que l’océan se réchauffe et devient plus acide dans les scénarios climatiques futurs. Cela mettra en danger les communautés de pêcheurs dans certaines régions ».

La pollution

C’est pourquoi, selon Raphaël Onguéné, enseignant-chercheur à l’Institut des sciences halieutiques de l’université de Douala (Cameroun), toute la pollution liquide, et même solide, que nous produisons est évacuée progressivement vers les estuaires des rivières où elle se loge dans les mangroves qui sont aussi des frayères, ces lieux où les poissons viennent déposer leur œufs. « Les jeunes poissons qui sont censés croître dans ce milieu sont donc menacés par cette pollution ; ce qui va forcément réduire la production halieutique de ces zones », a-t-il indiqué à cet effet.

De ses propos, l’on peut déduire que l’économie des pays sera aussi impactée, par exemple à travers le secteur touristique. « Lorsque on visite les chutes de la Lobé dans le sud du Cameroun, on remarque que ce site perd sa splendeur à cause de l’érosion. Il y a de nombreux exemples comme ça où les sites et plages sont menacés à cause de l’avancée de la mer qui résulte du réchauffement climatique », a souligné cet enseignant-chercheur.

Renforcer la recherche

Face à ce constat, Bonaventure Sonké, l’un des auteurs de cette étude, estime que « quelque chose doit être fait; et vite fait ». Le chef du laboratoire de botanique systématique et d’écologie de l’Ecole normale supérieure à l’université Yaoundé I pense qu’il faut commencer par donner plus de moyens aux chercheurs pour renforcer la recherche scientifique. « Beaucoup des espèces qui sont menacées se trouvent dans des endroits qui n’ont pas de statut de conservation. Donc, pour ces endroits que nous avons identifiés, il faudra au moins que des mesures de statut de conservation soient prises, pour en faire par exemple des aires protégées », a-t-il déclaré.

Il pense donc qu’il faille procéder, dans les zones côtières, à « une planification côtière et marine qui tienne compte de ces évolutions et qui crée des zones biologiques d’intérêt ».
Par contre, Wilfried Pokam s’est montré en revanche beaucoup plus prudent. Il estime qu’il soit nécessaire de coupler la présente étude à des études d’impact dans les domaines agricole, hydrologique, énergétique, etc. pour mieux mesurer les conséquences de ce niveau de réchauffement afin de fournir des informations plus précises aux décideurs politiques.

Etant donné que nous ne sommes pas encore à ce niveau, il y a un centre de recherche en bio-géosciences de l’environnement qui est en gestation en Afrique centrale qui vise, entre autres, à améliorer la collaboration entre les chercheurs.

© CongoForum – Arnaud Kabeya, 13.02.20

Image – source : The New Humanitarian

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